mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2000683 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET SIMON ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 janvier 2020, 27 septembre 2020, 9 février 2022 et 7 avril 2022, Mme D G épouse F, représentée par Me Bastin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de Cambrai à lui verser la somme de 336 371,54 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis lors de sa prise en charge dans cet établissement de santé ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que soit ordonnée une nouvelle expertise sur l'aggravation de ses préjudices subis depuis la date de consolidation fixée par le premier expert au 7 juin 2017 et sur le lien de causalité entre l'intervention litigieuse, son état dépressif, le syndrome douloureux et enfin sur son inaptitude professionnelle ;
3°) d'accorder une provision d'un montant de 20 000 euros ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner le docteur A B à lui verser la somme de 10 000 euros à titre principal, ou 5 000 euros à titre subsidiaire, en réparation des préjudices qu'elle a subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Roubaix ;
5°) d'ordonner l'exécution provisoire du présent jugement ;
6°) de condamner le centre hospitalier de Cambrai et le docteur A B aux dépens ;
7°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cambrai et du docteur A B une somme respective de 4 000 euros et 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'aggravation de son préjudice justifie le prononcé d'une nouvelle expertise médicale afin que ses préjudices soient réévalués, notamment son impossibilité de travailler et son coefficient de douleur ;
- la procédure d'expertise est entachée d'irrégularité dès lors que ses observations et ses pièces complémentaires n'ont pas été prises en compte ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Cambrai est engagée pour manquement au devoir d'information dans la mesure où elle n'a pas été informée de la pose d'une prothèse vaginale, à laquelle elle n'avait pas consentie ;
- la responsabilité du docteur A B est engagée, pour faute personnelle, en ce qu'il n'a pas communiqué à l'expert ses diplômes, ses formations ainsi que le nombre d'interventions pratiquées dans sa spécialité, qu'il a été négligent dans la tenue du dossier médical et qu'il n'a pas signalé la complication post-opératoire aux autorités compétentes et enfin, qu'il a manqué à son obligation de diagnostic et d'information ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Cambrai est en outre engagée en raison de la faute médicale commise par le praticien lors de l'intervention chirurgicale consistant en la pose d'une prothèse vaginale au décours de l'hystérectomie réalisée le 3 octobre 2014 ;
- il en est résulté des préjudices, qui se décomposent comme suit :
* Dépenses de santé et frais divers avant la date de consolidation : 18 108,73 euros ;
* Perte de gains professionnels avant la date de consolidation : 8 962,78 euros ;
* Dépenses de santé futures et frais divers postérieur à la date de consolidation : 69 443 ,30 euros ;
* Assistance par tierce personne permanente : 990 euros ;
* Assistance par tierce personne à titre viager : 17 908,56 euros ;
* Perte de gains professionnels futurs : 139 358,67 euros ;
* Incidence professionnelle : 10 000 euros ;
* Déficit fonctionnel temporaire : 5 209,50 euros ;
* Souffrances endurées : 20 000 euros ;
* Déficit fonctionnel permanent : 16 400 euros ;
* Préjudice d'agrément : 5 000 euros ;
* Préjudice sexuel : 20 000 euros.
- il en est également résulté un préjudice moral d'impréparation qui sera évalué à 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juillet 2020, 23 décembre 2021 et 10 mars 2022, le centre hospitalier de Cambrai, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy conclut :
1°) à titre principal, à la mise hors de cause du docteur A B ;
2°) au rejet des demandes d'expertise avant dire droit et de versement d'une provision ;
3°) à la limitation de l'indemnisation de Mme F à la somme de 10 140,11 euros à titre principal et de 15 679,10 euros à titre subsidiaire, déduction faite de la provision qui lui a été versée à hauteur de 11 000 euros ;
4°) à la limitation de la somme versée à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut à 1 834,55 euros, déduction faite de la provision déjà versée à hauteur de 8 000 euros ;
5°) à la limitation de l'indemnité forfaitaire de gestion versée à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut à la somme de 614 euros, déduction faite de la provision de 500 euros déjà versée ;
6°) à la réduction à de plus justes proportions de la demande de Mme F au titre des dépens ;
7°) à la limitation des demandes respectives de Mme F et de la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à la somme de 1 000 euros chacune.
