jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1909728 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2019 et le 20 mai 2021, M. K H, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité d'ayant droit de son épouse, Mme D A épouse H, décédée le 22 juin 2016, et au nom de ses enfants mineurs, F, J et G H, représenté par Me Paternoster, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille à lui verser une indemnité de 294 400 euros en réparation des préjudices subis du fait du décès de Mme H, après application du taux de perte de chance qui sera fixé à 50% ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une nouvelle expertise pour se prononcer sur le taux de perte de chance ;
3°) de condamner le CHRU de Lille aux dépens de l'instance ;
4°) de mettre à la charge du CHRU de Lille la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du CHRU de Lille est engagée du fait de la faute médicale commise dans la prise en charge de Mme H ;
- la faute commise par le CHRU de Lille est à l'origine d'une perte de chance de survie qui doit être fixée à 50% ;
- il est résulté de ces manquements des préjudices dont le montant global est de 294 400 euros, après application du taux de perte de chance fixé à 50%, qui se décompose comme suit :
- 201 900 euros au titre du " préjudice économique " tenant à des frais divers de garde d'enfants ;
- 10 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- 7 500 euros au titre du préjudice d'accompagnement ;
- 15 000 euros au titre du " préjudice d'établissement " ;
- 15 000 euros au titre du préjudice d'affection ainsi que 15 000 euros au même titre pour chaque enfant.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 mai 2020 et le 15 juin 2020, le CHRU de Lille, représenté par Me Segard, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête de M. H ;
2°) à la mise à la charge de M. H de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 22 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2021.
La caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Chochois, substituant Me Segard, représentant le CHRU de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 juin 2016, Mme A épouse H, enceinte de deux mois de son quatrième enfant, a été conduite par son époux, M. H, à l'hôpital privé de Villeneuve d'Ascq (HPVA) en raison de douleurs localisées dans le mollet droit. A son arrivée dans cette clinique, Mme H a fait un malaise engendrant pâleur, dyspnée, tachycardie et désaturation. Sur place, des examens biologiques, cliniques et d'imagerie réalisés en urgence ont mis en évidence une thrombose complète des veines fémorales et iliaques droites et des veines jumelles. Le diagnostic d'embolie pulmonaire a été posé et un traitement par héparine injectable a été engagé. Mme H a été ensuite transférée dans l'unité de soins intensifs en cardiologie (USIC) du CHRU de Lille. Une échographie transthoracique a mis en évidence un aspect de cœur pulmonaire aigu associant un ventricule droit dilaté, une hypertension artérielle pulmonaire à 60 mg, un ventricule droit hypokinétique et une veine cave inférieure dilatée non compressible. Le 21 juin 2016, face à l'évolution favorable de son état de santé et en l'absence de souffrance fœtale, Mme H a été autorisée à quitter le CHRU de Lille. A 15h00, bien que préoccupée par son état de santé, Mme H a été reconduite par M. H à leur domicile. Vers 18h25, Mme H a fait un malaise et perdu connaissance, conduisant son époux à appeler les pompiers tout en tentant de la réanimer. Sur place à 18h35, les pompiers ont transféré Mme H au CHRU de Lille. Pendant le transfert, Mme H a présenté de multiples arrêts cardiaques qui, chaque fois, ont été réanimés. Le 22 juin 2016 à 11h15, Mme H est décédée.
2. Les 26, 27 et 30 janvier 2017, par actes extrajudiciaires, M. H a sollicité du président du tribunal de grande instance de Lille, devenu tribunal judiciaire, qu'il ordonne une mesure d'expertise judiciaire au contradictoire du docteur E, du CHRU de Lille, du HPVA et de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Lille-Douai. Par ordonnance du 28 mars 2017, le président du tribunal de grande instance de Lille a désigné le docteur C en qualité d'expert, remplacé par le docteur I par ordonnance du 4 avril 2017. Le 18 septembre 2017 s'est tenue une réunion d'expertise et le docteur I a déposé son rapport définitif le 30 novembre 2017. Le 6 mai 2019, M. H a formulé une demande préalable d'indemnisation auprès du CHRU de Lille, laquelle a été rejetée implicitement le 16 juillet 2019. Par sa requête, M. H demande la condamnation du CHRU de Lille au versement d'une indemnisation en réparation des préjudices subis du fait de la prise en charge de son épouse au sein de ce centre.
