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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002896

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002896

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002896
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 8 avril 2020 et 14 juin 2021, Mme B A, représentée par Me Fréger, demande au tribunal :

1°) de condamner la caisse des écoles publiques de la commune de Fourmies à lui verser la somme totale de 29 500 euros en réparation des préjudices financiers et moraux résultant de la gestion fautive de sa carrière ;

2°) de mettre à la charge de la caisse des écoles publiques de la commune de Fourmies une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 10 juillet 2019 de ne pas renouveler son contrat à son échéance du 31 décembre 2016 est irrégulière en ce qu'elle est intervenue alors qu'il ne pouvait être mis un terme à la relation contractuelle que par la mise en œuvre d'une procédure de licenciement en raison des renouvellements tacites de contrat dont elle a bénéficié, et qu'elle a ainsi été privée des garanties attachées au licenciement d'un agent contractuel ;

- elle est irrégulière en ce qu'elle est étrangère à l'intérêt du service et en ce qu'elle méconnait le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;

- la gestion de sa carrière est fautive dès lors qu'elle aurait dû bénéficier d'un contrat à durée indéterminée ;

- elle est fondée à obtenir les sommes de 15 000 euros pour le préjudice financier et 3 000 euros pour le préjudice moral résultant de la rupture de son contrat de travail, 1 500 euros pour le préjudice moral et 10 000 euros pour le préjudice financier résultant de la privation d'un contrat à durée indéterminée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 janvier 2021 et 7 décembre 2021, la caisse des écoles publiques de Fourmies, représentée par Me Fillieux, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés et qu'elle n'a commis aucune faute dans la gestion de la carrière de Mme A.

Par ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2012-1420 du 18 décembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Me Fréger, représentant Mme A, et de Me Marcilly, substituant Me Fillieux, représentant la caisse des écoles publiques de la commune de Fourmies.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par la commune de Fourmies en qualité d'agent contractuel à compter du 8 septembre 2008 afin d'y exercer des fonctions d'agent de développement social au sein de la direction de la solidarité urbaine. Elle a exercé ces fonctions jusqu'au 1er février 2010, date à laquelle elle a été recrutée par la caisse des écoles publiques de la commune en tant qu'agent contractuel, pour exercer des fonctions de référent familles du dispositif de réussite éducative, puis de coordonnatrice dudit dispositif, par des contrats successifs d'une durée d'un an, contrat renouvelé en dernier lieu pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016. Par courrier du 30 septembre 2016, la commune de Fourmies l'a informée du non renouvellement de son dernier contrat. Par jugement n° 1700270 du 9 juillet 2019, le tribunal administratif de Lille a, d'une part, annulé cette décision et enjoint à la caisse des écoles de Fourmies de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois et, d'autre part, rejeté les conclusions indemnitaires présentées par l'intéressée. Le 10 juillet 2019, Mme A était destinataire d'un courrier à l'entête de la caisse des écoles publiques de Fourmies l'informant de la décision de ne pas renouveler son engagement, précisant que son contrat avait donc pris fin le 31 décembre 2016. Le 24 janvier 2020, Mme A a saisi la caisse des écoles publiques de Fourmies d'un recours préalable en vue d'obtenir réparation des préjudices résultant de la décision du 10 juillet 2019 et de l'absence de conclusion d'un contrat à durée indéterminée. Par courrier du 10 mars 2020, la caisse des écoles publiques de Fourmies a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la caisse des écoles publiques de Fourmies à lui verser une somme totale de 29 500 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes des dispositions de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi () Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée ". Aux termes de l'article 3-4 de cette loi : " () II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3. () ".

3. Les contrats passés par les collectivités et établissements publics territoriaux en vue de recruter des agents non titulaires doivent, sauf disposition législative spéciale contraire, être conclus pour une durée déterminée et ne peuvent être renouvelés que par reconduction expresse. La circonstance qu'un contrat à durée déterminée a été reconduit tacitement bien qu'il ait comporté une stipulation selon laquelle il ne pouvait l'être que par une décision expresse ne peut avoir pour effet de lui conférer une durée indéterminée. Le maintien en fonctions de l'agent en cause à l'issue de son contrat initial, s'il traduit la commune intention des parties de poursuivre leur collaboration, a seulement pour effet de donner naissance à un nouveau contrat, conclu lui aussi pour une période déterminée et dont la durée est celle assignée au contrat initial. Ainsi, sauf circonstance particulière, la décision par laquelle l'autorité administrative compétente met fin aux relations contractuelles doit être regardée comme un refus de renouvellement de contrat si elle intervient à l'échéance du nouveau contrat et comme un licenciement si elle intervient au cours de ce nouveau contrat.

