jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1909692 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HERMARY ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 novembre 2019 et le 2 avril 2021, M. A C, représenté par Me Denisselle, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Merville à lui verser la somme de 140 000 euros en réparation des préjudices résultant d'agissements constitutifs de harcèlement moral qu'il estime avoir subis, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2019 et capitalisation de ces intérêts ;
2°) de condamner la commune de Merville à lui verser l'intégralité des traitements et primes depuis la date de son dernier arrêt de travail et la perte de son droit à plein traitement majoré, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2019 et capitalisation de ces intérêts ;
3°) de condamner la commune de Merville à lui verser l'intégralité du complément indemnitaire annuel 2018 sur les résultats 2017, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2019 et capitalisation de ces intérêts ;
4°) d'annuler la décision du 18 septembre 2019 rejetant sa demande de protection fonctionnelle ;
5°) d'enjoindre à la commune de Merville de mettre en œuvre à son profit la protection fonctionnelle, dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de la commune de Merville la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime, de 2016 à 2019, de faits constitutifs de harcèlement moral de la part du maire de la commune, caractérisés par une attitude abusive, un dénigrement constant et une diminution de ses responsabilités, sans que l'administration communale prenne les mesures nécessaires pour assurer sa protection ;
- il en est résulté une atteinte à sa santé physique et psychologique constitutive d'une faute dont il est fondé à obtenir réparation ;
- ces agissements fautifs sont à l'origine d'un préjudice moral et professionnel dont il estime la juste réparation à la somme de 140 000 euros et l'ont par ailleurs privé de l'intégralité du traitement, des primes et du complément indemnitaire annuel 2018 auxquels il pouvait prétendre ;
- la décision de refus de protection fonctionnelle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la situation de harcèlement moral dénoncée est avérée.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2020, la commune de Merville, représentée par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- aucune faute n'a été commise.
Par une ordonnance du 15 juin 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- les observations de Me Denisselle, représentant M. C,
- et les observations de Me Zkirim, substituant Me Forgeois, représentant la commune de Merville.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, attaché territorial principal titulaire, est directeur des services techniques de la commune de Merville depuis mai 2015. Il a, le 15 juillet 2019, saisi son employeur d'une demande de réparation des faits de harcèlement moral dont il estime avoir été victime de la part du maire de la commune, et sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison de ces agissements fautifs. Par décision du 18 septembre 2019, la commune de Merville a rejeté l'ensemble de ces demandes. Par la présente requête, M. C demande au tribunal, d'une part, de condamner la commune de Merville à l'indemniser des préjudices résultant des faits de harcèlement subis et, d'autre part, d'annuler la décision refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur l'existence de faits de harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
3. Il résulte de l'instruction qu'à compter de la fin de l'année 2016, le maire de la commune de Merville a adopté vis-à-vis de M. C un comportement de critique permanente, de dénigrement et d'agissements constitutifs d'une pression constante ayant pour effet, d'une part, de déstabiliser l'intéressé sur sa capacité à mener à bien les missions de responsable des services techniques, d'autre part, de le placer en porte à faux vis-à-vis des équipes qu'il avait la charge d'encadrer en conduisant à ce qu'il soit contraint de modifier sans cesse les priorités et les plannings de travail et, enfin, de contribuer largement à la désorganisation du travail des services techniques, désorganisation par ailleurs largement critiquée dans le même temps. Ce comportement était caractérisé notamment par l'envoi chaque semaine à M. C de courriels comprenant des listes comportant quelquefois jusqu'à plus d'une vingtaine de tâches précises telles que poser une jardinière devant une habitation, changer une ampoule d'un éclairage public, ou vérifier la propreté de toilettes, lui fixant, le plus souvent sur un ton comminatoire, des délais pour la réalisation desdites tâches (" vous avez jusqu'à la fin mars pour régler ces problèmes ", " je vous donne une semaine pour : ") et lui indiquant, lorsque M. C faisait valoir que ces demandes ponctuelles répétées avaient pour effet de désorganiser le planning de travail des équipes des services techniques et se heurtaient à des difficultés liées au manque de personnel qu'il avait " le sentiment que nous n'avons pas les mêmes priorités ", ou " je ne comprends pas votre organisation de travail ". Les pièces produites établissent par ailleurs qu'à compter du mois de septembre 2018, le maire a décidé de participer à toutes les réunions de service des services techniques, qu'il a retiré à M. C la responsabilité du suivi de chantiers de travaux majeurs et qu'il a envisagé en janvier 2019, avant de renoncer en raison de l'opposition