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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004115

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004115

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004115
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantLEULIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 juin 2020, 30 avril 2022, 17 mai 2022 et 17 juin 2022, Mme B D, représentée par Me Leuliet, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de condamner le département du Nord et la caisse d'allocations familiales du Nord à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif formé à l'encontre de la décision du 29 octobre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 765,97 euros et de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté sa demande du 28 janvier 2019 tendant à la modification de son compte d'allocataire et à la réaffectation sur le compte allocataire de son époux l'indu de revenu active mis à sa charge;

3°) de mettre à la charge du département du Nord et de la caisse d'allocations familiales du Nord la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- si elle n'est pas divorcée, son époux a quitté le domicile conjugal depuis le mois d'octobre 2013 de sorte qu'il n'est plus membre de son foyer ; par suite, en estimant que sa vie maritale n'avait pas cessé et en mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité d'un montant de 765,97 euros au titre de la période d'octobre 2015 à janvier 2016, la caisse d'allocations familiales du Nord et le département du Nord ont pris, le 29 octobre 2018 puis de façon implicite, à la suite du recours formé contre cette première décision, une décision illégale de nature à engager leur responsabilité ;

- en refusant implicitement de soustraire de son compte d'allocataire l'indu de revenu de solidarité active imputable aux seuls agissements de son époux, qui n'était plus membre de son foyer, la caisse d'allocations familiales et le département du Nord ont pris une décision illégale de nature à engager leur responsabilité ;

- elle a subi, du fait de l'illégalité de ces décisions, un préjudice moral, en lien avec l'aggravation de sa situation financière et de sa situation de précarité, qui doit être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire, enregistré le 7 avril 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut à sa mise hors de cause.

Par des mémoires en défense, enregistré les 29 avril 2022 et 20 mai 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante n'est pas recevable à demander au département du Nord de l'indemniser du fait de l'arrêt du versement de l'aide personnalisée au logement dès lors que cette prestation n'est pas gérée par le département du Nord mais par la caisse d'allocations familiales ;

- seule une partie de l'indu de 19 275,11 euros mis à la charge de M. D est en lien avec la dette de revenu de solidarité active de son époux, l'autre partie se rapportant à une dette de solidarité active contractée par la requérante en son nom propre et qui trouve son origine dans de fausses déclarations de revenus sur la période d'avril à juin 2018 ;

- les difficultés financières de la requérante sont antérieures au transfert sur son compte d'allocataire de la dette de revenu de solidarité active contractée par son époux de sorte qu'elle ne peut être regardée comme ayant subi un quelconque préjudice moral du fait de l'illégalité des décisions en cause.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2020.

Par un courrier du 28 avril 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête en ce qu'elles tendent à engager la responsabilité de la caisse d'allocations familiales du Nord en raison de l'illégalité de décisions relatives à la mise en œuvre du revenu de solidarité active alors que, lorsqu'elle met en œuvre cette prestation sociale, la caisse d'allocations familiales agit pour le compte du département du Nord dont seule la responsabilité peut être recherchée.

Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public a été présenté pour Mme D le 29 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Varenne, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Leuliet, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est mariée avec M. A C depuis le 16 janvier 1992. Le 3 décembre 2014, elle a informé la caisse d'allocations familiale du Nord de ce que son époux avait quitté le domicile conjugal et n'était plus membre de son foyer. Par une décision du 29 octobre 2018, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 765,97 euros au titre de la période de mai 2015 à octobre 2016 au motif que sa vie maritale n'avait jamais cessé. Mme D a formé un recours administratif auprès du président du conseil départemental du Nord à l'encontre de cette décision par courrier du 13 décembre 2018, reçu le 26 décembre suivant, qui est demeuré sans réponse. Elle a introduit un recours contentieux devant le tribunal administratif de Lille contre cette décision implicite, enregistré le 1er mars 2019 sous le n°1901810. Constatant, au vu des mentions portées sur son compte d'allocataire, que la caisse d'allocations familiales du Nord lui réclamait également le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 19 275,11 euros pour la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2018, Mme D, qui a estimé que cet indu était uniquement imputable au transfert erroné des dettes de son époux sur son compte d'allocataire, a demandé à la caisse d'allocations familiales du Nord, par courrier du 28 janvier 2019, reçu le 27 février suivant, de procéder à la régularisation de son compte et de lui reverser les sommes indument prélevées sur ses prestations en remboursement de cet indu. Ce courrier étant demeuré sans réponse, elle a introduit à l'encontre de cette décision implicite, le 5 juin 2019, un recours en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, enregistré sous le n° 1904701, et un recours au fond enregistré sous le n° 1904716. Le juge des référés du tribunal administratif ayant, par une ordonnance du 1er juillet 2019, suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales, agissant pour le compte du département du Nord, a refusé de réaffecter l'indu de revenu de solidarité imputable aux agissements de son époux, la caisse d'allocations familiales a annulé les indus de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme D et a procédé au remboursement des sommes déjà prélevées. Mme D s'est alors désistée des deux recours au fond introduit les 1er mars et 5 juin 2019 ce dont il a été donné acte par deux ordonnances du 20 novembre 2019 (n°s 1901810 et 1904716).

2. Par deux courriers du 18 février 2020, l'un adressé à la caisse d'allocations familiales du Nord et l'autre au département du Nord, Mme D a sollicité l'indemnisation du préjudice moral subi du fait de l'illégalité de la décision implicite du président du conseil départemental du Nord rejetant son recours administratif formé à l'encontre de la décision du 29 octobre 2018 de la caisse d'allocations familiales du Nord lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 765,97 euros et se substituant à cette dernière décision et de l'illégalité de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales, agissant pour le compte du département du Nord, a rejeté sa demande tendant à la réaffectation sur le compte allocataire de son époux d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 19 275,11 euros. Ces deux courriers sont restés sans réponse. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant la condamnation du département du Nord et de la caisse d'allocations familiales du Nord à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral subi du fait de l'illégalité de la décision implicite du président du conseil départemental du Nord rejetant son recours administratif formé à l'encontre de la décision du 29 octobre 2018 et qui s'est substituée à cette dernière décision et de l'illégalité de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales, agissant pour le compte du département du Nord, a rejeté sa demande tendant à la réaffectation sur le compte allocataire de son époux de l'indu de revenu de solidarité active contracté par ce dernier après la rupture de leur vie commune.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

4. Mme D ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 octobre 2020, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires en tant qu'elles sont dirigées contre la caisse d'allocations familiales du Nord :

5. Aux termes de l'article L. 115-2 du code de l'action sociale et des familles : " () La mise en œuvre du revenu de solidarité active relève de la responsabilité des départements. Les autres collectivités territoriales, l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail, les maisons de l'emploi ou, à défaut, les personnes morales gestionnaires des plans locaux pluriannuels pour l'insertion et l'emploi, les établissements publics, les organismes de sécurité sociale ainsi que les employeurs y apportent leur concours. () ". En outre, aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales et, pour leurs ressortissants, par les caisses de mutualité sociale agricole. ".

6. Il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles que la mise en œuvre du revenu de solidarité active relève uniquement du département et que si la gestion de cette prestation a été confiée aux caisses d'allocations familiales, elles agissent, à cet égard, pour le compte du département. Ainsi, les éventuelles fautes dont seraient entachées les décisions prises par les caisse d'allocations familiales réclamant à un allocataire le paiement d'un indu de revenu de solidarité active ou procédant au prélèvement de sommes en vue du remboursement d'un tel indu ne peuvent engager que la seule responsabilité du département pour le compte duquel elles agissent. En l'espèce, d'une part, si Mme D met en cause la responsabilité de la caisse d'allocations familiales du Nord à raison de l'illégalité de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif formé contre la décision du 29 octobre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 765,97 euros, cette décision implicite a été prise par le président du conseil départemental du Nord sur recours administratif préalable obligatoire et s'est entièrement substituée à la décision du 29 octobre 2018 de la caisse d'allocations familiales du Nord. Ainsi, la requérante ne peut que rechercher la responsabilité du département du Nord s'agissant de l'illégalité de cette décision implicite. D'autre part, en refusant implicitement de réaffecter sur le compte d'allocataire de l'époux de Mme D la dette de revenu de solidarité active qui était uniquement imputable à ce dernier, la caisse d'allocation familiales du Nord doit être regardée comme ayant exclusivement agi pour le compte du département du Nord. Par suite, l'intéressée ne peut que rechercher la responsabilité du département du Nord du fait de l'illégalité de cette décision.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme D en tant qu'elles mettent en cause la responsabilité de la caisse d'allocations familiales du Nord sont mal dirigées et sont, par suite, irrecevables de sorte qu'elles ne peuvent qu'être rejetées. Il résulte également de ce qui précède que la caisse d'allocations familiales du Nord doit être mise hors de cause dans la présente instance.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du département du Nord :

8. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". En outre, aux termes de l'article L. 262-3 de ce code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Toutefois, lorsque des époux sont séparés de fait, ils ne constituent plus un foyer au sens de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles cité au point 4 et de l'article L. 262-3 du même code cité au point précédent. En conséquence, dès lors que la séparation de fait des époux est effective, les revenus du conjoint n'ont pas à être pris en compte dans le calcul des ressources du bénéficiaire. Seules les sommes que le conjoint verse au bénéficiaire ou, le cas échéant, les prestations en nature qu'il lui sert, au titre notamment de ses obligations alimentaires, peuvent être prises en compte dans le calcul des ressources de ce dernier.

10. Il résulte de l'instruction que Mme D a, le 24 octobre 2013, déposé une main-courante au commissariat central de Lille afin de signaler l'abandon du domicile conjugal par son époux. Elle a ensuite, le 3 décembre 2014, informé la caisse d'allocations familiales du Nord de la modification de la composition de son foyer et du départ de son époux du domicile familial. En outre, il ressort des éléments versés aux débats qu'elle paie seule le loyer de son domicile depuis au moins le mois de mars 2018 tandis qu'elle supporte seule la facture d'électricité de ce logement. Les très nombreuses attestations produites par la requérante, y compris émanant de son époux, justifient également de ce que ce dernier ne réside plus au domicile familial depuis l'année 2014. Eu égard à ces éléments, il peut être établi que Mme D est séparée de fait de son époux depuis le début de l'année 2014, ce que, du reste, le département du Nord ne conteste pas dans la présente instance. Par suite, le département du Nord ne pouvait, sans entacher ses décisions d'illégalité, confirmer la décision du 29 octobre 2018 mettant à la charge de l'intéressée un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 765,97 au titre de la période d'octobre 2015 à janvier 2016 au motif que sa vie maritale n'avait pas cessée depuis le mois de décembre 2014 et refuser implicitement de réaffecter sur le compte d'allocataire de son époux la part de l'indu de revenu de solidarité active correspondant aux dettes contractée par lui seul en son nom personnel après la rupture de vie commune. Mme D est ainsi en droit d'obtenir réparation du préjudice direct et certain qui a pu résulter de l'application de ces décisions illégales.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

11. D'une part, si Mme D soutient avoir subi un préjudice moral du fait de l'aggravation de sa situation financière en raison de l'illégalité de la décision implicite par laquelle le président du département du Nord a confirmé la décision du 29 octobre 2018 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 765,97 euros, il résulte de l'instruction que le recours administratif qu'elle a introduit contre la décision du 29 octobre 2018 a suspendu toutes retenues sur ses prestations jusqu'à ce que le département du Nord, après notification de l'ordonnance précitée du juge des référés du 1er juillet 2019, annule cet indu. La décision en cause n'ayant eu aucun effet sur la situation économique de la requérante, cette dernière, qui n'invoque l'existence d'un préjudice moral que sous cet aspect, n'établit pas la réalité du préjudice ainsi invoqué.

12. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier des mentions du rapport de contrôle établi le 18 septembre 2018 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de la requérante pour un montant initial de 19 275,11 euros trouve son origine pour partie dans la prise en compte de son époux comme membre de son foyer et dans le transfert en conséquence des créances de ce dernier sur le compte allocataire de la requérante et pour partie dans les déclarations non conformes, par Mme D, de ses revenus propres sur la période d'avril 2016 à juillet 2018. Il résulte des échanges de courriels entre la caisse d'allocations familiales du Nord et le département du Nord, en particulier d'un courriel en date du 18 mai 2022, que l'indu de revenu de solidarité active de Mme D en lien seulement avec les déclarations erronées de ses revenus personnels s'élevait, pour la période d'avril 2016 à septembre 2018, à 3 415,40 euros. Il résulte ainsi de l'instruction qu'en réintégrant à tort l'époux de la requérante dans le foyer de cette dernière pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active sur la période d'avril 2016 à juillet 2018, le département du Nord a fait peser sur cette dernière une charge de plusieurs milliers d'euros qu'elle n'avait pas à supporter. En outre, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs par contesté, que l'indu de revenu de solidarité active précité d'un montant de 19 275,11 euros aurait été notifié à Mme D. Ainsi, cette dernière n'a jamais pu introduire de recours administratif pour contester le bien-fondé de cet indu et obtenir la suspension de son recouvrement par retenues sur ses prestations, lesquelles ont été opérées par la caisse d'allocations familiales du mois de novembre 2018 jusqu'à la décision du juge des référés du tribunal administratif de Lille le 1er juillet 2019. Il résulte à cet égard des échanges de courriels entre la caisse d'allocations familiales du Nord et le département du Nord ainsi que du relevé de compte courant de Mme D pour le mois de juillet 2019, qu'une somme de 6 034,16 euros lui a été reversée par la caisse d'allocations familiales le 26 juillet 2019 en remboursement des retenues indues opérées sur ses prestations jusqu'à cette date. Dans ces conditions, la décision implicite, née le 27 avril 2019, par laquelle le département du Nord a illégalement refusé, à la suite de la demande faite en ce sens par Mme D dans son courrier du 29 janvier 2019, dont il n'est pas contesté qu'il a été reçu le 27 février suivant, de réaffecter la dette de revenu de solidarité active de son époux sur le compte d'allocataire de ce dernier a produit des effets sur la situation financière de l'intéressée en permettant, notamment, la poursuite des retenues sur ses prestations jusqu'en juillet 2019. Ces retenues, opérées par la caisse d'allocations familiales du Nord pour le compte du département du Nord, en particulier sur l'aide personnalisée au logement à laquelle pouvait prétendre la requérante, ont aggravé la situation financière de cette dernière et accentué sa situation de précarité, l'intéressée étant déjà débitrice d'une dette de loyer s'élevant, au 12 octobre 2018, à 2 180,90 euros, ainsi qu'assignée en justice par son bailleur depuis le 3 janvier 2019 et tenue de rembourser les indus d'aide et de prestations sociales qu'elle avait contractés en son nom propre. Elle doit ainsi être regardée comme ayant subi, du 27 février 2019 jusqu'à la date à laquelle la caisse d'allocations familiales a procédé au remboursement des sommes indument prélevées, soit le 26 juillet 2019, un préjudice moral du fait de l'aggravation de sa situation financière et de l'accentuation de sa situation de précarité lesquelles doivent être regardées comme les conséquences directes et certaines de l'illégalité de la décision par laquelle le département du Nord a implicitement refusé, par une décision du 27 avril 2019, de réaffecter la dette de revenu de solidarité active de son époux sur le compte d'allocataire de ce dernier. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 500 euros.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le département du Nord est condamné à verser à Mme D une somme de 500 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de la décision implicite par laquelle le département du Nord a refusé de réaffecter la dette de revenu de solidarité active de son époux d'un montant sur le compte d'allocataire de ce dernier.

Sur les frais liés au litige :

14. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leuliet, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département du Nord le versement à Me Leuliet de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La caisse d'allocations familiales du Nord est mise hors de cause dans la présente instance.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 3 : Le département du Nord est condamné à verser à Mme D une somme de 500 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision implicite par laquelle il a refusé de réaffecter la dette de revenu de solidarité active de son époux sur le compte d'allocataire de ce dernier.

Article 4 : Le département du Nord versera à Me Leuliet une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leuliet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Manon Leuliet, au département du Nord et à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

M. ELa greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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