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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-1910788

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-1910788

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-1910788
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP AUBERSON DESINGLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 décembre 2019, 29 juin 2020, 6 avril 2021 et 29 avril 2021, Mme C A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Lens à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de sa prise en charge au sein de cet établissement.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier est engagée en raison des fautes médicales qui ont été commises lors de sa prise en charge par cet établissement de santé ;

- un staphylocoque a été découvert après sa prise en charge ;

- il en est résulté un préjudice " moral et physique " évalué à la somme de 2 000 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 25 avril 2020 et 21 avril 2021, le centre hospitalier de Lens, représenté par Me Vandenbussche, conclut :

1°) au rejet de la requête et des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne ;

2°) à la mise à la charge de Mme A de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle n'est motivée ni en droit ni en fait, ne comporte pas de mentions sur la qualité d'assurée sociale et que Mme A n'a pas chiffré ses prétentions ;

- à titre subsidiaire, aucune faute ne lui est imputable.

- la complication infectieuse dont a souffert Mme A ne revêt pas un caractère nosocomial.

Par deux mémoires, enregistrés les 6 avril 2021 et 21 avril 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Marne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Lens à lui verser la somme de 38 989,80 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assurée, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de notification du présent jugement ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Lens au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le relevé des débours en lien avec les soins liés à l'intervention chirurgicale de Mme A ainsi que l'attestation d'imputabilité ont été établis par le médecin conseil.

Par une ordonnance du 21 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale par le président du tribunal, en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- les observations de Me Lalieu substituant Me Vandenbussche, représentant le centre hospitalier de Lens.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A a constaté en 2018 une déformation de type spastique en extension au niveau du poignet gauche, associée à un flessum des doigts longs excepté le pouce et l'index. A la suite d'examens cliniques et médicaux, Mme A a subi le 15 janvier 2019 une intervention chirurgicale des tendons fléchisseurs des doigts longs, avec allongement sur les fléchisseurs du pouce et résection de la première rangée par voie palmaire du poignet de la main gauche au sein du centre hospitalier de Lens. Elle a été autorisée à quitter l'établissement de santé le 19 janvier 2019. Le 8 février suivant, soit après trois semaines d'immobilisation avec une manchette en résine, Mme A s'est présentée pour un contrôle radio-clinique. Au cours de cette consultation, elle a fait part de fortes douleurs depuis la pose de la manchette. Lors de la dépose de celle-ci, il est constaté une escarre au niveau du poignet au stade 4 au regard du 1er métacarpe et au stade 2 en regard de l'index. Un nettoyage de la plaie a été réalisé, les escarres ont été traitées. Lors d'un rendez-vous de contrôle, le professeur, qui a procédé à l'intervention chirurgicale, a constaté une cicatrisation lentement favorable avec une nécrose sèche, mais s'inscrivant dans un tableau d'hypo-vascularisation. Mme A a été, à nouveau, hospitalisée au centre hospitalier de Lens où elle a bénéficié le 20 mars 2019 d'une intervention consistant à lui retirer la nécrose et à procéder à des prélèvements bactériologiques, qui sont revenus positifs à deux germes : corynebactérium ulcerans et staphylococcus (aureus, epidermis et lugdunensis). Une antibiothérapie a été prescrite à la patiente pour juguler l'infection.

2. Le 25 mars 2019, Mme A s'est présentée au service des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris afin de recueillir un avis sur sa surinfection du poignet gauche. Il a été constaté une plaie exposée purulente au niveau du membre supérieur gauche avec un œdème douloureux. Mme A a été soulagée par de l'Acupan et 7 mg de Morphine en titration. Mme A a été prise en charge par le service de chirurgie de la main, du membre supérieur et des nerfs périphériques de cet établissement de santé. Elle a bénéficié le 31 mars 2019 d'une reprise chirurgicale consistant en un parage des lésions, un curetage de l'ostéite du radius et de la 2ème rangée avec une ténosynovectomie des extenseurs et la mise en place d'un fixateur externe et un traitement par " Vaccum assisted closure " (VAC). Le 14 avril suivant, une arthrodèse ulno-carpienne a été réalisée. Si les suites immédiates ont été favorables, les signes d'infection ont cependant réapparu. Mme A a bénéficié d'une seconde reprise chirurgicale le 25 juin 2019 avec des parages et lavage des lésions cutanées et une recoupe de la broche. Les prélèvements bactériologiques sont, à nouveau, revenus positifs à deux germes, staphylocoque aureus et serratia marcescens. Une antibiothérapie lui a été prescrite. Le 21 septembre 2019, la broche a été retirée et un écoulement purulent et une pseudarthrose ont été constatés. Mme A s'est vue prescrire une antibiothérapie pour une durée de six semaines. La cicatrisation a ensuite évolué favorablement. A compter du 16 octobre 2020, Mme A a été prise en charge en centre de réadaptation à Charleville.

