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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002807

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002807

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002807
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationchambre 1
Avocat requérantSCP ABCG ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2020, M. C B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 19 juillet 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 25 novembre 2009, 19 février 2011, 21 février 2012, 26 juin 2014, 15 août 2014, 24 novembre 2015, 16 août 2016 et 16 octobre 2018 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 24 janvier 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire en rétablissant son capital de points dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable en l'absence de preuve de notification de la décision 48SI ;

- l'information préalable obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2020, le ministre de l'intérieur conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et, à titre subsidiaire, au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive en l'absence de retrait du pli recommandé portant décision 48SI du 19 juillet 2019 ;

- les points retirés consécutivement aux infractions commises les 21 février 2012 et 26 juin 2014 ont été restitués au capital de points du requérant respectivement les 15 novembre 2012 et 17 mars 2015 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 août 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 24 septembre 2020.

Par lettre du 9 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 25 novembre 2009, 21 février 2012 et 26 juin 2014 sont irrecevables dès lors que ces points ont été restitués avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48 SI du 19 juillet 2019, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de cette décision et de celles par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite d'infractions constatées les 25 novembre 2009, 19 février 2011, 21 février 2012, 26 juin 2014, 15 août 2014, 24 novembre 2015, 16 août 2016 et 16 octobre 2018, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux formée le 24 janvier 2020.

Sur la fin de non-revoir soulevée par la défense :

2. Le ministre de l'intérieur fait valoir que la requête est tardive dès lors que le requérant n'a pas réclamé la décision référencée 48SI qui lui a été adressée en juillet 2019 par pli recommandé et a été retournée à l'administration portant la mention avisé et non réclamé.

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir

tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir

la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. Il résulte toutefois de l'avis postal produit que s'il porte la mention " pli avisé non réclamé ", il ne comporte en revanche aucune date lisible permettant d'apprécier la date d'avis de passage ou la date de retour à l'administration du pli contenant la décision 48SI du 19 juillet 2019. Au surplus, il résulte des pièces produites par le requérant qu'il avait emménagé à une adresse différente à compter du 24 janvier 2019. Par suite, le ministre chargé de l'intérieur ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de la tardiveté du recours gracieux formé le 24 janvier 2020 et la fin de non-recevoir ainsi soulevée ne peut être accueillie.

Sur l'étendue du litige :

4. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral daté du 13 août 2020 que les points retirés du permis de conduire de M. B à la suite des infractions du 21 février 2012 et du 26 juin 2014 ont donné lieu à restitution de points respectivement les 15 novembre 2012 et 17 mars 2015. Il en est de même pour la décision retirant quatre points à la suite de l'infraction commise le 25 novembre 2009, dès lors qu'une décision de reconstitution de l'ensemble des points est intervenue le 13 décembre 2009, soit avant l'introduction de la requête. Ainsi les conclusions dirigées contre ces décisions de retrait étaient, antérieurement à l'introduction de la requête, dépourvues d'objet et sont, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'information préalable prévue par les articles L.223-31 et R. 223-3 du code de la route :

5. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit lorsqu'est établie, notamment par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, la réalité de l'infraction donnant lieu à retrait de points. L'article L. 223-3 du même code dispose : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L.225-9 () ". En outre, aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis par l'agent. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

6. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de la décision portant retrait de trois points à la suite d'une infraction commise le 19 février 2011 :

7. Si le ministère de l'intérieur fait valoir que l'infraction commise le 19 février 2011 a donné lieu à une contravention dont le requérant s'est acquitté de manière différée et qu'il a nécessairement reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, aucune pièce du dossier ne permet d'étayer cette affirmation. Par suite, il y a lieu d'annuler cette décision retirant trois points au permis de conduire de M. B comme ayant été prise au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de la décision portant retrait de deux points à la suite d'une infraction commise le 15 août 2014 :

8. L'infraction constatée le 15 août 2014 a donné lieu à un procès-verbal dressé par un appareil électronique par un agent verbalisateur avec interception du véhicule. Bien que signé par le requérant, ce procès-verbal ne comporte pas l'intégralité des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Ainsi, l'administration ne rapporte pas la preuve qui lui échoie que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Par suite, il y a lieu d'annuler cette décision retirant deux points au permis de conduire de M. B comme ayant été prise au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 16 août 2016 (deux points) et 16 octobre 2018 (deux points) :

9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retraits de points, l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

10. Les infractions constatées les 16 août 2016 et 16 octobre 2018 ont fait l'objet d'un procès-verbal dressé à l'aide d'un appareil électronique qui fait apparaître sur l'écran présenté au contrevenant les informations complètes exigées par les articles mentionnés au point 5. Le ministre de l'intérieur produit les deux procès-verbaux électroniques que l'intéressé a signés et qui comportent en outre en annexe les mentions selon lesquelles un retrait de points est prévu. Par suite, compte tenu de la date de commission de ces infractions, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté concernant ces infractions.

S'agissant de la décision portant retrait de deux points à la suite de l'infraction commise le 24 novembre 2015 :

11. Il résulte du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur que cette infraction, qui a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire correspondant à une amende forfaitaire majorée, a été relevée par radar automatique, ainsi que l'établit la mention " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA " (Centre National de Traitement - Contrôle Sanction Automatisé) figurant sur le relevé d'information intégral. Le ministre verse au dossier l'attestation de paiement de l'amende forfaitaire majorée pour cette infraction. Ce document, établi sous le timbre de la direction générale de la comptabilité publique par le trésorier principal de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, précise le numéro de l'avis de contravention correspondant, le montant de l'amende forfaitaire due et la date de son encaissement. Il découle de cette seule constatation que M B a nécessairement reçu l'avis de contravention correspondant à cette infraction, lequel comporte, au verso, les différentes informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et dès lors que l'intéressé ne produit pas l'avis qu'il a nécessairement reçu, pour démontrer que les mentions y figurant auraient été inexactes ou incomplètes, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.

S'agissant de la décision du ministre de l'intérieur du 19 juillet 2019 en tant qu'elle constate la perte de validité du permis du requérant et lui enjoint sa restitution :

12. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu de l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 19 février 2011 et 15 août 2014, le capital de points affecté au permis de conduire de M. B n'était pas nul lorsque le ministre de l'intérieur en a prononcé l'invalidation par la décision " 48SI " attaquée. Par voie de conséquence, cette décision doit être annulée en tant qu'elle prononce l'invalidation du permis de conduire de M. B et lui enjoint de le restituer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue au requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, son permis de conduire ainsi que les cinq points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises le 19 février 2011 et 15 août 2014, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé et de tout autre changement dans les circonstances de fait et de droit.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme demandée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Les décisions portant retrait de points pour les infractions commises les 19 février 2011 (trois points) et 15 août 2014 (deux points) sont annulées.

Article 2 : La décision 48SI du 19 juillet 2019 est annulée en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B et enjoint à sa restitution.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les cinq (5) points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision attaquée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Guyard, première conseillère,

M, Borget, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

S. A

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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