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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2004163

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2004163

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2004163
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantSELARL DETREZ-CAMBRAI AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2020 et le 27 avril 2023, l'établissement public Voies navigables de France (VNF) défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. D G, et demande à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-10 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite M. G au paiement d'une amende de 300 euros ;

2°) condamne M. G à lui payer la somme de 4 620 euros, en remboursement des frais avancés pour la remise en état du domaine ;

3°) mette à la charge de M. G une somme de 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'établissement soutient que :

- la saisine du tribunal émane d'une autorité compétente ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie a été établi par un agent régulièrement assermenté ;

- un procès-verbal de contravention de grande voierie a été établi le 18 juin 2019 en raison de la présence d'un dépôt de déchets sur le domaine public fluvial, en rive gauche de la rivière de la Sambre canalisée, au point kilométrique 51 600 sur la commune de Marpent ;

- les faits constatés sont constitutifs d'une contravention de grande voirie, réprimée par l'article L. 2132-10 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, M. D G, représenté par Me Carel, conclut au rejet de la saisine et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Voies Navigables de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le tribunal a été saisi par une autorité incompétente ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie a été établie par un agent qui n'était pas régulièrement désigné à cet effet ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie a été irrégulièrement établi en tant qu'il a été rédigé plus de dix mois après la commission des faits reprochés et qu'il est insuffisamment précis en ce qui concerne la date de ces faits ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie a été irrégulièrement notifié ;

- il n'a pas commis les faits qui lui sont reprochés.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la prescription de l'action publique en application des dispositions des articles 9 et 9-2 du code de procédure pénale.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 18 juin 2019 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les conclusions de M. Babski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Sur la régularité de la procédure :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4313-2 du code des transports : " Voies navigables de France est substitué à l'Etat dans l'exercice des pouvoirs dévolus à ce dernier pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié. Il représente l'Etat dans l'exercice du pouvoir de transaction prévu par l'article L. 2132-25 du code général de la propriété des personnes publiques. / Les contraventions sont constatées par les agents mentionnés aux articles L. 2132-21 et L. 2132-23 du code général de la propriété des personnes publiques. ". Aux termes de l'article L. 4313-3 du même code :

" Dans le cas où des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine défini par le chapitre IV du présent titre ont été constatées, le directeur général de Voies navigables de France saisit la juridiction territorialement compétente, en lieu et place du préfet, dans les conditions et suivant les procédures prévues par le chapitre IV du titre VII du livre VII du code de justice administrative. / Il peut déléguer sa signature aux directeurs des services territoriaux de l'établissement. Ces derniers peuvent subdéléguer leur signature aux agents de l'établissement chargés de fonctions d'encadrement. ".

2. Il résulte de ces dispositions que le directeur général de VNF est compétent pour saisir la juridiction administrative en cas d'atteinte à l'intégrité et à la conservation du domaine public fluvial. Par deux décisions du 18 mai 2020, régulièrement publiées au bulletin officiel des actes de voies navigables de France n° 31 du 19 mai 2020, le directeur général de VNF, M. E F, a désigné M. A B en qualité de directeur territorial par intérim de la direction territoriale Nord-Pas-de-Calais et lui a délégué sa signature, à l'effet de signer notamment les décisions d'agir en justice et de représenter l'établissement public devant toute juridiction de première instance. Par suite, la saisine du tribunal pour le compte de VNF n'a pas été effectuée par une autorité incompétente, contrairement à ce que soutient M. G.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2132-23 du code général de la propriété des personnes publiques : " Ont compétence pour constater concurremment les contraventions en matière de grande voirie définies aux articles L. 2132-5 à L. 2132-10 () :

/ 3° Les personnels de Voies navigables de France sur le domaine qui lui a été confié, () assermentés devant le tribunal judiciaire, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. ".

4. Il résulte de l'instruction que l'agent qui a dressé le procès-verbal en cause, M. C, a prêté serment devant le tribunal de grande instance d'Avesnes-sur-Helpe le 11 mai 2016. Par suite, M. G n'est pas fondé à soutenir que la procédure est entachée d'irrégularité en tant que l'agent ayant dressé le procès-verbal n'aurait pas été assermenté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un

procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal. / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, l'autorité désignée à l'article L. 4313-3 du même code est substituée au représentant de l'Etat dans le département / () / La notification est faite dans la forme administrative, mais elle peut également être effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / ()

/ Il est dressé acte de la notification ; cet acte doit être adressé au tribunal administratif et y être enregistré comme les requêtes introductives d'instance. ".

6. Il résulte de ces dispositions que le juge de la contravention de grande voirie, eu égard aux particularités de son office, doit vérifier, au besoin d'office, lorsqu'est soulevé un moyen tiré de l'irrégularité de la notification des poursuites, si la procédure n'a pas été régularisée par la saisine régulière du tribunal administratif par l'autorité compétente.