Sur la responsabilité du CHRU de Lille :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
4. Il appartient en principe au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge, outre la réalité du préjudice subi, l'existence de faits de nature à caractériser une faute. Toutefois, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
5. D'une part, si M. H, se fondant sur les conclusions de l'expert, soutient que le CHRU de Lille a commis une faute en ne procédant pas à un examen clinique de Mme H avant sa sortie du centre hospitalier le 21 juin 2016, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté par le requérant, que Mme H a bénéficié d'un suivi médical dès son entrée, le 16 juin 2016, jusqu'au 21 juin 2016, jour de sa sortie. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment du dossier médical de Mme H, produit à l'instance, que le centre hospitalier défendeur a effectué un contrôle sous la forme d'un électrocardiogramme le 21 juin 2016, lequel a mis en évidence un état de santé compatible avec le retour à son domicile de Mme H, et a délivré à la patiente une ordonnance prescrivant des bas de contention et un traitement anticoagulant. Il résulte enfin du rapport d'expertise, qu'il n'était pas nécessaire de pratiquer, le jour de la sortie, une nouvelle échographie doppler des veines, aucun caillot flottant n'ayant été mis en évidence par cet examen à l'entrée au centre hospitalier et l'embolie fatale résultant d'un caillot adhérent, de ce fait indétectable.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier des observations médicales et des prescriptions thérapeutiques produites par le centre hospitalier défendeur, et n'est pas contesté par les parties que, lors de sa prise en charge au CHRU de Lille du 16 juin 2016 au 20 juin 2016, Mme H a porté des bas de contention et a subi une contention veineuse régulière. N'est pas plus contesté par le requérant qu'une ordonnance prescrivant des bas de contention et un traitement anticoagulant ont été délivrés à Mme H à sa sortie du CHRU de Lille le 21 juin 2016 à 15 heures. Les documents précités, issus du dossier médical de la patiente, que le centre hospitalier est le seul à détenir, attestent, tout d'abord, que la prescription de contention veineuse n'était prise que pour trois jours, alors que la période sur laquelle elle était censée porter, du samedi 18 au matin au mardi 21 au matin, comprenait quatre jours. Le document intitulé par le centre hospitalier " liste des prescriptions thérapeutiques " décrit ensuite, sous plusieurs aspects, l'exécution de la prescription de contention veineuse. Si ce document fait état de l'intervention d'un agent le mardi 21 juin à 7 h 19, la nature de cette intervention n'est pas renseignée, la fiche produite se bornant à la mention " sans donnée ", alors que la même rubrique, pour la pose de contention la veille, qui est constante, est renseignée par un " oui ". Dans ces conditions, le centre hospitalier ne peut être regardé comme apportant la preuve, qu'il est seul à détenir, du port d'une contention à la sortie de l'établissement, le 21 juin 2016.
7. Or, il résulte de l'instruction, c'est-à-dire du rapport d'expertise, que le port de bas de contention " fait partie de la prise en charge de la pathologie thrombo-embolique ". En particulier " il participe pour bonne part au taux de prévention de la récidive ". Le CHRU de Lille ne conteste pas cette indication, ajoutant que les patients quittent l'établissement de manière habituelle avec leur contention. A cet égard, si l'expert a indiqué que la pose de bas de contention n'est pas forcément inscrite dans le dossier médical du patient, c'est seulement pour indiquer le caractère banal de cette pratique recommandée, qualifiée de " systématique ". La littérature médicale produite par le requérant, à savoir les recommandations pour la pratique clinique publiées en 2005, montre que la réduction du risque d'événements thrombo-emboliques par les moyens prophylactiques mécaniques, à savoir la contention, bénéficie d'un accord professionnel, soit une recommandation de grade D, qui est certes le niveau le moins élevé mais qui fixe les bonnes pratiques. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le CHRU de Lille n'a pas mis en œuvre les moyens nécessaires, dont il disposait, pour traiter dans les règles de l'art le risque de récidive d'embolie pulmonaire dont a souffert Mme H.
8. Il résulte de ce qui précède, et dès lors qu'il n'est pas établi que Mme H portait effectivement des bas de contention au cours de la journée du 21 juin 2016, y compris lors de sa sortie du CHRU de Lille, que M. H est fondé à obtenir la réparation intégrale des préjudices subis du fait de la faute commise par le centre hospitalier dans la prévention de la récidive de l'embolie pulmonaire dont Mme H est décédée.