Il fait valoir que :
- en l'absence de faute détachable du service commise par le docteur A B, intervenu dans le cadre du secteur public, seule la responsabilité du centre hospitalier de Cambrai peut être recherchée ;
- le rapport d'expertise produit dans la présente instance est complet et clair ; une nouvelle expertise n'est pas nécessaire ;
- le centre hospitalier ne conteste pas sa responsabilité pour faute au titre de la cure de cystocèle réalisée avec la pose d'une prothèse synthétique vaginale lors de l'intervention du 3 octobre 2014 ;
- il devra être fait application d'un taux de perte de chance de 50 % ;
- il a versé, le 7 octobre 2020, à Mme F une provision de 11 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice sexuel, du préjudice d'agrément, des dépenses de santé et de l'assistance par tierce personne ;
- l'indemnisation de Mme F se limitera à, titre principal à la somme de 10 140,11 euros et à celle de 15 679,10 euros à titre subsidiaire, qui décomposent comme suit :
* Dépenses de santé avant la date de consolidation : 195,75 euros ;
* Frais de médecin conseil : 1 800 euros ;
* Assistance par tierce personne temporaire : 349,70 euros ;
* Dépenses de santé futures : 1 749,16 euros ;
* Assistance par tierce personne à titre viager sera, à titre principal, rejetée et à titre subsidiaire, évaluée à 5 538,99 euros ;
* Déficit fonctionnel temporaire : 1 202,25 euros ;
* Souffrances endurées : 1 809,50 euros ;
* Déficit fonctionnel permanent : 6 533,75 euros ;
* Préjudice sexuel : 1 500 euros ;
* Préjudice d'agrément : 1 000 euros ;
* Préjudice moral d'impréparation : 5 000 euros.
- l'indemnisation de la perte de gains professionnels avant consolidation, des frais divers excepté ceux relatifs aux honoraires du médecin conseil, de la perte de gains professionnels futurs, de l'incidence professionnelle et du préjudice esthétique permanent sera écartée ;
- la créance de la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut sera remboursée à hauteur de 1 834,55 euros.
Par des mémoires, enregistrés les 16 novembre 2020, 9 février 2022, 23 mars 2022 et 21 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Cambrai à lui verser la somme de 6 534,15 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assurée, Mme F, déduction faite de la provision déjà versée à hauteur de 8 000 euros ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Cambrai à lui verser la somme de 614 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, déduction faite de la provision déjà versée à hauteur de 500 euros ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cambrai une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle s'en rapporte aux conclusions expertales et à celles de la victime sur la part de responsabilité du centre hospitalier, sans qu'elle soit inférieure à 50 % ;
- si une expertise était ordonnée, elle sollicite l'extension de la mission à la vérification du lien médical entre le montant de ses débours et l'accident et à la détermination d'un point de vue médical des soins consécutifs à l'accident.
Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 janvier 2023.
Vu :
- l'ordonnance n° 1910955 du 26 août 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience à huis clos :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Bastin, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D F, née le 3 août 1969, a bénéficié d'une hystérectomie inter-annexielle par voie vaginale associée à la pose d'une prothèse vaginale le 3 octobre 2014 au sein du centre hospitalier de Cambrai en raison de métrorragies en lien avec un utérus fibromateux. Les suites opératoires ont été simples, la patiente a été autorisée à retourner à son domicile le 6 octobre 2014. Lors de la consultation du 5 mars 2015 avec le praticien qui a mené l'intervention du 3 octobre 2014, Mme F lui a fait part de fuites urinaires à l'effort et de douleurs vaginales et abdominales. Le 23 juin 2015, il a été confirmé par un urologue l'incontinence urinaire d'effort ainsi qu'une pollakiurie nocturne. Un traitement a été prescrit à la patiente. Les symptômes persistants, une échographie a permis de constater une rétractation de la prothèse sous vésicule sensible et douloureuse à la palpation. Le 4 janvier 2016, Mme F a bénéficié d'une reprise chirurgicale consistant en l'ablation de la bandelette de la prothèse. La patiente, présentant toujours une incontinence urinaire ainsi qu'une dyspareunie et une douleur à la palpation de la paroi vaginale, a consulté le 27 juillet 2020, un gynécologue-obstétricien du centre hospitalier de Tourcoing qui, au cours d'un examen clinique, a retrouvé un petit morceau de prothèse vaginale visible, qu'il a réséqué au ciseau froid sans anesthésie. Le 28 février 2021, une échographie pelvienne a permis de constater l'existence d'un fragment de prothèse rétro-urétral haut, latéralisé à gauche sans collection. Mme F a alors bénéficié, au centre hospitalier régional universitaire de Lille, d'une seconde reprise chirurgicale consistant en la résection de la prothèse sous vésicale par voie vaginale. La patiente souffre toujours de douleurs.
2. Mme F a présenté, le 21 novembre 2016, une demande d'indemnisation auprès de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI), qui a désigné le docteur E, chirurgien gynécologue obstétrique et cancérologie, en qualité d'expert. A la suite de la remise du rapport d'expertise déposé le 7 juin 2017, la commission, dans son avis rendu le 12 septembre 2017, a considéré que la réparation des préjudices incombait à 50 % au centre hospitalier de Cambrai en raison de fautes à l'origine du dommage. Par un courrier du 12 octobre 2017, l'assureur de cet établissement a proposé une offre d'indemnisation à Mme F, qui l'a déclinée le 23 décembre 2018. L'intéressée a, le 30 septembre 2019, sollicité une indemnisation auprès du centre hospitalier de Cambrai, qui a implicitement rejeté sa demande. Par une ordonnance n° 1910955 du 26 août 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'expertise et a condamné le centre hospitalier de Cambrai à verser, à titre de provision, la somme de 11 000 euros à Mme F, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, et celle de 8 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, dont 500 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion. Le 7 octobre suivant, en exécution de cette ordonnance, le centre hospitalier de Cambrai a versé à Mme F la somme de 12 000 euros et celle de 8 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie. Par la présente requête, Mme F demande l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de sa prise en charge le 3 octobre 2014 au sein du centre hospitalier de Cambrai.
Sur la mise hors de cause du docteur A B :
3. Il résulte de l'instruction que l'acte de soin accompli par le docteur A B l'a été dans le cadre du service public hospitalier. Par suite, en l'absence de l'existence d'une faute personnelle détachable du service, sa responsabilité personnelle ne peut être mise en cause dans le litige qui oppose Mme F au centre hospitalier de Cambrai. Seule la responsabilité du centre hospitalier de Cambrai est susceptible d'être engagée. Il y a donc lieu, ainsi que le demande le centre hospitalier de Cambrai dans la présente instance, de mettre hors de cause ce praticien hospitalier.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Cambrai :
En ce qui concerne la faute médicale :
4. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que tout geste chirurgical pouvant entraîner des complications, lorsqu'un chirurgien constate une cystocèle asymptomatique, il convient qu'il ne procède à aucun acte de soin. En l'espèce, au décours de l'hystérectomie dont a bénéficié Mme F le 3 octobre 2014, le praticien constatant une cystocèle asymptomatique, a procédé à la pose d'une prothèse vaginale. En l'absence de diagnostic pré-opératoire de la pathologie, de gêne rapportée par la patiente et d'un examen clinique révélant l'existence d'une cystocèle, le choix du traitement consistant en la pose d'une prothèse n'était pas justifié. Dès lors, en procédant à un tel acte de soin, le comportement du praticien du centre hospitalier de Cambrai, qui n'a pas été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé, ce que ce dernier ne conteste pas.
En ce qui concerne le manquement à l'obligation d'information :
6. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ". Aux termes de l'article R. 4127-36 du même code : " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposé, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. ( )". Hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention.
7. Mme F soutient que le centre hospitalier de Cambrai doit être condamné à l'indemniser du préjudice subi sur le fondement du défaut d'information, dès lors qu'elle n'a pas consenti à la pose de la prothèse effectuée le 3 octobre 2014. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est même pas allégué par le centre hospitalier de Cambrai, que le chirurgien ait informé Mme F de la pose d'une prothèse vaginale, qui n'était pas programmée. S'il résulte de ce qui a été dit plus haut que Mme F est fondée à obtenir réparation de toutes les conséquences dommageables de la pose de prothèse vaginale à laquelle elle n'a pas consenti, ces conséquences se confondent avec celles de cette pose qui, comme il a été dit précédemment, n'était pas indiquée et n'était donc pas conforme aux bonnes pratiques médicales.
En ce qui concerne le lien de causalité :
8. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu ; que la réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
9. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'incontinence urinaire est apparue cinq mois après l'intervention litigieuse du 3 octobre 2014. Selon ce rapport, dont aucune pièce produite dans la présente instance ne permet de contredire la teneur, l'incontinence urinaire dont souffre Mme F, n'est pas imputable de manière certaine à la pose de la prothèse vaginale par le chirurgien du centre hospitalier de Cambrai mais aurait pu survenir du seul fait de l'hystérectomie réalisée également le 3 octobre 2014. Il résulte également de l'instruction d'une part, qu'antérieurement à la réalisation d'une hystérectomie, une prise en charge psychologique a été nécessaire ainsi que postérieurement à celle-ci en raison notamment d'un antécédent de mort fœtale d'un enfant, et d'autre part que les douleurs chroniques associées à de la tristesse de l'humeur sont apparues antérieurement à l'apparition des troubles urinaires. L'expert mentionne dans son rapport qu'eu égard à ses antécédents, la requérante aurait pu, même en l'absence de faute, présenter un tel dommage. Dès lors, eu égard à l'état antérieur de la patiente et à l'hystérectomie qu'elle a subie, les troubles urinaires ainsi que les douleurs chroniques sont imputables à la faute commise par l'établissement de santé à hauteur de 50 %.
