mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002865 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | chambre 1 |
| Avocat requérant | STIENNE-DUWEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2020 et le 15 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Stienne-Duwez, demande au tribunal :
1°) de condamner Lille Métropole Habitat à lui verser la somme totale de 80 984 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive des décisions du 18 mai 2016, 5 septembre 2017 et 16 avril 2018 ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts de droit et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 15 janvier 2021 ;
3°) de mettre à la charge de Lille Métropole Habitat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité de la décision du 18 mai 2016 rejetant sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service, de la décision du 5 septembre 2017 le plaçant en congé de longue maladie à demi-traitement entre le 30 juin 2017 et le 29 octobre 2017, et de la décision du 16 avril 2018 le plaçant en disponibilité d'office à compter du 30 avril 2018 jusqu'à la date effective de sa mise à la retraite pour invalidité, constatée par jugements du tribunal administratif de Lille du 19 mars 2019, est fautive ;
- ces agissements fautifs de Lille Métropole Habitat lui ont causé, d'une part, un préjudice matériel résultant de l'augmentation de la cotisation de mutuelle mise à sa charge, de la privation des titres restaurant, de la minoration de sa pension de retraite et de l'absence de versement de la prime d'intéressement, et, d'autre part, un préjudice moral, dont il est fondé à obtenir réparation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2021, l'office public de l'habitat, Lille Métropole Habitat, représenté par Me Bodart, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 29 mai 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Borget, rapporteur,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guilbeau, substituant Me Bodart, représentant Lille Métropole Habitat.
Considérant ce qui suit :
1. M. A était, jusqu'à son admission à la retraite pour invalidité le 1er octobre 2018, agent de maîtrise principal au sein de l'office public de l'habitat, Lille Métropole Habitat (LMH). Placé en congé de maladie à compter du 30 octobre 2014, il a sollicité la reconnaissance de sa pathologie en maladie professionnelle. Cette demande ayant été rejetée par son employeur, il a saisi le tribunal administratif de Lille qui, par une série de jugements rendus le 19 mars 2019, a reconnu l'imputabilité au service de la maladie de M. A et a annulé l'ensemble des décisions plaçant l'intéressé successivement en congé de longue maladie et en disponibilité d'office pour maladie. Par un arrêté du 24 juillet 2019, LMH a régularisé la situation de M. A en reconnaissant l'imputabilité au service de sa maladie pour la période du 30 octobre 2014 au 1er octobre 2018, date de sa radiation des cadres pour admission à la retraite pour invalidité. Le 14 janvier 2020, M. A a saisi LMH d'un recours préalable en indemnisation en vue d'obtenir réparation des préjudices résultants de l'illégalité des décisions prises pour la gestion administrative de sa carrière. Par décision du 21 février 2020, LMH a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner LMH à lui verser une somme totale de 80 984 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Il résulte de l'instruction que le tribunal administratif de Lille a, par un jugement n° 1605096 du 19 mars 2019, devenu définitif, reconnu l'imputabilité au service de la pathologie dont souffrait M. A et a enjoint à Lille Métropole Habitat de prendre les mesures nécessaires à assurer l'exécution de ce jugement, ce qui a été fait par un arrêté du 24 juillet 2019. LMH ne conteste pas que l'illégalité fautive de sa gestion de la carrière de M. A, d'octobre 2014 à septembre 2018 est de nature à engager sa responsabilité.
3. Il appartient au requérant de démontrer, d'une part, la réalité des préjudices dont il entend obtenir réparation, et d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la faute commise et le préjudice invoqué.
4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A il ne résulte pas de l'instruction et notamment des fiches de paie produites par le requérant lui-même, que ce dernier aurait supporté des frais supplémentaires au titre des cotisations à verser pour bénéficier d'une couverture santé complémentaire durant la période d'octobre 2014 à septembre 2018. Par suite, ce chef de préjudice ne peut être retenu.
5. En second lieu, s'il est constant que M. A a perdu le bénéfice des titres restaurant durant la période d'octobre 2014 à septembre 2018, cette perte trouve son origine non pas dans l'illégalité de la situation dans laquelle son employeur l'a placé mais dans l'application des dispositions de l'article R. 3262-7 du code du travail, qui conditionnent l'attribution des titres restaurant à la présence effective du salarié à son poste de travail.
6. En troisième lieu, M. A demande au tribunal de condamner LMH à lui verser une somme de 60 000 euros correspondant à une estimation du préjudice de pension qu'il aurait subi en raison de son admission à la retraite pour invalidité à compter du 1er octobre 2018. Toutefois, le préjudice allégué, à le supposer établi, ne pourrait trouver son origine que dans la décision d'admission à la retraite anticipée de l'intéressé et non dans les décisions successives annulées par le tribunal, par lesquelles LMH a géré sa position administrative entre les mois d'octobre 2014 et septembre 2018. Par suite, ce chef de préjudice ne peut être retenu.
7. En quatrième lieu, il ressort des bulletins de paie produits par M. A qu'il a perçu en 2014, 2015, 2016 et 2018 une somme au titre de l'intéressement, versée soit au mois de mai soit au mois de juin. L'intéressé, qui ne produit pas ses bulletins de paie des mois de mai et juin pour l'année 2017, et aucun de ses bulletins de paie de l'année 2019, n'établit pas qu'il en aurait été différemment pour ces deux années. Par suite, la réalité du préjudice invoqué n'est pas établie.
8. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par le requérant en raison de l'illégalité de la gestion de sa situation administrative durant quatre années en en fixant la réparation à la somme de 2 000 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
9. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. (). ". Aux termes de l'article 1343-2 de ce même code : " Les intérêt échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Pour l'application des dispositions précitées, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
10. En l'espèce, M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 000 euros à compter du 15 janvier 2020, date de réception, par LMH de sa réclamation préalable. En outre, M. A a droit à la capitalisation des intérêts à compter du 15 janvier 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".
12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25% par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Lille en date du 29 mai 2020. Il n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. D'autre part, l'avocat de M. A n'a pas demandé que lui soit versée par LMH la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de LMH à rembourser à M. A la part des frais exposés par lui, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle, dans la limite de ses conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, soit 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Lille Métropole Habitat est condamné à verser à M. A la somme de 2 000 euros, assortie des intérêts et capitalisation des intérêts dans les conditions énoncées au point 10 du présent jugement.
Article 2 : Lille Métropole Habitat paiera à M. A la part des frais exposés par lui, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle, dans la limite de 1 500 euros.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à Lille Métropole Habitat.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Leguin, présidente,
- M. Borget, premier conseiller,
- Mme Zoubir, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
J. BORGET
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. MAUFROID
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026