LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-1909283

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-1909283

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-1909283
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDE BERNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 octobre 2019, 27 mars 2020 et 28 avril 2021, Mme C E, représentée par Me Bonduel, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 306 993,76 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa prise en charge dans cet établissement avec intérêts au taux légal et capitalisation à compter du 28 octobre 2019 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix, outre les dépens, une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier de Roubaix a commis des fautes en pratiquant un test de verticalisation alors que son état de santé contre-indiquait un tel acte et sans précautions particulières pour éviter une chute ;

- cet établissement a également engagé sa responsabilité pour faute, en raison d'un manquement à son obligation d'information, dès lors qu'il ne l'a pas informée des risques encourus en raison de la réalisation d'un test de verticalisation, acte de soin à visée rééducative ;

- elle a subi, du fait de ces manquements, des préjudices patrimoniaux qui se décomposent comme suit : 3 590,40 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne temporaire et 272 740,86 euros au des frais d'assistance par une tierce personne à titre définitif ;

- elle a également subi des préjudices extrapatrimoniaux qui se décomposent comme suit : 4 162,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 8 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 12 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

- elle a également subi, en raison du manquement du centre hospitalier de Roubaix à son devoir d'information, un préjudice d'impréparation qui doit être évalué à 2 000 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 19 mars 2020, 16 avril 2021 et 3 mai 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 36 027,05 euros en remboursement de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement du mémoire du 19 mars 2020 et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de condamner cet établissement à lui verser la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle a exposé, pour le compte de son assurée, des débours définitifs d'un montant de 36 027,05 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 mars et 7 juillet 2020, le centre hospitalier de Roubaix, représenté par Me Segard, doit être regardé comme concluant :

1°) à titre principal, à ce que soit ordonnée une nouvelle expertise médicale ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation des conclusions indemnitaires présentées par Mme E à hauteur de 113 000,55 euros ;

3°) au rejet des conclusions indemnitaires présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.

Il fait valoir que :

- il n'a pas été convoqué à l'expertise réalisée par le docteur A, désigné par le tribunal administratif de Lille, de sorte que cette expertise, non contradictoire, est irrégulière et doit être écartée ;

- il n'a pas manqué à son devoir d'information ;

- aucun manquement n'est à l'origine de la chute de Mme E ;

- à supposer que sa responsabilité soit retenue, il ne peut être tenu pour responsable qu'à hauteur de 50% des préjudices subis ;

- l'assistance par tierce personne temporaire ne pourra être indemnisée qu'à hauteur de 1 224 euros ;

- l'assistance par tierce personne définitive ne pourra être indemnisée qu'à hauteur de 102 277,80 euros ;

- le déficit fonctionnel temporaire ne pourra être indemnisé qu'à hauteur de 1 248,75 euros ;

- les souffrances endurées ne pourront être indemnisées qu'à hauteur de 1 750 euros ;

- le préjudice esthétique temporaire n'est pas établi ; à titre subsidiaire, il ne pourra être indemnisé qu'à hauteur de 500 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent de Mme E ne pourra être indemnisé qu'à hauteur de 6 000 euros ;

- le préjudice d'agrément n'est pas établi ;

- le préjudice d'impréparation devra être rejeté en l'absence de manquement au devoir d'information ;

- il n'est pas établi que les débours dont la caisse primaire d'assurance maladie demande le remboursement soient en lien avec les manquements qui lui sont reprochés.

Un mémoire, enregistré le 9 juin 2022, a été présenté par le centre hospitalier de Roubaix.

Vu :

- l'ordonnance n°1804844 du 17 juillet 2018 par laquelle le président du tribunal administratif a désigné le docteur B A en qualité d'expert ;

- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 16 septembre 2019 ;

- l'ordonnance du 26 septembre 2019 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a liquidé et taxé à la somme à la somme de 2 496 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 30 juillet 2018, les frais de l'expertise du docteur A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Larue, rapporteur public ;

- et les observations de Me Chochois, substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Roubaix.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née le 19 mai 1952, était atteinte d'une polyarthrite rhumatoïde à un stade avancé et présentait un état grabataire depuis 2010. Elle était suivie pour cette affection au centre hospitalier de Roubaix. Le 17 novembre 2017, lors d'une consultation avec un praticien du service de médecine physique et de réadaptation du centre hospitalier de Roubaix et un praticien podo-orthopédiste visant à un essayage de chaussures orthopédiques, elle a subi un test de verticalisation au cours duquel elle a chuté. Elle a été immédiatement conduite au service des urgences de ce même centre hospitalier où il lui a été diagnostiquée, après radiographies, une fracture métaphysaire proximale des deux tibias. Elle a été plâtrée et hospitalisée, du 18 novembre au 1er décembre 2017, dans le service d'orthopédie et de traumatologie du même centre hospitalier. Elle a ensuite été hospitalisée jusqu'au 6 avril 2018 au centre de rééducation Les Peupliers à Villeneuve-d'Ascq (59). Les suites des fractures ont été simples. Mme E est décédée le 24 janvier 2022.

