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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-1907123

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-1907123

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-1907123
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL CALLON AVOCAT ET CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 août 2019 et 7 septembre 2022, Mme F A, représentée par Me Callon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Dunkerque et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une somme de 245 885,74 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Dunkerque, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 mai 2019, date de sa demande préalable d'indemnisation ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Dunkerque et l'ONIAM aux dépens ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Dunkerque et de l'ONIAM une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- étant atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 30 %, il appartient à l'ONIAM de prendre en charge la réparation de ses préjudices à hauteur de 80 % ;

- la responsabilité du centre hospitalier de Dunkerque est également engagée pour faute en raison des fautes médicales commises par l'équipe médicale de cet établissement lors de sa prise en charge ;

- la responsabilité du centre hospitalier de Dunkerque est engagée en raison d'un manquement à l'obligation d'information ;

- sa demande d'indemnisation au titre du préjudice d'impréparation est recevable dès lors que le recours contentieux n'a pas commencé à courir ;

- il en est résulté des préjudices patrimoniaux d'un montant total de 86 202,34 euros, qui se décompose comme suit : 6 488,27 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 2 745 euros au titre des frais de transport, 4 029,70 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire, 35 305,69 euros au titre des dépenses de santé futures et 37 633,68 euros au titre de l'assistance par tierce personne permanente ;

- il en est également résulté des préjudices extrapatrimoniaux d'un montant total de 109 683,40 euros, qui se décompose comme suit : 4 793,40 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 15 000 euros au titre des souffrances endurées, 10 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 55 440 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 4 200 euros au titre du préjudice d'agrément, 15 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent et 5 250 euros au titre du préjudice sexuel ;

- il en est enfin résulté un préjudice d'impréparation qui doit être évalué à 50 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2020, l'ONIAM, représenté par Me Ribeiro, conclut :

1°) au rejet des réclamations indemnitaires relatives au déficit fonctionnel temporaire, aux souffrances endurées, au préjudice d'agrément, au préjudice esthétique permanent et au préjudice sexuel ;

2°) à la limitation de l'indemnisation des dépenses de santé et du déficit fonctionnel permanent de la requérante à hauteur de 50 940,91 euros ;

3°) au rejet des demandes de la requérante au titre des dépens et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le droit à indemnisation de Mme A au titre de la solidarité nationale n'est pas remis en cause et sera limité à 80 % ;

- les préjudices relatifs au déficit fonctionnel temporaire, aux souffrances endurées, au préjudice d'agrément, au préjudice esthétique permanent et au préjudice sexuel ne peuvent plus donner lieu à indemnisation par l'ONIAM dès lors qu'ils ont fait l'objet d'un protocole d'indemnisation transactionnel le 6 décembre 2014 à hauteur de 29 679 euros ; les réclamations indemnitaires présentées à son encontre au titre de ces préjudices doivent être rejetées ;

- les dépenses de santé, actuelles et futures, seront évaluées à 6 603,25 euros ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent sera de 44 337,66 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 27 mai 2020 et 28 juillet 2022, le centre hospitalier de Dunkerque, représenté par Me Vandenbussche, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation à hauteur de 21 463,07 euros ;

3°) à titre principal, au rejet des demandes de la communauté urbaine de Dunkerque et, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation à hauteur de 21 230,77 euros ;

4°) à la réduction à de plus justes proportions de la somme demandée par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- sa responsabilité ne saurait être engagée à raison d'une erreur de prescription, d'un défaut d'information renforcée, d'une posologie inappropriée ou d'une poursuite fautive du traitement ;

- le taux de perte de chance devra être évalué à 20 % ;

- l'assistance par tierce personne avant consolidation sera indemnisée à hauteur de 1 118,80 euros ;

- le déficit fonctionnel temporaire sera évalué à 582,40 euros ;

- l'indemnisation des souffrances endurées sera de 2 000 euros ;

- l'assistance par tierce personne après consolidation sera évaluée à 6 111,20 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent sera indemnisé à 11 084 euros ;

- le préjudice esthétique permanent sera évalué à 400 euros ;

- l'indemnisation du préjudice d'agrément sera de 166,67 euros ;

- le préjudice sexuel ne sera pas indemnisé.

Par un mémoire, enregistré le 14 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut conclut qu'elle n'entend pas intervenir dans la présente instance pour demander le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de son assurée, Mme A.

Par un mémoire, enregistré le 30 juin 2022 qui n'a pas été communiqué, la Caisse des dépôts et consignations conclut que n'ayant pas de créance à faire valoir, elle n'entend pas intervenir dans la présente instance.

