vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1903526 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIQUET DELEVACQUE VERAGUE YAHIAOUI PASSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 avril 2019, le 13 octobre 2021, le 15 octobre 2021 et le 9 mai 2022, la société anonyme Axa France IARD, représentée par Me Delevacque, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Dunkerque, sur le fondement des dommages de travaux publics, à lui verser la somme de 130 597,09 euros correspondant à l'indemnité qu'elle a été condamnée à payer aux consorts E par jugement du tribunal judiciaire de Dunkerque du 13 juillet 2021 statuant sur la responsabilité de son assurée l'association Hockey Glace de Dunkerque, relativement aux conséquences dommageables du sinistre survenu le 1er novembre 2014 dans l'enceinte de la patinoire dont la ville de Dunkerque est propriétaire ;
2°) de condamner la commune de Dunkerque au paiement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est subrogée dans les droits de l'association Hockey Glace de Dunkerque dès lors que celle-ci a vu sa responsabilité engagée par le tribunal judiciaire de Dunkerque le 13 février 2021, et qu'elle a été condamnée à la garantir de toutes les condamnations mises à sa charge ;
- la responsabilité de la commune de Dunkerque est engagée en sa qualité de propriétaire de l'ouvrage public, à raison d'un défaut d'entretien normal dont est résulté le décès du jeune B E survenu le 2 novembre 2014.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 octobre 2019 et le 17 décembre 2021, la commune de Dunkerque, représentée par Me Weppe, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que l'association Dunkerque Détente (A2D) la garantisse des éventuelles condamnations prononcées à son encontre et à ce que la société Axa France IARD lui verse la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable faute pour la société Axa de justifier de ce qu'elle est subrogée dans les droits de son assurée, l'association ASHG ;
- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors qu'elle avait conclu une convention d'occupation de la patinoire avec l'association ADEP devenue A2D, laquelle avait conclu une convention pour l'utilisation des lieux avec l'association ASHG dont la responsabilité contractuelle est engagée devant le tribunal judiciaire de Dunkerque ;
- subsidiairement, l'association A2D à qui elle a délégué l'exploitation de la patinoire doit la garantir des condamnations éventuellement prononcées à son encontre.
La clôture d'instruction est intervenue le 11 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Lerooy, rapporteur public,
- les observations de Me Fatoux, avocat substituant Me Delevacque, représentant la société anonyme Axa France IARD,
- les observations de Me Weppe, avocat représentant la commune de Dunkerque.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er avril 2014, l'association sportive de hockey sur glace de Dunkerque (ASHG) a organisé un match de hockey sur glace au sein de la patinoire de Dunkerque pour lequel des billets avaient été mis en vente. Le 1er novembre 2014, jour du match, le jeune B E, spectateur alors âgé de huit ans, a été atteint à la tête par un palet détourné de l'aire de jeu alors qu'il se trouvait à proximité de la piste de glace. Transporté dans un état grave au centre hospitalier régional de Lille, il est décédé le lendemain. Par jugement du 23 février 2021, le tribunal judiciaire de Dunkerque a déclaré l'association ASHG entièrement responsable du décès d'Hugo E et l'a condamné à payer à chacun de ses parents la somme de 30 000 euros, ainsi qu'une somme de 13 322,09 euros et la somme de 14 000 euros en leur qualité de représentants légaux de son frère Théo E, la somme de 100 euros à M. C E père d'Hugo, la somme de 14 000 euros à chacun de ses grands-parents paternels, les sommes de 14 000 euros et 275 euros à sa grand-mère maternelle. L'association ASHG a en outre été condamnée au paiement d'une somme de 6 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. La société Axa France IARD, assureur de l'association ASHG, a été condamnée à la garantir de toutes les condamnations mises à sa charge. Par la présente requête, la société Axa France IARD demande au tribunal de condamner la commune de Dunkerque à lui verser la somme de 130 597,09 euros correspondant aux sommes mises à sa charge par le tribunal judiciaire de Dunkerque.
