vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2001158 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 février 2020 et le 9 avril 2021, M. A C, représenté par la SCP Action-Conseils, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Auchel à lui verser, à titre d'indemnisation des préjudices subis, une somme totale de 29 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Auchel une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité des décisions le plaçant en disponibilité d'office et portant rejet de son recours gracieux constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune d'Auchel ; à la date à laquelle il a été placé en disponibilité d'office, soit le 27 mars 2018, il n'avait pas épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire et pouvait, compte tenu de sa pathologie, bénéficier d'un congé de longue maladie puis d'un congé de longue durée ; en outre, son placement en disponibilité d'office a été prononcé sans que la procédure de reclassement ne soit au préalable respectée dès lors qu'il n'a pas été invité à prononcer son souhait d'être reclassé ;
- son employeur a méconnu son obligation de sécurité et de prévention des risques psychosociaux ; des tâches dégradantes et inadaptées à son état de santé lui ont été confiées ; les préconisations le concernant de la médecine de prévention n'ont pas été respectées ; son employeur a délibérément allongé la durée de la procédure de reclassement, ce qui a aggravé son état mental ;
- il est victime d'une situation de harcèlement moral ; la gestion défaillante de sa carrière est animée par la volonté de lui nuire ; la mutation interne l'affectant au cimetière constitue une sanction déguisée ; il a été victime de remarques dégradantes, de fausses promesses et d'une pression psychologique quotidienne de la part du directeur des services techniques ; son employeur a délibérément allongé la durée de la procédure de reclassement ;
- l'illégalité de la décision le plaçant en disponibilité d'office lui a causé un préjudice moral évalué à 1 500 euros ;
- le manquement de son employeur à son obligation de sécurité lui a causé un préjudice moral évalué à 1 500 euros, des troubles dans les conditions d'existence évalués à 3 000 euros et un préjudice matériel évalué à 5 000 euros ;
- le manquement de son employeur à son obligation de prévention des risques psychosociaux lui a causé une souffrance morale évaluée à 3 000 euros et des conséquences matérielles évaluées à 5 000 euros ;
- le harcèlement moral dont il est victime lui a causé un préjudice moral évalué à 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mai 2020 et le 26 juillet 2021, la commune d'Auchel, représentée par Me Filieux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'arrêté du 29 mars 2018 plaçant M. C en disponibilité d'office n'est pas entaché d'illégalité ; l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'un congé de longue durée ou de longue maladie et ne justifie pas qu'il pouvait prétendre à l'octroi de tels congés ; le reclassement de M. C sur un autre poste était impossible ;
- elle n'a pas manqué, en sa qualité d'employeur de M. C, à son obligation de sécurité et de prévention des risques psychosociaux ;
- les faits invoqués par M. C ne sont pas constitutifs d'un harcèlement moral ;
- chacune des demandes indemnitaires fondées sur des faits antérieurs au 1er janvier 2015 est prescrite ;
- les préjudices invoqués ne sont pas établis ; l'arrêté du 29 mars 2018 a été retiré.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le décret n° 86-8 du 13 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Christian, rapporteur public,
- les observations de Me Fréger, représentant M. C, et celles de Me Marcilly, représentant la commune d'Auchel.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, agent de maîtrise principal de la commune d'Auchel affecté, à compter de l'année 2007, aux ateliers des services techniques en qualité d'agent polyvalent d'entretien des bâtiments, a été muté, à compter du 14 septembre 2015, au sein des services du cimetière municipal, en qualité d'agent d'entretien.