Par des mémoires, enregistrés les 3 juillet 2022 et 22 septembre 2022, la communauté urbaine de Dunkerque conclut, dans le dernier état de ses écritures, à la condamnation du centre hospitalier de Dunkerque à lui verser une somme de 95 838,30 euros au titre des traitements et charges qu'elle a versés à Mme A ou pour le compte de celle-ci, concernant la période du 16 mars 2012 au 30 juin 2013.

Elle soutient qu'eu égard à l'état récapitulatif des débours définitifs dûment établi, elle est fondée à demander que le centre hospitalier de Dunkerque lui verse la somme de 95 838,30 euros, correspondant au montant des émoluments versés à Mme A et des charges patronales qui s'y rattachent, pour la période du 16 mars 2012 au 30 juin 2013.

Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.

Le 28 septembre 2022, un mémoire a été présenté pour le centre hospitalier de Dunkerque.

Les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires nouvelles tendant à la réparation du préjudice d'impréparation, lequel n'a pas été invoqué dans le délai de recours contentieux.

Le 8 septembre 2022, le centre hospitalier de Dunkerque a présenté une réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- les observations de Me Lalieu substituant Me Vandenbussche, représentant le centre hospitalier de Dunkerque.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A, née le 6 août 1967, a été admise au service des urgences du centre hospitalier de Dunkerque le 16 mars 2012 à la suite d'une crise convulsive dont elle a été victime sur son lieu de travail. A son admission, il est constaté une discrète confusion sans signe déficitaire. La tomodensitométrie sans injection a révélé une lésion temporale gauche mesurant trois centimètres entourée d'un œdème péri-lésionnel. Il a été constaté que cette lésion métastasique était en lien avec le carcinome canalaire infiltrant du sein droit pour lequel Mme A avait été traitée en 2008. Mme A a été transférée le jour même au sein du service de médecine polyvalente où une tomodensitométrie avec injection a permis de confirmer la lésion nodulaire. Dans l'attente de l'exérèse et de l'ablation de la prothèse mammaire, après avis du neurologue, Mme A a bénéficié le 17 mars 2012 d'un traitement par Lamictal 50 mg/jour durant deux jours. La posologie a été augmentée, à compter du 19 mars suivant, à deux comprimés par jour. L'évolution de Mme A a été favorable. Elle a été autorisée à sortir le 2 avril 2012. A son retour au domicile, Mme A a présenté une conjonctivite bilatérale associée à des frissons. Le lendemain, ses symptômes se sont aggravés avec l'apparition d'un œdème labial. SOS médecin lui a prescrit un traitement médicamenteux à base de Solupred et de Polaramine. Les symptômes cutanés et muqueux s'aggravant, le 3 avril 2012 à 15h57, la requérante a été à nouveau admise au service des urgences du centre hospitalier de Dunkerque. Le médecin de garde a diagnostiqué un rash d'allure allergique sans signe de gravité. Elle a été autorisée à retourner à son domicile avec la poursuite du traitement par Lamictal 50mg. Le lendemain de son retour, le 4 avril 2012 à 5h16, l'intéressée s'est présentée, une troisième fois, au service des urgences du centre hospitalier de Dunkerque en raison d'une aggravation des signes cutanés et muqueux sans fièvre, avec une dyspnée et une atteinte buccale, sans atteinte bronchique et sans perturbation du bilan biologique. Le diagnostic de l'apparition d'un effet indésirable associé au Lamictal a été retenu. Mme A a été hospitalisée au sein du service de médecine polyvalente de cet établissement de santé. Le traitement à base de Lamictal a été arrêté et remplacé par de l'Urbanyl 10 mg/jour. Le 5 avril 2012, l'état de santé Mme A s'étant aggravé, elle a été transférée au service de réanimation du centre hospitalier régional universitaire de Lille. Les suites ont été compliquées par des épisodes d'hyperthermie et l'apparition d'une éruption érythémateuse maculo-papuleux concernant plus de 90 % de la surface corporelle, d'une conjonctivite, d'érosions buccales graves avec fausse routes et d'érosions génitales. La requérante a été hospitalisée au sein du service de dermatologie de cet établissement du 2 mai au 6 juin 2012 pour syndrome de Lyell compliqué d'une atteinte ophtalmique et digestive avec une sténose œsophagique étendue. A la suite d'une phase d'aggravation, les lésions cutanées se sont stabilisées puis ont régressé.

