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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-1908955

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-1908955

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-1908955
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (7)
Avocat requérantSELARL WIBLAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 octobre 2019 et 23 septembre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Bleu Marine, représentée par Me Wibaut, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 861 euros relative à la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 assortie d'une majoration de 10 %, soit un montant total de 2 047 euros, qui lui a été notifiée par une mise en demeure de payer en date du 6 mai 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a contesté le bien-fondé de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties mise à sa charge au titre de l'année 2018 par une réclamation du 25 octobre 2018 ; cette réclamation était assortie d'une demande de sursis de paiement ;

- les impositions contestées par un contribuable qui a formé une réclamation assortie d'une demande régulière de sursis de paiement cessent d'être exigibles à compter de la date de cette demande ; par suite aucun acte de poursuite ne peut être accompli à compter de cette date ;

- l'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent ;

- la mise en demeure de payer émise à son encontre le 6 mai 2019 et relative à la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018 assortie d'une majoration de 10 % a porté sur une somme qui, à la date où a été délivrée ladite mise en demeure, n'était pas exigible ;

- l'expiration du délai de six mois prévu par les dispositions de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales ne saurait mettre un terme à l'effet suspensif d'une demande de sursis de paiement régulièrement formulée à l'occasion d'une réclamation relative à l'imposition litigieuse ;

- elle est fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des paragraphes 40 et 50 de la doctrine administrative référencée BOI-REC-PREA-20-20-40 publiée le 10 septembre 2012 ainsi que du paragraphe 340 de la doctrine administrative référencée BOI-REC-EVTS-30-20 publiée le 1er juillet 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête et à ce que les entiers dépens et frais soient mis à la charge de la société Bleu Marine.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens présentés par la société Bleu marine ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au

8 octobre 2021 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 24 novembre 2022 :

- le rapport de M. Paganel, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. La société Bleu Marine a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018 en sa qualité de propriétaire d'une péniche située 9001 chemin du Halage à Haubourdin (59320). Par une réclamation du 25 octobre 2018, elle a contesté le bien-fondé de cette imposition. Le 6 mai 2019, la contribuable a été destinataire d'une mise en demeure de payer la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018 assortie d'une majoration, pour un montant total de 2 047 euros. Par une réclamation du 28 mai 2019, elle a contesté l'obligation de payer qui lui a été notifiée par une mise en demeure de payer du 6 mai 2019. Par un courrier du 6 août 2019, réceptionné le 22 août 2019, l'administration fiscale a rejeté cette réclamation. La société Bleu Marine demande au tribunal la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 2 047 euros qui lui a été notifiée par la mise en demeure de payer du 6 mai 2019.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu d'imposition ". Aux termes de l'article R. 198-10 du même livre : " La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects, selon le cas, statue dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. Si elle n'est pas en mesure de le faire, elle doit, avant l'expiration de ce délai, en informer le contribuable en précisant le terme du délai complémentaire qu'elle estime nécessaire pour prendre sa décision. Ce délai complémentaire ne peut, toutefois, excéder trois mois. / En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée / Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif ". Aux termes de l'article R. 199-1 du même livre : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'administration dans un délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai. / L'administration peut soumettre d'office au tribunal la réclamation présentée par un contribuable. Elle doit en informer ce dernier ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il résulte des dispositions de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales que seule la notification au contribuable d'une décision expresse de rejet de sa réclamation assortie de la mention des voies et délais de recours a pour effet de faire courir le délai de deux mois qui lui est imparti pour saisir le tribunal administratif du litige qui l'oppose à l'administration fiscale, l'absence d'une telle mention lui permettant de saisir le tribunal dans un délai ne pouvant, sauf circonstance exceptionnelle, excéder un an à compter de la date à laquelle il a eu connaissance de la décision. En revanche si, en cas de silence gardé par l'administration sur la réclamation, le contribuable peut soumettre le litige au tribunal administratif à l'issue d'un délai de six mois, aucun délai de recours contentieux ne peut courir à son encontre, tant qu'une décision expresse de rejet de sa réclamation ne lui a pas été régulièrement notifiée.[CM1]

4. La société Bleu Marine a saisi l'administration d'une réclamation le 25 octobre 2018, laquelle a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait délivré un accusé de réception de ladite réclamation, ni qu'elle lui a notifié une décision expresse de rejet comportant la mention des voies et délais de recours. Dans ces circonstances, aucun délai de recours contentieux ne peut courir à son encontre. Il s'ensuit que la requête de la société Bleu Marine, enregistrée le 17 octobre 2019, n'est pas tardive. La fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 2 047 euros notifiée à la société Bleu Marine par mise en demeure de payer en date du 6 mai 2019 :

5. La société requérante conteste l'obligation de payer la somme de 2 047 euros correspondant à la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties assortie d'une majoration à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018, qui lui a été réclamée par une mise en demeure de payer du 6 mai 2019.

6. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge peut, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, être autorisé à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. Le sursis de paiement ne peut être refusé au contribuable que s'il n'a pas constitué auprès du comptable les garanties propres à assurer le recouvrement de la créance du Trésor. () L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. ". Il résulte de ces dispositions que les impositions contestées par un contribuable qui a formé une réclamation assortie d'une demande régulière de sursis de paiement cessent d'être exigibles à compter de la date de cette demande. Par suite aucun acte de poursuite ne peut être accompli à compter de cette date. Il appartient au comptable, si ces impositions redeviennent exigibles, d'effectuer un nouvel acte de poursuite afin d'en assurer le recouvrement.

7. Il résulte de l'instruction que la société requérante a demandé à l'administration fiscale le bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales dans sa réclamation du 25 octobre 2018 par laquelle elle contestait le bien-fondé de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties établie au titre de l'année 2018. En application de ces dispositions, l'exigibilité de cette créance demeure suspendue jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur cette réclamation par l'administration ou par le tribunal compétent. Or, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration fiscale ait pris une décision expresse relative à la réclamation mentionnée ci-dessus. Ainsi, en application des dispositions citées au point précédent, la créance dont il s'agit n'est pas redevenue exigible, le sursis de paiement continuant à produire ses effets, de sorte que le service ne pouvait adresser à la requérante, par un courrier du 6 mai 2019, une mise en demeure de payer la somme due au titre de cette imposition. La société Bleu Marine est par conséquent fondée à demander la décharge de l'obligation de payer qui lui a été notifiée par cette mise en demeure le 6 mai 2019.

Sur les conclusions présentées au titre des frais liés au litige :

8. En l'absence de dépens de l'instance, les conclusions présentées par l'administration fiscale au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à la SARL Bleu Marine la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SARL Bleu Marine est déchargée de l'obligation de payer la somme de

2 047 euros résultant de la notification de la mise en demeure de payer émise à son encontre le

6 mai 2019 par le comptable public pour avoir paiement de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties réclamée au titre de l'année 2018 et de la majoration y afférente.

Article 2 : L'Etat versera à la SARL Bleu Marine une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'administration fiscale au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Bleu Marine et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

M. A La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

[CM1]

CE, 21 octobre 2020, Société Marken Traiding, n°443327, A.

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