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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002867

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002867

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002867
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 avril 2020 et 9 novembre 2020, la société à responsabilité limitée Alka, représentée par Me Delattre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 30 septembre 2014, 30 septembre 2015 et 30 septembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période d'octobre 2014 à septembre 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision rendue sur la réclamation préalable est insuffisamment motivée, l'administration s'étant abstenue de répondre à ses contestations relatives aux achats sans factures et au choix du service de retenir un stock nul à la clôture de l'exercice 2014 et un taux de perte ne tenant pas compte de la réalité des consommations personnelles des employés ;

- l'administration fiscale ne démontre pas l'existence d'achats sans factures et elle n'est dès lors pas fondée à écarter sa comptabilité ;

- l'administration ne peut se fonder sur les éléments tirés de sa comptabilité pour reconstituer son chiffre d'affaires dès lors qu'elle l'a rejetée comme étant non probante ;

- le choix de l'administration de retenir un stock nul à la clôture de l'exercice 2014 et de considérer que les achats effectués ont été intégralement revendus méconnaît les conditions réelles d'exploitation de son activité ;

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires fondée sur le ratio entre le chiffre d'affaires déclaré et le nombre de boissons vendues revient à retenir un prix unitaire des boissons variant entre 9,55 euros et 10,75 euros alors que les prix pratiqués tous produits confondus sont inférieurs à 9 euros ; le chiffre d'affaires moyen d'une boisson est donc exagéré et ne reflète pas les conditions d'exploitation de son activité ;

- le dosage ainsi que le prix d'un verre de Raki ne correspondent pas aux usages ;

- le taux de pertes retenu par l'administration ne reflète pas les conditions réelles d'exploitation de son activité ;

- la consommation des employés peut être évaluée à cinq boissons et deux repas par jour et par personne présente dans l'établissement ;

- elle propose une méthode de reconstitution alternative fondée sur le prix unitaire des boissons vendues seules et le prix moyen des menus incluant une boisson.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Alka ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 3 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Alka, qui exploite un établissement de restauration rapide à Hazebrouck, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, après avoir écarté sa comptabilité et procédé à la reconstitution de ses résultats et chiffres d'affaires, l'a assujettie à des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 30 septembre 2014, 30 septembre 2015 et 30 septembre 2016. Elle a également mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période d'octobre 2014 à septembre 2016. La société Alka demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. En premier lieu, les irrégularités qui peuvent entacher les décisions prises par l'administration fiscale sur les réclamations préalables qui leur sont présentées sont sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition ou le bien-fondé des impositions. La société Alka ne saurait dès lors utilement soutenir qu'en méconnaissance de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales, la décision de rejet de sa réclamation préalable est insuffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article 54 du code général des impôts, les contribuables qui sont soumis au régime d'imposition selon le bénéfice réel sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables et pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats mentionnés dans leurs déclarations.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification des 19 décembre 2017 et 8 mars 2018, que la société Alka, qui ne disposait pas d'une caisse enregistreuse, n'a été en mesure de produire, au cours des opérations de contrôle, ni le brouillard de caisse détaillant les recettes et les dépenses journalières des exercices vérifiés, ni l'inventaire détaillé du stock au 30 septembre 2013 et au 30 septembre 2014, ni les originaux des livres des recettes communiqués au service vérificateur, lesquels contenaient de multiples ratures, surcharges et erreurs de calcul, ni les documents et pièces justificatives ayant permis de les établir. En outre, le montant total des recettes résultant des sommes inscrites sur les cahiers remis au vérificateur ne correspondait pas au montant des recettes que la société Alka avait elle-même comptabilisé au titre des exercices vérifiés. Enfin, la société Alka a omis de comptabiliser des achats et des ventes de boissons alcoolisées, d'eau minérale, de pâtisseries et de menus pour enfants. Pour ces seuls motifs, le service pouvait à bon droit regarder la comptabilité qui lui avait été présentée comme étant entachée de graves irrégularités et, par suite, reconstituer les résultats et chiffres d'affaires de la société Alka, cette circonstance ne faisant pas obstacle à ce que les éléments tirés de cette comptabilité soient néanmoins utilisés pour rectifier les résultats et chiffres d'affaires déclarés.

5. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification des 19 décembre 2017 et 8 mars 2018, que le service, qui a exploité les documents remis par la société Alka elle-même et par ses fournisseurs, a reconstitué le chiffre d'affaires de cette société à partir du chiffre d'affaires moyen par boisson non alcoolisée vendue, et non à partir du chiffre d'affaires moyen de la vente d'une boisson non alcoolisée, contrairement à ce que soutient la société requérante. Il a évalué ce chiffre d'affaires moyen en se fondant sur les livres de recettes communiqués par la société elle-même au cours des opérations de contrôle et sur le nombre de boissons non alcoolisées acquises, déterminé grâce à l'exercice du droit de communication auprès des fournisseurs. Pour évaluer le nombre de boissons réellement vendues, le service vérificateur a tenu compte des stocks au 30 septembre 2015 et au 30 septembre 2016, reportés dans les inventaires communiqués par la société. La société Alka n'ayant communiqué aucune information quant au stock de boissons non alcoolisées au 1er octobre 2013 et au 30 septembre 2014, le service a considéré que l'ensemble des boissons non alcoolisées achetées avaient été revendues au cours de l'exercice clos en 2014. Le service vérificateur a ensuite reconstitué, en exploitant les réponses des fournisseurs aux demandes qui leur avaient été adressées, le chiffre d'affaires des produits achetés par la société Alka, tels que les boissons alcoolisées, les pâtisseries et les menus pour enfants, pour lesquels aucune recette n'avait été mentionnée dans les cahiers remis au cours des opérations de contrôle ou pour lesquels des recettes y étaient mentionnées pour des montants anormalement faibles. Pour ce faire, il s'est fondé sur les quantités achetées, les stocks, les prix de vente affichés dans les locaux de la société Alka et une estimation des dosages pratiqués. Le service a enfin appliqué au chiffre d'affaires total reconstitué un abattement de 5 % au titre des pertes, des offerts et de la consommation du personnel.

6. Pour contester la méthode de reconstitution décrite au point précédent, la société Alka soutient, d'une part, que le service vérificateur ne pouvait pas considérer comme nul son stock au 30 septembre 2014 et, par suite, regarder la totalité des produits achetés au cours de cet exercice comme ayant été revendus à la clôture de l'exercice. Elle soutient qu'il aurait dû évaluer le stock de cet exercice en retenant la moyenne des stocks des exercices suivants. Elle ne verse toutefois au dossier aucune pièce, qu'elle est seule en mesure de produire, de nature à établir l'existence d'un stock au 1er octobre 2013 et au 30 septembre 2014.

7. D'autre part, en se bornant à faire valoir que le dosage et le prix d'un verre de Raki retenus par le service vérificateur ne correspondent pas aux usages, que le taux de pertes retenu ne reflète pas les conditions réelles d'exploitation et que la consommation de son personnel est sous-évaluée, la société Alka, qui ne produit aucun élément et aucune pièce justificative au soutien de ses allégations, ne conteste pas sérieusement la méthode de reconstitution appliquée par le service vérificateur.

8. Enfin, la société Alka soutient que la méthode de reconstitution appliquée par le service vérificateur aboutit à des résultats exagérés et que, pour déterminer son chiffre d'affaires total, il convient, d'une part, d'appliquer le prix unitaire des boissons vendues seules, soit 1,50 euros, et le prix moyen des menus incluant une boisson, soit 7 euros, à la quantité de boissons vendues seules et de menus vendus, obtenue en multipliant le pourcentage qu'ils représentent sur le nombre total des boissons vendues par la quantité des boissons achetées retenue par l'administration. Toutefois, la méthode proposée par la société requérante repose essentiellement sur des prix unitaires et des prix de menus qui n'ont pas été arrêtés contradictoirement, en dépit des demandes de justifications adressées par le service vérificateur, et elle ne tient pas compte des recettes tirées de la vente des produits non mentionnés dans les cahiers des recettes. Dans ces conditions, la méthode alternative proposée par la société requérante ne permet pas de déterminer les résultats et chiffres d'affaires réalisés au cours des exercices en litige avec davantage de précision que celle retenue par le service vérificateur, lequel s'est fondé, ainsi qu'il a été dit au point 5, sur les documents qui lui avaient été remis par la société Alka elle-même et par ses fournisseurs.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Alka n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 30 septembre 2014, 30 septembre 2015 et 30 septembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période d'octobre 2014 à septembre 2016, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Alka est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Alka et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. DANGLe président-rapporteur,

Signé

O. A

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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