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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003531

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003531

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003531
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantVANDENBUSSCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mai 2020 et le 11 février 2021, Mme F A, représentée par Me Voisin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Douai et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), à lui verser une somme de 68 018 euros en réparation des préjudices subis à la suite de sa prise en charge au sein de cet établissement ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai, outre les dépens, une somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai une somme de 3 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier de Douai a commis une faute en ne pratiquant pas immédiatement une césarienne devant l'échec des tentatives d'extraction de son fœtus par voie basse à l'aide de forceps ;

- ce manquement est à l'origine d'une perte de chance de survie de son enfant à la naissance qui doit être évaluée à 90% ;

- elle a subi, du fait du manquement du centre hospitalier de Douai, des préjudices qui se décomposent comme suit : 50 000 euros au titre des souffrances endurées, 15 000 euros au titre de son préjudice moral et 3 018 euros au titre des frais d'obsèques ;

- elle a exposé des frais non compris dans les dépens et non couverts par l'aide juridictionnelle d'un montant de 1 000 euros qui doit lui être versé par le centre hospitalier de Douai au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sans préjudice de la somme de 3 000 euros que cet établissement doit verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2020, le centre hospitalier de Douai, représenté par Me Vandenbussche, doit être regardé comme :

1°) s'en remettant à la sagesse du tribunal s'agissant du principe de sa responsabilité ;

2°) concluant à la limitation des prétentions indemnitaires de Mme A à hauteur de 9 500 euros ;

3°) concluant au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- s'il ne conteste pas le principe de sa responsabilité, le taux de perte de chance de survie de l'enfant de Mme A doit être évalué à 25% ;

- il ne pourra être alloué à cette dernière, au titre de ses souffrances endurées, qu'une somme de 5 750 euros, après application du taux de perte de chance ;

- le préjudice d'affection de Mme A ne pourra être indemnisé, après application du taux de perte de chance, qu'à hauteur de 3 750 euros ;

- il n'y a pas lieu d'allouer à Mme A la somme de 3 018 euros qu'elle demande à raison des frais engagés pour les obsèques de son enfant, ce montant ne concernant que la pose d'un monument funéraire qui n'a pas à être indemnisé au titre des frais d'obsèques ;

- les conclusions de Mme A tendant à ce qu'une somme soit mis à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables dès lors que cette dernière a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, qui exerce pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai l'activité de recours contre tiers, qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 12 octobre 2021 la clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2021.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 1904166 du 19 août 2019 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a désigné le docteur C E en qualité d'expert ;

- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 30 janvier 2020 ;

- l'ordonnance n°1904166 du 17 février 2020 par laquelle le magistrat désigné par le tribunal administratif de Lille a liquidé et taxé à la somme de 2 500 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle de 800 euros accordée par une ordonnance du 2 décembre 2019, les frais de l'expertise du docteur E.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Varenne, première conseillère,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- les observations de Me Lalieu, substituant Me Vandenbussche, représentant le centre hospitalier de Douai ;

- les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 31 octobre 1975, a entamé, le 30 mai 2016, une quatrième grossesse avec un terme prévu pour le 30 mars 2017 et dont le suivi a été initialement effectué au centre hospitalier de Douai. Il a été suspecté, au cours de sa grossesse, une trisomie 21, non confirmée en raison du refus de Mme A de pratiquer des examens complémentaires. Il a également été diagnostiqué, au cours du deuxième trimestre de grossesse, une très importante ascite fœtale, c'est-à-dire la présence de liquide dans la paroi abdominale du fœtus, ainsi qu'un canal atrio-ventriculaire complet, soit une anomalie cardiaque congénitale. Devant l'état de santé du fœtus, il a été décidé de poursuivre le suivi de la grossesse au centre hospitalier de Lens et de prévoir un accouchement dans cet établissement. Il a toutefois été indiqué à la requérante qu'en deçà de trente semaines d'aménorrhée son enfant ne pourrait être pris en charge à Lens et qu'elle devrait, en cas de problème, se présenter au centre hospitalier de Douai. Mme A s'est présentée le 4 décembre 2016 dans l'après-midi, soit à 28 semaines d'aménorrhée plus 6 jours, dans ce dernier établissement hospitalier pour un accouchement imminent. Son accouchement par voie basse a débuté à 19h02. En raison de l'inefficacité des efforts expulsifs et d'anomalies du rythme cardiaque fœtal, il a été décidé de pratiquer une extraction par forceps. Les deux premières tentatives d'extraction se sont révélées infructueuses. Une troisième tentative a permis de dégager la tête du fœtus sans que le corps ne suive, évoquant une dystocie des épaules, soit le blocage du corps du fœtus par les épaules. Lors des manœuvres réalisées par l'équipe soignante pour extraire ce dernier, la tête du foetus s'est désolidarisée du reste de son corps. Une césarienne a été nécessaire pour extraire le corps fœtal, laquelle s'est révélée de réalisation délicate en raison du volume abdominal du fœtus. Les suites de l'accouchement ont été simples.