Sur l'indemnisation des préjudices :
10. Il y a lieu, au vu des conclusions du docteur E dans son rapport d'expertise, de fixer la date de consolidation au 16 février 2017.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé avant consolidation :
11. En premier lieu, Mme F invoque un montant de frais médicaux antérieurs à la consolidation, s'élevant à la somme totale de 4 298,05 euros. Le tableau établi par la requérante, qui mentionne les dates, la nature et le montant de chaque consultation ou examen médical, ne permet cependant pas de justifier que ces frais sont directement imputables à la faute médicale commise par le centre hospitalier. La requérante, ainsi que le fait valoir le centre hospitalier en défense, ne produit par ailleurs aucune pièce justifiant du règlement des consultations médicales et des examens médicaux. A supposer que l'avance de ces frais ait été faite, elle n'établit pas davantage qu'ils n'auraient pas été remboursés par la caisse primaire d'assurance maladie ou par sa complémentaire santé. Dès lors, eu égard à l'ensemble des consultations médicales et des examens médicaux mentionnés dans l'attestation d'imputabilité produite par la caisse primaire d'assurance maladie, le préjudice subi par Mme F, hors des troubles urinaires et des douleurs chroniques, s'élève à la somme de 13,5 euros (3 + 1,5 + 1 + 8) correspondant au montant des franchises relatives aux consultations gynécologiques des 5 mars 2015, 29 septembre 2015 et 8 mars 2016, aux actes techniques d'imagerie des 11 août 2015 et 23 septembre 2015, au bilan urodynamique du 8 juillet 2015 ainsi qu'aux prises de sang des 11 et 12 décembre 2015 et celles du 9 au 30 janvier 2015, qui sont exclusivement imputables à la pose non consentie de la prothèse. Par ailleurs, s'agissant des troubles urinaires et des douleurs chroniques, le préjudice subi par Mme F s'élève, avant application du taux de perte de chance à la somme de 8 euros correspondant aux consultations urologiques les 23 juin 2015, 8 juillet 2015, 10 septembre 2015 et le 16 février 2017 ainsi qu'aux consultations au centre de la douleur les 11 juillet 2016, 6 septembre 2016, 2 décembre 2016 et 3 février 2017.
12. En deuxième lieu, Mme F évoque un montant de frais pharmaceutiques sans produire de factures faisant apparaître une part restant à sa charge après prise en charge par l'assurance maladie obligatoire ou sa complémentaire santé. Dans ces conditions, l'indemnisation au titre des frais pharmaceutiques de Mme F ne pourra être mise à la charge du centre hospitalier.
13. En troisième lieu, Mme F demande le remboursement de frais restés à sa charge, liés aux achats de protections hygiéniques qu'elle a dû financer en raison des troubles d'incontinence, représentant un montant total de 868 euros pour la période allant du 3 octobre 2014 au 16 février 2017, date de consolidation. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'incontinence d'effort nécessitant l'utilisation quotidienne de trois ou quatre protections hygiéniques a été constatée par un praticien lors d'une consultation du 18 novembre 2014. Dès lors, entre cette dernière date et le 16 février 2017, soit 822 jours, Mme F a en utilisé quatre par jour, soit 624,72 euros (822 x 4 x 0,19).
14. En dernier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par Mme F le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
15. La caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut justifie, par la production du relevé des débours définitifs du 19 décembre 2022 et de l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil, avoir exposé une somme globale de 6 277,70 euros au titre de ses débours. Elle justifie avoir exposé des frais d'hospitalisation d'un montant de 4 797 euros correspondant à la seconde reprise chirurgicale réalisée au centre hospitalier régional universitaire de Lille. La caisse justifie également avoir exposé, au titre des dépenses de santé, des frais médicaux d'un montant de 611,27 euros, des frais pharmaceutiques d'un montant de 829,70 euros ainsi que des frais de transport à hauteur de 39,73 euros. Ces dépenses de santé d'un montant total de 6 277,70 euros, non contesté par le centre hospitalier et suffisamment détaillées dans le relevé de débours définitif établi le 19 décembre 2022 et attestées par le médecin conseil de la caisse, sont imputables aux dommages consécutifs à la prise en charge de Mme F au sein de cet établissement de santé. Les frais médicaux, supportés par la caisse, correspondant aux consultations en urologie des 23 juin 2015, 8 juillet 2015, 10 septembre 2015 et 16 février 2017 et aux consultations de la douleur les 11 juillet 2016, 6 septembre 2016, 2 décembre 2016, 3 février 2017 et 16 février 2017 s'élèvent au montant total de 219,30 euros ((32,2 x 4) + (18,10 x 5)). Le montant total du poste de préjudice des dépenses de santé actuelles s'élevant, pour la victime et la caisse à la somme de 6 071,90 euros (13,5 + 6 058,40) hors troubles urinaires et douleurs chroniques, à laquelle s'ajoute le montant des dépenses de santé relatives aux troubles urinaires et aux douleurs chroniques, soit 852,02 euros (8 + 219,30 + 624,72 euros). Le montant total des dépenses de santé s'élève alors à la somme de 6 923,92 euros. Il s'ensuit que le montant dû par le centre hospitalier est de 6 497,91 euros (6 071,90 + (852,02 x 0,5)). Dès lors, en vertu du principe de priorité à la victime, la somme de 646,22 euros (624,72 + 8 +13,50) sera allouée à la victime et celle de 5 851,69 euros sera versée à la caisse (6 497,91 - 646,22) par l'établissement de santé.
S'agissant des frais de médecin conseil :
16. Il résulte de l'instruction que Mme F a été assistée par un médecin conseil dont les honoraires se sont élevés à la somme globale de 3 600 euros. L'intéressée justifie des frais d'assistance par la production des notes d'honoraires du médecin conseil, qui ont été utiles à la solution du litige. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande de remboursement de cette somme.
