jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2003167 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHEMOULI DALIN STOLOFF BOINET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2020 et le 19 mars 2021, M. A C, représenté par Me Charpentier-Stoloff, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 4 mars 2016 au 31 décembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de la procédure.
Il soutient que :
- le bien qu'il a acquis a été exploité pour son compte dans des conditions similaires à celles du secteur hôtelier et son activité est par conséquent soumise à la taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions du b. du 4° de l'article 261 D du code général des impôts, lesquelles doivent être interprétées largement, à la lumière des objectifs de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;
- les prestations de petit déjeuner et de nettoyage sont rendues dans des conditions similaires à celles du secteur hôtelier ;
- à supposer même que les prestations de petit déjeuner et de nettoyage ne soient pas rendues dans des conditions similaires à celles du secteur hôtelier, l'administration aurait dû rechercher si, du fait des moyens mis en œuvre, la société Holiday Suites n'était pas en situation de concurrence potentielle avec l'hôtellerie.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2020 et le 19 avril 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 7 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 26 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a acquis, en l'état futur d'achèvement, un bien situé à Bray-Dunes (Nord), dans un ensemble immobilier dénommé " Résidence An'n Oosthoeck " et plus précisément dans la résidence " Brise des Dunes " qui, située sur le territoire de cette commune, constitue l'une des résidences de vacances exploitées sur trois sites dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais par la société Holiday Suites. Il a créé à l'achèvement de la construction une entreprise individuelle immatriculée au registre du commerce et des sociétés et, par convention, a confié l'exploitation de son bien à la société Holiday Suites. À l'issue d'un examen de comptabilité de l'entreprise individuelle du requérant, portant sur la période du 4 mars 2016 au 31 décembre 2017, des droits de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis à sa charge au titre de cette période. Ces impositions résultent de la remise en cause des déductions et des crédits de taxe dont il avait obtenu le remboursement à raison de l'exercice de cette activité de location meublée, au motif que cette activité était exonérée de taxe en application du b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts. M. C demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. L'article 135 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, reprenant les dispositions du b) du B de l'article 13 de la directive 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977, prévoit, au point l) de son paragraphe 1, que les États membres exonèrent " la location de biens immeubles ". Toutefois, en application du paragraphe 2 de ce même article, " Sont exclues de l'exonération prévue au paragraphe 1, point l), les opérations suivantes : / a) les opérations d'hébergement telles qu'elles sont définies dans la législation des États membres qui sont effectuées dans le cadre du secteur hôtelier ou de secteurs ayant une fonction similaire () ". Par un arrêt du 12 février 1998, Elisabeth Blasi c/ Finanzamt München, C-346/95, la Cour de justice des Communautés européennes a jugé que les termes employés pour désigner les exonérations visées par l'article 13 de la sixième directive sont d'interprétation stricte, étant donné qu'elles constituent des dérogations au principe général selon lequel la taxe sur le chiffre d'affaires est perçue sur chaque prestation de services effectuée à titre onéreux par un assujetti. Elle en a déduit que le membre de phrase " à l'exception des opérations d'hébergement telles qu'elles sont définies dans la législation des États membres qui sont effectuées dans le cadre du secteur hôtelier ou de secteurs ayant une fonction similaire ", figurant à l'article 13 B, sous b), point 1, de la sixième directive, introduit une exception à l'exonération prévue par ces dispositions pour la location de biens immeubles et qu'il place donc les opérations qu'il vise sous le régime général de cette directive, qui tend à soumettre à la taxe toutes les opérations imposables, sauf les dérogations expressément prévues et, qu'ainsi, cette clause ne saurait recevoir une interprétation stricte.
3. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () / 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : / () b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle. / () ". Ces dispositions, qui fixent les critères de la taxation des prestations de location de logements meublés, doivent être interprétées, pour le respect des objectifs énoncés par les dispositions précitées de la directive du 28 novembre 2006, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, de manière à garantir que ne soient exonérés de la taxe que des assujettis dont l'activité ne remplit pas la ou les fonctions essentielles d'une entreprise hôtelière et qui ne sont donc pas en concurrence potentielle avec ces dernières entreprises.
4. D'une part, si M. C soutient que la société Holiday Suites est en mesure de fournir à la clientèle des petits déjeuners dès lors qu'elle dispose d'un stock de denrées non périssables, telles que des dosettes de café, de chocolat et de sucre, de sachets de thé et de confitures individuelles, et qu'elle a recours à la sous-traitance d'une boulangerie locale, il ne verse aucune pièce justificative établissant que des petits déjeuners auraient été servis aux occupants des logements de la résidence lors de la période en litige. Il ne résulte ni des factures émises à destination de la société Holiday Suites par une boulangerie-pâtisserie ni des factures émises par la société Holiday Suites, produites par l'administration fiscale, que des petits déjeuners auraient été servis aux occupants des logements de la résidence, en dehors des évènements organisés par des entreprises ou clubs sportifs, à l'occasion de séjours effectués en janvier 2017 et en septembre 2017. La brochure commerciale intitulée " Holiday Suites / Business ", élaborée par la société Holiday Suites à destination des entreprises et proposant, notamment, l'hébergement de participants à des séminaires ou conventions, incluant la fourniture de " petit déjeuner ou des autres formules sur demande ", n'est pas datée et ne peut dès lors être prise en compte au titre de la période en litige.
5. D'autre part, si M. C soutient que la société Holiday Suites a employé en moyenne trois salariés dédiés au nettoyage des logements à plein temps sur les trois sites et qu'elle recrutait du personnel en intérim durant les périodes d'affluence, il ne verse au dossier aucune pièce justificative à l'appui de ses allégations. La facture émise le 17 novembre 2016, produite par l'administration fiscale, qui mentionne un unique nettoyage, réalisé, comme les nettoyages en fin de séjour figurant sur les autres factures, la veille du départ, ne peut être regardée comme établissant la réalisation d'un nettoyage supplémentaire. Les factures émises en août 2014 et en septembre 2016 ne mentionnent que des nettoyages réalisés le jour de l'arrivée et la veille du départ. Les prestations d'agents d'entretien en intérim facturées à la société Holiday Suites ne permettent pas d'identifier s'il s'agit de nettoyages en cours de séjour, similaires à ce qui est effectué en hôtellerie.
6. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction qu'au cours des années 2016 et 2017, l'activité de location de logements meublés exercée à la résidence " Brise des Dunes " aurait été caractérisée par une offre de fourniture du petit déjeuner et une offre de nettoyage régulier des logements en cours de séjour faites aux occupants de la résidence. Dès lors, les prestations de mise à disposition de locaux meublés à titre onéreux ne peuvent être regardées comme ayant été rendues, au cours des années en litige, dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle, au sens des dispositions précitées de l'article 261 D du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a, pour ce motif, remis en cause les déductions et les crédits de taxe sur la valeur ajoutée dont M. C avait entendu bénéficier au titre de la période du 4 mars 2016 au 31 décembre 2017. Il s'ensuit que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement de la somme que M. C demande au titre des frais qu'il a exposés. En l'absence de dépens de l'instance, les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président,
- M. Lemaire, président-assesseur,
- Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
M. B Le président-assesseur,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026