2. Mme A a adressé, le 4 avril 2013, une demande d'indemnisation auprès de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) du Nord-Pas-de-Calais, qui a désigné le 17 janvier 2014, le professeur C, neurochirurgien, le docteur E, ophtalmologiste, et le docteur B, réanimateur spécialisé en infection, en qualité d'experts. Le rapport d'expertise a été remis le 2 juin 2014. En se fondant sur ce rapport, la CCI, par un avis du 2 juillet 2014, a conclu à la survenance d'une affection iatrogène dont la réparation incombe à l'ONIAM et, en raison du défaut de prise en charge de Mme A, au centre hospitalier de Dunkerque. L'Office a formulé une offre d'indemnisation à hauteur de 29 679 euros que Mme A a acceptée le 6 décembre 2014. Cette dernière, par deux courriers du 17 mai 2019, a présenté auprès du centre hospitalier de Dunkerque et de l'Office des demandes d'indemnisation préalable, restées sans réponse. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation solidaire du centre hospitalier de Dunkerque et de l'Office à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la complication dont elle a souffert lors de son hospitalisation au sein de cet établissement.

Sur les conclusions indemnitaires fondées sur le manquement à l'obligation d'information :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

4. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n'est fait exception que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus. Dans ce même cas, la victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l'administration d'une nouvelle réclamation et invoquer directement l'existence de ces dommages devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A a saisi, le 4 avril 2013, la CCI d'une demande d'indemnisation dirigée contre le centre hospitalier de Dunkerque. Cette demande vaut décision préalable indemnitaire. Dans sa requête introductive d'instance, enregistrée le 9 août 2019, tendant à la réparation des préjudices dont elle a été victime, Mme A recherche la responsabilité sans faute de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale et la responsabilité pour faute médicale du centre hospitalier de Dunkerque. Ce n'est que dans son mémoire, enregistré le 7 septembre 2022, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, que Mme A a invoqué, pour la première fois, la responsabilité du centre hospitalier de Dunkerque en raison d'un manquement à son obligation d'information et, par suite, sollicité l'indemnisation du préjudice d'impréparation. Ce faisant, Mme A ne demande pas réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, seraient nés, ou se seraient aggravés, ou auraient été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté la réclamation. Dès lors, en dépit d'une nouvelle demande indemnitaire préalable adressée par Mme A au centre hospitalier de Dunkerque le 12 septembre 2022, ses conclusions tendant à la réparation des préjudices résultant d'un défaut d'information lors de sa prise en charge par cet établissement constituent une demande nouvelle présentée tardivement. Par suite, elles doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur l'indemnisation au titre de la solidarité nationale :

6. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'incapacité permanente ou de la durée de l'incapacité temporaire de travail. ". Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret. Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code, qui définit le seuil de gravité prévu par ces dispositions législatives : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'ONIAM.

7. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du même code.

8. D'une part, la condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible.

9. D'autre part, pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès. Une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.

10. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport des experts désignés par la CCI et de l'avis de cette commission, que le dommage subi par Mme A est directement et exclusivement imputable à un acte de soin, la prescription de Lamictal par l'équipe médicale du centre hospitalier de Dunkerque lors de la prise en charge de sa crise convulsive. Il est constant que l'état de santé de Mme A a été déclaré consolidé au 1er juillet 2013 avec un déficit fonctionnel de 30 %. Par suite, le critère de gravité ouvrant droit à la réparation des dommages causés par un accident médical non fautif sur le fondement du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique est rempli.

11. Par ailleurs, à supposer même que les conséquences dommageables de la complication dont a souffert Mme A ne soient pas notablement plus graves que celles auxquelles elle aurait été exposée en l'absence de prescription du Lamictal, il résulte des conclusions expertales que le syndrome de Lyell est un effet indésirable connu de la prescription de Lamictal dont la fréquence est estimée à moins de 1/10 000.

12. Il résulte de ce qui précède que les conséquences dommageables de l'affection iatrogène subie par Mme A ouvrent droit à réparation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale en application des dispositions précitées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique .

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Dunkerque :

13. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ". Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ".

14. Lorsque, dans le cas d'un tel accident médical non fautif dont les conséquences dommageables remplissent les conditions prévues par le II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, une faute commise par un professionnel, un établissement, un service ou un organisme mentionné au I du même article a, sans être la cause directe de l'accident, fait néanmoins perdre à la victime une chance d'y échapper ou de se soustraire à ses conséquences, cette dernière a droit à la réparation intégrale de son dommage au titre de la solidarité nationale, mais l'indemnité due par l'ONIAM doit être réduite du montant de l'indemnité mise à la charge du professionnel, de l'établissement, du service ou de l'organisme responsable de la perte de chance, laquelle est égale à une fraction des dommages, fixée à raison de l'ampleur de la chance perdue.

15. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise et de l'avis de la CCI, que le traitement par Lamictal est la prescription préconisée lors de la survenue d'une crise convulsive généralisée. Il résulte de la littérature médicale, notamment du résumé des caractéristiques du produit mentionné dans les conclusions expertales, qu'" En raison du risque d'éruption cutanée, la posologie initiale et les augmentations posologiques suivantes ne doivent pas être dépassées ", soit 25 mg par jour les deux premières semaines puis une augmentation à 50 mg par jour les troisième et quatrième semaines. Il résulte cependant du rapport d'expertise que la posologie du traitement prescrit à Mme A le 17 mars 2012 est de 50 mg par jour puis à compter du 19 mars 2012, de 100 mg par jour en deux prises. Dès lors, en prescrivant cette posologie, le praticien du service des urgences du centre hospitalier de Dunkerque n'a pas respecté le schéma thérapeutique préconisé, ce qui a induit un surdosage de la molécule ingérée par Mme A. Il résulte par ailleurs du rapport d'expertise qu'après avoir sollicité, par téléphone, l'avis d'un neurologue sur le choix et la posologie du traitement, qui n'a confirmé son avis ni par télécopie ni par courriel, le praticien a établi la prescription sans consulter le résumé des caractéristiques du produit afin de vérifier les indications, les contre-indications, les posologies et les effets indésirables, ni contacter le neurologue pour confirmer le choix thérapeutique. Mme A n'a pas davantage bénéficié d'une information sur la nécessité de consulter un médecin en cas d'effet indésirable en précisant la prise de Lamictal et, le cas échéant, d'arrêter le traitement. Il résulte enfin des conclusions expertales que lorsque Mme A s'est présentée au service des urgences du centre hospitalier de Dunkerque le 3 avril 2012 en raison de l'apparition de symptômes révélant une intolérance au Lamictal, le médecin, après avoir constaté des signes cutanés et oculaires, a maintenu l'administration de cette molécule alors même, ainsi que le relève le collège d'experts, qu'il avait la possibilité de solliciter l'avis d'un autre praticien ou d'un pharmacien et d'hospitaliser la patiente. En l'espèce, si les experts ont estimé que l'arrêt du traitement le jour de la consultation n'aurait pas permis, avec certitude, de mettre un terme aux effets indésirables dès lors qu'il est souvent constaté, après l'arrêt d'un traitement à l'origine d'effets indésirables, une aggravation des lésions, il existe néanmoins, eu égard à la gravité extrême des lésions dont souffre Mme A, notamment œsophagiennes, un lien entre le surdosage et le dommage subi par cette dernière. Dès lors, si le comportement de l'équipe médicale du centre hospitalier de Dunkerque, qui n'a pas été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement, celui-ci n'est pas responsable de l'intégralité du dommage corporel survenu mais seulement d'une fraction de celui-ci. Dans ces conditions, eu égard à la posologie prescrite et à l'absence d'arrêt du traitement lors de la consultation du 3 avril 2012, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance de l'intéressée d'éviter les lésions dont elle est atteinte en la fixant à 20 %, comme l'a fait la CCI dans son avis.

16. Il résulte de ce qui précède que les préjudices subis par Mme A doivent être réparés à hauteur de 80 % par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale et de 20 % par le centre hospitalier de Dunkerque.

Sur la réparation des préjudices de Mme A et de la caisse primaire d'assurance maladie des Flandres :

17. En premier lieu, il résulte du rapport des experts désignés par la CCI que la date de consolidation de l'état de santé de Mme A en rapport avec les conséquences de l'affectation iatrogène doit être fixée au 1er juillet 2013.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 1142-17 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale estime que le dommage est indemnisable au titre du II de l'article L. 1142-1, ou au titre de l'article L. 1142-1-1, l'office adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans le délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis. Cette offre indique l'évaluation retenue, le cas échéant à titre provisionnel, pour chaque chef de préjudice ainsi que le montant des indemnités qui reviennent à la victime, ou à ses ayants droit (). L'offre a un caractère provisionnel si l'office n'a pas été informé de la consolidation de l'état de la victime. L'offre définitive doit être faite dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle l'office a été informé de cette consolidation. () L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. () ". Selon l'article 2044 du code civil, la transaction est un contrat par lequel les parties terminent une contestation née ou préviennent une contestation à naître. En vertu de l'article 2049 de ce code, les transactions ne règlent que les différends qui s'y trouvent compris.