Sur l'étendue de la réparation :
9. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
10. Sans contester l'existence de la recommandation précitée, tenant au port d'une contention, ni le rôle de la contention dans la réduction du risque de récidive, le " rapport critique " produit par le centre hospitalier en défense, se borne à affirmer, à partir d'études qui, selon ses propres termes, n'ont pas étudié cet aspect, que cette réduction du risque ne s'accompagnerait pas d'une réduction de mortalité par récidive du thrombus. Dès lors qu'il résulte de l'instruction, notamment des conclusions expertales et de la littérature médicale versée à la procédure par le requérant que la contention permet d'affaiblir le risque d'embolie pulmonaire de façon certaine, à titre préventif, la contribution du défaut de contention à la récidive survenue le jour de la sortie, ayant conduit au décès, doit être regardée comme établie. Il résulte par ailleurs de la littérature médicale produite, notamment des recommandations établies en 2003 par la Haute autorité de santé, qu'un patient ayant déjà subi une embolie, sans pour autant être sous traitement anti-coagulant à titre définitif, ce qui ne ressort d'aucune pièce du dossier en l'espèce, présente un risque " élevé " de récidive. Mme H présentait en outre deux facteurs de risque spécifiques, à savoir son âge, de plus de 35 ans, et son obésité (indice de masse corporelle supérieur à 30). Les recommandations pour la pratique clinique, précitées, ne prévoient certes pas la prescription de la seule contention, sans traitement médicamenteux associé mais en association en cas, comme en l'espèce, de risque plus élevé que le risque faible. Ces recommandations recensent en outre le très faible nombre de décès maternels par embolie pulmonaire par an, de l'ordre de 5 à 10 en France, en relevant que, pour un tiers de ces cas, les soins n'étaient pas optimaux. Il y ainsi lieu de considérer qu'en l'absence de facteur de risque particulier, un manquement fait perdre une chance de survie pouvant être évaluée à un tiers. Par suite, au regard de la précocité et de l'intensité de l'embolie pulmonaire subie par Mme H mais aussi aux risques spécifiques qu'elle présentait, les manquements commis par le CHRU de Lille à l'issue de la prise en charge de la patiente au sein de l'établissement doivent être regardés comme ayant fait perdre une chance à cette dernière d'échapper à l'aggravation de son état de santé. Il y a lieu de faire une juste appréciation de ce taux de perte de chance en l'évaluant, compte tenu de ce qui vient d'être énoncé, à 25%. Le CHRU de Lille doit, dès lors, être condamné à indemniser les préjudices subis par M. H, à savoir la fraction des dommages, dont il n'est pas certain qu'ils seraient survenus sans la faute.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe, Mme D H :
11. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
12. Il résulte de l'instruction que, même si elle a perdu connaissance très rapidement après son malaise survenu à domicile, sans jamais reprendre conscience, Mme H a enduré, du fait de l'embolie pulmonaire survenue alors que n'avaient pas été mis en œuvre des soins optimaux par le CHRU de Lille, des souffrances physiques et psychiques, telles que des douleurs thoraciques brutales et répétées et l'angoisse d'une mort imminente, qui ne constitue pas un préjudice distinct des souffrances endurées. Par référence au barème de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à la somme de 5 886 euros qui sera versée par le CHRU de Lille à la succession de Mme D H.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
S'agissant des préjudices subis par M. H :
Quant aux frais divers :
13. M. H, s'il évoque les frais qu'il aurait engagés devant le tribunal de grande instance de Lille, qui relèveraient des frais divers et non des dépens de la présente instance, ne présente aucune demande chiffrée et ne justifie pas avoir supporté des frais à ce titre. Par suite, la demande relative à la charge des " dépens " présentée par M. H doit être rejetée.
Quant au préjudice d'affection :
14. Il résulte de l'instruction que M. H a subi un préjudice d'affection en raison du décès de son épouse avec laquelle il vivait. Dans les circonstances de l'espèce, ce préjudice doit être évalué, après application du taux de perte de chance retenu au point 10, à la somme de 6 250 euros.
