mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2001829 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | FROMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 mars 2020 et le 22 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Lacherie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement la communauté d'agglomération de Lens Liévin et la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux à lui verser la somme de 4 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'accident dont elle a été victime le 27 juin 2016 rue Jules Mousseron à Méricourt ;
2°) d'ordonner une expertise médicale afin d'évaluer l'étendue des préjudices corporels qu'elle a subis du fait de cet accident ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Lens Liévin et la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le lien de causalité entre la plaque d'égout déchaussée de la rue Jules Mousseron à Méricourt et la chute qui lui a entraîné une fracture du poignet le 27 juin 2016 est établi ;
- la communauté d'agglomération de Lens Liévin et la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux engagent solidairement leur responsabilité en raison du défaut d'entretien de cet ouvrage public, qui n'aurait pas dû être déchaussé et surélevé par rapport à l'enrobé du trottoir avant d'être réparé par la société Veolia Eau - Compagnie générale des eaux.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 octobre 2020 et le 19 février 2021, la communauté d'agglomération de Lens Liévin, représentée par Me Dutat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le lien de causalité entre les préjudices allégués et la plaque d'égout n'est pas établi ;
- la plaque d'égout ne présentait pas un défaut d'entretien ;
- un tel obstacle, visible et évitable, n'excède pas les obstacles qu'un piéton attentif peut s'attendre à rencontrer sur son chemin ;
- le relevé des débours produit par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois ne permet à aucun moment de rattacher les frais exposés à l'accident ;
- en tout état de cause, les éventuelles condamnations pécuniaires devront être mises à la charge de Véolia eau - Compagnie générale des eaux, fermier, qui avait en charge l'entretien du réseau d'assainissement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2020, la société Véolia eau -Compagnie générale des eaux, représenté Me Fromont, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître le litige qui oppose un service public industriel et commercial à un de ses usagers ;
- en tout état de cause, sa responsabilité, dans le cadre du contrat d'affermage qui la lie à la communauté d'agglomération de Lens Liévin, ne peut être engagée qu'au titre de dommages imputables à l'entretien ou au fonctionnement de l'ouvrage ;
- le lien de causalité entre les préjudices allégués et la plaque d'égout n'est pas établi ;
- la plaque d'égout ne présentait pas un défaut d'entretien ;
- un tel obstacle, visible et évitable, n'excède pas les obstacles qu'un piéton attentif peut s'attendre à rencontrer sur son chemin,
- l'opportunité d'organiser une expertise judiciaire n'est pas démontrée.
Par un mémoire, enregistré le 22 janvier 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Artois demande au tribunal de condamner la communauté d'agglomération de Lens Liévin et la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux à lui verser la somme de 458,68 euros au titre des débours exposés dans l'intérêt de Mme A, assortie des intérêts au taux légal, somme qui pourra être complétée des éventuels paiements non encore connus à ce jour ainsi que le montant de l'indemnité forfaitaire de gestion qui sera connu lorsqu'elle sera en mesure de présenter sa créance définitive.
Elle fait valoir que :
- la communauté d'agglomération de Lens Liévin et la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux sont responsables de l'accident dont a été victime Mme A ;
- elle est fondée à demander le remboursement des débours exposés dans l'intérêt de son assurée, conformément à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 28 septembre 2020.
La clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2022 par une ordonnance du 25 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil ;
- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;
- les observations de Me Tanière, représentant la communauté d'agglomération de Lens Liévin, qui déclare s'en remettre à ses écritures ;
- les observations de Me Fromont, représentant la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux, qui déclare s'en remettre à ses écritures, et soutient en outre que la requérante ne précise pas sa qualité d'usager du service public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui soutient avoir chuté le 27 juin 2016 sur une plaque d'égout mal scellée au trottoir à l'intersection des rues Jules Mousseron et Léo Delibes à Méricourt (Pas-de-Calais), et s'être fracturée le poignet gauche, a adressé le 24 octobre 2019 des réclamations indemnitaires à la communauté d'agglomération de Lens Liévin et à la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux, auxquelles il ne lui a pas été répondu. Elle demande au tribunal d'ordonner une expertise médicale avant-dire-droit en vue d'évaluer l'étendue de ses préjudices corporels et de condamner la communauté d'agglomération de Lens Liévin et la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux à lui verser, à titre provisionnel, la somme de 4 000 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices subis du fait de cet accident.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative
2. Si les litiges nés des rapports de droit privé qui lient un service public industriel et commercial assurant la gestion du réseau d'assainissement à ses usagers relèvent de la compétence des juridictions judiciaires, il en va autrement lorsque l'usager demande réparation d'un dommage qui est étranger à la fourniture de la prestation et provient du fonctionnement d'un ouvrage ne constituant pas un raccordement particulier au réseau public.
3. Les dommages subis par Mme A par sa chute sur une plaque d'égout mal scellée au trottoir sont rattachés au fonctionnement d'un ouvrage public et ne trouvent pas leur origine dans la fourniture d'une prestation, telle qu'un raccordement particulier, assurée par le service public d'assainissement. Il en résulte que la demande de Mme A relève de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par la société Veolia eau - Compagnie générale des eaux doit être écartée.
Sur la responsabilité :
4. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
5. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier des photographies produites par Mme A, que si la plaque d'égout en cause, située à l'extrémité du trottoir, présentait un léger descellement du trottoir, la partie métallique de la plaque n'était saillante que de moins de 5 centimètres du reste de la chaussée. Cet obstacle, à l'heure où la chute s'est produite, en pleine journée, était parfaitement visible et n'excédait pas, par sa nature ou son importance, les caractéristiques des défectuosités que les usagers doivent s'attendre à rencontrer et pour lesquelles une signalisation particulière aurait été nécessaire. La circonstance que des travaux destinés à assurer la planéité totale du trottoir aient été réalisés par Veolia eau - Compagnie générale des eaux peu de temps après l'accident est à cet égard sans influence. Dès lors, l'imperfection provenant de l'écart entre la plaque d'égout et le trottoir ne saurait être regardée comme constitutif d'un défaut d'entretien normal susceptible d'engager la responsabilité de Veolia eau - Compagnie générale des eaux.
6. D'autre part, les deux résultats de radiographies du poignet que Mme A produit ne permettent pas d'établir un lien entre la chute qu'elle invoque et la fracture du poignet dont elle a souffert, et le seul bilan médical qui mentionne une chute sur la voie publique, rédigé par un chirurgien de la main qui l'a examinée trois mois plus tard, a été modifié manuellement dans son contenu, la date du 7 juin 2016 qui y figure concernant la chute étant, de façon inexpliquée, rectifiée en 27 juin 2016. Par ailleurs, les deux attestations de témoins directs de l'incident, rédigées presque trois ans plus tard, n'apportent aucune précision quant aux circonstances de la chute, les caractéristiques de la défectuosité alléguée de la plaque d'égout en cause ou la prise en charge de Mme A. Enfin, les photographies de la plaque d'égout portées au dossier ne permettent pas d'établir le lien de causalité que la requérante invoque entre cette défectuosité et la chute en litige.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire-droit, que la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la communauté d'agglomération de Lens Liévin et de la société Veolia eau - Compagnie générale des eaux. Les conclusions présentées par la CPAM de l'Artois doivent, pour les mêmes motifs, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de Lens Liévin ou à celle de la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes de la communauté d'agglomération de Lens Liévin et à celles de la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la CPAM de l'Artois sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération de Lens Liévin et la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, à la communauté d'agglomération de Lens Liévin et à la société Véolia eau - Compagnie générale des eaux.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Hervouet, président du tribunal,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023
La rapporteure,
Signé
A-L MONTEIL
Le président,
Signé
C. HERVOUET
La greffière,
Signé
A. DOUVRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026