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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2003713

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2003713

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2003713
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP WABLE TRUNECEK TACHON AUBRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2020, M. A B, représenté par Me Raphaël Tachon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 226,60 euros à titre de dommages et intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le rectorat de Lille, en ne l'informant pas de la date de cessation de versement du régime temporaire de retraite des enseignants du privé (RETREP) et en n'informant ni l'association pour la prévoyance collective (APC) en temps utile ni la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT), dans les six mois précédant la fin de ce versement, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- il s'est trouvé, par la faute du rectorat de Lille, sans aucun revenu du 1er mars au 31 décembre 2015 dès lors qu'il a dû restituer une somme de 15 226,60 euros correspondant aux traitements qui lui ont été versés durant cette période ;

- l'Etat devra lui verser une somme de 15 226,60 euros au titre du préjudice ainsi subi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, la rectrice de l'académie de Lille conclut, au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête n'est pas recevable dès lors que la demande indemnitaire préalable présentée par M. B n'a pas d'autre objet que de remettre en cause les effets pécuniaires du titre exécutoire émis le 2 juin 2016, devenu définitif ;

- à titre subsidiaire, s'agissant du manquement allégué à la double obligation d'informer dans les délais la CARSAT et M. B, d'une part, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que cette obligation serait à sa charge, d'autre part, comme l'a mentionné, dans son jugement, le tribunal des affaires sociales de Boulogne-sur-Mer, cette double obligation d'information mise à la charge de l'APC, ne peut s'appliquer dans la mesure où celle-ci n'a été saisie que postérieurement à la date à laquelle l'intéressé pouvait bénéficier d'une retraite du régime général et, enfin, le requérant a lui-même participé au retard pris dans le traitement de son dossier en attendant l'expiration de ses droits à congés et l'âge de la retraite pour informer les services du rectorat de son intention ;

- aucune carence dans le traitement du dossier du requérant ne pourra être retenue dès lors qu'il a été informé par ses soins, dès le début de l'année 2014, que les procédures étaient longues et complexes et qu'il était souhaitable qu'il indique à ses services s'il sollicite sa mise à la retraite ou un reclassement avant qu'il n'ait épuisé ses droits à congé ;

- à supposer établie une faute à son encontre, M. B n'établit pas le lien de causalité entre la carence de ses services dans le traitement de son dossier de retraite et le préjudice allégué ;

- le requérant n'établit pas la réalité et l'étendue du préjudice qu'il allègue ;

- à supposer le préjudice établi, il conviendra de le ramener à des plus justes proportions.

Par une ordonnance du 11 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2021 à 23 heures 59.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Babski,

- les conclusions de M. Christian, rapporteur public. Considérant ce qui suit :

1. M. B, maître de l'enseignement privé, a enseigné, à compter de la rentrée 1980, les sciences physiques et la chimie au lycée privé Haffreingue Chanlaire de Boulogne-sur-Mer, devenu en 1992 Nazareth Haffreingue, jusqu'à son départ à la retraite. Il a été placé en congé de longue maladie du 18 janvier 2012 au 17 janvier 2015. Par un arrêté du 1er juin 2015, le recteur de l'académie de Lille a mis fin à son contrat avec effet rétroactif au 18 janvier 2015. L'intéressé

s'est alors vu attribué un avantage temporaire de retraite pour invalidité des enseignants du privé à compter de cette date. Par courrier du 21 octobre 2015, l'association pour la prévoyance collective (APC) a indiqué à M. B que ses droits à l'avantage temporaire avaient pris fin le 28 février 2015, date à laquelle il pouvait prétendre à une retraite pour inaptitude à taux plein. La caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) Nord-Picardie lui a notifié, le 13 avril 2016, l'attribution de sa retraite personnelle à compter du 1er janvier 2016, premier jour du mois suivant sa demande de pension de retraite. La direction départementale des finances publiques (DDFIP) du Pas-de-Calais a rendu exécutoire un titre de perception émis par le rectorat de l'académie de Lille, le 2 juin 2016, mettant à la charge de l'intéressé une somme de 15 226,60 euros au titre de la rémunération qui lui a été versée à tort, pour la période du 18 janvier au 30 novembre 2015, à la suite de la fin de ses fonctions et de sa mise à la retraite pour invalidité à compter du 18 janvier 2015. Par un jugement du 22 mars 2019, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Boulogne-sur-Mer a rejeté la demande indemnitaire formée par

M. B à l'encontre, à titre principal, de la CARSAT et, à titre subsidiaire, de l'APC, et a fixé la date d'entrée en jouissance de la pension de retraite au titre de l'inaptitude au travail au 1er janvier 2016. M. B a alors, par un courrier du 18 mars 2020, mis en demeure la rectrice de l'académie de Lille de lui verser la somme de 15 226,60 euros à titre de dommages et intérêts, compte tenu de la faute commise par ses services dans l'instruction de sa demande de liquidation de ses droits à pension de retraite. Par la présente requête, M. B demande ainsi au tribunal de condamner la rectrice de l'académie de Lille au versement de cette somme.

2. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait d'une faute qu'aurait commise l'administration à son encontre pour autant que le préjudice invoqué présente un lien direct de causalité avec la faute ainsi commise.

3. Au soutien de ses conclusions indemnitaires, M. B fait valoir que le rectorat de Lille, en ne l'informant pas de la date de cessation de versement du régime temporaire de retraite des enseignants du privé (RETREP) et en n'informant ni l'association pour la prévoyance collective (APC) en temps utile ni la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT), dans les six mois précédant la fin de ce versement, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, la somme d'un montant de 15 226,60 euros qu'il sollicite au titre de son préjudice financier qui correspond au montant de la rémunération qu'il a perçue pour la période du 18 janvier au 30 novembre 2015 et qu'il a dû reverser à l'administration, en vertu du titre de perception émis à son encontre le 2 juin 2016, ne présente aucun lien de causalité avec le manque de diligence dont aurait fait preuve les services du rectorat de l'académie de Lille dans l'instruction de son dossier de retraite.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non- recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Lille, que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la recherche

Copie sera adressée à la rectrice de l'académie de Lille.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient : Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur, Signé

D. BABSKI

La présidente, Signé

S. STEFANCZYK

La greffière, Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la recherche, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,

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