S'agissant des frais de conseil :
17. Les frais d'avocat, excepté ceux exposés en dehors d'une procédure contentieuse qui ont un lien direct avec la faute commise, sont exclusivement régis par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et ne peuvent pas donner lieu à une indemnisation au titre de la réparation des préjudices subis par la victime d'un accident médical. La requérante demande le remboursement des frais d'avocat qu'elle a exposés pour un montant de 3 600 euros au titre de la procédure devant la CCI, somme facturée le 18 novembre 2016. Dès lors, il y a lieu de faire droit à sa demande.
S'agissant des frais de déplacement :
18. En premier lieu, Mme F sollicite l'indemnisation des frais de déplacement qu'elle a engagés entre la date de l'intervention litigieuse et la date de consolidation à hauteur de 127 euros par mois. Le tableau établi par la requérante, lequel mentionne les dates, la nature et le nombre de kilomètres effectués pour chaque déplacement, ne permet cependant pas de justifier que l'ensemble de ces déplacements sont imputables à la faute commise par le centre hospitalier. Il résulte cependant de l'instruction que Mme F s'est rendue au centre hospitalier régional universitaire de Lille le 4 janvier 2016 où elle a bénéficié d'une reprise chirurgicale, le 8 mars 2016 pour une consultation médicale avec un praticien ainsi que le 12 septembre 2017 à la CCI, située à Lille. Elle s'est également déplacée à Amiens le 28 avril 2017 pour la réunion d'expertise diligentée par la CCI. La distance la plus courte entre le domicile de Mme F et le centre hospitalier régional universitaire de Lille est de 73 kilomètres et celle entre son domicile et la clinique Victor Pauchet à Amiens est de 100 kilomètres. Ainsi, les déplacements en cause représentent 638 kilomètres (73 x 6 + 100 x 2). Il résulte par ailleurs de la copie de la carte grise du véhicule utilisée par Mme F que ce véhicule possède une puissance fiscale de 7 cv. Par suite, compte tenu du barème fiscal kilométrique pour un véhicule de 7 cv en 2016 et 2017 soit 0,595 euro du kilomètre, le montant des frais de déplacement exposés par Mme F pour se rendre aux différentes consultations et réunions est de 379,61 euros (638 x 0,595), soit, application du taux de perte de chance, un montant de 189,81 euros (379,61 x 0,5).
19. En deuxième lieu, Mme F sollicite l'indemnisation des frais de parking et de péage qu'elle a engagés entre la date de l'intervention litigieuse et la date de consolidation à hauteur de 100 euros par mois. Le tableau établi par la requérante, qui mentionne les dates, la nature et les déplacements effectués ne permet cependant pas de justifier que l'ensemble de ces frais sont liés à des consultations ou à la réalisation d'actes médicaux directement imputables à la faute commise par le centre hospitalier. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier de l'attestation d'imputabilité produite par la caisse primaire d'assurance maladie et du rapport d'expertise, que les frais de parking correspondant à la réalisation d'une échographie pelvienne le 23 septembre 2015 et aux consultations en gynécologie des 29 septembre 2015 et 8 mars 2016 sont imputables à la faute médicale en litige soit une somme de 4,80 euros (1,60 x 3). Il résulte également de l'instruction que les frais de parking afférents aux consultations de la douleur les 11 juillet 2016, 6 septembre 2016, 3 février 2017, 20 février 2018, 11 juillet 2018, 18 septembre et 24 novembre 2020 doivent être pris en charge, ainsi qu'il a été dit plus haut, à hauteur de 50 %, soit 5,6 euros ((1,60 x 7) x 0,5). Par suite, le montant des frais de parking exposés par Mme F pour se rendre aux consultations est de 10,4 euros (4,8+5,6).
20. En dernier lieu, si Mme F sollicite l'indemnisation de frais d'aéroport d'un montant de 68,27 euros, elle n'établit pas qu'une consultation médicale ou une réunion avec l'expert se soit tenue à Nantes. Dans ces conditions, l'indemnisation de Mme F au titre de ces frais ne pourra pas être mise à la charge du centre hospitalier.
S'agissant des frais de reproduction du dossier médical :
21. En vertu du dernier alinéa de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, le patient peut consulter gratuitement sur place les informations contenues dans son dossier médical. Lorsqu'il souhaite la délivrance de copies, quel qu'en soit le support, les frais laissés à sa charge ne peuvent pas excéder le coût de la reproduction et, le cas échéant, de l'envoi des documents. Mme F a toutefois droit au remboursement de la somme de 7,92 euros qu'elle justifie avoir exposée pour la saisine de la CCI dans le cadre du litige l'opposant au centre hospitalier de Cambrai. La requérante ne justifie cependant pas que les sommes exposées à hauteur de 4,92 euros correspondant à un reçu postal et de 9,25 euros relatif aux frais de reproduction facturés par le centre hospitalier de Tourcoing sont liées à la faute imputable au centre hospitalier de Cambrai. Dès lors, il sera alloué à Mme F seulement la somme de 7,92 euros.
