vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1906605 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BELLAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2019, l'association RBC - Bas Canal, représentée par Me Bellal, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juin 2019 par laquelle le président du conseil régional Hauts-de-France a rejeté sa demande tendant au versement d'une subvention d'un montant de 9 025,10 euros ;
2°) d'enjoindre à la région Hauts-de-France de lui verser la subvention sollicitée, à hauteur de 9 025,10 euros ;
3°) de condamner la région Hauts-de-France à lui verser somme de 20 000 euros au titre des préjudices subis ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- elle entend contester la décision du président du conseil régional Hauts-de-France portant rejet de sa demande tendant au versement d'une subvention en exécution de la convention conclue avec la Fédération des radios associatives du Nord de la France (Franf) ;
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ; cette irrégularité justifie l'annulation de la décision ;
- la région Hauts-de-France a méconnu ses obligations contractuelles ;
- le motif de rejet qui lui a été opposé est erroné, dès lors que " Pastel FM " n'a pas le caractère d'une radio confessionnelle ;
- elle est fondée à demander le versement de la somme de 9 025,10 euros en application de la convention liant la région Hauts-de-France à la Franf ;
- le défaut de versement de la subvention demandée lui a causé des préjudices, qui doivent être indemnisés à hauteur totale de 20 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2020, la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ; la demande tendant à ce qu'une somme de 9 025,10 euros soit versée à l'association requérante à titre de subventions ne peut être qualifiée de conclusions indemnitaires ; la contestation du rejet de cette demande aurait dû être portée devant le juge de l'excès de pouvoir, non le juge du plein contentieux ;
- le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 11 juin 2019 portant rejet de sa demande de subventions est inopérant ; il manque également en fait ;
- elle ne s'est pas engagée contractuellement à verser une subvention à l'association requérante, de sorte que cette dernière ne peut lui opposer un droit au versement d'une telle subvention ;
- l'association requérante ne remplit pas les conditions permettant le versement d'une subvention en exécution de la convention conclue avec la Franf ;
- ni la réalité ni le lien de causalité entre les préjudices invoqués et le refus d'octroi de la subvention demandée ne sont établis ; le quantum réclamé n'est pas davantage justifié.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, faute de liaison préalable du contentieux.
Des observations, enregistrées le 20 juin 2022, ont été présentées pour l'association RBC - Bas Canal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Stefanczyk, rapporteure publique,
- les observations de Me Bellal, représentant l'association RBC - Bas Canal, et celles de Mme C, représentant la région Hauts-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 août 2015, la région Nord-Pas-de-Calais, devenue la région Hauts-de-France, a conclu avec la Fédération des radios associatives du Nord de la France (Franf) une nouvelle convention triennale d'objectifs et de moyens afin d'organiser, jusqu'au 31 décembre 2017, les modalités du versement d'une aide financière au profit de la Franf et de ses radios adhérentes, en contrepartie du respect de certaines obligations et sous réserve de l'absence de caractère confessionnel ou commercial des radios bénéficiaires. Par un courrier du 2 mai 2017, la Franf a transmis, au titre de l'année 2017, sa demande de subventions ainsi que celle de ses adhérentes, parmi lesquelles l'association RBC - Bas Canal, qui gère un service de radiodiffusion sonore par voie hertzienne terrestre dénommé " Pastel FM ". Par un courrier du 13 septembre 2017, le président du conseil régional Hauts-de-France a indiqué à l'association précitée qu'il ne pouvait donner une suite favorable à sa demande, présentée à hauteur de 9 025,10 euros, " tant qu'une clarification de [sa] ligne éditoriale, attestant de son caractère non confessionnel, n'aura[it] pas été établie ". Par un courrier du 2 octobre 2017, le président de l'association concernée a adressé des éléments de réponse. Aucune suite n'ayant été donnée à ce courrier, l'association RBC - Bas Canal a, par des courriers des 2 juillet et 28 novembre 2018, demandé à la région Hauts-de-France de lui notifier la décision prise sur sa demande de subventions. Par un acte d'huissier en date du 27 mars 2019, l'association a sommé la région de répondre à sa demande. Par une décision du 11 juin 2019, le président du conseil régional Hauts-de-France a rejeté sa demande de subventions.
2. Par la présente requête, l'association RBC - Bas Canal doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision précitée du 11 juin 2019 portant rejet de sa demande tendant au versement d'une subvention d'un montant de 9 025,10 euros, d'enjoindre à la région Hauts-de-France de lui verser cette somme à titre de subventions et de condamner cette dernière à lui verser une somme de 20 000 euros au titre des préjudices subis.
Sur la recevabilité des conclusions de la requête :
3. En premier lieu, indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs à une subvention, notamment les décisions par lesquelles la personne publique modifie le montant ou les conditions d'octroi de la subvention, cesse de la verser ou demande le remboursement des sommes déjà versées, ne peuvent être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir, par le bénéficiaire de la subvention ou par des tiers qui disposent d'un intérêt leur donnant qualité à agir. S'agissant des actions indemnitaires, s'il est loisible au cocontractant de l'administration, eu égard à la nature de la convention conclue avec la personne publique, dont la nature est rappelée au point 9 du présent jugement, de contester par la voie du recours pour excès de pouvoir les mesures prises par l'administration dans le cadre de son exécution et s'il peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle de l'administration en cas de faute, il ne peut, en revanche, poursuivre la responsabilité contractuelle de l'administration en cas de contestation des modalités de son exécution.