Sur la recevabilité des conclusions présentées par la société Axa France IARD :
2. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui par leur fait ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. / () ". L'assureur qui bénéficie de la subrogation instituée par les prescriptions de l'article L. 121-12 du code des assurances dispose de la plénitude des droits et actions que l'assuré qu'il a dédommagé aurait été admis à exercer à l'encontre de toute personne responsable, à quelque titre que ce soit, du dommage ayant donné lieu au paiement de l'indemnité d'assurance. Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré.
3. La société Axa France IARD a été condamnée le 23 février 2021 par le tribunal judiciaire de Dunkerque à garantir son assurée, l'association ASHG, de toutes les condamnations mises à sa charge résultant de l'engagement de sa responsabilité contractuelle concernant le décès du jeune B E. La société Axa France IARD justifie du versement de la somme de 135 597, 09 euros en exécution de cette décision, incluant 5000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile. Ainsi, elle justifie suffisamment être subrogée dans les droits et actions de l'association ASHG. L'association, en vertu d'une convention de mise à disposition de la patinoire pour y organiser des entrainements et des manifestations sportives, a la qualité d'usager de l'ouvrage public. La circonstance selon laquelle la commune de Dunkerque n'aurait pas été mise en cause devant le juge judiciaire ne saurait priver la société A France, subrogée dans les droits de son assurée, d'une action devant le tribunal administratif, seul compétent pour se prononcer sur les conclusions en responsabilité dirigées contre la commune de Dunkerque à raison d'un défaut d'entretien normal d'un ouvrage public dont elle est maître d'ouvrage. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Dunkerque doit être rejetée.
Sur la responsabilité :
4. La responsabilité du maître d'un ouvrage public est engagée à l'égard de l'usager dès lors que l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage et le préjudice invoqué est établie, sauf pour le maître de l'ouvrage à apporter la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage, en l'absence de cas de force majeure et de faute de la victime.
5. Il résulte de l'instruction, d'une part, que par une convention en date du 1er avril 1977, la commune de Dunkerque a confié la gestion, l'exploitation et l'animation de la patinoire dont elle est propriétaire, à l'association dunkerquoise d'exploitation de la patinoire (ADEP), devenue après modification de ses statuts le 15 juin 2011 l'association Dunkerque détente (A2D). Aux termes de l'article 3 de cette convention : " l'ADEP () fera son affaire des réparations locatives et devra maintenir en bon état d'entretien et de propreté l'immeuble et les installations concédées/ Les grosses réparations et le gros entretien qui incombent légalement au propriétaires demeurent à la charge de la ville ()/ L'ADEP ne pourra entreprendre éventuellement et modifier le bâtiment sans accord préalable des services municipaux et ces travaux ne pourront être exécutés que sous la surveillance des services techniques municipaux ou d'un Homme de l'Art désigné par l'administration municipale () ". Aux termes de l'article 12 de cette convention : " Des heures d'utilisation sont réservées aux élèves des établissements scolaires du 1er et 2eme degré ainsi qu'aux clubs sportifs privés, en concertation entre la commune et l'association ADEP () ". D'autre part, le 14 février 2002, l'association ADEP a conclu avec l'association ASHG une convention pour l'utilisation de la patinoire fixant les créneaux d'occupation de la piste de glace alloués au club de hockey. Aux termes de l'article 5 de cette convention : " l'organisation des compétitions et des manifestations à caractère évènementiel se fait en accord avec l'ADEP ". Aux termes de l'article 6 : " Dans le cadre des compétitions autorisées, l'accès, le contrôle et la sécurité du public sont à la charge du club organisateur. L'ADEP peut refuser toute manifestation où la sécurité des biens et des personnes n'est pas garantie. ".