19. Il résulte de l'instruction que Mme A a signé, le 6 décembre 2014, un protocole d'indemnisation transactionnelle partielle, proposé par l'ONIAM en application de l'article L. 1142-17 du code de la santé publique et rappelant que son acceptation vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil, d'un montant global de 29 679 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique permanent, du préjudice d'agrément et du préjudice sexuel. Dès lors, l'exception de chose transigée soulevée par l'ONIAM relative aux réclamations indemnitaires présentées par Mme A pour ces postes de préjudice doit être accueillie.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

20. La requérante sollicite le remboursement de la somme de 6 488,27 euros au titre de ses dépenses de santé antérieures à la date de consolidation. Il résulte de l'instruction que les séquelles du dommage subi par Mme A nécessitent des soins cutanés, en particulier, l'administration régulière de produits pharmaceutiques, dont le coût total mensuel de 47,50 euros est resté à la charge de la victime, ce que ne conteste par le centre hospitalier. Le montant total de ces dépenses, pour la période allant du mois d'août 2012 au 1er juillet 2013, date de la consolidation, s'élève à 522,50 euros ((10,75 + 14,90 + 13,90 + 7,95) x 11 mois). Par ailleurs, dès lors que le port d'une prothèse capillaire est, ainsi que le relèvent les experts, partiellement lié au dommage qu'elle a subi, la requérante est fondée à demander l'indemnisation des frais d'achat d'une prothèse capillaire qu'elle a supportés le 21 juin 2012 à hauteur de 260 euros. Il sera fait, compte tenu notamment du montant restant à sa charge, soit 185 euros, une juste appréciation de la réparation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 92,50 euros (185/2). Il résulte en outre du rapport d'expertise que Mme A doit porter des lentilles scléro-rigides, dont le coût restant à sa charge s'élève à 291,42 euros. En revanche, si la requérante soutient qu'elle a supporté des frais concernant l'achat d'un complément alimentaire, Withania complex, elle ne produit aucun élément de nature à établir l'imputabilité de ces frais au dommage qu'elle a subi. Mme A n'apporte pas non plus suffisamment d'éléments pour justifier des dépenses de santé alléguées concernant l'achat de verres teintés antérieurement à la date de consolidation. Eu égard à ce qui précède, il sera fait une juste appréciation des dépenses de santé actuelles laissées à la charge de Mme A en évaluant ce chef de préjudice à la somme de 906,42 (522,50 + 92,50 + 291,42), dont la somme de 725,14 euros sera mise à la charge de l'ONIAM et celle de 181,28 euros sera mise à la charge du centre hospitalier de Dunkerque.

S'agissant des frais de transport :

21. Il résulte de l'instruction que Mme A s'est rendue en train aux opérations d'expertise qui se sont déroulées les 15 octobre 2013 au centre hospitalier d'Argenteuil (78), 23 janvier 2014 à Montgeron (91) et le 25 avril 2014 à l'hôpital Bicêtre (94). Si elle sollicite, pour l'aller et le retour à ces réunions d'expertise, l'indemnisation de trajets concernant deux personnes, elle n'établit pas la qualité de la personne l'accompagnant ni la nécessité de sa présence aux opérations d'expertise. Il y a seulement lieu, par suite, d'indemniser les frais supportés par l'intéressée correspondant à trois allers-retours entre Dunkerque, son lieu de résidence, et les lieux des expertises, en Ile-de-France, ainsi que l'achat de six tickets d'un montant unitaire de 4,10 euros pour l'utilisation du réseau des transports communs parisiens. Eu égard aux pièces produites par la requérante, il sera fait une juste appréciation de ses frais de déplacement en les évaluant à la somme de 241,80 euros (66 + 38,40 x 2 + 37,20 x 2 + 6 x 4,10). Par ailleurs, en l'absence de pièce justifiant des frais de déplacement de la requérante entre Dunkerque et Lille, pour sa venue aux opérations d'expertise conduites devant la CCI, et en l'absence de toute justification des frais de déplacement quotidiens de son époux entre Lille et Dunkerque pour la période d'avril à mi-juillet 2012, et ce, en dépit de la contestation de leur existence par le centre hospitalier de Dunkerque et l'ONIAM, il y a lieu de rejeter l'indemnisation de ces frais. Dès lors, Mme A est seulement fondée à solliciter le remboursement de la somme de 241,80 euros, dont 48,36 euros seront versés par le centre hospitalier de Dunkerque et 193,44 euros par l'ONIAM.

