mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004707 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 juillet 2020, 11 février 2021 et 8 septembre 2021, Mme A C, représentée par Me Barège, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de Lens à lui verser la somme de 90 323,31 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'infection nosocomiale contractée lors de sa prise en charge par cet établissement de santé ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale avant dire droit ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Lens est engagée de plein droit en raison de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée lors de l'intervention du 4 mai 2015 ;
- la date de consolidation de ses séquelles doit être fixée au 31 mars 2018, date à laquelle elle a bénéficié de la pose d'une prothèse totale de genou, et non au 3 octobre 2016 ;
- il est résulté de l'infection nosocomiale des préjudices patrimoniaux d'un montant total de 68 349,56 euros, qui se décompose comme suit :
* Perte de gains professionnels antérieurs à la date de consolidation : 22 880,70 euros ;
* Assistance par tierce personne temporaire : 11 880 euros ;
* Perte de gains professionnels futurs : 33 588,86 euros ;
- il en est également résulté des préjudices extra patrimoniaux d'un montant total de 21 973,75 euros, qui se décompose comme suit :
* Déficit fonctionnel temporaire : 4 423,75 euros ;
* Souffrances endurées : 10 000 euros ;
* Préjudice esthétique temporaire : 1 500 euros ;
* Préjudice d'agrément : 2 000 euros ;
* Déficit fonctionnel permanent : 2 550 euros.
* Préjudice esthétique permanent : 1 500 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2020, 8 juillet 2021, 31 août 2021 et 9 décembre 2022, le centre hospitalier de Lens, déclare s'en remettre à la sagesse du tribunal concernant sa responsabilité, représenté par Me Chiffert, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à la limitation de la somme versée à Mme C à 8 568,44 euros, à titre principal et à 11 118,44 euros à titre subsidiaire, de celle versée à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai à 13 067,02 euros, et de la somme versée au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille à 33 950,64 euros ;
2°) à ce que la somme maximale de 1 000 euros soit versée à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au rejet des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai et du CHRU de Lille au même titre.
Il fait valoir que :
- la date de consolidation déterminée par l'expert au 3 octobre 2016 doit être confirmée ;
- les préjudices subis par la requérante doivent être évalués comme suit :
* Assistance par tierce personne temporaire : 1 597,44 euros ;
* Déficit fonctionnel temporaire : 1 471 euros ;
* Souffrances endurées : 5 000 euros ;
* Préjudice esthétique permanent : 500 euros ;
* Déficit fonctionnel permanent, à titre subsidiaire : 2 550 euros ;
- l'indemnisation des pertes de gains professionnels, des préjudices d'agrément temporaire et permanent et des préjudices esthétique temporaire et permanent sera rejetée.
Par des mémoires, enregistrés les 13 octobre 2020 et 31 août 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai, dont l'activité de recours contre tiers est exercée par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Lens à lui verser la somme de 15 262,10 euros au titre des débours exposés pour le compte de son assurée, Mme C, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 octobre 2020, date de la notification de son premier mémoire ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que le centre hospitalier de Lens est responsable de l'infection nosocomiale en litige.
Par des mémoires, enregistrés les 11 octobre 2022 et 18 janvier 2023, la caisse des dépôts et consignations conclut à ce qu'il soit sursis à statuer sur la liquidation des préjudices correspondant à la perte de gains professionnels futurs, l'incidence professionnelle et, le cas échéant, le déficit fonctionnel permanent.
Elle fait valoir que :
- elle ne verse actuellement aucune pension à l'intéressée dès lors que cette dernière a repris ses fonctions ;
- Mme C n'ayant pas été radiée des cadres, la caisse ne peut pas produire sa créance ;
- elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise.
Par un mémoire, enregistré le 16 novembre 2022, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille, représenté par Me Briout, conclut :
1°) à la condamnation du centre hospitalier de Lens à lui verser la somme de 77 439,91 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 novembre 2022, date de l'enregistrement de son mémoire ;
2°) à la mise à la charge du centre hospitalier de Lens de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que le centre hospitalier de Lens, qui ne conteste pas sa responsabilité quant à la contraction par Mme C d'une infection nosocomiale en son sein, devra lui verser la somme de 77 439,91 euros (48 277,63 + 29 162,28) correspondant aux traitements et accessoires versés à l'intéressée durant son congé maladie.
Par un mémoire, enregistré le 14 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Fitoussi, conclut à sa mise hors de cause et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requérante n'a formulé aucune conclusion à son encontre ;
- le critère de la gravité n'étant pas rempli, la requérante ne peut pas être indemnisée au titre de la solidarité nationale.
Un mémoire, enregistré le 14 mars 2023, a été présenté pour le centre hospitalier de Lens.