6. Il résulte de l'instruction et notamment du jugement rendu par le tribunal judiciaire de Dunkerque le 23 février 2021, que le 1er avril 2014, la patinoire avait été mise à disposition de l'ASHG, organisatrice d'un match de hockey opposant l'équipe de Dunkerque à celle d'Amiens. Hugo E, qui détenait des billets avec placement libre, a été atteint à la tête par un tir de palet sorti de l'aire de jeu, alors qu'il se trouvait avec son frère derrière les plexiglas pour attendre la sortie des joueurs. Il n'est pas contesté que ces équipements en plexiglas destinés à protéger les spectateurs n'ont pas été installés sur la totalité de la périphérie de la patinoire mais uniquement dans les arrondis du terrain, alors qu'il était fréquent que le palet sorte de l'aire de jeu. Dans ces conditions et contrairement à ce que soutient la commune de Dunkerque, le lien de causalité entre l'ouvrage et le dommage est établi.
7. Dans le cadre de l'exploitation de la patinoire par l'association ADEP, toute transformation des lieux doit obtenir l'accord de la commune, qui supervise également l'exécution des travaux en application de l'article 3 de la convention d'occupation précitée. L'association ASHG qui bénéficie de la mise à disposition par convention de ces installations pour la réalisation de ses activités sportives, doit veiller à organiser ces activités en assurant la sécurité des participants et des tiers notamment lors des rencontres sportives ouvertes au public. En se bornant à soutenir qu'elle avait délégué l'utilisation de la patinoire à l'association ADEP, la commune de Dunkerque n'établit pas qu'elle aurait assuré un entretien normal de l'ouvrage.
8. Toutefois, il résulte également de l'instruction qu'à l'occasion de la manifestation sportive organisée le 1er avril 2014, le nombre de spectateurs présents dans l'enceinte de la patinoire excédait la jauge maximale fixée par l'arrêté préfectoral d'homologation de l'établissement en date du 14 avril 2000. Dans ce contexte, en s'abstenant d'interdire ou d'empêcher le placement debout de spectateurs installés aux abords non protégés de la piste de glace, l'association organisatrice ASHG a manqué à son obligation de sécurité résultant de l'article 6 de la convention précitée. Dès lors, elle a commis une faute exonérant la commune de Dunkerque de 80 % de sa responsabilité.
Sur le préjudice :
9. La société Axa France demande que la commune de Dunkerque soit condamnée à lui verser la somme de 130 597,09 euros correspondant à l'indemnité qu'elle a dû verser aux consorts E en exécution du jugement du tribunal judiciaire de Dunkerque du 13 juillet 2021.
10. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la société requérante est subrogée dans les droits de l'association ASHG. Conformément à de ce qui a été dit au point 8, la commune de Dunkerque doit être condamnée à verser à la société Axa France IARD la somme de 26 119,42 euros.
Sur l'appel en garantie de la commune de Dunkerque à l'encontre de l'association Dunkerque Détente :
11. Si la commune de Dunkerque demande que l'association Dunkerque Détente (A2D), à qui elle avait délégué la gestion, l'exploitation et l'animation de la patinoire de Dunkerque, la garantisse de toute condamnation prononcée à son encontre, la convention stipulait, ainsi qu'il a été dit au point 5, que l'association A2D devait seulement maintenir en bon état d'entretien et de propreté l'immeuble et les installations concédées. L'appel en garantie de la commune de Dunkerque, qui se borne à faire état de l'existence de cette délégation de gestion et d'entretien de l'équipement, doit par conséquent être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
12. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la commune de Dunkerque à verser à la société Axa France IARD la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Axa France IARD qui n'est pas la partie perdante à l'instance, une somme au titre des frais engagés par la commune de Dunkerque et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Dunkerque est condamnée à verser à la société anonyme Axa France IARD la somme de 26 119,42 euros.
Article 2 : La commune de Dunkerque versera à la société anonyme Axa France IARD la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Dunkerque sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Axa France IARD, à la commune de Dunkerque, et à l'association Dunkerque détente (A2D).
Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Dang, première conseillère,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
L. A
Le président,
Signé
M. D La greffière,
Signé
A. BEGUE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026