2. Par un arrêté du 25 septembre 2017, le maire d'Auchel a placé M. C en arrêt de maladie ordinaire, pour une durée de douze mois, à compter du 27 mars 2017. Il a ensuite été placé, par un arrêté du maire en date du 29 mars 2018, en disponibilité d'office à compter du 27 mars 2018 et " jusqu'au nouvel avis du comité médical ". Par un arrêté du 11 mai 2018, il a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 27 mars 2018. Par un courrier du 24 mai 2018, l'intéressé a formé à l'encontre de cet arrêté un recours gracieux, qui a été rejeté par une décision du maire en date du 28 mai 2018. Le comité médical, réuni le 7 juin 2018, a émis un avis favorable au reclassement de M. C. Par des arrêtés des 29 juin, 27 juillet, 28 août et 27 novembre 2018, et des 7 janvier, 28 janvier, 28 février, 26 mars et 26 avril 2019, le maire a prolongé le placement de l'intéressé en disponibilité d'office pour raison de santé. Le 31 juillet 2018, M. C a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont il est atteint. La commission de réforme a émis le 18 janvier 2019 un avis tendant à la réalisation d'une expertise médicale puis, le 26 avril 2019, un avis favorable à ce que la pathologie de M. C soit prise en charge au titre de la maladie professionnelle. Par ce dernier avis, la commission de réforme a déclaré l'état de santé de l'intéressé consolidé le 20 février 2019 avec un taux d'IPP de 30% et a déclaré M. C inapte à la reprise de ses fonctions. Par un arrêté du 7 mai 2019, le maire d'Auchel a placé M. C en congé de maladie professionnelle à compter du 24 mars 2017.
3. Par un courrier du 16 octobre 2019, M. C, par l'intermédiaire de son conseil, a demandé au maire d'Auchel de lui verser une somme de 1 500 euros à titre d'indemnisation du préjudice résultant de l'illégalité de la décision précitée du 29 mars 2018 le plaçant en disponibilité d'office, une somme totale de 9 500 euros à titre d'indemnisation des préjudices résultant du manquement de son employeur à son obligation de sécurité, une somme totale de 8 000 euros à titre d'indemnisation du manquement de son employeur à son obligation de prévention des risques psycho-sociaux et une somme de 10 000 euros à titre d'indemnisation du harcèlement moral qu'il estime avoir subi. Par une décision du 10 décembre 2019, le maire d'Auchel a rejeté sa demande.
4. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner la commune d'Auchel à lui verser la somme totale de 29 000 euros.
Sur la responsabilité de la commune d'Auchel :
En ce qui concerne l'illégalité du placement de M. C en disponibilité d'office :
5. Toute illégalité fautive est, en principe et quelle qu'en soit la nature, susceptible d'engager la responsabilité de l'administration dès lors qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec les préjudices invoqués, dont il appartient au demandeur d'établir la réalité et le bien-fondé.
6. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article 72 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ". D'autre part, aux termes de l'article 57 de la même loi : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. / () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. / () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. / () ". Aux termes de l'article 25 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Pour bénéficier d'un congé de longue maladie ou de longue durée le fonctionnaire en position d'activité, ou son représentant légal, doit adresser à l'autorité territoriale une demande appuyée d'un certificat de son médecin traitant spécifiant qu'il est susceptible de bénéficier des dispositions de l'article 57 (3° ou 4°) de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée. / () ".
7. Il résulte de l'instruction qu'à la date de sa mise en disponibilité d'office, soit le 27 mars 2018, M. C, qui a été placé en congé de maladie durant douze mois à compter du 27 mars 2017, avait épuisé ses droits à congé de maladie. S'il soutient qu'il avait droit au bénéfice d'un congé de longue durée ou de longue maladie, il est constant qu'il n'en a pas fait la demande antérieurement à l'adoption de l'arrêté en litige, alors qu'il ne conteste pas avoir été informé de ce droit, notamment lors d'un entretien mené avec la directrice des ressources humaines de la ville en février 2018. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, faute d'avoir épuisé ses droits à congé, il ne pouvait être valablement placé en disponibilité d'office.
8. En second lieu, il résulte de la combinaison des dispositions des articles 57, 72 et 81 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, de l'article 37 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 et de l'article 2 du décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 que, lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement dans un autre emploi ou cadre d'emploi de la collectivité ou, à défaut, d'une autre collectivité. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée, soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.
9. En l'espèce, il n'est pas contesté qu'en méconnaissance des principes rappelés au point précédent, la commune d'Auchel n'a pas préalablement invité M. C à présenter une demande de reclassement avant de placer celui-ci en disponibilité d'office.
10. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que dès le 18 mai 2017, le médecin de prévention a indiqué que l'état de santé de M. C était compatible avec la reprise d'un travail similaire à ses fonctions mais dans un " environnement différent ", à savoir dans une autre collectivité. Le médecin de prévention a réitéré cette préconisation lors des visites ultérieures de l'intéressé, notamment celle du 26 juin 2018. Il est ainsi constant que M. C ne pouvait, sauf à méconnaître cette préconisation, être reclassé au sein des services de la commune d'Auchel. D'autre part, il résulte également de l'instruction que la commune d'Auchel a, dès le mois de janvier 2018, soit antérieurement à l'expiration des droits de M. C à congé de maladie, recherché des solutions de reclassement de l'intéressé dans d'autres collectivités, en sollicitant la Métropole européenne de Lille par un courrier du 10 janvier 2018 et le centre de gestion du Pas-de-Calais par un courrier du 15 février 2018. Dans ces circonstances, le vice de procédure affectant la légalité de l'arrêté plaçant M. C en disponibilité d'office à compter du 27 mars 2018 ne peut être regardé comme ayant fait naître chez le requérant un préjudice moral distinct de son placement en disponibilité d'office.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune d'Auchel à lui verser la somme demandée à titre d'indemnisation des préjudices subis du fait de son placement en disponibilité d'office.
En ce qui concerne les manquements allégués aux obligations de sécurité et de prévention des risques psycho-sociaux :
12. Aux termes de l'article 2 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Dans les collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les locaux et installations de service doivent être aménagés, les équipements doivent être réalisés et maintenus de manière à garantir la sécurité des agents et des usagers. Les locaux doivent être tenus dans un état constant de propreté et présenter les conditions d'hygiène et de sécurité nécessaires à la santé des personnes. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 2-1 du même décret : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 24 de ce même décret, dans sa version applicable au présent litige : " Les médecins du service de médecine préventive sont habilités à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / Ils peuvent également proposer des aménagements temporaires de postes de travail ou de conditions d'exercice des fonctions au bénéfice des femmes enceintes. / Lorsque l'autorité territoriale ne suit pas l'avis du service de médecine préventive, sa décision doit être motivée et le comité d'hygiène ou, à défaut, le comité technique doit en être tenu informé () ".
13. Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 de ce même décret, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.
14. M. C soutient que son employeur a manqué à son obligation de sécurité et de protection de la santé, en particulier mentale, de ses agents, en l'affectant, en septembre 2015, en qualité d'agent d'entretien au cimetière municipal, adoptant ainsi à son encontre une sanction déguisée l'ayant conduit à exercer des missions dégradantes et inadaptées à son état de santé. M. C soutient également que son employeur a volontairement freiné la procédure tendant à son reclassement, ce qui a également pesé sur son état de santé mental.
15. Toutefois, il résulte de l'instruction que, suite aux préconisations du médecin de prévention en date du 11 septembre 2015, selon lesquelles M. C ne devait pas être exposé " aux irritants bronchiques type poussière, solvant, peintures, fumée de soudage ", le maire d'Auchel a réaffecté l'intéressé sur le poste d'agent d'entretien du domaine public affecté au cimetière municipal. Il ressort de la fiche de poste correspondante, créée le 14 septembre 2015, que les missions confiées au requérant consistaient essentiellement à désherber les parcelles et à nettoyer les allées du cimetière, missions qui ne correspondent pas à celles d'un agent de maîtrise principal qui, en application de l'article 3 du décret n°88-547 du 6 mai 1988 portant statut particulier du cadre d'emploi correspondant, sont chargés de missions et de travaux techniques nécessitant une expérience professionnelle confirmée et comportant, notamment, la surveillance des travaux confiées à des entrepreneurs ou exécutés en régie, l'encadrement de plusieurs agents de maîtrise ou de fonctionnaires appartenant aux cadres d'emplois techniques de catégorie C et la direction d'un atelier ou d'un ou de plusieurs chantiers.
