jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1910224 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | VAN DEN SCHRIECK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 décembre 2019, M. B E et Mme A D épouse E, représentés par Me Van Den Schrieck, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013 ainsi que des pénalités correspondantes et de leur accorder le bénéfice du sursis de paiement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 880 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils n'ont pas perçu les revenus fonciers imposés par le service vérificateur ;
- en ce qui concerne les revenus distribués, il n'y a pas eu de désinvestissement de la SNC TLEMCEN ;
- ils n'ont pas appréhendé les revenus en cause ;
- les pénalités qui leur ont été infligées sont insuffisamment motivées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par ordonnance du 25 janvier 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dang, conseillère rapporteure,
- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société en nom collectif TLEMCEN ayant pour activité le débit de tabac, point de vente " Française des jeux " et la vente de détail, dont M. E est le gérant, et qui avait opté pour l'impôt sur les sociétés, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013, à l'issue de laquelle, le service vérificateur a notifié à M. et Mme E des rectifications dans la catégorie des revenus fonciers et des revenus distribués. Ils demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien fondé des impositions :
S'agissant de la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". La mise en œuvre de la procédure de taxation d'office a pour effet de faire peser sur le contribuable la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition qu'il conteste. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, () s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ".
3. D'une part, il résulte de l'instruction que M. et Mme E qui ont reçu notification de la proposition de rectification du 28 juillet 2025 le 16 septembre 2015 n'ont formulé des observations que le 12 novembre 2015, après l'expiration du délai légal et dont il n'est pas établi qu'ils auraient demandé la prolongation de ce délai, doivent être regardés comme ayant tacitement accepté les rectifications en litige au titre de l'année 2012. D'autre part, les requérants n'ayant pas déclaré leurs revenus au titre de l'année 2013 malgré une mise en demeure du 12 mars 2015 dont ils ont accusé réception le 14 mars suivant, le service vérificateur a mis en œuvre la procédure de taxation d'office. Les requérants supportent donc la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions mises à leur charge au titre des années 2012 et 2013.
S'agissant des revenus fonciers :
4. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété ". Aux termes de l'article 29 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter et 33 quater, le revenu brut des immeubles ou parties d'immeubles donnés en location, est constitué par le montant des recettes brutes perçues par le propriétaire, augmenté du montant des dépenses incombant normalement à ce dernier et mises par les conventions à la charge des locataires et diminué du montant des dépenses supportées par le propriétaire pour le compte des
locataires. () ".
5. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans le revenu foncier des requérants, propriétaires du local dans lequel la société TLEMCEN exploite son activité, les sommes de 9 600 euros perçues au titre de loyers pour les années 2012 et 2013 qu'ils ont portées en comptabilité. Si les requérants qui supportent la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions auxquelles ils ont été assujettis, soutiennent ne pas avoir perçu ces sommes, ils ne l'établissent pas. Ainsi, ils ne peuvent soutenir que l'administration n'était pas fondée à réintégrer les sommes en litige dans leur revenu foncier au titre des années 2012 et 2013.
S'agissant des revenus distribués :
6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital/ (..) ". Aux termes de l'article 110 du même code : " pour l'application de l'article 109 1-1°, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".
7. Il résulte de l'instruction que la SNC TLEMCEN a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration, après avoir écarté la comptabilité comme insincère, a reconstitué le chiffre d'affaires de l'exercice clos le 31 décembre 2013 et regardé le bénéfice reconstitué à hauteur de 202 491 euros comme des revenus distribués au profit de
M. E, qu'elle a imposé au nom de son foyer fiscal dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
8. D'une part, les requérants, en se bornant à affirmer que les sommes résultant du rehaussement du résultat de la société TLEMCEN au titre de l'exercice 2013, n'ont pas fait l'objet d'un désinvestissement, n'apportent pas la preuve qui leur incombe du caractère exagéré des impositions mises à leur charge.
9. D'autre part, M. E en se bornant à affirmer qu'il n'a pas perçu les sommes en litige, n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce qu'il ne les a pas appréhendées. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que M. E, gérant de la société dont il détenait l'intégralité des parts avec son épouse, disposait seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, était en mesure d'user sans contrôle de ces biens comme de biens qui lui sont propres et devait donc être regardé comme le seul maître de l'affaire. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé ces sommes dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
En ce qui concerne les pénalités :
10. Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles
L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. () ". Ces dispositions imposent à l'administration d'énoncer les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision d'infliger une sanction fiscale.
11. En premier lieu, aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts :
" I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue (). ".
12. Il résulte de l'instruction qu'aux termes de la proposition de rectification du
28 juillet 2015, le service vérificateur a indiqué aux requérants la base légale, le taux et le montant de ces pénalités, et a exposé de façon précise les inexactitudes et omissions relevées dans les déclarations qu'ils avaient souscrites au titre de l'année 2012, à raison desquelles il a infligé ces pénalités.
13. En second lieu, aux termes de l'article 1728 de ce code : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ".
14. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a fait application de la majoration prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts, après avoir adressé aux requérants une mise en demeure d'avoir à déposer une déclaration de revenus au titre de l'année 2013 dont ils ont accusé réception le 14 mars 2015 à laquelle ils n'ont pas répondu. En reprenant ces éléments de fait qui ne sont pas contestés, et en rappelant le fondement juridique de la pénalité, indépendamment de la défaillance du comptable des requérants, le service vérificateur doit être regardé comme ayant satisfait à son obligation de motivation.
15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 14 que le moyen tiré du défaut de motivation des pénalités doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme E ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, des prélèvements sociaux ainsi que des pénalités correspondantes, auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013. Par voie de conséquence, leurs conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales doivent, par voie de conséquence et en tout état de de cause, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M et Mme E demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme A D épouse E et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président de la formation de jugement,
M Lemaire, président,
Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
L. DANG
Le président,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026