S'agissant de l'assistance par tierce personne :

22. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

23. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise et de l'avis de la CCI, que pour les périodes entre les 14 juillet 2012 et 9 octobre 2012 et entre les 16 décembre 2012 et 15 janvier 2013, l'état de santé de Mme A a nécessité à titre temporaire une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur de deux heures par jour. Le nombre de jours à indemniser est ainsi de 119 jours. Du 16 janvier 2013 au 30 juin 2013, son état de santé a nécessité une aide par tierce personne non spécialisée à hauteur d'une heure par jour. Le nombre de jours à indemniser est pour cette période de 166 jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Les sommes exposées durant cette période doivent être évaluées à un montant total de 6 840,33 euros (2 x 119 x (412/365) x 15) + (1 x 166 x (412/365) x 15). Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne à titre temporaire doit être fixée à 6 840,33 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Dunkerque à hauteur de 1 368,07 euros et de l'ONIAM à hauteur de 5 472,26 euros.

24. Il résulte également de l'instruction que les besoins d'assistance par une tierce personne non spécialisée de Mme A postérieurement à la date de consolidation de son état de santé, fixée au 1er juillet 2013, ont été évalués par les experts à quatre heures par semaine dont le tiers est imputable à l'affection iatrogène. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Dès lors, pour la période du 1er juillet 2013 au 4 novembre 2022, soit 3 414 jours, les sommes exposées doivent être évaluées à un montant total de 11 010,32 euros ((3 414 x 0,57 x (412/365) x 15) / 3), qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Dunkerque à hauteur de 2 202,07 euros et de l'ONIAM à hauteur de 8 808,25 euros.

25. En outre, en retenant les mêmes bases de calcul ainsi que le taux de l'euro de rente viagère fixé à 31,494 par le barème de capitalisation 2020 publié par la Gazette du palais (taux d'intérêt égal à 0 %), dès lors que Mme A est âgée de 55 ans à la date du jugement, ses besoins d'assistance par une tierce personne à la suite du jugement et à titre viager doivent être évalués à la somme de 37 072,94 euros ((0,57 x 412 x 31,494 x 15) /3), dont le montant de 7 414,59 euros sera mis à la charge du centre hospitalier de Dunkerque et celui de 29 658,35 euros sera alloué par l'ONIAM.

S'agissant des dépenses de santé futures (après consolidation) :

Quant à la période entre la date de consolidation et la date du jugement :

26. En premier lieu, Mme A se prévaut, concernant les dépenses de santé actuelles, de frais restés à sa charge à hauteur de 35 305,69 euros correspondant à l'achat de pommade pour l'hygiène palpébrale (84,80 euros mensuels), ainsi que de prothèse capillaire (185 euros) et de verres teintés (213,67 euros tous les deux ans). Il résulte de l'instruction, en particulier des factures de pharmacie produites par la requérante, que cette dernière a exposé, pour la période du 1er juillet 2013 au 4 novembre 2022, des frais pharmaceutiques correspondant à l'achat de crèmes et soins corporels d'un montant total de 59,15 euros ainsi que d'un collyre, à hauteur de 14,95 euros. Les factures ultérieures de pharmacie relatives à l'achat de ce collyre mentionnent un reste à charge de l'intéressée de 0 euros. Il résulte également des factures produites par la requérante qu'elle a exposé des frais relatifs à l'achat de pommade pour l'hygiène palpébrale à hauteur de 84,20 euros par mois, ainsi que des frais d'achats de trois prothèses capillaires (92,50 x 3) et de quatre perruques (6,20 + 9,56 + 17,75 + 23,12) / 2). Il résulte enfin du rapport d'expertise que les séquelles dont reste atteinte Mme A rendent nécessaire l'utilisation de lunettes avec des verres teintés dont le seul surcoût de la polarisation est susceptible d'être indemnisé à hauteur de 50 euros. Il ne résulte enfin pas de l'instruction, en particulier des conclusions expertales, que les deux soins annuels dont elle bénéficie en institut de beauté sont en lien avec le dommage qu'elle a subi. Dès lors, Mme A doit être regardée comme justifiant avoir exposé, après la date de consolidation et jusqu'au jugement, des dépenses de santé à hauteur de 9 977,51euros ((84,80 x 112) + 59,15 + 14,95 + 50 + 50 + 305,81), dont la somme de 1 995,50 sera versée par le centre hospitalier de Dunkerque et celle de 7 982,01 euros par l'ONIAM.,

Quant à la période postérieure à la date du jugement :