4. Ainsi qu'il a été dit, l'association requérante doit être regardée, eu égard au contenu de ses écritures, comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 11 juin 2019 portant rejet de sa demande tendant au versement d'une subvention d'un montant de 9 025,10 euros et d'enjoindre à la région Hauts-de-France de lui verser cette somme à titre de subventions en exécution de la convention qu'elle a conclue avec la Franf. La région Hauts-de-France ne peut donc utilement faire valoir que l'association requérante n'aurait pas saisi le juge de l'excès de pouvoir. En tout état de cause, il ressort des principes rappelés au point précédent que le contentieux du versement des subventions n'interdit pas la saisine du juge du plein contentieux. La fin de non-recevoir opposée sur ce point doit, dès lors, être écartée.
5. En second lieu, et en revanche, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
6. Il ne résulte pas de l'instruction que l'association RBC - Bas Canal ait saisi la région Hauts-de-France d'une demande indemnitaire préalable. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à la condamnation de la collectivité défenderesse à verser à l'association requérante une somme de 20 000 euros en réparation des préjudices que celle-ci estime avoir subis sont irrecevables et ne peuvent, pour ce motif, qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2017, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la région Hauts-de-France n°21 du 10 novembre 2017, M. A D, directeur général des services du conseil régional Hauts-de-France, a reçu délégation à l'effet de signer toutes décisions en toutes matières, à l'exclusion de certaines d'entre elles, parmi lesquelles ne figurent pas les décisions accordant ou refusant le versement de subventions aux associations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Constituent des subventions, au sens de la présente loi, les contributions facultatives de toute nature, valorisées dans l'acte d'attribution, décidées par les autorités administratives et les organismes chargés de la gestion d'un service public industriel et commercial, justifiées par un intérêt général et destinées à la réalisation d'une action ou d'un projet d'investissement, à la contribution au développement d'activités ou au financement global de l'activité de l'organisme de droit privé bénéficiaire. Ces actions, projets ou activités sont initiés, définis et mis en œuvre par les organismes de droit privé bénéficiaires. / Ces contributions ne peuvent constituer la rémunération de prestations individualisées répondant aux besoins des autorités ou organismes qui les accordent ".
9. Aux termes de l'article 10 de cette même loi, l'autorité administrative qui attribue une subvention doit, lorsque cette subvention dépasse un seuil défini par décret, conclure une convention avec l'organisme de droit privé qui en bénéficie, définissant l'objet, le montant, les modalités de versement et les conditions d'utilisation de la subvention attribuée. Malgré la dénomination de " convention ", la décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte administratif unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire.
10. Il suit de là que l'association requérante ne peut utilement invoquer la " mauvaise foi contractuelle " ou des manquements de la région Hauts-de-France à des obligations contractuelles issues de la convention conclue avec la Franf. Ces moyens sont inopérants et doivent, par suite, être écartés.
11. En dernier lieu, si la décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention crée des droits au profit de son bénéficiaire, de tels droits ne sont créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention.
12. Il ressort des pièces du dossier que, par la conclusion le 18 août 2015 d'une convention triennale d'objectifs et de moyens, la région Hauts-de-France a instauré un dispositif d'aide financière au bénéfice de la Franf et des radios non commerciales et non confessionnelles qui en sont adhérentes, en contrepartie d'un minima de production et de diffusion de programmes d'intérêt général régional. Selon les termes de cette convention, en vue du versement de ces aides, les radios adhérentes doivent, chaque année, présenter une demande en ce sens, et le " soutien régional à une radio associative exclut de sa part toute forme de prosélytisme philosophique, politique ou religieux et tout propos discriminatoire ou xénophobe ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le président du conseil régional Hauts-de-France a rejeté la demande présentée par l'association RBC - Bas Canal au titre de l'année 2017 suite à la diffusion d'émissions intitulées " La prophétie Ramadan 2017 ", " dont plusieurs directs depuis des mosquées, animés par des imams ". L'exécutif régional a estimé que ces émissions contrevenaient au parti-pris " non commercial, non confessionnel " de la Franf et que leur contenu " s'apparent[ait] sans conteste à une forme de prosélytisme ". Il est également reproché à la radio Pastel FM d'être apparue " comme partenaire d'une conférence de Tariq Ramadan, le 21 avril 2017 à Villeneuve d'Ascq ".
14. Aucune des deux parties n'a apporté à l'instance d'éléments permettant d'éclairer le tribunal sur le contenu des émissions " Prophétie cultuelle " diffusées par la radio Pastel FM les vendredis de 20 à 22 heures et n'a pas davantage précisé le rôle tenu par cette dernière dans l'organisation ou le contenu de la conférence mentionnée au point 13. L'association requérante se borne ainsi, d'une part, à soutenir que les émissions en cause ne représentent qu'une faible part de sa programmation et qu'elles existent depuis 1980, d'autre part, à produire la charte d'antenne de la radio Pastel FM, qui dispose que cette dernière " respecte les croyances et les choix philosophiques de ses adhérents et de ses auditeurs " et qu'elle " ne se prête à aucun prosélytisme religieux ". Toutefois, ce faisant, l'association RBC - Bas Canal, qui supporte la charge de la preuve sur ce point, n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le contenu des émissions et de la conférence en cause ne présente aucun caractère prosélyte et, par conséquent, que la décision en litige serait entachée d'une erreur de fait.
15. Il résulte de tout ce qui précède que l'association RBC - Bas Canal n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige portant rejet de sa demande tendant au versement d'une subvention.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les dépens :
17. La présente instance n'ayant généré aucun dépens, les conclusions de la requête présentées sur ce point doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Hauts-de-France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'association RBC - Bas Canal demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association RBC - Bas Canal est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association RBC - Bas Canal et à la région Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Vandenberghe premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. B
Le président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet de la région Hauts-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°1906605
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026