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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002496

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002496

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002496
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUEY-BALGAIRIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2020, Mme B A, représentée par Me Guey, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la somme de 186 750 euros réintégrée à la base imposable à l'impôt sur le revenu a déjà été imposée entre les mains de M. D, son ex-époux ; dès lors, imposer cette somme entre ses mains également revient à la taxer une seconde fois ;

- cette somme étant regardée comme ayant été appréhendée par son ex-époux, elle n'est pas imposable entre ses mains, d'autant que le partage de la communauté de biens n'a pas été prononcé ;

- l'administration n'apporte pas la preuve d'une intention délibérée de se soustraire à l'impôt de nature à justifier que des pénalités de 40 % soient infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ;

- les pénalités pour manquement délibéré sont contraires à la loi n° 2018-727 du 10 avril 2018 pour un État au service d'une société de confiance, qui a instauré un droit à l'erreur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2020, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 3 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 décembre 2021.

Un mémoire, présenté pour Mme A, a été enregistré le 3 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,

- et les observations de Me Guey, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle sur pièces, Mme A a été assujettie à des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015. Ces impositions résultent de la taxation à l'impôt sur le revenu de la somme de 186 750 euros correspondant à la plus-value réalisée lors de la cession de 2 450 parts de la société Deûle TP. Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 156 du même code : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les sommes à retenir, au titre d'une année déterminée, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu, sont celles qui, au cours de cette année, ont été mises à la disposition du contribuable, soit par voie de paiement, soit par voie d'inscription à un compte courant sur lequel l'intéressé a opéré, ou aurait pu, en droit ou en fait, opérer un prélèvement au plus tard le 31 décembre.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 10 octobre 2018, que, lors de l'assemblée générale extraordinaire du 16 juin 2015, les associés de la société Deûle TP, Mme A et son ex-époux, ont décidé de procéder à une augmentation du capital de cette société par incorporation des réserves. Les 4 900 nouvelles parts créées ont été attribuées aux deux associés sans contrepartie financière, à concurrence de 2 450 nouvelles parts chacun, d'une valeur unitaire de 76,22 euros. Lors de l'assemblée générale extraordinaire du 15 septembre 2015, les associés de la société Deûle TP ont ensuite décidé de réduire le capital par annulation des 4 900 nouvelles parts et la société a procédé au rachat de ses propres titres, au prix unitaire de 76,22 euros, cette opération n'ayant pas été motivée par des pertes. Il est constant que le procès-verbal de cette assemblée générale extraordinaire précise que la société Deûle TP a mis à la disposition de Mme A la somme de 186 750 euros, correspondant à la valeur de rachat le 15 septembre 2015 des 2 450 parts qui lui avaient été attribuées sans contrepartie financière le 16 juin 2015. Mme A n'apporte aucun élément de nature à établir que ces mentions du procès-verbal de l'assemblée générale extraordinaire du 15 septembre 2015 sont erronées et qu'elle n'a pas eu la disposition de la somme en litige. Les circonstances, dont se prévaut la requérante, qu'une somme totale de 373 500 euros ait été portée au crédit des quatre comptes courants d'associé ouverts au nom de son ex-époux dans les livres de la société Deûle TP par des écritures d'opérations diverses du 10 avril 2015, soit plus de deux mois avant l'augmentation du capital et plus de cinq mois avant le rachat par cette société de ses nouvelles parts et la réduction de son capital, et que son ex-époux ait été imposé à l'impôt sur le revenu à raison de cette somme sont par elles-mêmes sans incidence sur la mise à la disposition de Mme A, le 15 septembre 2015, de la somme en litige. La circonstance, dont Mme A se prévaut également, que le partage de la communauté de biens avec son ex-époux n'ait pas encore été prononcé le 31 décembre 2015 est également sans incidence, alors que son foyer fiscal est distinct de celui de son ex-époux, sur le bien-fondé de la taxation entre ses mains à l'impôt sur le revenu des sommes qui ont été mises à sa disposition. Mme A n'est dès lors pas fondée à soutenir que le service ne pouvait pas légalement taxer à l'impôt sur le revenu entre ses mains la plus-value de cession d'un montant de 186 750 euros.

Sur le bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

5. L'administration fiscale, qui se prévaut de la présence de Mme A aux assemblées générales extraordinaires de la société Deûle TP des 16 juin et 15 septembre 2015 mentionnées au point 3, de son vote favorable aux opérations sur le capital envisagées et de ce qu'elle ne pouvait ainsi ignorer ni l'attribution à elle-même, sans contrepartie financière, de 2 450 parts de cette société, ni le rachat de ces parts et la mise à sa disposition de la somme correspondant à leur valeur de rachat et à la plus-value de cession imposable, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de la requérante de se soustraire à l'impôt et, par suite, du bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. / () ". Aux termes de l'article L. 123-2 de ce code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / () ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que Mme A a délibérément entendu se soustraire à l'impôt dû à raison de la plus-value réalisée lors de la cession le 15 septembre 2015 des 2 450 parts de la société Deûle TP. Par suite, elle n'est, en tout état de cause, fondée ni à soutenir que les pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées sont " contraires " aux dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, ni à se prévaloir du " droit à l'erreur instauré " par la loi du 10 août 2018.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Les conclusions qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. DANGLe président-rapporteur,

Signé

O. C

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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