jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2001622 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | VANDENBUSSCHE |
Vu la procédure suivante :
F une requête et des mémoires, enregistrés les 25 février 2020, 22 avril 2020, 10 novembre 2020 et 6 octobre 2022, Mme E, représentée F Me Briatte, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner avant dire droit une mesure d'expertise médicale aux fins de déterminer le lien de causalité entre sa pathologie et sa prise en charge au centre hospitalier de Douai en décembre 2017 et d'évaluer ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai, à titre provisionnel, une somme de 100 000 euros ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai le versement à Me Briatte, avocat de Mme E, la somme de 2 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- une expertise médicale doit être ordonnée afin notamment de déterminer s'il existe un lien de causalité entre sa pathologie actuelle et sa prise en charge défaillante au sein du centre hospitalier de Douai le 26 décembre 2017 et d'examiner l'étendue du préjudice qu'elle a subi ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Douai est engagée du fait de la faute commise dans l'organisation du service lors de sa prise en charge dans cet établissement le 26 décembre 2017 ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Douai est engagée du fait de la faute commise dans le diagnostic et la prescription thérapeutique administrée à Mme E.
F des mémoires en défense, enregistrés les 12 mai 2020, 25 novembre 2020 et 13 octobre 2022, le centre hospitalier de Douai, représenté F Me Vandenbussche, dans le dernier état de ses écritures, s'en remet à la sagesse du tribunal quant à la demande d'expertise et conclut au rejet du surplus de la demande de Mme E.
Il fait valoir que les soins délivrés à Mme E ont été conformes aux règles de l'art.
F des mémoires, enregistrés les 23 novembre 2020, 20 octobre 2022 et 27 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Artois, représentée F Mme D C, s'en remet à la sagesse du tribunal quant à la demande d'expertise.
Elle soutient que le montant des prestations versées F elle à Mme E en rapport avec un fait imputable au centre hospitalier de Douai ne peut être déterminé sans expertise.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale F une décision du 17 août 2020.
F une ordonnance du 6 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le 7 novembre 2022 à 12 h.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Lalieu, substituant Me Vandenbussche, représentant le centre hospitalier de Douai.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 décembre 2017, Mme E a été conduite aux urgences F les pompiers au centre hospitalier de Douai à la suite à une intoxication au monoxyde de carbone survenue dans l'incendie de son domicile. Mme E a été admise aux urgences à 19h22 et a été examinée à 20h44 F un aide-soignant, qui a pris les paramètres vitaux puis, à 21 h 51 F un médecin, qui a effectué plusieurs examens, parmi lesquels un examen clinique sans particularités puis un électrocardiogramme qui s'est révélé normal. Plusieurs examens biologiques ont été réalisés dont un prélèvement de sang et une mesure du monoxyde de carbone. Des actes ont été accomplis dont la pose d'une perfusion. A 0 h 48, le 27 décembre 2017, le médecin a prescrit une oxygénothérapie pendant douze heures au total, devant conduire à une sortie à 7 h du matin. Mme E a quitté le service des urgences, à 00h55 et a bénéficié d'une collation à 3 h 53 du matin. Le 26 septembre 2019, elle a consulté, pour une toux chronique, un pneumologue qui a programmé un scanner thoracique et une fibroscopie bronchique. Le 2 octobre 2019, Mme E a bénéficié d'un scanner thoracique constatant la présence d'un micronodule sous-pleural gauche de 3,5 millimètres. Le 9 octobre 2019, une fibroscopie bronchique a mis en évidence une trachéomalacie importante pendant les efforts de toux. Le 14 octobre, Mme E a réalisé un test d'effort, lequel a indiqué un état rassurant de la patiente, l'invitant en conclusion à perdre du poids et à reprendre une activité physique régulière. Une nouvelle consultation du pneumologue, le 5 novembre 2019 confirme la trachéomalacie et prévoit la surveillance, à un an, du micronodule. Le 8 décembre 2019, en raison d'un épisode de dyspnée, Mme E a été admise aux urgences de la polyclinique de Hénin Beaumont qui a conclu, après une série d'examens, à une surinfection bronchique.
2. Mme E a formulé une demande préalable d'indemnisation auprès du centre hospitalier de Douai le 13 novembre 2019, estimant que l'établissement avait commis une faute dans sa prise en charge du 26 décembre 2017. Toutefois, le centre hospitalier de Douai a adressé à Mme E un refus d'indemnisation, le 27 janvier 2020, considérant qu'aucune faute n'a été commise F l'établissement. F sa requête, Mme E demande d'ordonner avant dire droit une mesure d'expertise médicale aux fins de déterminer le lien de causalité entre sa prise en charge et ses préjudices et d'évaluer le préjudice subi du fait de sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Douai et de condamner le centre hospitalier de Douai à lui verser une provision de 100 000 euros.
