vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2001026 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | RAPP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 février 2020 et les 1er octobre et 7 décembre 2021, M. C B, représenté par Me Lacherie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune d'Avion à lui verser la somme de 35 163,06 euros à titre d'indemnisation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Avion une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'illégalité de la décision du 20 février 2013 par laquelle le maire d'Avion a prononcé son licenciement à compter du 3 septembre 2012 engage la responsabilité de la commune ; cette décision a été annulée par le tribunal administratif de Lille, notamment pour défaut de recherche d'un reclassement ;
- sa créance n'est pas prescrite ;
- il a subi un préjudice financier indemnisable à hauteur de 20 163,06 euros, soit le montant de rémunération dont il a été privé entre le 3 septembre 2012, date d'effet de la décision du 20 février 2013, et le 1er octobre 2018, date d'effet de la décision du 26 juillet 2018 prononçant de nouveau son licenciement ;
- l'irrégularité tenant au défaut de recherche de reclassement préalable à son licenciement est en lien avec ses préjudices ; en l'absence de réintégration effective suite au jugement du tribunal du 29 novembre 2016, les conséquences de ce licenciement ont perduré après le 30 novembre 2016 et ce, jusqu'à la décision de licenciement du 26 juillet 2018 ;
- il a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, qui devront être indemnisés à hauteur de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2020, la commune d'Avion, représentée par Me Rapp, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les créances invoquées par M. B qui sont antérieures au 1er janvier 2015 sont prescrites ;
- la décision du 20 février 2013 portant licenciement de M. B étant justifiée au fond, celui-ci ne bénéficie d'aucun droit à indemnisation du fait des vices de procédure qui en ont entaché la légalité ;
- la réintégration effective de M. B à compter du 30 novembre 2016 et jusqu'au 1er octobre 2018 n'était pas possible, faute d'emploi vacant équivalent à celui qui était le sien avant son licenciement ;
- le montant des sommes réclamées n'est pas justifié.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Christian, rapporteur public,
- les observations de Me Lacherie, représentant M. B, et celles de Me Rapp, représentant la commune d'Avion.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 22 octobre 2003, le conseil municipal de la commune d'Avion a décidé la création, à compter du 1er novembre 2003, d'un poste d'assistant d'enseignement artistique non titulaire, à temps non complet. M. B a été recruté sur ce poste, à raison de 8 heures par semaine, puis de 10 heures par semaine à compter du 1er janvier 2005, puis enfin de 12 heures par semaine à compter du 1er janvier 2012, par voie de contrats à durée déterminée successifs conclus au titre des années scolaires 2003/2004 à 2011/2012. Il était chargé de l'enseignement du chant au sein de l'école municipale de musique.
2. Par une délibération du 26 juin 2012, le conseil municipal de la commune d'Avion a décidé de supprimer l'enseignement du chant du programme de l'école municipale de musique, et donc de ne pas reconduire, au titre de l'année scolaire 2012/2013, le poste d'assistant d'enseignement artistique " diplômé en chant " correspondant. Par un courrier du 28 juin 2012, le maire d'Avion a informé M. B que son contrat, qui devait prendre fin au 31 juillet 2012, ne serait pas renouvelé pour ce motif. Par un courrier du 3 juillet 2012, M. B a demandé à être titularisé dans les effectifs de la commune en application du dispositif de titularisation instauré par la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012, ce que le maire d'Avion a refusé par une décision du 27 juillet 2012. Par un courrier reçu le 21 décembre 2012, M. B a contesté cette décision. Par une décision du 20 février 2013, le maire d'Avion a rapporté la décision précitée du 27 juillet 2012, a requalifié le contrat liant M. B à la commune en contrat à durée indéterminée à compter du 13 mars 2012 mais a néanmoins réitéré la rupture du contrat de l'intéressé en prononçant son licenciement dans l'intérêt du service à compter du 3 septembre 2012. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision de licenciement, qui a été rejeté par une décision du 15 juin 2013. Par un jugement n°1304825 du 29 novembre 2016, le tribunal administratif de Lille a annulé les décisions précitées des 20 février et 15 juin 2013 et a enjoint à la commune d'Avion de réintégrer M. B dans ses fonctions, en reconstituant sa carrière.
3. Par une nouvelle décision du 26 juillet 2018, le maire d'Avion a prononcé le licenciement de M. B avec effet au 1er octobre 2018. Par un arrêté du 28 juillet 2018, le maire d'Avion a " mis fin aux fonctions de M. B " à compter du 1er octobre 2018 et a rayé l'intéressé des effectifs de la ville à compter de cette même date. Par un jugement n°1808926 du 22 octobre 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté le recours formé par l'intéressé contre ces décisions des 26 et 28 juillet 2018.
4. Par un courrier du 5 octobre 2019, M. B, par l'intermédiaire de son conseil, a demandé au maire d'Avion l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis, du 3 septembre 2012 au 1er octobre 2018, du fait de l'illégalité de la décision du 20 février 2013 prononçant son licenciement. Par une décision du 5 décembre 2019, le maire d'Avion a rejeté sa demande.
5. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la commune d'Avion à lui verser la somme de 35 163,06 euros à titre d'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité.
7. La décision du 20 février 2013 par laquelle le maire d'Avion a prononcé le licenciement de M. B a été annulée par un jugement, devenu définitif, du tribunal administratif de Lille du 29 novembre 2016 aux motifs, d'une part, du défaut d'entretien préalable organisé avec l'intéressé, en méconnaissance des dispositions de l'article 42 du décret n° 88-145 du 15 février 1988, et, d'autre part, de l'absence de recherche, par l'autorité administrative, d'une solution de reclassement de l'agent avant son licenciement. Ces illégalités fautives sont de nature à engager la responsabilité de la commune d'Avion.
8. Néanmoins, il résulte de l'instruction que le licenciement de M. B prononcé par la décision précitée du 20 février 2013 et avec effet au 3 septembre 2012, était justifié par " la suppression de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent ". Il n'est, sur ce point, pas contesté qu'à compter de la rentrée scolaire 2012-2013, la commune d'Avion n'a plus créé aucun poste d'enseignement artistique en musique spécialisé en " chant ". La collectivité défenderesse fait en conséquence valoir que le reclassement de M. B était, dans ces conditions, impossible au sein de ses services. Le requérant, qui est diplômé du conservatoire d'Arras dans le domaine du chant, n'établit quant à lui, ni même n'allègue, qu'il aurait pu être reclassé sur un autre poste d'assistant en enseignement artistique, dans une autre spécialité, ni, plus généralement, qu'un autre emploi de la même catégorie hiérarchique et compatible avec ses compétences professionnelles très spécialisées était vacant, à la date de son licenciement, au sein de l'administration communale d'Avion ou au sein d'une autre collectivité que la commune d'Avion aurait dû saisir de sa demande de reclassement. Dans ces circonstances, compte tenu de l'impossibilité non sérieusement contestée pour la commune de reclasser M. B, l'existence d'aucun lien de causalité entre les illégalités fautives entachant le licenciement du requérant et les préjudices qu'il invoque ne peut être tenue pour établie.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen tiré de la prescription de la créance invoquée, M. B n'est pas fondé à solliciter la condamnation de la commune d'Avion à lui verser la somme demandée.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Avion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune d'Avion au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Avion présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lacherie et à la commune d'Avion.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Larue, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. A
Le président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2001026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026