En ce qui concerne la décision du 10 juillet 2019 :

4. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait été effectivement maintenue dans ses fonctions au sein de la caisse des écoles publiques de Fourmies à l'issue de son contrat dont le terme était fixé au 31 décembre 2016. Dès lors, elle ne saurait se prévaloir du renouvellement tacite de ce dernier contrat et n'est pas fondée à soutenir que la décision du 10 juillet 2019 constituerait une mesure de licenciement illégale.

5. En deuxième lieu, Mme A n'est pas davantage fondée à soutenir que cette décision serait entachée d'une rétroactivité illégale pour retenir une date de fin d'engagement au 31 décembre 2016 dès lors qu'il est constant que la situation administrative et juridique de Mme A à l'égard de la caisse des écoles n'a connu aucune évolution après le 31 décembre 2016 et que cette décision n'avait pour seul objet et pour seul effet que de formaliser la situation juridique qui découlait nécessairement de l'application des termes du contrat signé entre Mme A et la caisse le 21 décembre 2015, ainsi que des règles et principes encadrant le statut des agents contractuels.

6. En dernier lieu, d'une part, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service.

7. D'autre part, des demandes d'indemnisation des préjudices causés par un même événement relèvent d'une même cause juridique si elles sont fondées sur une faute que l'administration aurait commise. Ainsi, l'autorité relative de la chose jugée attachée à un jugement rejetant définitivement au fond une demande indemnitaire présentée sur le terrain de la responsabilité pour faute d'une personne publique s'oppose à ce que le requérant puisse introduire une nouvelle action en responsabilité à l'encontre de cette personne publique en vue d'obtenir la réparation des mêmes préjudices dès lors qu'il invoque une faute de cette personne.

8. Il résulte de l'instruction que, par un jugement définitif n° 1700270 du 9 juillet 2019, le tribunal administratif de Lille a, pour rejeter la demande d'indemnisation de Mme A, jugé que les motifs invoqués pour justifier le non renouvellement de son contrat à compter du 31 décembre 2016, qui avaient trait à l'arrêt de la participation de l'Etat dans le financement du dispositif de réussite éducative, notamment pour la prise en charge des besoins humains, et à la sortie de trois communes associées du dispositif, répondaient bien à l'intérêt du service. Les conclusions indemnitaires présentées par Mme A en tant qu'elles tendent à la réparation des préjudices résultant de la décision de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée à la date de son échéance relèvent de la même cause juridique que celles qui ont été rejetées par le tribunal administratif de Lille dans son jugement précité. La circonstance selon laquelle la décision a été prise par la personne publique compétente, à la suite de l'injonction prononcée par la juridiction ayant annulé la précédente décision, n'est pas de nature à modifier l'objet de la demande ou sa cause juridique. Dès lors, l'autorité relative de la chose jugée, résultant de la triple identité de parties, d'objet et de cause, s'oppose à ce que Mme A puisse invoquer à l'appui de sa demande d'indemnisation formée à l'encontre de la caisse des écoles publiques de la commune de Fourmies, le bien-fondé de la décision de non renouvellement de son contrat.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du 10 juillet 2019 serait entachée d'une illégalité fautive. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation des préjudices qui auraient résulté de l'illégalité de cette décision doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'absence de proposition d'un contrat à durée indéterminée :

10. Il résulte des dispositions citées au point 2 de l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 que la condition relative à la durée d'engagement minimale de six années doit s'apprécier dans le cadre de contrats liant un agent public avec une même personne morale, collectivité territoriale ou établissement public.

11. Il résulte de l'instruction que Mme A a été employée par la caisse des écoles publiques de Fourmies pour la période courant du 1er février 2010 au 31 décembre 2016. A la date à laquelle est intervenu le dernier renouvellement de son contrat à durée déterminée, soit le 1er janvier 2016, l'intéressée ne totalisait pas six années de service.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la caisse des écoles publiques de Fourmies aurait commis une illégalité fautive en ne lui proposant pas, à l'occasion du dernier renouvellement de son contrat, un contrat à durée indéterminée. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation des préjudices qui auraient résulté de cet agissement de l'administration doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la caisse des écoles publiques de Fourmies, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme A demande au titre des frais qu'elle a exposés. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme de 500 euros à verser à la caisse des écoles publiques de Fourmies au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la caisse des écoles publiques de Fourmies la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et la caisse des écoles publiques de Fourmies.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. BORGET

La présidente,

Signé

A-M. LEGUIN La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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