Sur la demande d'expertise :
3. L'article R. 621-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés F sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues F l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation. ".
4. En l'état de l'instruction, le tribunal n'est pas en mesure de se prononcer sur la responsabilité du centre hospitalier de Douai lors de la prise en charge de Mme E, notamment sur l'existence éventuelle d'une faute médicale ou d'une faute dans l'organisation du service, ni d'évaluer les préjudices éventuellement en lien avec une telle faute. F suite, l'expertise sollicitée, à laquelle ne s'oppose pas le centre hospitalier défendeur, est utile et ne présente aucun caractère frustratoire, ni dilatoire.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, avant qu'il soit statué sur les conclusions indemnitaires formées F Mme E à l'encontre du centre hospitalier de Douai, d'ordonner une mission d'expertise aux fins précisées dans le dispositif du présent jugement.
Sur la provision :
6. Le juge saisi de conclusions indemnitaires peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.
7. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'état du dossier ne permet ni de déterminer l'existence de fautes dans la prise en charge de Mme E F le centre hospitalier de Douai, ni d'établir un lien de causalité entre les préjudices subis F la requérante et un agissement du centre hospitalier. F suite, les conclusions tendant au versement d'une provision, pour une créance qui n'est pas, en l'état de l'instruction, certaine, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme E, procédé à une expertise médicale, en présence de cette dernière, du centre hospitalier de Douai et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.
Article 2 : L'expert, ou le collège d'experts, sera désigné F le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues F les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment F écrit devant le greffier en chef du tribunal.
Article 3 : L'expert, ou le collège d'experts, aura pour mission de :
1°) se faire communiquer et prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme E ainsi que tous documents relatifs à son état de santé détenus F le centre hospitalier de Douai, et notamment tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués au cours et dans le décours de sa prise en charge F le centre hospitalier de Douai le 26 décembre 2017 ;
2°) donner son avis sur le point de savoir si les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents, conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits en litige, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme E ;
3°) réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de la prise en charge hospitalière de Mme E F le centre hospitalier de Douai ; déterminer si les complications dont souffre Mme E résultent d'un manquement commis ou d'un aléa thérapeutique ; décrire précisément les éventuelles fautes commises ;
4°) décrire les séquelles dont Mme E est atteinte et en les distinguant, le cas échéant, de son état antérieur, notamment les séquelles de l'incendie, et des conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale si celle-ci s'était déroulée normalement ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec le manquement reproché à l'établissement ; plus précisément, indiquer si les manquements éventuellement constatés sont à l'origine de l'intégralité des dommages subis, s'ils ont seulement concouru à les aggraver ou si les dommages seraient survenus même en l'absence de faute ; de préciser, dans le cas où le manquement éventuellement commis n'a entraîné pour Mme E qu'une perte de chance d'échapper aux dommages constatés, si cette perte de chance résulte d'un retard de prise en charge ou d'une faute médicale, en appréciant, le cas échéant, la part respective prise F les différents facteurs qui y auraient concouru ; d'indiquer l'ampleur (en pourcentage) de la chance perdue F Mme E d'échapper au dommage ou de se soustraire à l'aggravation de son état de santé ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;
5°) dire si l'état de Mme E est consolidé, et depuis quelle date, au regard des différentes séquelles dont elle est atteinte, ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, fournir toutes précisions utiles sur l'évolution prévisible des séquelles concernées et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
6°) évaluer la nature et l'étendue des préjudices patrimoniaux en utilisant la nomenclature Dintilhac ;
7°) évaluer la nature et l'étendue des préjudices extra patrimoniaux en utilisant la nomenclature Dintilhac ;
8°) préciser clairement, pour chacun de ces postes de préjudice, les parts éventuelles qui résulteraient le cas échéant :
a) du manquement ou de l'accident médical en cause ;
b) de l'état de santé antérieur ;
c) de l'intervention des différents responsables.
9°) d'une manière générale, fournir au tribunal tous les éléments de nature à permettre de se prononcer sur les responsabilités éventuellement encourues et les préjudices subis ;
10°) de déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées F l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport F les parties.
Article 7 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 8 : Les conclusions tendant à l'allocation d'une provision sont rejetées.
Article 9 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué F le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Briatte, au centre hospitalier de Douai et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public F mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.M. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. FOUGERES
La greffière,
signé
J. VANDEWYNGAERDE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026