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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002256

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002256

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002256
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS VIVALDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 16 mars 2020 et le 5 août 2020, la SAS Fremaux Delorme, représentée par Me Delfly, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 dans les rôles de la commune de Lille (Lomme) à raison d'un immeuble situé 60 rue Thénard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- compte tenu des dégradations subies par l'immeuble, il est impropre dans son ensemble à toute utilisation et ne relève plus du champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties ;

- elle remplit les conditions prévues au I de l'article 1389 du code général des impôts pour obtenir le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties ; l'inexploitation de l'immeuble situé 60 rue Thénard à Lomme est indépendante de sa volonté et résulte de dégradations lourdes et répétées pour lesquelles des dépenses de rénovation seraient extrêmement coûteuses.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juin 2020 et le 23 septembre 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Fremaux Delorme ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, rapporteure,

- les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Catoire, avocat substituant Me Delfly, représentant la SAS Fremaux Delorme.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Fremaux Delorme demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 dans les rôles de la commune de Lille (Lomme) à raison d'un immeuble situé 60 rue Thénard, dont elle est propriétaire.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". En vertu de l'article 1389 du même code : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. () ". Enfin, aux termes de l'article 1415 de ce code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code général des impôts qu'un immeuble devenu impropre à toute utilisation dans son ensemble ne constitue pas une propriété bâtie soumise à la taxe foncière sur les propriétés bâties en application de l'article 1380 du code général des impôts mais doit être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, en application de l'article 1393 du même code.

4. A l'appui de ses conclusions en décharge des impositions en litige, la SAS Fremaux Delorme fait valoir que l'immeuble dont elle est propriétaire est devenu impropre à toute utilisation et ne constitue plus une propriété bâtie pouvant être soumise à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Il résulte de l'instruction que les équipements électriques ont été dénudés, qu'une partie de la charpente s'est effondrée, que des portes et des plafonds ont été arrachés, que le site présente des dépôts sauvages de déchets, que les dégradations ont été causées par une occupation illégale et que les coûts de rénovation seraient excessivement onéreux. Il résulte toutefois de l'instruction que le gros œuvre de l'immeuble en cause n'ayant pas été atteint, la SAS Fremaux Delorme ne peut soutenir que son bien est dans un état de délabrement tel qu'il ne permet plus aucun usage industriel ou commercial, qu'il ne peut plus être regardé comme une propriété bâtie, au sens des dispositions de l'article 1380 du code général des impôts et qu'il aurait dû être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés non bâties. La circonstance que la cession, en 2020, du bâtiment emporte la destruction de l'immeuble est sans incidence sur le présent litige, dès lors que la situation de la propriété bâtie doit être appréciée au premier janvier de l'année d'imposition.

5. Les dispositions précitées du I de l'article 1389 du code général des impôts subordonnent le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties à la condition, notamment, que la vacance de l'immeuble normalement destiné à la location ou l'inexploitation de l'immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, soit indépendante de la volonté du propriétaire. Le caractère involontaire de l'inexploitation s'apprécie eu égard aux circonstances dans lesquelles elle est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin.

6. Il résulte de l'instruction que la société requérante, qui stockait ses produits dans l'immeuble en litige, a décidé de transférer définitivement son activité logistique à Houplines à la fin de l'année 2016. Dès mars 2017, ainsi que cela résulte du procès-verbal de dépôt de plainte du 13 mars 2017, l'immeuble a été illégalement occupé par des habitations mobiles légères. Il résulte également des procès-verbaux de dépôt de plainte et de constat d'huissier établis en avril, août et septembre 2017 que des dégradations ont été commises sur l'immeuble. Ainsi, en septembre 2017, notamment le sol du bâtiment est inondé, les extincteurs désinstallés et vidés, le mobilier arrosé, les vitres des bureaux brisées. Un constat d'huissier du 23 décembre 2019 constate la présence de dépôts sauvages d'ordures, l'ensemble des huisseries lourdement dégradé, l'absence de portes d'accès aux bâtiments, l'effondrement d'une charpente et des locaux administratifs saccagés. Si la société requérante a mis en œuvre des mesures de sécurité telles que des tranchées et des plots en béton devant les accès de l'immeuble et a sollicité l'expulsion après chaque intrusion au moyen de dépôt de plainte ou de mandatement d'huissier, ces démarches ne peuvent toutefois être regardées comme suffisantes pour empêcher ces dégradations. Dès lors, l'impossibilité d'exploiter l'immeuble au motif d'un état de dégradation avancé ne peut être considérée comme indépendante de la volonté de la société requérante. Dans ces conditions, la SAS Fremaux Delorme n'est pas fondée à demander le dégrèvement prévu par les dispositions du I de l'article 1389 du code général des impôts.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Fremaux Delorme n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SAS Fremaux Delorme demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Fremaux Delorme est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Fremaux Delorme et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

signé

S. BERGERAT

Le président,

signé

M. PAGANELLa greffière,

signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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