vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1907533 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GUEY-BALGAIRIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 août 2019, 10 mars 2022,
15 mai 2022 et 29 juin 2022, la société par actions simplifiée Établissements Sueur, représentée par Me Guey-Balgairies, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) à titre subsidiaire de prononcer le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2016 et 2017 à concurrence de l'exclusion en base, des sommes de 27 917,91 euros, 9 700 euros et 72 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'était pas fondée à qualifier d'industriel l'établissement dont elle est propriétaire et qu'elle exploite sur la commune d'Acq, au sens des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts, dès lors que l'activité qu'elle y exerce n'est pas industrielle par nature, que les moyens techniques utilisés pour cette activité ne peuvent être qualifiés d'importants et ne jouent pas un rôle prépondérant dans l'exercice de son activité ;
- l'administration a retenu à tort dans la base taxable des équipements qui sont exonérés de taxe foncière en application de l'article 1382-11 du code général des impôts tels qu'une installation électrique spécifique d'un montant hors taxe de 27 917,91 euros, une réserve d'eau incendie d'un montant hors taxe de 9 700 euros ainsi qu'un système d'aspiration avec système de prévention anti-incendie liée à l'activité menuiserie d'un montant hors taxe de 72 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 février 2020 et le 18 mars 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
2 septembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dang, conseillère rapporteure,
- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,
- et les observations de Me Guey-Balgairies, représentant la société Établissements Sueur.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée Etablissements Sueur est propriétaire d'un local sis
6 route de la haute Avesnes à Acq (Pas-de-Calais), qu'elle exploite dans le cadre d'une activité de fabrication et de pose de constructions en bois et mixte. A l'occasion d'une vérification de comptabilité, le service vérificateur a examiné les bases d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties 2014 à 2016 et a considéré que cet établissement devait être regardé comme un établissement industriel au sens des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts. En conséquence, les bases de la taxe foncière sur les propriétés bâties ont été rectifiées selon la méthode comptable prévue par cet article. La société Etablissements Sueur demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le caractère industriel de l'établissement :
2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Les règles suivant lesquelles est déterminée la valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties sont définies à l'article 1496 du code général des impôts pour les " locaux affectés à l'habitation ou servant à l'exercice d'une profession autre qu'agricole, commerciale, artisanale ou industrielle ", à l'article 1498 du même code pour " tous les biens autres que les locaux d'habitation ou à usage professionnel visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 " et à l'article 1499 du même code pour les " immobilisations industrielles ". Aux termes de l'article 1499 du code général des impôts : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Revêtent un caractère industriel, au sens de cet article, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre, fût-ce pour les besoins d'une autre activité, est prépondérant.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que l'établissement exploité par la société requérante sur le site d'Acq est d'une superficie de 4 000 m² dont 2 158 m² sont consacrés à la partie atelier, dans lequel sont réalisés des travaux de menuiserie et de charpenterie, éléments de construction en bois concourant à l'édification de bâtiments agricoles et industriels chez des clients. Au sein de cet atelier sont utilisées plusieurs machines dont trois sont entièrement automatisées notamment une cadreuse, un outil de découpe du bois de type Speed-Cut-SC3 et un bac de trempage pour le bois. L'administration a en outre relevé la présence d'un pont roulant dans tout l'établissement, d'une installation d'aspiration pour la partie menuiserie et de deux chariots élévateurs. La valeur comptable des outillages mobilisés s'élève à 713 937 euros. Si la société requérante soutient que les travaux réalisés dans l'atelier seraient destinés à être utilisés par elle dans le cadre de l'activité d'assemblage et de construction réalisée chez ses différents clients, compte tenu de la nature des installations en cause, de leur spécificité et de leur valeur, les moyens techniques que nécessite l'activité exercée dans le bâtiment doivent être regardés comme importants.
4. D'autre part, l'activité exercée au sein de l'établissement en cause consistant dans la production de biens meubles corporels tels que des charpentes et des structures en bois, a un caractère industriel par nature. Au surplus, il résulte de l'instruction que l'atelier de l'établissement joue un rôle essentiel dans l'activité de la société qui, si elle se fait livrer des éléments à assembler sur les chantiers de ses clients, stocke les éléments en bois fabriqués au sein du bâtiment sur ses aires de stockage, avant de les acheminer au moyen d'engins de transport et de levage dont elle est propriétaire. Ainsi, les installations techniques et les outillages ont un caractère prépondérant dans le processus mis en œuvre au sein de l'établissement. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester le caractère industriel de l'établissement d'Acq qu'elle exploite et à soutenir que l'administration ne pouvait faire application de la méthode comptable pour déterminer la valeur locative dudit établissement. Par ailleurs, elle ne saurait utilement se prévaloir des dispositions prévues au I de l'article 103 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017, lesquelles sont entrées en vigueur le 1er janvier 2018, postérieurement aux années d'imposition en litige.
En ce qui concerne la base d'imposition retenue :
5. Aux termes de l'article 1382 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 ". Il résulte de ces dispositions que les biens mentionnés au 11° de l'article 1382 du code général des impôts sont ceux faisant partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381 aux termes desquels : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication () ".
6. La société Etablissements Sueur soutient, à titre subsidiaire, que doivent être exonérés pour la détermination de la base d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2016 et 2017, en tant qu'installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels, une installation électrique spécifique d'un montant hors taxe de 27 917,91 euros, une réserve d'eau incendie d'un montant hors taxe de 9 700 euros ainsi qu'un système d'aspiration avec système de prévention anti-incendie liée à l'activité menuiserie d'un montant hors taxe de 72 000 euros. Pour considérer que ces éléments n'entraient pas dans la catégorie de ceux susceptibles de faire l'objet d'une exonération, l'administration a retenu qu'ils avaient été immobilisés dans des comptes construction (213) et que les factures produites faisaient référence pour une grande partie à des aménagements faisant corps avec les constructions. A supposer que ces éléments seraient des aménagements faisant corps avec les constructions, il n'est pas sérieusement contesté, s'agissant de dispositifs visant à prévenir le risque d'incendie et à sécuriser l'installation électrique au sein d'un établissement où sont fabriqués, puis stockés des éléments de construction en bois, qu'ils étaient spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées au sein de l'établissement. Toutefois, s'agissant de la réserve d'eau incendie, la société requérante se prévalant d'une facture datée du
23 mai 2017, elle n'est pas fondée à demander la réduction des cotisations de taxe foncière en litige résultant de l'exclusion de la valeur locative de cette immobilisation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Etablissements Sueur est seulement fondée à demander la réduction des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 à concurrence de l'exclusion en base de la valeur locative des immobilisations correspondant à l'installation électrique spécifique et au système d'aspiration avec système de prévention anti-incendie liée à l'activité menuiserie.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Etablissements Sueur et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La base de la taxe foncière sur les propriétés bâties de l'établissement d'Acq de la société Etablissements Sueur au titre des années 2016 et 2017 est réduite en excluant la valeur locative des immobilisations correspondant à l'installation électrique spécifique et au système d'aspiration avec système de prévention anti-incendie liée à l'activité menuiserie.
Article 2 : La société Etablissements Sueur est déchargée des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017, en conséquence des réductions en base prononcées à l'article 1.
Article 3 : L'Etat versera à la société Etablissements Sueur une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Établissements Sueur et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président de la formation de jugement,
M. Lemaire, président,
Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
Signé
L. DANG
Le président,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026