27. Il résulte de ce qui vient d'être énoncé au point précédent que le montant annuel des dépenses de santé exposées par Mme A doit être évalué à 1 017,60 euros au titre de l'achat de produits palpébrales et à 25 (50/2) euros au titre de la polarisation des verres. Il résulte en outre de l'instruction que depuis 2019, la requérante n'achète plus de prothèse capillaire mais des perruques dont le montant moyen annuel indemnisable est de 10 (20/2) euros. Dès lors, au titre de la période postérieure au jugement, compte tenu de l'accord du centre hospitalier de Dunkerque et de l'ONIAM pour la capitalisation demandée par la requérante, il y a lieu de retenir le barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2020, reposant sur la table de mortalité sexuée pour 2014-2016 et un taux d'intérêt de 0%. Eu égard à l'âge de Mme A à la date du présent jugement, soit 55 ans, le coefficient d'une rente viagère s'établit à 31,494. Sur la base d'une perruque par an, le montant total des dépenses de santé restant à la charge de Mme A pour la période postérieure au 4 novembre 2022 s'élève à 33 150,58 euros, ((1 017,60 + 25 + 10) x 31,494), qui sera versée à hauteur de 6 630,11 euros par le centre hospitalier de Dunkerque et de 26 520,47 euros par l'ONIAM.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

28. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise et de l'avis de la CCI, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire, qui a été évalué par les experts à 100 % pendant la période d'hospitalisation comprise entre le 3 avril et le 8 juin 2012, date à laquelle la patiente a été transférée à la clinique des Flandres pour le traitement de sa métastase, les 11, 12 et 13 août 2012, 27 septembre 2012 et 1 journée en mai 2013 correspondant à la gestion de sa sonde et de sa stomie, ainsi que du 11 octobre au 15 décembre 2012, soit, déduction faite des 15 jours au cours desquels la complication neurologique a été prise en charge, un total de 123 jours. Les experts ont par ailleurs évalué son déficit fonctionnel à un taux de 50 % durant les périodes allant du 14 juillet au 9 octobre 2012 et du 16 décembre 2012 au 15 janvier 2013, soit 119 jours, et à un taux de 30 % pour la période allant du 16 janvier 2013 au 1er juillet 2013, soit 137 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 3 489 euros. Par suite, eu égard au partage de responsabilité déterminé plus haut et déduction faite du montant de 3 279 euros versé par l'ONIAM, l'indemnité du centre hospitalier de Dunkerque au titre du déficit fonctionnel temporaire doit être fixée à 210 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

29. Les souffrances physiques et morales endurées jusqu'à la date de la consolidation par Mme A ont été évaluées par les experts et la CCI à 5 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM, et eu égard à la durée pendant laquelle Mme A a enduré ces souffrances, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, en l'évaluant à la somme de 13 500 euros. Par suite, eu égard au partage de responsabilité déterminé plus haut, l'indemnité du centre hospitalier de Dunkerque au titre des souffrances endurées doit être fixé à 2 700 euros (13 500 x 0,20).

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

30. Il résulte du rapport d'expertise que Mme A a subi un préjudice esthétique temporaire résultant des lésions cutanées et oculaires, du port d'anneaux cornéens et de ses yeux rouges et larmoyants jusqu'au 1er juillet 2013, date de consolidation de son état de santé. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique subi en l'évaluant à 5 000 euros, dont le montant de 1 000 euros sera mis à la charge du centre hospitalier de Dunkerque et celui de 4 000 euros sera alloué par l'ONIAM.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

31. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise et de l'avis de la CCI, que Mme A a conservé, depuis la date de consolidation des séquelles, notamment des troubles oculaires et digestifs. La requérante présente à ce titre un déficit fonctionnel permanent évalué par les experts à 30 %. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par Mme A, âgée de 45 ans à la date de consolidation, en évaluant son préjudice à la somme de 50 000 euros, dont le montant de 10 000 euros sera mis à la charge du centre hospitalier de Dunkerque et celui de 40 000 euros sera alloué par l'ONIAM.

S'agissant du préjudice d'agrément :

32. Mme A soutient subir un préjudice d'agrément en raison de la photophobie dont elle est désormais atteinte et qui la gêne lors des sorties avec ses enfants ou ses collègues, ainsi que lorsqu'elle conduit. Ces préjudices relèvent cependant du déficit fonctionnel permanent. Il résulte par ailleurs de l'instruction que les troubles dont reste atteinte Mme A ne lui permettent plus de pratiquer la marche nordique. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément en fixant le montant de sa réparation à la somme de 1 500 euros. L'ONIAM ayant déjà versé la somme de 3 200 euros, pour éviter une double indemnisation, il y a lieu de rejeter la demande d'indemnisation de la requérante au titre de ce chef de préjudice.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

33. Il résulte du rapport d'expertise que le syndrome de Lyell est à l'origine d'un préjudice esthétique permanent, en lien avec les lésions cutanées et oculaires, évalué à 5 sur une échelle de 7. Compte tenu de l'âge de la requérante et de l'altération de son apparence, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 12 000 euros. Par suite, eu égard au partage de responsabilité déterminé plus haut et déduction faite du montant de 11 200 euros versé par l'ONIAM, l'indemnité du centre hospitalier de Dunkerque au titre du préjudice esthétique permanent doit être fixé à 800 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

34. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme A a subi un préjudice sexuel qui est imputable pour un tiers à l'infection qu'elle a contractée lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Dunkerque. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 2 000 euros. L'ONIAM ayant cependant déjà versé la somme de 3 200 euros, pour éviter une double indemnisation, il y a lieu de rejeter la demande d'indemnisation de la requérante au titre de ce chef de préjudice.

35. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des préjudices de Mme A est évalué à la somme globale de 186 688,90 euros, dont le montant de 34 549,98 euros sera versé par le centre hospitalier de Dunkerque et celui de 123 359,92 euros sera alloué par l'ONIAM.

En ce qui concerne les intérêts :

36. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

37. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir la somme globale de 157 909,90 euros versée à Mme A des intérêts au taux légal à compte du 20 mai 2019, date de réception de ses demandes indemnitaires préalables.

Sur l'action subrogatoire de la communauté urbaine de Dunkerque :

38. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 7 janvier 1959 relative aux actions en réparation civile de l'Etat et de certaines autres personnes publiques, dans sa version en vigueur : " L'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics administratifs disposent de l'action subrogatoire prévue par les dispositions des articles L. 825-1 à L. 825-8 du code général de la fonction publique lorsqu'un décès, une infirmité ou une maladie imputable à un tiers affecte un de leurs agents autres que ceux mentionnés aux articles L. 1 et L. 2 du même code ". Aux termes des dispositions de l'article L. 825-1 du code général de la fonction publique : " L'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics à caractère administratif disposent de plein droit contre le tiers responsable du décès, de l'infirmité ou de la maladie d'un agent public, par subrogation aux droits de ce dernier ou de ses ayants droit, d'une action en remboursement de toutes les prestations versées ou maintenues à l'agent public ou à ses ayants droit et de toutes les charges qu'ils ont supportées à la suite du décès, de l'infirmité ou de la maladie. " et aux termes de l'article L. 825-4 du même code : " L'action subrogatoire concerne notamment : 1° La rémunération brute pendant la période d'interruption du service ; () 7° Les charges patronales afférentes à la rémunération maintenue ou versée au fonctionnaire pendant la période de son indisponibilité. () ".

39. La communauté urbaine de Dunkerque exerce une action subrogatoire à l'encontre du centre hospitalier de Dunkerque afin d'obtenir le remboursement de la somme de 95 838,30 euros.

40. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'état définitif des créances établi par la communauté urbaine de Dunkerque, non contredit par les autres pièces du dossier, que la somme réclamée correspond aux salaires versés à Mme A du 16 mars 2012 au 30 juin 2013 et aux charges patronales y afférentes, d'un montant total de 95 838,30 euros. Il résulte du rapport du collège d'experts désignés par la CCI que la perte de gains professionnels avant la date de consolidation est liée à l'affection iatrogène seulement à hauteur de 50 %. Il résulte également des conclusions expertales que la date de prolongation de l'arrêt de travail de Mme A au-delà de la date de consolidation, le 1er juillet 2013, a été rendue nécessaire seulement par l'état de santé antérieur de Mme A en raison de la localisation cérébrale et des chirurgies d'exérèse de la tumeur. Dès lors, la communauté urbaine de Dunkerque est seulement fondée à demander le remboursement de la moitié des débours exposés du 16 mars 2012 au 30 juin 2013, soit la somme de 47 919,15 euros (95 838,30 / 0,5). Il y a ainsi lieu de condamner le centre hospitalier de Dunkerque à verser à la communauté urbaine de Dunkerque la somme de 9 583,83 euros.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

41. Aucun dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, n'a été exposé dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions relatives à la charge des dépens ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

42. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier Dunkerque le versement à Mme A de la somme de 300 euros et de l'ONIAM le versement à la requérante de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à Mme A une indemnité de 123 359,92 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 20 mai 2019.

Article 2 : Le centre hospitalier de Dunkerque est condamné à verser à Mme A la somme de 34 549,98 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 20 mai 2019.

Article 3 : Le centre hospitalier de Dunkerque est condamné à verser à la communauté urbaine de Dunkerque la somme de 9 583,83 euros.

Article 4 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme A la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le centre hospitalier de Dunkerque versera à Mme A la somme de 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, au centre hospitalier de Dunkerque, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la communauté urbaine de Dunkerque, à la Caisse des dépôts et consignations et à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Varenne, première conseillère,

Mme Bruneau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. Bruneau

Le président,

signé

A. Jarrige

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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