tant du comité technique paritaire que du conseil municipal, de procéder à la mutation d'office de M. C sur un autre poste. Si la commune fait valoir que M. C ne s'acquittait pas de ses fonctions de manière satisfaisante, ces affirmations sont directement contredites par l'attestation collective produite par le requérant, émanant des trois adjoints aux travaux, au cadre de vie et aux espaces verts, et aux sports et loisirs, qui fait état de ce que l'intéressé " a toujours fait preuve de diligence et d'efficacité dans le traitement des dossiers et demandes ". Enfin, cette même attestation, ainsi que celle établie par le responsable des espaces verts, dénoncent la pression mise sur M. C et ses collaborateurs, le dénigrement constant et l'hostilité du maire, ainsi que la détresse et la fatigue du requérant. Le comportement du maire a par ailleurs donné lieu à une enquête menée par le CHSCT en octobre 2018, après que huit agents d'encadrement des services techniques, ont décidé d'exercer leur droit de retrait à l'occasion d'une réunion qui s'était tenue le 2 octobre 2018. Il résulte enfin de l'instruction que M. C a alerté à plusieurs reprises le directeur général des services des difficultés rencontrées mais qu'aucune mesure de protection n'a été mise en place. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir l'existence de faits répétés excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, constitutifs d'un harcèlement moral.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus du bénéfice de la protection fonctionnelle :
4. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / IV. La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ".
5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la commune de Merville était tenue, en réponse à la demande formée le 15 juillet 2019 par M. C, de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison des faits de harcèlement moral qu'il subissait au sein de la collectivité. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 18 septembre 2019 lui en refusant le bénéfice.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Toute illégalité affectant une décision administrative est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'autorité administrative. Seuls les préjudices directs et certains qui résultent de cette illégalité fautive sont indemnisables.
7. Les agissements constitutifs de harcèlement moral dont M. C a été victime présentent un caractère fautif et sont ainsi de nature à engager la responsabilité de la commune de Merville à son égard.
8. M. C demande, en premier lieu, la réparation d'un préjudice économique résultant de son placement en congé de longue maladie à demi-traitement, de sa perte des droits à la retraite, de la perte des primes de fin d'année et de son régime indemnitaire depuis son placement en congé de maladie, de ses frais de santé, et enfin le versement au titre de l'année 2018 d'un complément indemnitaire annuel identique à celui perçu l'année précédente. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que son placement en congé de longue maladie, au demeurant non établi et a fortiori non daté, serait en lien avec des souffrances psychologiques. Par suite, la demande ne peut qu'être rejetée.
9. M. C demande, en second lieu, la réparation du préjudice moral résultant des agissements subis et du refus illégal de lui accorder la protection fonctionnelle. Compte tenu de la durée et de la gravité des faits dénoncés, ainsi que de l'absence de réaction de la commune pour protéger son agent, il y a lieu d'accorder au requérant à ce titre la somme de 5 000 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
10. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, M. C a droit aux intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2019, date de réception de sa réclamation indemnitaire préalable.
11. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 13 novembre 2019. Il y a lieu toutefois de faire droit à cette demande à compter du 18 juillet 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'annulation de la décision de refus du bénéfice de la protection fonctionnelle implique nécessairement, au regard du motif d'annulation retenu, que la commune de Merville accorde à M. C le bénéfice de cette protection dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Merville demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Merville une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de la commune de Merville du 18 septembre 2019 refusant à M. C le bénéfice de la protection fonctionnelle est annulée.
Article 2 : La commune de Merville est condamnée à verser à M. C la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral subi avec intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2019. Les intérêts échus à la date du 18 juillet 2020 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Il est enjoint à la commune de Merville d'accorder à M. C le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison des faits de harcèlement moral subis, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La commune de Merville versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Merville sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Merville.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Jarrige, président,
- M. Borget, premier conseiller,
- Mme Zoubir, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le rapporteur,
signé
J. B
Le président,
signé
A. JARRIGE La greffière,
signé
S. MAUFROID
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026