2. Par un premier courrier, reçu le 18 décembre 2017, Mme E a sollicité auprès du centre hospitalier de Roubaix l'indemnisation de ses préjudices. Sa demande a été explicitement rejetée par cet établissement le 24 avril 2018. Puis, afin d'évaluer la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix et les préjudices subis du fait de sa prise en charge au sein de cet établissement, elle a saisi, par requête du 5 juin 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins de réalisation d'une expertise judiciaire. Par une ordonnance du 17 juillet 2018, le président du tribunal administratif de Lille a désigné le docteur B A, chirurgien orthopédiste, avec mission, notamment, de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 26 septembre 2019. Mme E a formé une seconde demande indemnitaire préalable auprès du centre hospitalier de Roubaix par courrier du 28 octobre 2019, reçue le lendemain et demeurée sans réponse. Elle demandait la condamnation du centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 306 993,76 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa prise en charge dans cet établissement.

3. Si Mme E est décédée, ainsi qu'il a été dit, le 24 janvier 2022, l'affaire étant en état d'être jugée, il y a lieu, en application de l'article R. 634-1 du code de justice administrative, d'y statuer.

Sur la régularité de l'expertise :

4. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " Les parties sont averties par le ou les experts des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ; cet avis leur est adressé quatre jours au moins à l'avance, par lettre recommandée. / Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport ".

5. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

6. En l'espèce, il est constant que le centre hospitalier de Roubaix n'était pas représenté lors de la réunion d'expertise qui s'est tenue le 3 septembre 2019 en présence du docteur A, de Mme E, de son fils, de sa belle-fille et de son avocate. Il est certes admis par le centre hospitalier en défense qu'il avait été informé que l'expertise se tiendrait le 10 septembre 2019. Toutefois, cette information était erronée, l'expertise s'étant tenue le 3 septembre, si bien que le centre hospitalier ne peut être regardé comme ayant été mis en mesure, par cette information, de se présenter à l'expertise. En outre, la requérante se borne à produire, pour corroborer ses allégations selon lesquelles le centre hospitalier défendeur aurait été dument convoqué à cette expertise, un courriel du docteur A daté du 23 mars 2020 dans lequel ce dernier atteste que " [un agent] a envoyé par mail au service client la date et le lieu de l'expertise " sans que l'on puisse déterminer, à la lecture de ce document, le patient et le centre hospitalier concernés. Dans ces conditions, et alors que le rapport d'expertise ne mentionne même pas l'existence d'une convocation qui aurait été adressée au centre hospitalier de Roubaix, cette expertise ne peut être regardée comme revêtant un caractère contradictoire à l'encontre de cet établissement. De ce seul fait, et dès lors qu'elle a été soumise au contradictoire dans le cadre de la présente instance, les éléments de cette expertise ne peuvent être pris en compte que s'ils revêtent la qualité d'éléments de pur fait non contestés par les parties ou à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier y compris par des éléments qui ont été produits dans le cadre de l'instance de référé ayant donné lieu à l'expertise, qui opposait les mêmes parties et qui a donné lieu à un débat contradictoire.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix :

En ce qui concerne les fautes dans la prise en charge médicale de Mme E :

7. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "

8. En premier lieu, s'il est constant que Mme E, atteinte d'une polyarthrite rhumatoïde à un stade très avancé, ne pouvait plus marcher et se déplaçait uniquement en fauteuil roulant, il résulte de l'instruction, en particulier du courrier du 23 novembre 2017 du docteur F, praticien du service de médecine physique et de réadaptation, versé aux débats dans le cadre de l'instance de référé et intégralement cité par le docteur A dans son expertise, qu'un premier test de verticalisation, dans des conditions similaires, c'est-à-dire entre des barres parallèles, en présence d'au moins deux personnes et avec la protection du fauteuil roulant pour éviter une chute vers l'arrière, avait été pratiqué préalablement à la consultation de l'intéressée le 17 novembre 2017 dans ce service, laquelle visait à l'essayage de chaussures orthopédiques et s'inscrivait dans un processus visant à lui faire retrouver une autonomie partielle en lui permettant, notamment, de pouvoir prendre en charge elle-même ses transferts depuis et vers son fauteuil roulant. Il résulte des termes de ce courrier, non contestés par les parties, que ce premier test de verticalisation a été probant, Mme E étant parvenue à maintenir la position debout pendant plusieurs minutes. Dans ces circonstances, il ne peut être établi que l'état de santé de Mme E aurait contre-indiqué toute tentative de verticalisation. En procédant à un tel acte, le centre hospitalier de Roubaix n'a, par suite, commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.

9. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du courrier précité du docteur F du 23 novembre 2017, que la première tentative de verticalisation de Mme E qui, ainsi qu'il a été dit, a été réussie, s'est déroulée en présence de deux personnes, entre deux barres parallèles et avec le fauteuil roulant de l'intéressée derrière elle de façon à prévenir toute chute. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que des précautions identiques ont été prises lors de la consultation du 17 novembre 2017. S'il est soutenu que des précautions supplémentaires auraient dû être adoptées, telles que l'utilisation d'un harnais ou le recours à une ou deux personnes supplémentaires, il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de Mme E le 17 novembre 2017 aurait nécessité des précautions supplémentaires à celles mises en œuvre lesquelles avait précédemment suffi pour parvenir à une verticalisation réussie. Par suite, et aussi regrettable qu'ait été la chute de Mme E, consécutive à un déverrouillage de ses deux genoux, les conditions dans lesquelles le test de verticalisation subi par l'intéressée le 17 novembre 2017 s'est déroulé ne sont pas fautives.

En ce qui concerne le défaut d'information :

10. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information incombe à tout professionnel de santé (). Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. La volonté d'une personne d'être tenue dans l'ignorance d'un diagnostic ou d'un pronostic doit être respectée, sauf lorsque des tiers sont exposés à un risque de transmission. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ".

11. En application de ces dispositions, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. Il suit de là que la circonstance qu'un risque de décès ou d'invalidité répertorié dans la littérature médicale ne se réalise qu'exceptionnellement ne dispense pas les médecins de le porter à la connaissance du patient. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. En outre, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité.

12. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier défendeur, la tentative de verticalisation de Mme E, qui s'est déroulée lors d'une consultation dans le service de médecine physique et de réadaptation du centre hospitalier de Roubaix et qui s'insérait dans un processus thérapeutique visant à ce que cette dernière retrouve un minimum d'autonomie revêt le caractère d'un acte médical au sens des dispositions précitées de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. Le centre hospitalier défendeur était ainsi tenu d'informer la requérante des risques inhérents à cet acte, en particulier du risque de chute qui doit être regardé, au regard de la nature même d'un test de verticalisation, lequel concerne des personnes ayant des difficultés à maintenir la position debout, comme présentant une fréquence statistique significative. Si Mme E soutient qu'elle n'a pas été informée de ce risque, il résulte cependant de l'instruction, en particulier du courrier du docteur F évoqué ci-dessus, que cette dernière a subi, préalablement au 17 novembre 2017, un premier test de verticalisation réalisé avec l'aide de deux soignants, à l'aide de barres parallèles et avec le fauteuil placé derrière elle pour prévenir tout risque de chute de sorte que le risque de chute a nécessairement été évoqué lors de cette première consultation. Le second test de verticalisation s'est déroulé de façon identique et, par suite, dans des conditions telles que Mme E, dont l'état cognitif a été qualifié de bon par l'expert, avait nécessairement, du fait des précautions prises pour éviter sa chute, connaissance du risque de chute inhérent à tout test de verticalisation pratiqué chez une personne grabataire. L'intéressée, qui est d'ailleurs à l'origine de la tentative de verticalisation pratiquée le 17 novembre 2017 puisqu'il résulte de l'instruction, en particulier du courrier précité du docteur F, que c'est elle qui a manifesté la volonté de retrouver une autonomie minimale, doit ainsi être regardée comme ayant consenti à ce risque. Par suite, le centre hospitalier de Roubaix ne peut être regardé comme ayant manqué à son devoir d'information.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que Mme E n'est pas fondée à engager la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix ni, par suite, à demander sa condamnation à l'indemniser des préjudices subis du fait de sa chute survenue le 17 novembre 2017 lors d'une tentative de verticalisation dans le service de médecine physique et de réadaptation de cet établissement. Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing n'est pas fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Roubaix au remboursement des débours exposés pour la requérante et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

14. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 2 496 euros par une ordonnance du 26 septembre 2019 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille, à la charge définitive de la succession de Mme E.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Roubaix, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme E demandait au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la succession de Mme E la somme que demande le centre hospitalier de Roubaix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 2 496 euros sont mis à la charge définitive de la succession de Mme E.

Article 3 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix Tourcoing sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Roubaix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la succession de Mme C E, au centre hospitalier de Roubaix et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président ;

- Mme Varenne, première conseillère,

- Mme Michel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le président,

signé

J-M. RIOU La rapporteure,

signé

M. D

La greffière,

signé

C. VIEILLARD

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions