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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002465

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002465

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantGUEY-BALGAIRIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2000, MM. Franck D et Hervé A, représentés par Me Guey, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2014 et des cotisations supplémentaires de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 à 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les tickets annulés du restaurant ne sont que la conséquence du fonctionnement de l'établissement ; ils résultent d'erreurs de frappe, du regroupement de tables, de l'édition de tickets provisoires ou de la formation des nouveaux personnels ; tant que le paiement n'est pas intervenu, les tickets comportent la mention " espèces " ; les annulations, qui pouvaient être faites de façon globale, sont explicables eu égard aux contraintes de l'exploitation et ne sont pas massives ;

- M. D, qui ne s'est pas enrichi et dont le train de vie n'est pas inexpliqué, n'est pas le seul maître de l'affaire de la société Ladenime et il n'a pas appréhendé les revenus qui auraient été distribués par cette société, la circonstance qu'il dispose de la signature bancaire étant sans incidence s'agissant de minorations supposées de recettes correspondant à des tickets réglés en espèces.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2020, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par MM. D et A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 7 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. MM. D et A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle à l'issue duquel ils ont été assujettis à des cotisations primitives d'impôt sur le revenu au titre des années 2012 et 2013, à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014 et à des cotisations supplémentaires de contributions sociales au titre des années 2012 à 2014. Ces impositions résultent de la taxation à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, de sommes regardées par le service vérificateur comme ayant été distribuées à M. D par la société Ladenime, laquelle exerce une activité de restauration, et qui avaient été réintégrées aux résultats imposables de cette société au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014 à l'issue de la vérification de comptabilité dont elle avait elle-même fait l'objet. MM. D et A demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ". Aux termes de l'article 110 de ce code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. / () ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification adressées les 21 décembre 2015 et 31 août 2016 à MM. D et A, qu'au cours des opérations de contrôle de la société Ladenime, le service vérificateur a constaté des anomalies récurrentes et importantes sur l'ensemble de la période vérifiée, résultant de manipulations a posteriori sur le système informatique de gestion des caisses enregistreuses ayant permis d'annuler des tickets complets et d'occulter des recettes payées en espèces. Ces annulations ont été réalisées en utilisant le mode " maintenance " du logiciel de caisse, qui permet de modifier les informations enregistrées a posteriori, après la validation des tickets de caisse, laquelle se produit dès l'enregistrement du règlement par le client en mode normal " utilisateur ". Le service vérificateur pouvait à bon droit, pour ce seul motif, considérer que la comptabilité était entachée de graves irrégularités. Pour reconstituer les résultats et chiffres d'affaires de la société Ladenime, le service a retenu, au titre des périodes pour lesquelles elles avaient été fournies, les données de caisse contenues dans la table informatique intitulée " tireg " du logiciel de caisse, qui reprend de façon exhaustive et précise l'ensemble du chiffre d'affaires toutes taxes comprises encaissé et exempt de toute manipulation. En l'absence de justificatifs pour les périodes du 1er avril 2011 au 31 août 2013 et du 7 janvier au 2 mars 2014, le service a établi un rapport entre les recettes éludées, récurrentes sur toute la période vérifiée, et les recettes déclarées au titre des périodes pour lesquelles le chiffrage était possible à l'aide de la table informatique intitulée " tireg " du logiciel de caisse, puis il a appliqué ce rapport de 5,78 % aux recettes déclarées au titre des périodes pour lesquelles aucun justificatif n'avait été transmis et déterminé une minoration de chiffre d'affaires de 43 097 euros pour l'exercice clos en 2012, 42 031 euros pour l'exercice clos en 2013 et 44 404 euros pour l'exercice clos en 2014.

4. En premier lieu, d'une part, MM. D et A ne contestent pas sérieusement l'existence des manipulations volontaires ayant affecté la comptabilité de la société Ladenime. Ils se bornent à faire valoir que la suppression des tickets peut résulter d'erreurs ou être la conséquence de la formation de salariés à l'utilisation du logiciel de caisse. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'horodatage des tickets supprimés révèle que les manipulations du logiciel informatique permettant de supprimer des tickets de caisse intervenaient systématiquement hors la présence du personnel de l'établissement, généralement le lundi matin avant le premier service de la semaine, et qu'elles portaient quasi exclusivement sur des tickets de caisse réglés en espèces, une erreur de saisie ou la formation du personnel ne justifiant pas des suppressions intervenant systématiquement en-dehors des heures d'ouverture.

5. D'autre part, si MM. D et A font valoir qu'une reconstitution conduisant à un pourcentage de redressement de moins de 6 % ne peut être regardée comme massive et suffisante, il résulte en tout état de cause de l'instruction qu'ainsi qu'il a été dit au point 3, le pourcentage moyen de chiffre d'affaires éludé a été déterminé d'après la comparaison entre les données de caisse effectivement fournies et le montant du chiffre d'affaires retracé dans la table informatique intitulée " tireg " du logiciel de caisse, exempt de toute manipulation.

6. En second lieu, contrairement à ce que soutiennent MM D et A, la démonstration de l'appréhension de revenus distribués par le maître de l'affaire ne présuppose pas la démonstration par l'administration fiscale d'une quelconque confusion de patrimoine entre la société distributrice et le bénéficiaire des revenus distribués mais, ainsi qu'il a été dit au point 2, la preuve par l'administration que le contribuable, qui dispose seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, de sorte qu'il peut être présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

7. Pour établir que M. D doit être regardé comme le seul maître de l'affaire, l'administration fiscale se prévaut de ce qu'il détenait 25 % des parts sociales de la société Catzam, laquelle détenait 95,20 % des parts de la société Ladenime, et de ce qu'il était le gérant de la société Ladenime et le seul à détenir une procuration sur ses comptes bancaires. Si les requérants font valoir que M. D ne s'est pas enrichi, que la circonstance qu'il dispose de la signature bancaire est sans incidence s'agissant de minorations de recettes correspondant à des tickets réglés en espèces et que les autres associés de la société Catzam ne se désintéressaient pas de la gestion de la société Ladenime, ils ne versent au dossier aucune pièce au soutien de leurs allégations et ne contestent pas sérieusement que M. D disposait seul des fonds sociaux de la société Ladenime.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence des revenus distribués en litige, imposables sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, et de leur appréhension par M. D. Par suite, MM. D et A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que le service a taxé ces sommes entre leurs mains à l'impôt sur le revenu, sur ce fondement, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Leurs conclusions à fin de décharge doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de MM. D et A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à MM. Franck D et Hervé A et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président de la formation de jugement,

- M. Lemaire, président,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

O. BLe président,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2002465

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