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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2001325

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2001325

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2001325
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMILLOT BENJAMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 17 février 2020, 8 février 2023 et 30 mars 2023, Mme F D, représentée par Me Millot, demande au tribunal :

1°) de condamner l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat à procéder à des travaux ayant pour objet l'étanchéité de la terrasse de la cour de l'immeuble de M. A, la protection verticale du mur, le traitement de la mérule dans le mur mitoyen et le cuvelage partiel du sous-sol et du rez-de-chaussée de l'appartement de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de condamner l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat à lui verser une somme de 800 euros par mois à compter du 26 avril 2016 et jusqu'à la réalisation complète des travaux prescrits par l'expert au titre du préjudice de jouissance ;

3°) de condamner l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat à lui verser une somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travaux mis à la charge de l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat par l'expert judiciaire n'ont toujours pas été réalisés ;

- elle subit un préjudice financier de 800 euros par mois correspondant à la valeur locative de son appartement ;

- elle subit un préjudice moral, dès lors qu'elle se trouve dans une situation financière difficile.

Par des mémoires en défense et des pièces, enregistrés les 2 et 5 juillet 2021, 13 mars et 4 mai 2023, l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat, représenté par Me Deregnaucourt, conclut au rejet de la requête, à ce que la SMACL et la SMABTP soient condamnées à le garantir et le relever indemne de toute condamnation, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme D, de la SMACL et de la SMABTP au titre de l'article 700 du code de procédure civile et à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de Mme D, de la SMACL et de la SMABTP.

Il fait valoir que :

- la requête de Mme D est irrecevable, dès lors qu'elle ne précise pas le fondement juridique de sa demande ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 5 avril 2022, la SMACL, représentée par Me Dutat, conclut au rejet des conclusions dirigées à son encontre et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Sergic au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 27 janvier 2023, la société Sergic, représentée par Me Beulque, conclut au rejet de l'appel en garantie formé à son encontre et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SMACL au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de l'appel en garantie formé par la SMACL à son encontre ;

- l'appel en garantie est mal dirigé, dès lors qu'elle n'est pas syndic de la résidence.

La requête a été communiqué à la SMABTP, à la société Nexity et à Me Malfaisan en sa qualité de liquidateur judiciaire de la SAS Entreprise Georges Cazeaux qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemée,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me Leuliet, substituant Me Deregnaucourt, représentant l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat et celles de Me Mabriez, substituant Me Beulque, représentant la société Sergic.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F D est propriétaire d'un appartement situé 42/44 rue Léonard Danel à Lille. Par un courrier du 11 septembre 2019, elle a demandé à l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat, propriétaire de l'immeuble voisin de celui où se trouve son appartement, de procéder à des travaux ayant pour objet l'étanchéité de la terrasse de la cour de l'immeuble, la protection verticale du mur, le traitement de la mérule dans le mur mitoyen et le cuvelage partiel du sous-sol et du rez-de-chaussée d'un appartement voisin et de l'indemniser des préjudices subis. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme D demande au tribunal d'enjoindre à l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat de réaliser ces travaux sous astreinte et de condamner l'office à lui verser une somme de 800 euros par mois à compter du 26 avril 2016 jusqu'à la réalisation de ces travaux et une somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices subis.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. "

3. Mme D indique notamment dans sa requête, en se référant expressément au rapport d'expertise et à l'ordonnance d'incident du 30 avril 2019 du juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Lille joints à sa demande, qu'elle " ne cesse de subir les affres des désordres provoqués par l'incurie et le défaut de diligences de [l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat] dans la reprise des désordres pourtant dûment constatés à dire d'expert ". Eu égard aux termes employés, la requérante doit être regardée comme ayant invoqué le régime de responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public et le régime de responsabilité sans faute du fait d'un ouvrage public. Dès lors, la requête doit être regardée comme suffisamment motivée et satisfaisant aux dispositions précitées de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour défaut d'entretien normal d'un ouvrage public :

4. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage qu'il impute à un défaut d'entretien d'un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La personne publique en charge de cet ouvrage doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que celui-ci faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

5. En l'espèce, Mme D n'étant pas usagère de l'ouvrage public qui est voisin de l'appartement qu'elle possède, elle n'est, dès lors, pas fondée à rechercher la responsabilité de l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat pour défaut d'entretien normal d'un ouvrage public.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

6. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

7. Mme D se prévaut d'un dommage résultant de l'humidité constante du mur mitoyen entre son appartement et la propriété de l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat qui a contribué au développement de la mérule dans son appartement. Ce mur appartient, en partie inférieure, à l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat, personne publique, et est affecté au service public du logement. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du 12 décembre 2017 établi par M. C et du rapport d'expertise du 29 janvier 2016 réalisé par M. G du cabinet Géolys, que ce mur était initialement intérieur et a été transformé en mur de fondation avec, d'un côté, un remblai en terre non imperméabilisé et, de l'autre, l'immeuble où se trouve l'appartement de la requérante. Ce remblai en terre est légèrement incliné vers le mur mitoyen contribuant à son humidité persistante qui est un des éléments favorisant le développement de la mérule. Dès lors, eu égard au caractère accidentel du dommage, Mme D est fondée à engager la responsabilité sans faute de l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat.

8. D'une part, la requérante produit un contrat de bail à son nom daté de juin 2020 et des factures d'électricité concernant son appartement entre mars 2017 et mars 2022. Toutefois, le contrat de bail date seulement du mois de juin 2020, alors que la présence d'humidité dans son appartement est établie au moins depuis l'année 2016. En outre, les factures d'électricité ne permettent pas de regarder l'appartement de Mme D comme inoccupé, alors que l'expert judiciaire a relevé dans son rapport que cet appartement n'a pas été présenté comme inhabité lors de ses visites. Au surplus, cet expert n'a pas déclaré l'appartement de la requérante comme impropre à sa destination et l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 19 janvier 2023 a débouté Mme D de sa demande au titre du préjudice de jouissance. Par suite, le préjudice de jouissance dont se prévaut Mme D n'est pas établi.

9. D'autre part, si Mme D se prévaut d'une situation financière difficile, elle ne l'établit pas par les seules pièces du dossier. Par suite, sa demande d'indemnisation au titre du préjudice moral ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée. Au demeurant, l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 19 janvier 2023 a également débouté Mme D de sa demande au titre du préjudice moral.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. La personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires. De la même façon, le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.

12. Aucune condamnation n'étant prononcée par le présent jugement, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D tendant à ce qu'il soit ordonné au maître de l'ouvrage de faire cesser les désordres ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'appel en garantie :

13. En l'absence de toute condamnation prononcée par le présent jugement, les conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

14. L'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat ne justifiant pas de dépens, ses conclusions tendant à ce que soient mis à la charge de Mme D, de la SMACL et de la SMABTP les entiers dépens doivent être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

15. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il en va de même des conclusions présentées par la SMACL à l'encontre de Sergic.

16. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat et non compris dans les dépens. Il y a également lieu de mettre à la charge de la SMACL une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Sergic et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La SMACL versera à la société Sergic une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat, à la SMACL, à la société Sergic, à la SMABTP, à la société Nexity et à Me Malfaisan en sa qualité de liquidateur judiciaire de la SAS Entreprise Georges Cazeaux.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. LEMÉE

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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