2. Par courrier du 5 décembre 2017, Mme A a adressé au centre hospitalier de Douai une demande indemnitaire préalable. L'assureur de ce dernier, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), lui a proposé, par courrier du 6 juillet 2018, au regard de l'expertise diligentée par le docteur D G, qu'elle a elle-même mandatée, une indemnisation à hauteur de 2 000 euros, offre implicitement rejetée par Mme A. Afin d'évaluer la responsabilité du centre hospitalier de Douai et les préjudices subis du fait de sa prise en charge au sein de cet établissement, Mme A a saisi, le 17 mai 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins de réalisation d'une expertise judiciaire. Par une ordonnance du 19 août 2019, le magistrat désigné par le président de ce tribunal a désigné le docteur C E, gynécologue-obstétricien, avec mission, notamment, de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 30 janvier 2020. Mme A demande la condamnation du centre hospitalier de Douai à lui verser une somme de 68 018 euros en réparation des préjudices subis du fait des manquements commis par cet établissement lors de la prise en charge de son accouchement.

Sur la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Douai :

3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

4. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise des docteurs G et E, que le suivi de la grossesse de Mme A a d'abord été effectué au centre hospitalier de Douai lequel, face aux anomalies fœtales détectées, a fait réaliser certains examens échographiques par des praticiens du centre hospitalier de Lens avant, au vu des résultats de ces examens, révélant une importante ascite fœtale, de décider d'orienter la requérante vers la maternité du centre hospitalier de Lens, de niveau III. Le centre hospitalier de Douai disposait ainsi de tous les éléments nécessaires à l'appréciation de l'état de santé de l'enfant à naître et ne pouvait ignorer, en particulier, la présence d'ascite fœtale à l'origine d'un périmètre abdominal très important, supérieur au 95ème percentile et susceptible d'entraîner des complications lors de l'accouchement. Toutefois, la décision de ne pas pratiquer d'emblée une césarienne, même si une telle option aurait pu être envisagée, n'est pas en soi fautive, eu égard, notamment, à la dilatation complète du col de l'utérus de Mme A lors de son admission à la maternité le 4 décembre 2016, signalant l'imminence de l'accouchement, et ce quand bien même la requérante aurait insisté auprès de l'équipe soignante pour bénéficier d'une césarienne. En revanche, il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions expertales du docteur E, gynécologue-obstétricien, que l'équipe soignante aurait dû, après l'échec des deux tentatives d'extraction du fœtus à l'aide de forceps, marquées par un phénomène de ré-ascension du fœtus faisant suspecter un risque de dystocie, d'autant plus probable en raison de l'important périmètre abdominal du fœtus, pratiquer une césarienne en urgence et non pas persévérer dans l'utilisation des forceps laquelle a certes finalement permis d'extraire la tête du fœtus mais n'a pas permis, en raison d'une dystocie des épaules, d'extraire le reste du corps, qui s'est ensuite désolidarisé de la tête au cours des manœuvres pratiquées pour parvenir à une extraction complète. Dans ces circonstances, le centre hospitalier de Douai, qui ne conteste d'ailleurs pas avoir commis un manquement à ce titre, n'a pas agi conformément aux règles de l'art en persévérant dans l'utilisation des forceps et en ne programmant pas une césarienne en urgence alors qu'il disposait d'éléments pouvant faire suspecter une dystocie et donc un accouchement particulièrement difficile et risqué.

