mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2000979 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 février 2020 et des mémoires, enregistrés le 17 mai 2021, le 17 juin 2022, le 22 juin 2023 et le 15 septembre 2023 la société anonyme (SA) La Médicale et Mme B C, représentées par Me Troin, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre par le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à leur verser la somme de 52 169 euros ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le juge administratif est compétent pour connaître ce litige ;
- le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer ayant commis des fautes dans la prise en charge de M. D, il doit les garantir à hauteur de 50% des condamnations qui ont été prononcées à leur encontre, soit 52 169 euros, correspondant à la moitié des sommes qu'elles ont été condamnées à verser (100 000 euros de provision, 1 600 euros au titre des frais de première instance, 2 500 euros au titre des frais d'appel et 238 euros au titre des dépens).
Par des mémoires, enregistrés le 25 mai 2022 et le 3 août 2023, le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, représenté par Me Segard, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SA La Médicale et Mme C la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'action exercée par la SA La Médicale et Mme C ne relève pas de la compétence du juge administratif, elle aurait dû être portée devant le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer ; un appel en garantie devant un ordre de juridiction distinct de l'instance initiale engagée par M. D est dès lors irrecevable ;
- la somme que Mme C et la SA La Médicale ont été condamnées à verser à M. D représente uniquement la part des préjudices qui leur est imputable, la moitié de cette somme ne saurait donc être mise à sa charge alors qu'aucune faute ne lui a été imputée.
Par ordonnance du 9 octobre 2023, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu :
- l'ordonnance n°2000964 du 10 avril 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Lille rejetant la requête en référé-provision présentée par la SA La Médicale et Mme C ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- les observations de Me Cliquenois, substituant Me Troin, représentant la SA La Médicale et Mme C et celles de Me Bavay, substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, souffrant d'un cancer du rectum, a subi deux opérations, le 26 mai 2016 et le 8 septembre 2016, réalisées par le Dr B C au sein de la clinique des 2 caps à Coquelles, consistant en une résection rectale et en un rétablissement de continuité. Un scanner du 26 septembre 2016 a révélé un pneumopéritoine, un épanchement libre et une collection au niveau péritonéal, traité par un lavement aux hydrosolubles. Les suites immédiates de cette intervention ont été marquées par un choc septique pour lequel M. D a dû être pris en charge en urgence par le Dr C, avant d'être transféré au service de réanimation du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer. Son état de santé a nécessité une amputation trans-fémorale de son membre gauche. Le 27 octobre 2016, des prélèvements biologiques mettaient en évidence la présence d'un staphylocoque doré pour lequel M. D bénéficiait d'un traitement par antibiothérapie. Le 31 octobre 2016, M. D était transféré à la clinique des 2 caps où il a été hospitalisé jusqu'au 27 août 2017.
2. M. D a saisi par acte introductif d'instance enregistré le 20 juin 2018 le juge des référés du tribunal de grande instance, devenu tribunal judiciaire, de Boulogne-sur-Mer aux fins d'ordonner une expertise médicale. Par une ordonnance du 26 septembre 2018, le tribunal de grande instance a désigné le Dr A et le Dr E pour procéder à une expertise visant à examiner la prise en charge de M. D au sein de la clinique des 2 caps et du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer et à se prononcer sur les préjudices qui ont pu en résulter. Le rapport des experts a été déposé le 15 avril 2019. Par actes d'huissier en date du 18 septembre 2019 et du 25 octobre 2019, M. D a assigné respectivement la SA La Médicale, assureur du Dr C et cette dernière devant le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer, sur le fondement de l'article 809 du code de procédure civile alors en vigueur pour obtenir le versement d'une provision en réparation de ses préjudices résultant de sa prise en charge par Mme C. En réaction à cette assignation, Mme C et son assureur ont adressé, par un courrier du 16 octobre 2019, une demande préalable auprès du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer tendant à ce qu'il les garantisse de la condamnation qui pourrait être prononcée par le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. Par une ordonnance du 27 novembre 2019, ce tribunal a condamné Mme C et la SA La Médicale à verser à M. D la somme de 100 000 euros à titre provisionnel en réparation de ses préjudices et la somme de 1 600 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Par deux requêtes enregistrées le 6 février 2020 devant le tribunal administratif de Lille, dont la présente requête, Mme C et la SA La Médicale demandent au juge des référés sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative et au juge du fond de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à leur reverser 50% de la somme qui pourrait être mise à leur charge par le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. Par une ordonnance du 10 avril 2020, visée ci-dessus, le tribunal administratif a rejeté la requête présentée sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, faute pour la créance d'être non sérieusement contestable. Un arrêt de la cour d'appel de Douai du 17 décembre 2020 a confirmé l'ordonnance du 27 novembre 2019 rendue par le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. Le pourvoi contre cet arrêt ayant été rejeté, la condamnation à titre provisionnel de Mme C et de la SA La Médicale est devenue irrévocable. Par la présente requête, Mme C et la SA La Médicale demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à leur reverser la somme de 52 169 euros, correspondant à la moitié de la somme provisionnelle mise à leur charge par l'ordonnance du 27 novembre 2019 rendue par le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer.
