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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002832

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002832

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002832
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOUDEWEEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2020, M. A C, représenté par

Me Boudeweel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a mis fin à ses droits au revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de le rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active ;

3°) de le décharger des sommes restant dues au titre d'un indu d'allocation de logement sociale et de revenu de solidarité active d'un montant initial de 13 068,21 euros qui lui a été notifié le 13 novembre 2019 par le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord ;

4°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise totale de sa dette résultant d'un indu d'allocation de logement sociale et de revenu de solidarité active d'un montant initial de

13 068,21 euros qui lui a été notifié le 13 novembre 2019 par le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord ;

5°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 114-21 et suivants du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il conteste avoir perçu une aide familiale dont la caisse d'allocations familiales et le département n'établissent pas l'existence ; si sa sœur lui vire bien l'argent correspondant au remboursement de son emprunt bancaire compte tenu des difficultés financières qu'il traverse, il lui rembourse les sommes en espèce ;

- il est de bonne foi et peut donc bénéficier de la remise gracieuse de sa dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant à la décharge de l'indu de revenu de solidarité active sont irrecevables dès lors que le requérant n'a pas formé de recours administratif obligatoire ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale par le président du tribunal, en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative :

- le rapport de Mme Grard, magistrate désignée,

- et les observations de Mme B, représentant le département du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle mené par la caisse d'allocations familiales du Nord, M. A C s'est vu notifier par une décision du directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord du 13 novembre 2019 un indu d'allocation de logement sociale et de revenu de solidarité active d'un montant de 13 068,21 euros, l'informant par ailleurs de ce qu'il n'avait droit à aucune prestation mensuelle. Par une décision notifiée le 27 novembre 2019, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a notifié à M. C une fin de droit au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active consécutive à quatre mois de non versement. Le recours administratif préalable formé par M. C à l'encontre de la décision notifiée le 27 novembre 2019 a été rejeté le 6 février 2020 par le président du conseil départemental du Nord. M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 6 février 2020, de le décharger du montant restant dû de la dette mise à sa charge, résultant d'un indu d'allocation de logement social et de revenu de solidarité active d'un montant de 13 068,21 euros et, subsidiairement, de lui accorder la remise gracieuse de sa dette.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins de décharge et de remise de dette :

2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de la décision attaquée ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ". Aux termes de l'article R. 612-1 dudit code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () / La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. () ".

3. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". L'article R. 262-88 du même code dispose que : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée () ". En outre, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : () 2° Les allocations de logement : () b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 825-2 de ce code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'à défaut du recours administratif préalable exercé dans le délai de deux mois devant le président du conseil départemental ou la commission de recours amiable concernant une contestation de décisions relatives, respectivement, au revenu de solidarité active ou à l'allocation de logement sociale, la contestation portée directement devant le juge de telles décisions est irrecevable.

5. M. C conteste le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement sociale et de revenu de solidarité active d'un montant de 13 068,21 euros mis à sa charge par une décision du 13 novembre 2019 du directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord. Il résulte de l'instruction que, s'il a formé un recours contre la décision de la caisse d'allocations familiales notifiée le 27 novembre 2019 mettant fin à ses droits au revenu de solidarité active, qui l'a rejeté par une décision du 6 février 2020, cette demande ne concerne pas le bien-fondé de l'indu et ne saurait dès lors avoir le caractère du recours administratif préalable obligatoire institué par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles précité. En réponse à la demande de régularisation de sa requête, M. C n'a pas, à l'expiration du délai qui lui était imparti, produit la preuve du dépôt d'un recours administratif obligatoire contre la décision de notification d'indu du 13 novembre 2019 et n'a pas davantage justifié de l'impossibilité de la produire. Par suite, les conclusions de la requête de M. C tendant à la décharge de l'indu d'allocation de logement social et de revenu de solidarité active d'un montant de 13 068,21 euros sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