Quant au préjudice d'accompagnement :
15. Le préjudice d'accompagnement est destiné à réparer le préjudice moral, dont sont victimes les proches de la victime directe pendant la maladie traumatique de celle-ci jusqu'à son décès. Il a pour objet d'indemniser les bouleversements que le décès de la victime directe entraîne sur le mode de vie de ses proches au quotidien. Si M. H sollicite l'indemnisation de son préjudice d'accompagnement à hauteur de 7 500 euros après application d'un taux de perte de chance de 50%, il ne résulte pas de l'instruction que, compte tenu de la soudaineté de l'aggravation de l'état de santé de son épouse jusqu'à son décès, entre les 21 et 22 juin 2016, il aurait subi un bouleversement particulier de son mode de vie au quotidien de nature à justifier une telle indemnisation. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions indemnitaires de M. H sur ce point.
Quant au préjudice d'établissement :
16. M. H demande 15 000 euros au titre du préjudice d'établissement, qu'il définit comme la perte de l'espoir de vivre la vie familiale qu'il avait imaginée. Le préjudice d'établissement n'est prévu, pour la victime indirecte en cas de décès de la victime directe, ni par la nomenclature Dintilhac, ni par le barème de l'Oniam. Pour les victimes directes, il correspond à la perte de possibilité de réaliser un projet de vie familial en raison de la gravité du handicap permanent après consolidation. Dès lors, la demande présentée au titre du préjudice tenant aux conséquences familiales de la perte de son épouse se confond avec le préjudice d'affection subi par M. H, qui a déjà été indemnisé ci-dessus. Cette demande ne peut qu'être rejetée.
Quant aux frais de garde d'enfants :
17. Il est constant que Mme H n'exerçait aucune activité professionnelle lorsqu'elle a été prise en charge par le centre hospitalier. M. H ne saurait donc prétendre à l'indemnisation d'un préjudice " économique ". Sa demande porte en réalité sur la garde de ses trois filles, pour laquelle il a dû, en raison du décès de son épouse, recourir à des tiers. Il sera fait une juste appréciation de ce besoin en l'évaluant à trois heures par jour jusqu'aux 13 ans de la dernière fille, soit le 8 septembre 2020, âge à partir duquel une garde n'apparaît plus comme nécessaire. Compte tenu du taux de perte de chance, et en tenant compte des congés payés et des jours fériés, c'est-à-dire en calculant l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, le centre hospitalier défendeur versera à ce titre, soit pour une période de 1 541 jours, la somme de 19 568,59 euros (1 541 X 3 X 15 X 412/365 X 0,25).
18. Il résulte de ce qui précède que le CHRU de Lille versera une somme de 25 818,59 euros en réparation des préjudices subis par M. H du fait du décès prématuré de son épouse.
S'agissant des préjudices subis par Mme F H, Mme J H et Mme G H, filles de L D H :
19. Il résulte de l'instruction que Mme F H, Mme J H et Mme G H ont subi un préjudice d'affection en raison du décès de leur mère. Dans les circonstances de l'espèce, ce préjudice doit être évalué, après application du taux de perte de chance à 6 250 euros chacune, soit la somme globale de 18 750 euros. Mme F H et Mme J H sont devenues majeures en cours d'instance. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Lille, à leur verser, la somme de 6 250 euros pour chacune. Le centre hospitalier régional universitaire versera la somme de 6 250 euros à M. H, en tant que représentant légal de sa fille mineure G H.
20. Il résulte de ce qui précède que le CHRU de Lille versera à la succession de Mme H la somme de 5 886 euros, à M. H à titre personnel la somme de 25 818,59 euros et en tant que représentant légal de sa fille G H la somme de 6 250 euros, soit une somme globale de 32 068,59 euros, à Mme F H la somme de 6 250 euros, et à Mme J H la somme de 6 250 euros.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens de l'instance :
21. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des dépens consécutifs à l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
22. Il n'est pas établi que des dépens auraient été exposés au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de la présente instance.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. H, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le CHRU de Lille demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Lille le versement à M. H de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHRU de Lille versera à la succession de Mme D H une somme de 5 886 euros.
Article 2 : Le CHRU de Lille versera à M. K H, en son nom personnel et en tant que représentant légal de sa fille mineure G H, une somme de 32 068,59 euros.
Article 3 : Le CHRU de Lille versera à Mme F H une somme de 6 250 euros.
Article 4 : Le CHRU de Lille versera à Mme J H une somme de 6 250 euros.
Article 5 : Le CHRU de Lille versera à M. H une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. K H, à Mme F H, à Mme J H, à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing et au centre hospitalier régional universitaire de Lille.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.M. B L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. FOUGERES
La greffière,
signé
J. VANDEWYNGAERDE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026