vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2002882 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DESERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2020, Mme D E, agissant en son nom propre et aux noms de ses deux enfants mineurs, A. Kerwan et Tezian C, et ses deux enfants majeurs, M. F C et Mme B C, représentés par Me Désert, demandent au tribunal :
1°) d'accorder à Mme E le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de condamner l'Etat à verser à Mme E une somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral lié au décès de son compagnon à la maison d'arrêt de Valenciennes le 21 janvier 2015, ainsi qu'une somme de 10 000 euros à chacun des quatre enfants du défunt, avec intérêts légaux à compter du 16 décembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à leur conseil, en application des dispositions des articles 34 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- l'obligation faite à l'Etat par l'article D.273 du code de procédure pénale de ne pas permettre aux personnes détenues de garder à leur disposition des substances pouvant permettre un suicide implique l'obligation, pour l'administration pénitentiaire, de procéder à des fouilles régulières pour empêcher que la possession de médicaments ne dégénère en un trafic de drogues au sein des établissements pénitentiaires ;
- en l'espèce, l'autopsie réalisée sur M. C a mis en évidence l'ingestion de plusieurs substances médicamenteuses qui n'ont pu être mises à sa disposition que par le biais d'autres détenus ; en ne prenant aucune mesure pour empêcher la circulation, notoire, de ces substances au sein de l'établissement, les services de la maison d'arrêt de Valenciennes ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le décès de M. C est en lien direct avec ce défaut de surveillance et de fouilles des cellules ;
- les circonstances du décès de M. C ont été traumatisantes pour sa compagne et ses quatre enfants et ont sali sa mémoire ; le préjudice moral de sa compagne doit être évalué à 30 000 euros et celui de ses enfants à 10 000 euros chacun.
Par une ordonnance du 2 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mai 2021.
Un mémoire a été présenté par le garde des sceaux, ministre de la justice, le 26 septembre 2022, après la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- les conclusions de M. Christian, rapporteur public,
- et les observations de Me Lepers, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C, incarcéré à la maison d'arrêt de Valenciennes, a été retrouvé mort dans sa cellule, le 21 janvier 2015, après avoir ingéré plusieurs substances médicamenteuses. Sa compagne, Mme E, agissant en son nom propre et en celui de ses deux enfants mineurs, ainsi que les deux enfants majeurs du défunt, demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser une somme totale de 70 000 euros à titre d'indemnisation des préjudices subis en conséquence de ce décès.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Mme E ne justifie pas avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle et ne fait état d'aucune circonstance qui caractériserait une urgence à l'admettre provisoirement au bénéfice de cette aide. Les conclusions de la requête tendant à cette admission provisoire doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Il résulte de l'instruction que M. C, écroué depuis le 5 novembre 2014 à la maison d'arrêt de Valenciennes, y a été retrouvé mort, le 21 janvier 2015 à 7h30, sur son lit dans la cellule où il avait passé la nuit avec 4 autres détenus, après s'être plaint, la veille, de céphalées et de douleurs à la nuque. Selon les énonciations du rapport d'autopsie établi le 12 février 2015 sur réquisition du substitut du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Valenciennes, ce décès est consécutif à un " syndrome asphyxique par œdème pulmonaire bilatéral pouvant être d'origine toxique ". Il ressort, en outre, du rapport d'expertise du dossier médical de l'intéressé établi le 6 novembre 2018 à la demande du juge d'instruction au tribunal de grande instance de Valenciennes, que la cause du décès " demeure une asphyxie par mécanisme central telle une dépression respiratoire d'origine médicamenteuse " et qu' " un seul médicament responsable de somnolence est retrouvé à taux supra thérapeutique (miansérine) mais il ne peut être exclu que ses effets aient pu être potentialisés par l'ingestion concomitante des autres molécules également responsables d'effet dépresseur respiratoire (benzodiazépines, méthadone) ".
5. Les requérants exposent que les substances ainsi retrouvées dans le corps du défunt correspondent à un mélange de drogues dénommé " Arc en ciel ", qui aurait été concocté par un autre détenu, surnommé " l'Aspirateur ", dont les trafics au sein de l'établissement seraient notoires et connus de l'administration pénitentiaire, et en déduisent que l'ingestion de ce mélange par M. C résulte nécessairement de manquements de cette administration à ses obligations de surveillance des détenus et de mise en place de fouilles régulières pour empêcher le développement d'un trafic de drogues en détention.
6. Toutefois, si l'administration pénitentiaire est tenue de prendre toutes mesures utiles pour combattre le trafic de substances prohibées ou potentiellement toxiques, la seule circonstance qu'un détenu ait pu avoir accès à ces substances ne suffit pas à démontrer une faute de nature à engager sa responsabilité. En l'espèce, les services de la maison d'arrêt de Valenciennes ne pouvaient pas, sans motif exceptionnel dont les requérants ne rapportent pas la preuve, soumettre M. C ainsi que les autres détenus à des fouilles personnelles et de cellule répétées. Dans ces conditions, le décès de M. C, résultant d'une intoxication poly-médicamenteuse, ne peut être regardé comme imputable à une faute du service public pénitentiaire.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E et de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Mme B C, à M. F C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Even, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
V. G
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
P. EVEN
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°200288
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026