S'agissant de l'assistance par tierce personne temporaire :
22. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
23. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que pour les périodes allant du 18 novembre 2014 au 2 janvier 2016 et du 7 janvier 2016 au 16 février 2017, Mme F a nécessité une assistance par tierce personne non spécialisée pour, selon l'expert, les travaux ménagers importants, à hauteur de 2 heures par mois, soit 0,07 heure par jour. Le nombre de jours à indemniser est ainsi de 818. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour le travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Les sommes exposées durant cette période doivent être évaluées à un montant total de 969,50 euros (0,07 x 818 x 412/365 x 15). Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne à titre temporaire doit être fixée à 969,50 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Cambrai.
S'agissant de la perte de gains professionnels avant la date de consolidation :
24. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.
25. Il résulte de l'instruction que Mme F, qui présente un déficit fonctionnel permanent de 10 % et qui a été arrêtée jusqu'au 14 avril 2015, été déclarée inapte à son poste de travail par le médecin du travail le 5 septembre 2017. Elle s'est vue allouer à ce titre des indemnités journalières par la caisse primaire d'assurance maladie pour la période allant du 17 novembre 2014 au 7 février 2016. La perte de gains professionnels jusqu'à la date de consolidation du 16 février 2017, est imputable à la faute du centre hospitalier de Cambrai à compter du 18 novembre 2014. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'avis d'imposition 2015 sur les revenus 2014 produit par la requérante, que le montant total des salaires nets qu'elle a perçus au cours de l'année 2014, soit l'année précédant l'accident, s'élève à 14 006 euros, soit une somme arrondie de 38 euros par jour. Sur la période en cause, Mme F aurait dû percevoir la somme de 31 236 euros (822 jours x 38 euros). Il résulte par ailleurs de l'instruction que l'intéressée a bénéficié au titre de cette période de la somme de 24 487,02 euros dont 15 477,56 euros au titre des indemnités journalières, 2 966,32 euros versés par l'Ircem et 6 043,14 versés par l'AG2R. Dès lors, Mme F a subi une perte nette de gains professionnels qui s'élève à la somme de 6 748,98 euros (31 236 - 24 487,02), qui doit être mise à la charge du centre hospitalier de Cambrai.
26. La perte brute de gains professionnels s'élève à la somme de 22 226,54 euros (31 236 - 2 966,32 - 6 043,14). Dès lors, le centre hospitalier devra verser à Mme F, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la somme de 6 748,98 euros. Si le reliquat de la réparation du préjudice, à verser à la caisse, s'élève à la somme de 15 477,56 euros, la caisse ne demande, au titre de l'ensemble de ses préjudices que la somme de 14 534,15 euros, y compris la provision déjà versée de 8 000 euros. Par suite, compte tenu des indemnités allouées à la caisse dans les motifs du présent jugement, il n'y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier, avant déduction de la provision, que la somme de 8 682,46 euros (14 534,15 - 5 851,69).
S'agissant des dépenses de santé futures :
Quant à la période entre la date de consolidation et la date du jugement :
27. En premier lieu, Mme F a établi un tableau mentionnant les dates, la nature et le montant de la dépense qui ne permet cependant pas de justifier que les frais de santé qu'elle a exposés sont directement imputables à la faute médicale commise par le centre hospitalier. La requérante, ainsi que le fait valoir le centre hospitalier en défense, ne produit par ailleurs aucune pièce justifiant du règlement des consultations médicales et des actes médicaux. A supposer que l'avance de ces frais ait été faite, elle n'établit pas davantage qu'ils n'auraient pas été remboursés par la caisse primaire d'assurance maladie ou par sa complémentaire santé. Dès lors, eu égard aux seules consultations médicales mentionnées dans l'attestation d'imputabilité produite par la caisse primaire d'assurance maladie pour lesquelles la requérante sollicite expressément le remboursement de la franchise, il sera alloué à Mme F la somme de 2 euros correspondant au montant des franchises relatives aux consultations de la douleur des 2 juin 2017 et 12 septembre 2017 ainsi que celle concernant la consultation de son médecin traitant le 10 mars 2017, soit 3 euros.
28. En deuxième lieu, Mme F demande le remboursement de frais restés à sa charge, liés aux achats de protections hygiéniques qu'elle a dû financer en raison des troubles d'incontinence qu'elle a présentés, représentant un montant total de 616,42 euros pour la période allant du lendemain de la date de consolidation (17 février 2017) à la date de lecture du présent jugement, soit le 5 avril 2023. Dès lors, entre le 17 février 2017 et le 5 avril 2023, soit 2 239 jours, Mme F a utilisé quatre garnitures par jour, soit environ 8 956 garnitures. Par suite, entre le 17 février 2017 et le 5 avril 2023, il sera fait une exacte appréciation en évaluant ces frais, à partir d'un montant unitaire de 0,19 euro à la somme de 1 701,64 euros (8 956 x 0,19).