Sur l'étendue de la réparation :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions expertales du docteur E, que s'il n'est pas possible de déterminer avec précision l'état de santé de l'enfant et son évolution à court terme après la réalisation d'une césarienne en urgence, il est très fortement probable qu'une telle intervention ait permis de le faire naître vivant. Compte tenu des nombreuses malformations du fœtus et de la présence d'une ascite foetale importante, susceptibles de grever ses chances de naître vivant, alors que ces éléments étaient connus du centre hospitalier et rendaient très probable la nécessité d'une césarienne en urgence, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance pour Mme A de voir son enfant naître vivant en l'évaluant, ainsi que le propose l'expert, à 90%. Par suite, le centre hospitalier de Douai doit être condamné à indemniser cette fraction des préjudices subis.

Sur l'indemnisation des préjudices :

7. En premier lieu, les frais d'obsèques, de même que, sous réserve qu'ils ne soient pas excessifs, les frais de construction d'un monument funéraire, qui contribuent à donner au défunt une sépulture décente, font partie des préjudices susceptibles de donner lieu à réparation. En l'espèce, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté, que Mme A a engagé des frais d'un montant de 3 018 euros pour la construction d'un monument funéraire à la mémoire de son enfant mort-né. Dès lors que ces frais n'apparaissent pas excessifs, il y a lieu, compte tenu du taux de perte de chance de 90% évoqué ci-dessus, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Douai à verser à Mme A une somme de 2 716,20 euros.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur E, et n'est pas contesté, que Mme A a subi, pour avoir donné naissance à un enfant sans vie dans des circonstances particulièrement traumatisantes, un préjudice moral, lequel recouvre les souffrances psychologiques qu'elle a endurées à la suite de de la mort de son enfant, qui peut être évalué, après application du taux de perte de chance précité, à la somme de 22 500 euros qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Douai.

9. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Douai est condamné à verser à Mme A une somme de 25 216,20 euros en réparation des préjudices subis par cette dernière du fait des manquements commis par cet établissement dans la prise en charge de son accouchement.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

11. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 2 500 euros par une ordonnance du 17 février 2020 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille, mis à la charge provisoire de l'Etat, à la charge définitive du centre hospitalier de Douai.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

12. Aux termes de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, codifié à l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " I. Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. (..) ". En outre, aux termes de l'article 37 de cette même loi : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ". Enfin, l'article 43 de cette loi dispose que : " () Le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner dans les conditions prévues à l'article 75, la partie mentionnée à l'alinéa précédent au paiement d'une somme au titre des frais qu'il a exposés. ".

13. Il résulte des dispositions précitées des articles 75-1 de la loi du 10 juillet 1991, codifiée à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la même loi, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge, à son profit, de la partie perdante que le paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Par ailleurs, l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

14. D'une part, si, ainsi qu'il a été énoncé au point précédent et contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier défendeur, Mme A est recevable à demander qu'une somme soit mise, à son profit, à la charge du centre hospitalier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, elle n'établit pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier de Douai une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

15. D'autre part, Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Voisin, avocat de Mme A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai le versement à Me Voisin de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Douai est condamné à verser à Mme A une somme de 25 216,20 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 2 500 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Douai.

Article 3 : Le centre hospitalier de Douai versera à Me Voisin une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Voisin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, à Me Jean Guy Voisin, au centre hospitalier de Douai, à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.

Copie pour information sera adressée au docteur E, expert, et au service administratif régional de la cour d'appel de Douai.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président ;

- Mme Varenne, première conseillère,

- Mme Bruneau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le président,

signé

J-M. RIOU La rapporteure,

signé

M. B

La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2003531

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