vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2003491 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DELATTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 mai 2020 et 21 décembre 2020, M. A D, représenté par Me Delattre, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 après application de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la société Tel and Cie qu'il propose, ainsi que des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les revenus de capitaux mobiliers :
- les réponses des 1er avril 2019 et 24 juin 2019 à ses observations ne sont pas motivées, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- les propositions de rectification des 19 décembre 2018 et 10 mai 2019 ne sont pas motivées ;
- la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires suivie par le service vérificateur est erronée, arbitraire, excessivement sommaire, et conduit à une exagération des bases d'imposition ;
- le service aurait dû s'appuyer sur les factures d'achat et de vente ;
- par conséquent, l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de l'existence et du montant des distributions ;
- il ne peut être fait droit à la demande de substitution de base légale présentée par l'administration fiscale en l'absence de preuve d'appréhension des sommes en cause ;
- l'administration n'apporte pas la preuve d'une intention délibérée de se soustraire à l'impôt, de nature à justifier que des pénalités de 40 % soient infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ;
- l'administration n'a pas motivé les pénalités infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts avant leur mise en recouvrement, en méconnaissance de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales ;
- le service n'a pas tiré les conséquences financières, en l'espèce, de la décision du Conseil constitutionnel n° 2017-643/650 QPC du 7 juillet 2017.
En ce qui concerne les revenus fonciers :
- la réponse du 24 juin 2019 à ses observations n'est pas motivée, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- la proposition de rectification du 10 mai 2019 est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- le bien immobilier situé au 80, rue Marie Liétard à Liévin ne constituait pas son habitation principale avant le 1er septembre 2017 et il était fondé à déduire de son revenu global un montant de travaux de réhabilitation du bien en vue de sa mise en location, en application de l'article 31 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé par décision du 20 novembre 2020 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- la taxation entre les mains de M. D, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, distribués au titre des années 2015 et 2016, des sommes correspondant aux minorations des recettes de la société Tel and Cie des exercices clos en 2015 et 2016, doit être fondée, par substitution de base légale, sur les dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts et non du 2° du 1 de l'article 109 du même code ;
- les autres moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 15 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Quint, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D est gérant et associé unique de la société Tel and Cie qui exerce une activité d'achat-revente de téléphones portables d'occasion, qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er novembre 2014 au 30 septembre 2016, à l'issue de laquelle ladite société a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016 et des pénalités correspondantes, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités afférentes au titre des périodes couvrant les années 2015, 2016 et 2017. M. D a, parallèlement, fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle à l'issue duquel il s'est vu notifier une proposition de rectification datée du 19 décembre 2018, selon la procédure de rectification contradictoire, portant sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2015, résultant de sommes qualifiées de revenus distribués, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, consécutifs à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société Tel and Cie. Une proposition de rectification datée du 10 mai 2019 lui a été également adressée, selon la procédure de rectification contradictoire, portant sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, d'une part, au titre de l'année 2016, résultant de sommes qualifiées de revenus distribués, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, constatés à l'occasion de la reconstitution du chiffre d'affaires de la société Tel and Cie, d'autre part, au titre des années 2016 et 2017, à la suite de la remise en cause par le service des déficits fonciers déclarés par M. D. Sa réclamation préalable du 28 novembre 2019 ayant été rejetée par une décision du 31 mars 2020, M. D demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires et pénalités correspondantes ainsi mises à sa charge.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision en date du 20 novembre 2020, postérieure à l'enregistrement de la requête de M. D, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord a prononcé le dégrèvement de la majoration de 25 % appliquée aux prélèvements sociaux et pénalités correspondantes à laquelle le requérant avait été assujetti au titre de l'année 2015. Les conclusions à fin de décharge de la requête de M. D sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les revenus de capitaux mobiliers :
3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'exigence de motivation qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié en application du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales s'apprécie au regard de l'argumentation de celui-ci. L'administration n'est tenue de motiver sa réponse aux observations du contribuable que sur les éléments relatifs au bien-fondé des impositions qui lui ont été notifiées. L'insuffisance de motivation de la réponse aux observations du contribuable constitue une irrégularité de procédure entraînant la décharge des impositions lorsqu'elle prive l'intéressé d'une garantie soit de la possibilité de connaître les motifs sur lesquels l'administration s'appuie pour justifier le bien-fondé des rectifications maintenues en dépit de ses observations, soit de la faculté de saisir la commission départementale des impôts.