29. En troisième lieu, il ressort du relevé définitif des débours établi le 19 décembre 2022 qu'entre le lendemain de la date de consolidation et la date de lecture du présent jugement, soit entre le 17 février 2017 et le 5 avril 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut a exposé des frais médicaux à hauteur de 409,33 euros correspondant à quinze consultations au centre de la douleur au centre hospitalier régional universitaire de Lille et des frais pharmaceutiques d'un montant de 17,28 euros portant sur la délivrance d'antalgiques entre le 10 mars 2017 et le 19 janvier 2021. Le montant des dépenses de santé exposées par la caisse entre le lendemain de la date de consolidation et la date de lecture du présent jugement s'élève à 426,61 euros (409,33 + 17,28).
30. Il résulte de ce qui précède que le montant total des dépenses de santé futures s'élève, pour la victime et la caisse, à la somme de 2 131,25 euros (3 + 1 701,64 + 426,61). Après application du taux de perte de chance de 50 %, le montant imputable au centre hospitalier est de 1 065,62 euros. Compte tenu de la priorité à la victime, seule cette dernière pourra se voir allouer la somme précitée de 1 065,62 euros, aucun reliquat n'étant disponible pour réparer les débours de la caisse.
Quant à la période postérieure au jugement :
31. En premier lieu, pour la période postérieure au jugement, le montant des frais d'achats de protections hygiéniques, sur la base d'un nombre quotidien de 4, s'élève à un montant annuel de 277,40 euros (0,19 x 365 x 4). Pour cette période, il y a lieu de retenir le barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2022, reposant sur la table de mortalité sexuée pour 2017-2019 et un taux d'intérêt de 0 %. Eu égard à l'âge de Mme F à la date du présent jugement, soit 53 ans, le coefficient d'une rente viagère s'établit à 33,470. Le montant capitalisé des frais liés à l'achat de celles-ci sera évalué à 9 284,58 euros (277,40 x 33,470). La caisse n'ayant présenté aucune demande au titre de ce chef de préjudice pour la période postérieure au jugement, le centre hospitalier de Cambrai devra verser, eu égard au taux de perte de chance déterminé plus haut, la somme de 4 642,29 euros (9 284,58 x 0,5) à Mme F.
32. En second lieu, si la requérante sollicite le versement à titre viager de l'indemnisation de ses frais de déplacement, de parking et de péage, il ne résulte pas de l'instruction que les consultations médicales ou les examens médicaux postérieurs à la date de lecture du présent jugement seront directement imputables à la faute commise par le centre hospitalier de Cambrai. Il résulte à cet égard de l'attestation d'imputabilité produite par le centre hospitalier que la dernière consultation au centre de la douleur a été effectuée le 21 décembre 2021. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la demande d'indemnisation au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant de l'assistance par tierce personne permanente :
33. Il résulte de l'instruction que les besoins d'assistance par une tierce personne non spécialisée de Mme F postérieurement à la date de consolidation de son état de santé, fixée au 16 février 2017, ont été évalués par les experts à deux heures par mois, soit 0,07 h par jour. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour le travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Dès lors, pour la période du 17 février 2017 au 5 avril 2023, soit 2 239 jours, les sommes exposées doivent être évaluées à un montant total de 2 653,68 euros ((2 239 x 0,07 x 412/365 x 15), qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Cambrai.
34. En outre, en retenant les mêmes bases de calcul ainsi que le taux de l'euro de rente viagère fixé à 33,470 par le barème de capitalisation 2022 publié par la Gazette du palais (taux d'intérêt égal à 0 %), dès lors que Mme F est âgée de 53 ans à la date du jugement, ses besoins d'assistance par une tierce personne à la suite du jugement et à titre viager doivent être évalués à la somme de 14 479,12 euros (0,07 x 412 x 33,470 x 15), sera mise à la charge du centre hospitalier de Cambrai.
S'agissant de la perte de gains professionnelles futurs :
35. Mme F soutient qu'elle a subi une perte de gains professionnels postérieurs à la consolidation de son état de santé d'un montant de 25 510,92 euros consécutive à la faute commise par le centre hospitalier de Cambrai lors de sa prise en charge par cet établissement. Il résulte cependant des conclusions expertales que cette prise en charge n'a pas rendu Mme F inapte à reprendre une activité professionnelle. Il ne résulte pas de l'instruction que le licenciement pour inaptitude de Mme F le 5 septembre 2017, et son placement en invalidité de deuxième catégorie, caractérisant une incapacité à exercer une quelconque activité professionnelle, soient directement imputables à l'acte de soin litigieux. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'une perte de gains professionnels futurs en lien avec la faute commise par le centre hospitalier.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
36. Il est constant que ses problèmes d'incontinence constituent un obstacle à ce que l'intéressée puisse postuler à de nombreuses fonctions et accroît la pénibilité de son travail. Dès lors que les troubles urinaires dont souffre Mme F sont pour moitié dus à la faute commise par le centre hospitalier de Cambrai, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle en l'évaluant à 4 000 euros (8 000 x 0,5).
