jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002109 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP AVOCATS BANCEL ZUIN LEFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 mars 2020, 7 octobre 2020 et 25 novembre 2021, M. B E et Mme A D, représentés par Me Bancel et Me Leclerc, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge ou la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration fiscale a remis en cause la réduction d'impôt en litige à la suite d'une vérification de comptabilité diligentée à l'encontre de la société exploitant les chauffe-eau qu'ils ont acquis par l'intermédiaire de la société Anthurium alors qu'aucune demande de renseignement n'a été directement adressée à cette société, qui était pourtant en mesure de justifier de l'engagement d'exploitation, et qu'elle n'a fait l'objet d'aucun contrôle ;
- ils remplissent l'ensemble des conditions prévues par l'article 199 undecies B du code général des impôts, ayant conservé leurs parts dans la société Anthurium pendant cinq ans, cette société ayant donné le bien en location pendant une durée minimale de cinq ans et la société exploitante s'étant engagée à exploiter les chauffe-eau pendant sept ans ;
- à supposer que la condition tenant à la durée d'engagement de la société exploitante ne soit pas remplie, la seule sanction applicable consiste en l'infliction d'une amende à l'encontre de l'exploitant sur le fondement de l'article 1740-00 A du code général des impôts et en aucun cas en la remise en cause du bénéfice de la réduction d'impôt ;
- la base à prendre en compte est le prix de marché, et non le prix de revient ; il appartient à l'administration, qui entend contester ce prix, de rapporter la preuve qu'il est surévalué par rapport au prix normal du marché ;
- en tout état de cause, à supposer que le prix du matériel soit anormalement élevé par rapport à la valeur du marché, cette circonstance conduit à une révision de la base de défiscalisation, et non à une remise en cause de l'intégralité de la réduction d'impôt ;
- le service vérificateur a méconnu l'obligation de communication prévue par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en ne transmettant pas l'intégralité des documents ayant servi de fondement aux rectifications et notamment l'ensemble du dossier contractuel liant la société Anthurium à l'exploitant et le courrier du gérant de la société Eco Soley Développement ;
- le bien étant toujours exploité par la société Eco Soley Développement plus de sept ans après la mise en service des équipements, l'engagement d'exploitation a été respecté.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juillet 2020 et 23 octobre 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que, si M. E et Mme D sont fondés à contester le motif tiré de la surfacturation du prix des chauffe-eau acquis par la société Anthurium et mis à disposition de la société Eco Soley Développement, les autres moyens qu'ils soulèvent ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 1er décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 décembre 2021.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 29 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E et Mme D ont bénéficié, au titre de l'année 2014, sur le fondement des dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, d'une réduction d'impôt à raison d'investissements réalisés par la société en nom collectif Anthurium, dont ils sont associés, et consistant en l'acquisition de chauffe-eau solaires donnés à bail à la société Eco Soley Développement, société établie en Guadeloupe et chargée d'en assurer l'exploitation. À la suite d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, l'administration fiscale a remis en cause le bénéfice de cette réduction. M. E et Mme D demandent au tribunal de prononcer la décharge ou la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis en conséquence au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes.
2. En premier lieu, l'imposition contestée ne résulte pas de l'imposition entre les mains de M. E et de Mme D des résultats de la société Anthurium, mais de la remise en cause d'une réduction d'impôt à laquelle ils estimaient pouvoir prétendre sur le fondement de l'article 199 undecies B du code général des impôts à raison d'investissements productifs neufs réalisés outre-mer. Il résulte de l'instruction que le service s'est borné à diligenter un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, en utilisant des informations recueillies lors de la vérification de comptabilité de la société exploitante, la société Eco Soley Développement, dont les conséquences n'impliquaient aucune rectification des résultats de la société Anthurium. Les requérants ne sauraient dès lors utilement se prévaloir des circonstances qu'aucune demande de renseignements n'a été adressée à la société Anthurium et que cette société n'a pas fait l'objet d'un contrôle.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.
