jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002261 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mars 2020, la société par actions simplifiée Luxury Apartments Paris, représentée par Me Gardin, demande au tribunal de :
1°) de prononcer la décharge ou, à titre subsidiaire, la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, ainsi que des intérêts de retard correspondants ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les redevances versées en 2015 à la société de droit suisse Design Immobilier, qui correspondent à des opérations réelles et ne présentent pas un caractère anormal ou exagéré au sens de l'article 238 A du code général des impôts, sont déductibles du résultat imposable ;
- aucun acte anormal de gestion ne saurait lui être reproché ;
- l'administration a méconnu le principe de non-immixtion dans la gestion de l'entreprise ;
- à titre subsidiaire, à supposer que les redevances versées en 2015 à la société Design Immobilier puissent être regardées comme exagérées, il conviendrait d'admettre en déduction du résultat la partie des redevances correspondant à l'application d'un taux de redevance oscillant entre 7 % et 10 %, qu'il reviendrait à la juridiction de déterminer.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2020, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Luxury Apartments Paris ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 7 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Luxury Apartments Paris (LAP) a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service vérificateur a remis en cause la déduction de son résultat imposable de l'exercice clos en 2015, sur le fondement de l'article 238 A du code général des impôts, de la redevance d'un montant de 310 776 euros qu'elle avait versée au cours de cet exercice à la société de droit suisse Design Immobilier. La société LAP demande au tribunal de prononcer la décharge ou la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie en conséquence au titre de l'exercice clos en 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
2. Aux termes de l'article 238 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'exercice d'imposition en litige : " Les intérêts, arrérages et autres produits des obligations, créances, dépôts et cautionnements, les redevances de cession ou concession de licences d'exploitation, de brevets d'invention, de marques de fabrique, procédés ou formules de fabrication et autres droits analogues ou les rémunérations de services, payés ou dus par une personne physique ou morale domiciliée ou établie en France à des personnes physiques ou morales qui sont domiciliées ou établies dans un État étranger ou un territoire situé hors de France et y sont soumises à un régime fiscal privilégié, ne sont admis comme charges déductibles pour l'établissement de l'impôt que si le débiteur apporte la preuve que les dépenses correspondent à des opérations réelles et qu'elles ne présentent pas un caractère anormal ou exagéré. / Pour l'application du premier alinéa, les personnes sont regardées comme soumises à un régime fiscal privilégié dans l'État ou le territoire considéré si elles n'y sont pas imposables ou si elles y sont assujetties à des impôts sur les bénéfices ou les revenus dont le montant est inférieur de plus de la moitié à celui de l'impôt sur les bénéfices ou sur les revenus dont elles auraient été redevables dans les conditions de droit commun en France, si elles y avaient été domiciliées ou établies. / () ".
3. D'une part, la société LAP ne conteste pas qu'au titre de l'exercice clos en 2015, la société Design Immobilier était soumise en Suisse à un régime fiscal privilégié, au sens des dispositions précitées de l'article 238 A du code général des impôts.
4. D'autre part, en vertu du premier alinéa de l'article 238 A du code général des impôts, dans le cas où l'administration établit que le bénéficiaire des sommes versées est soumis à un régime fiscal privilégié, il appartient au contribuable d'apporter la preuve que les dépenses en cause correspondent à des opérations réelles et ne présentent pas un caractère anormal ou exagéré.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 6 avril 2018, que la société LAP a pour activité l'acquisition de biens immobiliers haut-de-gamme, leur transformation et leur ameublement avant leur revente. Le capital de la société LAP est détenu par la société de droit suisse Design Immobilier, qui en exerce par ailleurs la présidence et dont la majorité du capital est détenu par M. B A, architecte à l'origine du concept " Art Home " consistant à acquérir des biens immobiliers haut-de-gamme, à les rénover et à les meubler avant de les revendre. Au cours de l'exercice clos en 2015, la société LAP a versé à la société Design Immobilier la somme totale de 310 776 euros à titre de redevance en contrepartie du droit non exclusif d'utiliser et d'exploiter la marque " Gérard A " sur le territoire français. Cette redevance a été calculée par application du contrat de licence conclu le 30 septembre 2013, dont l'article 3 prévoit que la redevance comprend une partie dite " fixe ", " de 1 % TTC de la somme correspondant au prix d'acquisition de l'immeuble, plus la valeur totale des travaux de rénovation et/ou de transformation et du mobilier qui y aura été installé ", ainsi qu'une partie dite " variable " ou " redevance sur marge ", correspondant à une partie de la marge brute, proportionnelle au montant des fonds propres utilisés par la société LAP pour la réalisation de chaque opération immobilière, la marge brute étant entendue comme " la différence entre le prix de cession net vendeur de chaque bien immobilier perçu par le preneur de licence () et le coût de revient toutes taxes comprises total de l'opération incluant le coût total d'acquisition (honoraires d'agents, frais de notaires et droits de mutation inclus), le coût des travaux et des dépenses de rénovation/décoration, le coût des honoraires d'architectes et de conseils divers, le coût de financement, la quote-part de coûts de structure ".
6. La société LAP, qui verse au dossier le contrat de licence du 30 septembre 2013, dont l'administration fiscale n'a pas remis en cause l'existence, établit ainsi que la redevance de 310 776 euros qu'elle a versée en 2015 à la société Design Immobilier a effectivement eu pour contrepartie la licence d'exploitation de la marque " Gérard A ", qui avait été déposée par cette société en Suisse le 24 mars 2011. Toutefois, elle n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère normal de cette redevance en se bornant à verser au dossier le " plan de la communication de la marque en 2017 ", deux ans après l'exercice d'imposition en litige, ainsi que des documents attestant de la renommée internationale de M. A et de la notoriété du concept " Art Home ", alors que ce concept, qu'elle exploite et développe, correspond à son activité même, sans que soit justifiée l'utilité pour elle de bénéficier du droit d'exploiter la marque " Gérard A ". En outre, il est constant que la convention de licence signée le 30 juin 2011 entre la société requérante et la société Design Immobilier prévoyait seulement, en contrepartie du droit non exclusif d'utiliser cette marque sur le territoire français, mais également à l'étranger, une redevance d'un montant de 1 % du prix d'acquisition de l'immeuble augmenté de la valeur totale du mobilier installé dans ce bien, et la société requérante n'apporte aucun élément de nature à justifier la modification des modalités de calcul de la redevance par la convention du 30 septembre 2013, qui a prévu qu'à la part fixe de la redevance soit ajoutée une part variable dépendant de l'importance des fonds propres utilisés, sans prévoir de prestations complémentaires à la licence, et qui a conduit à multiplier par près de dix en trois ans le taux effectif de redevance versée en fonction du chiffre d'affaires, qui s'établissait à 1 % en 2013 et qui s'est élevé à 10,2 % en 2015.
7. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit qu'en application des dispositions précitées de l'article 238 A du code général des impôts, le service a réintégré au résultat imposable de la société LAP de l'exercice clos en 2015 la totalité de la somme de 310 776 euros qu'elle avait versée à la société Design Immobilier. La société requérante n'est dès lors pas fondée à contester l'imposition résultant de cette rectification. Les conclusions à fins de décharge ou de réduction de la société LAP doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Luxury Apartments Paris est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Luxury Apartments Paris et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Dang, première conseillère,
- Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
L. DANGLe président-rapporteur,
Signé
O. C
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2002261
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026