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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2001679

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2001679

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2001679
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL ROBERT ET LOONIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2020, Mme F A épouse B, Mme C A épouse E et M. D A, représentés par Me Loonis, demandent au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 6 565,30 euros résultant du relevé de taxe déductible et des comptes de prix de revient déposé le 26 novembre 2019, faisant suite aux travaux réalisés au 10 rue Faidherbe à Caudry ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les frais et dépens.

Ils soutiennent que :

- l'administration n'était pas fondée à leur refuser le remboursement du crédit de TVA dès lors que la livraison à soi-même ne pouvait pas intervenir avant l'acquisition du conventionnement de l'agence nationale de l'habitat, qui découle de la réception des conventions régularisées ;

- l'administration n'était pas fondée à leur refuser le remboursement de ce crédit de TVA dès lors que le délai prévu par l'article 270 du code général des impôts était suspendu jusqu'à la réception des conventions régularisées conclues avec l'agence nationale de l'habitat ;

- l'administration n'était pas fondée à leur refuser le remboursement de crédit de TVA dès lors que l'absence de retour des conventions régularisées par l'agence nationale de l'habitat constituait un empêchement ou un cas de force majeure au sens de l'article 2234 du code civil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 25 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2022.

Par courrier du 21 octobre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi en ce que la décision de rejet de la réclamation des contribuables était fondée sur l'article 270 du code général des impôts, qui n'était pas applicable au litige.

Par un mémoire enregistré le 28 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut à l'irrecevabilité de la demande de restitution de crédit de TVA en demandant une substitution de base légale (paragraphe I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts).

Un mémoire a été enregistré le 28 octobre 2022 pour les requérants, lequel a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dang, conseillère rapporteure,

- les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, en sa qualité de représentante de l'indivision A, propriétaire d'un immeuble sis 10 rue Faidherbe à Caudry, a adressé à l'administration fiscale une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) d'un montant de 6 565, 30 euros résultant du relevé de taxe déductible et des comptes de prix de revient déposé le 26 novembre 2019, faisant suite aux travaux d'aménagement concourant à la production d'un immeuble neuf destiné au secteur locatif social, au moyen de subventions accordées par l'agence nationale de l'habitat. L'administration a rejeté sa demande par décision du 23 décembre 2019. Par la présente requête, Mme A épouse B, Mme A épouse E et M. A demandent au tribunal de prononcer la restitution de cette somme.

Sur les conclusions à fin de restitution de taxe sur la valeur ajoutée :

2. En premier lieu, l'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de justifier une imposition par un nouveau fondement juridique, à la condition toutefois qu'une telle substitution de base légale ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi.

3. Dans son mémoire enregistré le 28 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord a demandé au tribunal de rejeter la requête sur le fondement de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts.

4. Aux termes de l'article 257 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " 1. - I. - Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. ( .. .) 3. Sont également soumises à la taxe sur la valeur ajoutée :1° Les livraisons à soi-même de travaux immobiliers mentionnés au 2 du III et au IV de l'article 278 sexies et à l'article 278 sexies A réalisées par des personnes assujetties au sens de l'article 256 A ; () ". Selon l'article 269 du code général des impôts : " 1. le fait générateur de la taxe de produit : () d) pour les livraisons à soi-même de travaux immobiliers mentionnées au 1° du 3 du I de l'article 257, au moment de l'achèvement de l'ensemble des travaux. ".

5. Aux termes de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. () ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la possibilité d'obtenir le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée est limitée aux cas où l'assujetti n'est pas en mesure d'imputer l'intégralité de sa taxe déductible sur le montant de la taxe due. Dans ces conditions, un redevable ne peut demander le remboursement d'un crédit de taxe déductible qu'à condition de l'avoir mentionné dans les déclarations qu'il est tenu de déposer pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, afin que l'administration fiscale puisse vérifier que la demande en cause correspond effectivement à un crédit de taxe dont l'imputation n'a pu être faite, ou, en cas d'omission, dans des déclarations ultérieures qui doivent être déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission.

7. Il résulte de l'instruction que les requérants ont, en 2015, engagé des travaux concourant à la production d'un immeuble neuf comportant cinq logements destinés à la location, au moyen de subventions accordées par l'agence nationale de l'habitat (ANAH). Ils ont transmis à l'administration une déclaration spéciale d'achèvement d'un immeuble mentionnant comme date d'achèvement le 1er février 2016. En application des dispositions précitées de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts, ils pouvaient, jusqu'au 31 décembre 2018 déclarer la taxe dont la déduction avait été omise. Dès lors qu'ils ont formé une demande de remboursement de crédit de TVA se rapportant à ces travaux le 26 novembre 2019, leur droit à déduction de cette taxe était prescrit. L'administration est fondée à faire valoir que leur réclamation était tardive. Il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de base légale qui ne prive les requérants d'aucune des garanties de procédures attachées au nouveau fondement légal et sur lequel ils ont été mis en mesure de présenter utilement leurs observations.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants, qui invoquent des moyens inopérants, ne sont pas fondés à demander le remboursement de la somme de 6 565, 30 euros correspondant à un remboursement de crédit de TVA.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En l'absence de dépens, les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme F A épouse B, de Mme C A épouse E et de M. D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A épouse B, à Mme C A épouse E, à M. D A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Dang, première conseillère,

Mme Bergerat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

L. DANG

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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