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
37. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme F a subi un déficit fonctionnel temporaire, qui a été évalué par l'expert à 100 % pendant la période d'hospitalisation comprise entre les 2 et 6 janvier 2016, soit 5 jours. L'expert a par ailleurs évalué son déficit fonctionnel à un taux de 50 % du 7 janvier au 6 février 2016, soit 31 jours, à un taux de 25 % pour la période allant du 18 novembre 2014 au 1er janvier 2016, soit 410 jours, et enfin à un taux de 10 % du 8 février 2016 à la date de consolidation, soit 375 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime, entièrement imputable à la faute commise par le centre hospitalier, en le fixant à la somme de 2 407,50 euros (15 x (5 + 31 x 0,5 + 410 x 0,25 + 375 x 0,1)).
S'agissant des souffrances endurées :
38. Il résulte du rapport d'expertise que Mme F a enduré des souffrances, qui ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM et du taux de perte de chance de 50% applicable à ce préjudice, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 809,50 euros (3 619 x 0,5) qui sera allouée à Mme F.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
39. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme F a conservé, depuis la date de consolidation, un déficit fonctionnel permanent, en lien avec ses séquelles, évalué par l'expert à 10 %, taux qui inclut les souffrances physiques et psychiques. Par référence au barème de l'ONIAM, et en prenant en compte la circonstance qu'une partie du déficit fonctionnel permanent comprend des douleurs imputables seulement pour moitié au manquement du centre hospitalier, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par Mme F, âgée de 47 ans à la date de consolidation, en évaluant son préjudice à la somme de 10 000 euros, qui sera versée par le centre hospitalier de Cambrai.
S'agissant du préjudice d'agrément :
40. Il résulte de l'instruction qu'en raison notamment de son incontinence Mme F ne peut pas pratiquer tous les loisirs, dont la gym douce, la marche et la natation qu'elle pratiquait assidument avant l'acte médical en litige. Dans ces conditions, l'incontinence étant pour moitié imputable à la faute commise par le centre hospitalier, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément en fixant le montant de sa réparation à la somme de 1 500 euros (3 000 x 0,5), qui sera versée par le centre hospitalier de Cambrai.
S'agissant du préjudice sexuel :
41. Il résulte des conclusions expertales qu'il persiste un préjudice sexuel important. Eu égard au taux de perte de chance, il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de la victime en l'évaluant à la somme de 1 000 euros (2 000 x 0,5), qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Cambrai.
S'agissant du préjudice moral d'impréparation :
42. Mme F invoque un préjudice en lien avec le défaut de consentement à la pose de la prothèse. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Cambrai une somme de 5 000 euros, non contestée par l'établissement de santé, au titre du préjudice moral d'impréparation subi par Mme F.
43. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que le centre hospitalier de Cambrai est condamné à verser à Mme F une somme de 64 330,53 euros, soit 53 330,53 euros après déduction de la provision d'un montant de 11 000 euros qui lui a été versée par le centre hospitalier, en réparation des préjudices subis du fait de l'acte médical en litige. Il résulte également de ce qui précède que la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut est fondée à solliciter la somme demandée de 14 534,15 euros, soit 6 534,15 euros après déduction de la provision d'un montant de 8 000 euros qui lui a été versée par le centre hospitalier.
Sur les conclusions tendant à ordonner l'exécution provisoire du jugement :
44. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". En outre, aux termes de l'article R. 811-14 du même code, applicable à la procédure contentieuse administrative : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre ". Aucune disposition particulière ne fait obstacle, en l'espèce, au caractère exécutoire du présent jugement, sous réserve, en cas d'appel, des dispositions relatives au sursis à exécution. Par suite, les conclusions tendant à ce que le tribunal déclare le présent jugement exécutoire sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion :
45. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
46. En application des dispositions citées ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Cambrai le versement de la somme de 1 162 euros, soit 662 euros après déduction de la provision d'un montant de 500 euros qui lui a été versée par le centre hospitalier de Cambrai, à raison des frais engagés par la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assurée.
En ce qui concerne les dépens :
47. A défaut de dépens dans la présente instance, la demande présentée à ce titre par Mme F ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
48. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cambrai la somme de 1 500 euros à verser à Mme F et celle de 1 000 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme F, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le centre hospitalier de Cambrai demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le docteur A B est mis hors de cause dans la présente instance.
Article 2 : Le centre hospitalier de Cambrai est condamné à verser à Mme F une indemnité globale de 53 330,53 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier de Cambrai est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut la somme de 6 534,15 euros.
Article 4 : Le centre hospitalier de Cambrai versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut la somme de 662 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 5 : Le centre hospitalier de Cambrai versera à Mme F la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le centre hospitalier de Cambrai versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, au centre hospitalier de Cambrai, au docteur H A B et à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la solidarité en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026