3. Mme A a présenté auprès du centre hospitalier de Lens une demande d'indemnisation préalable, qui a été rejetée par l'établissement de santé par un courrier du 18 novembre 2019 au motif qu'aucune faute ne lui est imputable. Mme A a saisi, le 7 février 2020, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) qui a désigné le 15 janvier 2021 un collège d'experts composé de MM. Lenoble, chirurgien orthopédiste, et Lecoeur, infectiologue, lesquels ont remis leur rapport le 5 novembre 2021. A partir de celui-ci, la commission a estimé, dans un avis du 6 janvier 2022, que le centre hospitalier de Lens n'avait commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal la condamnation du centre hospitalier de Lens à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes commises par cet établissement lors de sa prise en charge.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier de Lens :

4. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la requête de Mme A contient l'exposé des faits constitutifs, selon elle, de manquements. Elle doit ainsi être regardée comme invoquant la responsabilité au moins pour faute du centre hospitalier de Lens en raison de sa prise en charge par cet établissement à la suite de l'intervention chirurgicale du 15 janvier 2019 dont elle a bénéficié. Le centre hospitalier n'est dès lors pas fondé à faire valoir que la requête serait dépourvue de moyens au sens de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

6. En deuxième lieu, par sa requête, Mme A demande au tribunal " d'examiner [son] dossier afin de faire valoir le préjudice moral et physique () ". Cette requête présente clairement le caractère de conclusions indemnitaires. La fin de non-recevoir tirée d'un défaut de conclusions manque en fait.

7. En troisième lieu, en admettant que le centre hospitalier ait entendu soulever en défense la fin de non-recevoir tirée du caractère tardif du chiffrage des conclusions, cette irrecevabilité est régularisable même après l'expiration du délai de recours contentieux, intervenant au plus tard deux mois après l'enregistrement de la requête, tant qu'il n'a pas été statué sur la demande. Au demeurant, il résulte de l'instruction que l'étendue des préjudices subis par Mme A ne pouvait être entièrement révélée qu'à la suite du dépôt de leur rapport d'expertise par les experts désignés par la CCI, soit le 5 novembre 2021. La circonstance que le chiffrage des conclusions soit intervenu le 6 avril 2021 est dès lors sans incidence sur la recevabilité de ces conclusions indemnitaires.

8. En dernier lieu, il appartient au juge administratif saisi d'une demande indemnitaire en rapport avec un dommage corporel de demander à la victime ou à ses ayants droit, si ces informations ne ressortent pas des pièces du dossier, sa qualité d'assuré social ou d'agent public ainsi que la nature et le montant des prestations qu'elle a, le cas échéant, perçues d'un ou plusieurs des tiers payeurs énumérés à l'article 29 de la loi du 5 juillet 1985 visée ci-dessus. Il entre également dans l'office du juge, s'il l'estime utile pour le règlement du litige, de diligenter des mesures d'instruction auprès des tiers payeurs. Par suite, si Mme A n'était pas tenue d'indiquer sa qualité d'assurée sociale dans sa requête, la caisse primaire d'assurance maladie auprès de laquelle elle était affiliée, devait être mise en cause, comme cela a été fait. La fin de non-recevoir tirée du défaut d'indication de la qualité d'assurée sociale ne peut qu'être écartée.

9. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier de Lens doivent être écartées.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Lens :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

10. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ". Selon l'article L. 1110- 5 du même code : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire au regard des connaissances médicales avérées ".

11. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport du collège d'experts désigné par la CCI et de l'avis de cette commission, que l'intervention du 15 janvier 2019 ainsi que la prise en charge de la patiente à la suite de cette intervention ont été adaptées et conformes aux règles de l'art. Il résulte également des conclusions expertales qu'il n'y a pas eu d'anomalie dans l'organisation du service et dans le fonctionnement et enfin que les précautions d'hygiène préopératoire et postopératoire ont été respectées. Si la requérante soutient que postérieurement à l'intervention chirurgicale, l'équipe médicale du centre hospitalier de Lens a commis plusieurs fautes médicales consistant en la pose d'une attelle pour droitier et non pour gaucher puis d'un plâtre, en l'absence de soulagement de ses douleurs et en ce qu'un cathéter et un pansement imprégné de pus auraient été maintenus en place, il ne résulte ni des pièces versées dans la présente instance ni du rapport d'expertise ni de l'avis de la CCI, qu'une attelle pour main droite aurait été posée à Mme A ni qu'un cathéter et un pansement souillé n'auraient pas été enlevés avant qu'elle se présente à l'hôpital européen G. Pompidou à Paris. S'il est en outre constant que la victime a souffert d'une nécrose dans les jours qui ont suivi l'intervention chirurgicale du 15 janvier 2019, il ne résulte d'aucune pièce que le centre hospitalier de Lens aurait commis une faute en lui posant une manchette en résine plutôt qu'un plâtre. En revanche, contrairement aux dires de la requérante, un traitement reposant sur des antalgiques lui a été prescrit à sa sortie de l'établissement de santé le 19 janvier 2019. Il lui a même été précisé de revenir en urgence " si jamais la plaie est malodorante ou la main hyperalgique ". En dépit de ses douleurs, elle s'est seulement présentée au centre hospitalier trois semaines après sa sortie, lors de la consultation de contrôle prévue le 8 février 2019, au cours de laquelle elle a fait part au praticien de ses douleurs. Dès lors, le comportement des équipes médicales du centre hospitalier de Lens a été conforme aux règles de l'art.

En ce qui concerne la responsabilité de plein droit :

12. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes [dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins] sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

13. Il résulte de l'instruction que lors de la consultation de contrôle le 22 février 2019, il a été constaté une cicatrisation lentement favorable avec l'apparition d'une nécrose sur le site opératoire, laquelle a nécessité la pose de tulle gras. A la suite de prélèvements, effectués lors de la première reprise chirurgicale le 20 mars 2019, au niveau de la nécrose, une hémoculture est revenue positive, le 27 mars suivant, aux staphylocoques epidermis et lugdunensis. Entre temps, lors de sa consultation à l'hôpital G. Pompidou le 25 mars 2019, il a été constaté qu'il existait " une issue de liquide purulent franc à la face antérieure du poignet ". En dépit d'un curetage de l'ostéite du radius et de la 2ème rangée, les signes d'infection ont réapparu. Mme A a bénéficié d'une seconde reprise chirurgicale le 25 juin 2019 consistant notamment en un lavage des lésions cutanées et une recoupe de la broche. Les prélèvements bactériologiques sont revenus positifs à deux germes, staphylocoque aureus et serratia marcescens. Une antibiothérapie lui a été prescrite. Le 21 septembre 2019, la broche a été retirée et un écoulement purulent et une pseudarthrose étaient toujours présents. Mme A s'est vue prescrire une antibiothérapie pour une durée de six semaines. L'existence d'une nécrose au niveau de la cicatrice lombaire n'est pas incompatible avec l'existence d'une infection. Il ne résulte pas de l'instruction que ces épisodes infectieux auraient une origine autre que la prise en charge chirurgicale du 15 janvier 2019, et ce en dépit du délai de deux mois qui s'est écoulé entre cette date et celle du 20 mars suivant. Contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier, il n'y a pas lieu, pour apprécier le caractère nosocomial de l'infection, de tenir compte de ce que la cause directe de l'infection résiderait dans la nécrose, complication non fautive. Dans ces conditions, l'infection contractée doit être regardée comme étant survenue au décours de l'intervention chirurgicale subie par Mme A et présentant, en l'absence de cause étrangère démontrée, un caractère nosocomial au sens des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Le centre hospitalier de Lens doit alors être condamné à réparer les conséquences dommageables qui sont directement imputables à l'infection nosocomiale, dès lors qu'elle ne relève pas, en l'espèce, de celles ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale en application de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.

14. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Lens est responsable des préjudices découlant des séquelles de Mme A, qui sont en lien avec l'infection nosocomiale.

Sur la réparation des préjudices :

En ce qui concerne les dépenses de santé :

15. La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par le requérant le recours subrogatoire prévu à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

16. La caisse justifie avoir exposé pour le compte de son assurée des frais hospitaliers à hauteur de 30 978,22 euros correspondant aux hospitalisations du 20 au 30 septembre 2019 au sein de l'hôpital européen G. Pompidou à Paris, pour un montant de 18 000 euros, et, pour le surplus, à celle du 30 août 2021 au 10 septembre 2021 au sein du centre hospitalier Belair à Charleville Mézières et aux séjours au centre de réadaptation fonctionnel pour adultes, situé à Charleville Mézières entre le 16 octobre 2020 et le 23 janvier 2021. Il ne résulte cependant pas de l'instruction que l'ensemble de ces frais, excepté ceux relatifs à l'hospitalisation du 20 au 30 septembre 2019, qui avait pour objet la prise en charge de l'infection, soit lié à l'infection contractée par Mme A. Si la caisse justifie par ailleurs avoir exposé des frais médicaux d'un montant de 4 589,57 euros, des frais pharmaceutiques dont le montant s'élève à 83,97 euros et des frais de transport exposés entre le 22 février 2019 et le 28 septembre 2021 pour un montant de 3 337,47 euros, il ne résulte pas non plus de l'instruction que ces frais soient liés à l'infection nosocomiale contractée par la requérante. Dès lors, la CPAM est seulement fondée à demander au centre hospitalier de Lens de lui verser la somme de 18 000 euros.

En ce qui concerne les souffrances endurées.

17. Il résulte du rapport d'expertise et de l'avis de la CCI que Mme A a enduré des souffrances morale et physiques consécutives à l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Lens. Le collège d'expert les a évaluées à 2,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

18. Si Mme A fait également valoir qu'elle a subi un préjudice " moral ", la souffrance psychique ressentie avant la consolidation est indemnisée, selon la nomenclature dite " Dintilhac " par le poste des souffrances endurées, déjà indemnisé. L'indemnisation d'une atteinte permanente correspondrait à un déficit fonctionnel permanent, évalué après consolidation. L'expert ayant estimé que la consolidation n'était pas encore intervenue, et le montant global des préjudices dont Mme A demande la réparation se limitant à la somme de 2 000 euros, l'indemnisation sollicitée au titre du préjudice moral, entendue comme la souffrance psychique liée à la prise en charge ne peut qu'être rejetée.

19. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité due à Mme A s'établit à la somme de 2 000 euros, qui sera versée par le centre hospitalier de Lens.

Sur les intérêts :

20. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

21. La somme allouée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne au titre de ses débours exposés pour le compte de Mme A sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2021, date d'enregistrement au tribunal du premier mémoire présenté par la caisse.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion :

22. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. ".

23. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne de la somme de 1 114 euros à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations de santé servies à son assurée.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

24. La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne, qui n'est pas représentée par un avocat, ne justifie pas, ni même n'allègue, avoir exposés des frais non compris dans les dépens. Les conclusions qu'elle présente à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser à Mme A une somme de 2 000 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne une somme de 18 000 euros, avec intérêt au taux légal à compter du 6 juillet 2021.

Article 3 : Le centre hospitalier de Lens versera la somme de 1 114 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier de Lens et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

Mme Varenne, première conseillère,

Mme Bruneau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

M. BRUNEAU

Le président,

signé

J.-M. RIOU

La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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