16. Néanmoins, et d'une part, il résulte également de l'instruction que l'affectation de M. C au cimetière devait, initialement, être provisoire et limitée à trois mois. Si la commune d'Auchel n'établit pas en quoi l'aménagement du poste du soudeur, et donc le retour de M. C dans ses anciennes fonctions, était impossible, ainsi qu'elle le fait valoir, il ressort des fiches de poste actualisées du requérant que, dès le mois de février 2016, le poste du requérant au cimetière municipal a été étoffé par l'ajout des missions d'adjoint au responsable du cimetière, qui impliquent la gestion des emplacements funéraires et des urnes par la délivrance et le contrôle des titres de concession, la tenue du registre du cimetière, la supervision et le contrôle des prestataires de service ainsi que l'accueil du public. En tout état de cause, aucun élément versé à l'instance n'est de nature à établir que cette mutation d'office, adoptée suite aux préconisations du médecin de prévention, aurait été décidée dans le but de sanctionner M. C. Sur ce dernier point, les deux attestations produites par le requérant, rédigées par l'un de ses collègues affecté dans l'atelier de soudure où il travaillait avant sa mutation, ne permettent pas d'établir que son changement de poste serait le fruit de la " vindicte " du directeur des services techniques, ainsi qu'il le soutient. La qualification invoquée de sanction déguisée ne peut, dans ces circonstances, être retenue.
17. D'autre part, aucun élément versé à l'instance n'est de nature à établir que les missions confiées à M. C au sein du cimetière municipal étaient contraires aux préconisations du médecin de prévention ou, plus largement, à son état de santé. Il ressort à ce titre de ses fiches de poste que ces dernières ont été révisées, en février 2017, pour tenir compte des préconisations du médecin de prévention en date du 8 novembre 2016 selon lesquelles M. C ne devait pas adopter de positions agenouillés ou accroupies ni porter des charges supérieures à 25 kg sans aide technique ou binôme. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucun élément versé à l'instance n'est de nature à établir qu'il a dû réaliser des gestes contraires à ces préconisations, notamment le porte de " tonnes de schistes ". De même, si M. C soutient avoir été victime, le 5 août 2016, d'un accident de service constituant la rechute l'accident de service dont il a été victime en 2009, il n'apporte aucun élément de nature à établir cette imputabilité au service.
18. Enfin, en ce qui concerne la procédure tendant au reclassement de M. C, il résulte de l'instruction que, par un avis du 14 septembre 2017, le comité médical s'est prononcé en faveur de l'octroi au requérant d'un congé de maladie ordinaire d'une durée de 12 mois à compter du 27 mars 2017 et d'un reclassement de l'intéressé sur un autre emploi public. Ainsi qu'il a été dit, par un arrêté du 25 septembre 2017, le maire d'Auchel a placé M. C en arrêt de maladie ordinaire, pour une durée de douze mois, à compter du 27 mars 2017. Si l'intéressé soutient que la commune d'Auchel a tardé à engager la procédure pour son reclassement, il résulte de l'instruction que le maire d'Auchel a entrepris les premières démarches tendant à ce reclassement en janvier 2018, soit quatre mois après l'avis du comité médical mais deux mois avant l'expiration des droits à congé de M. C.
19. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son employeur aurait manqué à ses obligations de sécurité et de prévention des risques psycho-sociaux.
En ce qui concerne le harcèlement moral :
20. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
21. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
22. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
23. M. C soutient être victime d'une situation de harcèlement moral, en reprenant les éléments avancés précédemment, à savoir le caractère de sanction déguisée de sa mutation au cimetière municipal ainsi que la lenteur excessive adoptée délibérément par son employeur dans la recherche d'un reclassement. Toutefois, il ressort des développements précédents que ces éléments manquent en fait. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la " pression psychologique quotidienne " exercée à son encontre par le directeur des services techniques ainsi que ses fausses promesses, aucun élément versé à l'instance n'est de nature à en établir la réalité. Le requérant n'apporte ainsi pas les éléments de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune d'Auchel à lui verser la somme totale de 29 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Auchel, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune d'Auchel au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Auchel présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune d'Auchel.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Larue, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. BLe président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2001158
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026