5. D'une part, par une lettre du 11 janvier 2019, faisant suite à la proposition de rectification du 19 décembre 2018 portant sur l'année 2015, d'autre part, par une lettre du 22 mai 2019 faisant suite à la proposition de rectification du 10 mai 2019 portant sur l'année 2016, M. D a présenté des observations sur le bien-fondé des rectifications faites en matière de revenus de capitaux mobiliers, en contestant la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la société Tel and Cie, en particulier la détermination du taux de marge et la non-prise en compte de factures d'achats et de ventes. Par une lettre datée du 1er avril 2019 et par une lettre datée du 24 juin 2019, le service répondait à ces observations en se bornant à se référer à l'instance, introduite par la société Tel and Cie le 2 octobre 2019 devant le tribunal administratif, sans faire aucune réponse aux observations portant sur la méthode de détermination des bénéfices de la société vérifiée et donc des revenus qualifiés de distribués au profit du requérant. Cette seule référence n'est pas de nature à permettre à M. D de connaître les motifs sur lesquels l'administration s'appuie pour justifier le bien-fondé des rectifications maintenues en dépit de ses observations et, en conséquence, de les contester utilement, le privant ainsi d'une garantie. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. D est fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016 correspondant aux revenus de capitaux mobiliers consécutifs à la qualification de revenus distribués de sommes ayant été réintégrées dans le bénéfice de la société Tel and Cie, ainsi que des pénalités correspondantes.
En ce qui concerne les revenus fonciers :
S'agissant de la régularité de la procédure d'imposition :
6. En premier lieu, par une lettre du 22 mai 2019, M. D a présenté des observations sur le bien-fondé des rectifications faites en matière de revenus fonciers. Par une lettre du 24 juin 2019, le service a indiqué que le contribuable ne démontrait pas que le bien en cause ne constituait pas sa résidence principale et que le bien n'ayant généré aucun loyer, les dispositions de l'article 31 du code général des impôts dont il se prévalait, et relatives à la déductibilité de charges engagées pour l'acquisition ou à la conservation du revenu, ne lui étaient pas applicables. Ainsi, le service a exposé les motifs suffisamment précis ayant conduit au maintien des rectifications pour permettre à M. D E les contester utilement, indépendamment du bien-fondé des motifs ainsi énoncés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales par la réponse aux observations du contribuable du 24 juin 2019 doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ".
8. En l'espèce, la proposition de rectification du 10 mai 2019 comporte la désignation de l'impôt, la catégorie de revenus concernés, l'année d'imposition et la base d'imposition et énonce les motifs de fait et de droit sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des article L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
S'agissant du bien-fondé des impositions :
9. D'une part, aux termes de l'article 14 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 15, sont compris dans la catégorie des revenus fonciers, lorsqu'ils ne sont pas inclus dans les bénéfices d'une entreprise industrielle, commerciale ou artisanale, d'une exploitation agricole ou d'une profession non commerciale :/ 1° Les revenus des propriétés bâties, telles que maisons et usines () ". Aux termes de l'article 15 du même code : " II. - Les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu () ". L'article 13 du même code dispose : " 1. Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu () ". Aux termes de l'article 28 de ce code : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété. " L'article 31 de ce code liste les charges de propriété déductibles des revenus fonciers pour la détermination du revenu net.
10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les charges afférentes aux logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne peuvent pas venir en déduction pour la détermination du revenu foncier compris dans le revenu global soumis à l'impôt sur le revenu. Il appartient au propriétaire d'apporter la preuve de ce qu'il a effectivement mis en location le logement au titre duquel il a déclaré la déduction de charges foncières. Il appartient au propriétaire qui entend, pour déduire les charges afférentes à un logement resté vacant, se prévaloir de ce qu'il a entendu le louer et non s'en réserver la jouissance d'apporter la preuve des diligences qu'il a accomplies pour la location de ce logement.
11. Il résulte de l'instruction que M. D a acquis, le 5 novembre 2015, un bien immobilier situé au 80, rue Marie Liétard à Liévin. Il est constant que ce bien est devenu l'habitation principale de M. D le 1er septembre 2017. S'il soutient que le bien en cause a fait l'objet de travaux en vue de sa mise en location entre le 5 novembre 2015 et le 1er septembre 2017, M. D reconnaît n'avoir effectué aucune démarche de mise en location durant cette période. En conséquence, s'étant réservé la jouissance du bien dès le 1er septembre 2017, il n'est pas fondé à déduire de son revenu global des dépenses de travaux afférentes audit immeuble au titre des années 2016 et 2017. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause les déficits fonciers déclarés par M. D au titre des années 2016 et 2017.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est uniquement fondé à demander, d'une part, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes, d'autre part, la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016, à hauteur des redressements en matière de revenus de capitaux mobiliers ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la requête de M. D à concurrence du dégrèvement partiel accordé en cours d'instance.
Article 2 : M. D est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 3 : La base d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux de M. D au titre de l'année 2016 est réduite à concurrence de la somme correspondant aux rectifications opérées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
Article 4 : M. D est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016, ainsi que des pénalités correspondantes, correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 3.
Article 5 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président de la formation de jugement,
- M. Lemaire, président,
- Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
L-J. B
Le président,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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