Sur l'action de Mme C et de la SA La Médicale :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du même code : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () "
4. Lorsque l'auteur d'un dommage, condamné, comme en l'espèce, par le juge judiciaire, à en indemniser la victime, saisit la juridiction administrative d'un recours en vue de faire supporter la charge de la réparation par une personne publique co-auteur de ce dommage, sa demande, quel que soit le fondement de sa responsabilité retenu par le juge judiciaire, n'a pas le caractère d'une action récursoire par laquelle il ferait valoir des droits propres à l'encontre de cette personne publique mais d'une action subrogatoire fondée sur les droits de la victime à l'égard de cette personne publique.
5. Par une ordonnance de référé du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer du 27 novembre 2019, confirmée par un arrêt de la cour d'appel de Douai du 17 décembre 2020, Mme C et la SA La Médicale ont été condamnées à verser à M. D la somme provisionnelle de 100 000 euros au titre de ses préjudices et la somme globale de 4 338 euros au titre des frais liés au litige. Les conclusions de Mme C et de la SA La Médicale tendant à ce que le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, qu'ils estiment coauteur des préjudices subis par M. D, soit condamné à leur verser la moitié de la somme qui a été mise à leur charge, présentent la nature d'une action subrogatoire dirigée contre une personne morale de droit public, de sorte que tant l'exception d'incompétence que la fin de non-recevoir soulevées par le centre hospitalier défendeur doivent être écartées.
6. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme C a prescrit une opacification rétrograde de l'anastomose et n'est pas intervenue rapidement après le constat d'un pneumopéritoine par scanner abdomino-pelvien, de douleurs abdominales et de signes de détresse ventilatoire ressenties par M. D. Cette absence de prise en charge conforme des complications résultant de la résection antérieure du rectum réalisée le 26 mai 2016 est selon les experts à l'origine du choc septique avec défaillance multi-viscérale. Cette faute a contribué à hauteur de 50% au dommage subi par M. D.
7. D'autre part, il résulte également du rapport d'expertise que le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer a commis une faute lors de la prise en charge de l'ischémie du membre inférieur gauche de M. D survenue après le retrait du cathéter fémoral, en omettant de prescrire, dès son constat, un écho-doppler artériel. Par ailleurs, le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer a commis des fautes lors de la réalisation de la thrombectomie, en la réduisant à la racine du membre de M. D et lors de la surveillance des suites de cette intervention, notamment en ne réalisant pas d'examens visant à en évaluer les effets. Ces fautes ont fait perdre, selon les experts, une chance forte d'éviter l'amputation du membre inférieur de M. D et ont contribué à hauteur de 50% au dommage subi par ce dernier.
8. Compte tenu des manquements analysés aux points 7 et 8, il y a lieu de fixer la part de responsabilité de Mme C dans le dommage subi par M. D à 50%, celle du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer est également fixée à 50%. Contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier, le juge judiciaire n'a pas condamné seulement les requérantes pour leur seule part de responsabilité mais pour l'entier dommage subi par la victime, sans que le partage de responsabilité soit opposé à la victime.
9. En exécution de l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 27 novembre 2019, dont le pourvoi en cassation a été rejeté, Mme C et la SA La Médicale ont versé à M. D, de son vivant, la somme provisionnelle de 100 000 euros correspondant aux préjudices de ce dernier et la somme globale de 3 100 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Par suite, eu égard à la part de responsabilité du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer retenue au point 8, ce dernier doit verser à Mme C et à la SA La Médicale la somme de 51 550 euros.
Sur l'appel en garantie de toute nouvelle condamnation :
10. En l'absence de nouvelle condamnation de Mme C et de la SA La Médicale à indemniser M. D, les conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par les requérantes doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et la SA La Médicale et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer est condamné à verser à Mme C et à son assureur, la SA La Médicale, la somme de 51 550 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer versera à Mme C et à la SA La Médicale la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à la SA La Médicale et au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. Riou
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026