6. En second lieu, la requête présentée par M. C, qui tend subsidiairement à la remise gracieuse d'une dette résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active, et d'allocation de logement sociale n'est pas accompagnée de la décision attaquée, c'est-à-dire de la décision prise par le département du Nord et la caisse d'allocations familiales du Nord sur sa demande de remise de dette. Le requérant a été invité, par un courrier adressé le 23 mai 2022 à régulariser sa requête dans un délai de quinze jours. Ce courrier comportait également la mention suivant laquelle, à défaut de régularisation dans le délai imparti, la requête serait considérée comme manifestement irrecevable et pourrait être rejetée par ordonnance à l'issue de ce délai. Le requérant n'a pas produit de décision de rejet d'une demande de remise gracieuse de sa dette. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. C tendant à la remise de sa dette sont irrecevables, faute de décision de rejet par l'administration de sa demande de remise gracieuse et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives à la fin de droit au revenu de solidarité active :

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 6 février 2020 est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 dudit code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 246-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-40 du même code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : () 2° Le premier jour du mois qui suit une période de quatre mois civils consécutifs d'interruption de versement de l'allocation, lorsque les ressources du foyer sont d'un montant supérieur à celui du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 () ".

10. Par la décision attaquée, le département du Nord a décidé de mettre fin aux droits au revenu de solidarité active de M. C sur le fondement du 2° de l'article R. 262-40 du code de l'action sociale et des familles. Il résulte de l'instruction et notamment d'un rapport d'enquête établi par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire que M. C bénéficiait pour la période de février 2018 à juin 2019 d'une aide financière mensuelle régulière, non déclarée. L'administration a réintégré dans les revenus de M. C une somme mensuelle de

1 050 euros correspondant à une aide régulière de sa famille au titre de la période du 1er mars au 31 mai 2019, pour le calcul de ses droits du 1er juin au 31 août 2019, ainsi qu'un forfait logement de 134,34 euros, portant le montant des ressources mensuelles de son foyer à la somme de 1 184,34 euros, dépassant le seuil applicable à un couple et s'élevant à 839,61 euros au titre de l'année 2019. Par ailleurs l'administration a réintégré dans les revenus de M. C une somme mensuelle de 1 133,33 euros correspondant à une aide régulière de sa famille au titre de la période du 1er juin au 31 août 2019, pour le calcul de ses droits du 1er septembre au 30 novembre 2019, ainsi qu'un forfait logement de 134,34 euros, portant le montant des ressources mensuelles de son foyer à la somme de 1 267,67 euros, dépassant le seuil applicable à un couple et s'élevant à 839,61 euros au titre de l'année 2019. Si le requérant conteste avoir perçu une aide régulière de sa famille, il l'a reconnu lors de son échange avec le contrôleur de la caisse d'allocations familiales ainsi que dans ses écritures et dans une attestation du 30 mars 2020 indiquant que sa sœur procède chaque mois à un virement bancaire correspondant au montant de son emprunt immobilier, en raison des saisies dont il fait l'objet. S'il soutient qu'il rembourse ce " service rendu " en espèces, la production d'un extrait des comptes bancaires de sa sœur montrant plusieurs virements du compte de M. C vers celui de sa sœur pour une somme globale, pour la période concernée, de 3 853 euros, ne correspondant pas à la somme versée sur la même période par sa sœur d'un montant de 9 699,99 euros, ne permet pas de l'établir. Dans ces conditions, M. C ne conteste pas sérieusement avoir bénéficié d'une aide familiale pendant la période concernée, dont la prise en compte dans le montant de ses revenus a eu pour effet de dépasser le montant forfaitaire de ressources lui donnant droit au versement du revenu de solidarité active pendant quatre mois civils consécutifs. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a mis fin à ses droits au revenu de solidarité active. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives au frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département du Nord.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

E. GRARD La présidente,

Signé

J. FÉMÉNIALa greffière,

Signé

P. MAGHRI

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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