4. Si M. E et Mme D soutiennent qu'en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, le service s'est abstenu de leur communiquer les documents obtenus à l'occasion de la vérification de comptabilité de la société Eco Soley Développement, exploitante des investissements, et notamment le dossier contractuel liant celle-ci à la société Anthurium, ainsi que " le courrier du gérant de la société Ecosoley ", il résulte de l'instruction qu'ils n'en ont pas demandé la communication avant la mise en recouvrement de l'imposition en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit dès lors être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 199 undecies B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer (), dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34 ". Aux termes du vingtième alinéa du même article : " La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est mis en service () ". Aux termes du vingt-sixième alinéa du même article : " La réduction d'impôt prévue au présent I s'applique aux investissements productifs mis à la disposition d'une entreprise dans le cadre d'un contrat de location si les conditions mentionnées aux quinzième à dix-huitième alinéas du I de l'article 217 undecies sont remplies et si 66 % de la réduction d'impôt sont rétrocédés à l'entreprise locataire sous forme de diminution du loyer et du prix de cession du bien à l'exploitant. Ce taux est ramené à 56 % pour les investissements dont le montant par programme est inférieur à 300 000 € par exploitant. Si, dans le délai de cinq ans de la mise à disposition du bien loué ou pendant sa durée normale d'utilisation si elle est inférieure, l'une des conditions visées au présent alinéa cesse d'être respectée, la réduction d'impôt pratiquée fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle cet événement se réalise. Lorsque l'entreprise locataire cesse son activité dans le délai mentionné à la troisième phrase, la reprise de la réduction d'impôt est limitée aux trois quarts du montant de cette réduction d'impôt ". Aux termes du trente-troisième alinéa du même article : " Pour les investissements dont la durée normale d'utilisation est égale ou supérieure à sept ans, et qui sont loués dans les conditions prévues au vingt-sixième alinéa, la réduction d'impôt prévue est applicable lorsque l'entreprise locataire prend l'engagement d'utiliser effectivement pendant sept ans au moins ces investissements dans le cadre de l'activité pour laquelle ils ont été acquis ou créés ". Aux termes des alinéas 15 à 18 du I de l'article 217 undecies du même code : " La déduction prévue au premier alinéa s'applique aux investissements productifs mis à la disposition d'une entreprise dans le cadre d'un contrat de location si les conditions suivantes sont réunies : 1° Le contrat de location est conclu pour une durée au moins égale à cinq ans ou pour la durée normale d'utilisation du bien loué si elle est inférieure ; / 2° Le contrat de location revêt un caractère commercial ; 3° L'entreprise locataire aurait pu bénéficier de la déduction prévue au premier alinéa si, imposable en France, elle avait acquis directement le bien ; () ".
6. Il appartient au juge de l'impôt d'examiner, au terme de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, si un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies B du code général des impôts.
7. Il résulte de l'instruction que la société Anthurium, dont M. E et Mme D sont associés, donne en location des chauffe-eau solaires à la société Eco Soley Développement en Guadeloupe, qui se charge de les sous-louer aux clients finaux chez lesquels ils sont installés. L'administration a remis en cause la réduction d'impôt dont les requérants avaient bénéficié à raison de leur investissement outre-mer au motif que la société Eco Soley Développement n'avait pas pris l'engagement d'exploiter ces équipements pour la période minimale de sept ans prévue par les dispositions précitées de l'article 199 undecies B du code général des impôts. L'administration s'est notamment fondée sur les contrats signés dès 2014 par la société Eco Soley Développement, société exploitante, et les utilisateurs finaux, conclus pour une durée de cinq ans, prévoyant une offre de vente des chauffe-eau solaires aux utilisateurs finaux à l'issue de cette période. Les requérants produisent un courrier daté du 28 juillet 2014 de la société Eco Soley Développement, qui " confirme qu'[elle] continuera d'exploiter ces équipements a minima jusqu'au 84ème mois après le début de leur mise en exploitation ", un courrier daté du 3 avril 2018 de la même société réitérant son engagement d'exploiter les chauffe-eau " durant une période minimale de 84 mois à compter de leur mise en exploitation le 28 juillet 2014 comme déjà évoquée par écrit lors de [l]a prise de bail ", ainsi qu'un courrier du 28 juin 2021 qui indique que " l'exploitation des chauffe-eau solaires individuels de la société Anthurium est toujours en cours ". Toutefois, ces documents, qui ne permettent pas au demeurant d'identifier les investissements concernés, ne suffisent pas à démontrer que la société exploitante se serait engagée à utiliser effectivement ces équipements pendant sept ans, alors que les contrats conclus avec les utilisateurs finaux les incitaient à acquérir les chauffe-eau solaires à l'issue d'une période de cinq ans en prévoyant que la vente serait soldée par compensation avec le dépôt de garantie et qu'en cas de refus de les acquérir, les frais de démontage et de restitution seraient à leur charge, également réglés par compensation avec le dépôt de garantie. Enfin, si les requérants font valoir qu'aucun formalisme déclaratif n'est imposé pour prendre cet engagement, les courriers des 28 juillet 2014 et 3 avril 2018, produits pour la première fois par les intéressés à l'appui de leur réclamation préalable et par lesquels la société Eco Soley Développement indique à la société Anthurium qu'elle exploitera ces équipements pendant au moins sept années, tout en rappelant que ces biens seront cédés aux utilisateurs finaux au bout d'une période de cinq ans, ne permettent pas d'établir que la société Eco Soley Développement a pris l'engagement d'exploiter effectivement ces investissements pendant au moins sept ans dans le cadre de l'activité pour laquelle ils ont été acquis ou créés. Pour ce seul motif, sur lequel elle pouvait se fonder avant même l'expiration de la durée de sept ans suivant la mise en exploitation des équipements, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'article 1740-00 A du code général des impôts prévoit par ailleurs que le non-respect de cette condition entraîne l'application d'une amende à la charge de l'exploitant, l'administration fiscale pouvait remettre en cause le bénéfice de la réduction d'impôt dont M. E et Mme D avaient indûment bénéficié sur le fondement des dispositions précitées de l'article 199 undecies B de ce code au titre de l'année 2014.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. E et Mme D ne sont pas fondés à demander la décharge ou la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes. Les conclusions qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. E et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme A D et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Dang, première conseillère,
- Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
L. DANGLe président-rapporteur,
Signé
O. C
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026