7. En l'espèce, à supposer que l'agent ayant notifié le procès-verbal de la contravention de grande voirie ait été incompétent pour y procéder, le dépôt de conclusions par le directeur territorial par intérim de la direction territoriale Nord-Pas-de-Calais de VNF devant le tribunal administratif et la communication de ces pièces à M. G dans le cadre de la présente instance ont régularisé la procédure. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'agent ayant procédé à la notification du procès-verbal de contravention doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impartit aux agents verbalisateurs de délai, à partir du jour où ils ont constaté l'infraction, pour rédiger le procès-verbal de contravention. Par suite, la circonstance que la rédaction du procès-verbal est intervenue plus de dix mois après la constatation des faits est sans incidence sur la régularité des poursuites.

9. En cinquième lieu, la seule circonstance que le procès-verbal dressé à l'encontre de M. G mentionne que les faits en cause datent du 16 août 2018 alors que le dépôt de plainte effectué par VNF en sus de la présente procédure mentionne le 15 août 2018 n'est pas de nature à caractériser une imprécision du procès-verbal qui aurait eu pour effet d'empêcher

M. G de présenter utilement ses observations.

Sur le bien-fondé des poursuites :

10. Aux termes de l'article L. 2132-10 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut procéder à tout dépôt ni se livrer à des dégradations sur le domaine public fluvial, les chemins de halage et francs-bords, fossés et ouvrages d'art, sur les arbres qui les bordent, ainsi que sur les matériaux destinés à leur entretien. ".

11. La personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention.

12. Il résulte de l'instruction que le 15 août 2018, le maire de la commune de Marpent a découvert sur le territoire communal un dépôt de déchets sauvage de l'ordre de 20 m3 constitué notamment par des sacs d'ordures ménagères et des déchets de construction dont de l'amiante. Ce dépôt a été effectué sur le chemin de halage de la rive gauche de la rivière de la Sambre Canalisée, au PK 51 600, à proximité du site de gestion de sédiments n°4, relevant du domaine public fluvial. Le 16 août 2018, un agent de VNF a constaté l'existence de ce dépôt et a, le 18 juin 2019, dressé un procès-verbal de contravention de grande voirie au terme duquel M. G en est désigné comme responsable. Ce procès-verbal a été notifié à l'intéressé le 5 juillet 2019. Si ce dernier soutient qu'il n'est pas à l'origine de ce dépôt de déchets dès lors qu'à la date du 15 août 2018, il se trouvait en vacances dans le département des Vosges, il apparaît toutefois qu'il est mis en cause en sa qualité de gérant de société et ne conteste pas que c'est un des représentants de celle-ci qui, grâce aux moyens de l'entreprise, a effectué le dépôt sauvage en cause. M. G n'établit pas ni même n'allègue qu'il ne disposait pas d'un pouvoir de direction sur ce représentant. Dans ces conditions, eu égard à la qualité de gérant de l'intéressé, c'est à bon droit que VNF a tenu M. G pour responsable des faits en cause, qui constituent une contravention de grande voirie prévue et réprimée par l'article L. 2132-10 du code général de la propriété des personnes publiques.

En ce qui concerne l'action publique :

13. En vertu des dispositions combinées des articles 9 et 9-2 du code de procédure pénale, l'action publique des contraventions se prescrit par une année révolue à compter du jour où l'infraction a été commise ou à compter de tout acte d'instruction ou de poursuite.

14. En l'espèce, plus d'un an s'est écoulé entre la communication de la saisine présentée par VNF, le 19 juin 2020, et celle d'une première inscription au rôle de l'audience le 23 février 2023, sans qu'aucune autre mesure d'instruction n'intervienne entre deux. Il s'ensuit que, par application des dispositions mentionnées au point précédent, l'action publique est prescrite et il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne l'action domaniale :

15. D'une part, si l'action publique se trouve prescrite, cette prescription ne s'applique pas, en raison de l'imprescriptibilité du domaine public, à la réparation des dommages causés à ce domaine. Dès lors, il y a lieu de statuer sur l'action tendant à cette réparation.

16. D'autre part, l'auteur d'une contravention de grande voirie doit être condamné à rembourser à l'établissement public concerné le montant des frais exposés ou à exposer par celui-ci pour la remise en état du domaine public. Il n'est fondé à demander la réduction des frais mis à sa charge que dans le cas où le montant des dépenses engagées en vue de réparer les conséquences de la contravention présente un caractère anormal.

17. Il résulte de l'instruction que le montant des travaux nécessaires au nettoyage du chemin de halage relevant de VNF s'élève à 4 620 euros. Il y a lieu de condamner M. G à payer à Voies Navigables de France la somme de 4 620 euros représentant le montant des travaux de remise en état du domaine public.

Sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. G la somme que VNF demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par M. G soient mises à la charge de VNF, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'action publique.

Article 2 : M. G est condamné à payer à l'établissement public Voies navigables de France la somme de quatre mille six cent vingt (4 620 euros).

Article 3 : Les conclusions présentées par Voies navigables de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera adressé à l'établissement public Voies navigables de France pour notification à M. D G dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. H

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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