Par une ordonnance du 21 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2023.
Un mémoire, enregistré le 13 avril 2023, a été présenté pour la caisse des dépôts et consignations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bruneau,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Delannoy substituant Me Barège, représentant Mme C et Me Aubertel substituant Me Chiffert, représentant le centre hospitalier de Lens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, née le 17 juin 1963, a bénéficié le 4 mai 2015 au centre hospitalier de Lens d'une ligamentoplastie du ligament croisé antérieur au niveau du genou droit sans méniscectomie associée. Elle a été autorisée à quitter l'établissement de santé le 7 juin 2015. Les suites post-opératoires ont été compliquées par l'apparition de gonalgies importantes ayant pour origine une algodystrophie clinique, constatée le 4 juin 2015, et confirmée par une scintigraphie le 12 juin 2015. Mme C a présenté, le 17 juin 2015, soit cinq semaines après l'intervention chirurgicale, une rougeur de sa cicatrice et une protéine C-réactive élevée. Lors de la consultation, le 24 juin suivant, le chirurgien a constaté la désunion de la cicatrice ainsi qu'un écoulement séreux au niveau de la cicatrice. L'intéressée a bénéficié d'une reprise chirurgicale, le 26 juin 2015, consistant en un lavage et en une excision de la cicatrice. La ponction, effectuée lors de cette reprise chirurgicale, a permis de révéler la présence d'un staphylococcus epidermidis. Les prélèvements bactériologiques réalisés en per opératoire ont, quant à eux, montré l'existence d'un propioni bacterium acnes. Mme C a bénéficié d'une antibiothérapie par voie parentérale. Une seconde reprise chirurgicale pour lavage par arthroscopie a été faite le 2 juillet 2015. A sa sortie du centre hospitalier de Lens, le 3 juillet 2015, l'intéressée s'est vu prescrire une antibiothérapie, laquelle a été modifiée le 10 juillet suivant, jusqu'au 27 août 2015.
2. Mme C a adressé, le 14 décembre 2017, une demande d'indemnisation auprès de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) du Nord-Pas-de-Calais, qui a désigné le 15 mars 2018, le docteur B, chirurgien orthopédiste, en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été remis le 23 août 2019. En se fondant sur ce rapport, la CCI a pris une décision d'incompétence dès lors que le critère de la gravité n'était pas rempli. Mme C a adressé le 10 mars 2020 une demande indemnitaire préalable, au centre hospitalier de Lens, qui l'a réceptionnée le 12 mars suivant et n'y a pas donné suite. Par la présente requête, Mme C demande la condamnation du centre hospitalier de Lens à lui verser la somme de 90 323 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée lors de son hospitalisation au centre hospitalier de Lens.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. () / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'incapacité permanente supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ".
4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'à la suite de l'intervention chirurgicale subie le 4 mai 2015 au sein du centre hospitalier de Lens, Mme C, qui ne présentait pas de pathologie infectieuse avant sa prise en charge, a développé dès le 17 juin 2015, au niveau de la cicatrice une infection ayant pour origine plusieurs germes, dont un staphylococcus epidermidis. Eu égard à la localisation des germes au niveau de la zone opératoire et à leur identification dès le 17 juin 2015, cette infection, qui n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge de Mme C, doit être regardée comme étant survenue au décours de l'intervention chirurgicale du 4 mai 2015 au centre hospitalier de Lens et présentant, en l'absence de cause étrangère démontrée par l'établissement de santé, un caractère nosocomial au sens des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, ce que l'établissement de santé ne conteste pas. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Lens doit être condamné à réparer les conséquences dommageables qui sont directement imputables à cette infection nosocomiale, dès lors qu'elles ne relèvent pas de celles ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale en application des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique citées ci-dessus. Il y a lieu également, par suite et ainsi qu'il le demande, de mettre l'ONIAM hors de cause dans la présente instance.
Sur l'évaluation des préjudices :
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que la décompensation arthrosique du genou droit dont souffre Mme C n'est pas imputable à l'infection nosocomiale que cette dernière a contractée au décours de sa prise en charge par le centre hospitalier de Lens. Il résulte également des conclusions expertales qu'à la suite de l'infection en litige, lors de la première reprise chirurgicale, il n'a été constaté aucune aggravation de la chondropathie présentée par l'intéressée préalablement à sa ligamentoplastie. Il y a alors lieu de considérer, comme l'expert, que la date de consolidation est celle du 3 octobre 2016 et non celle du 31 mars 2018, date à laquelle la requérante a bénéficié de la pose d'une prothèse totale de genou droit. Dès lors, il y a lieu de fixer la date de consolidation au 3 octobre 2016.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé :
6. La CPAM de Lille-Douai qui exerce les réparations due au titre des préjudices subis par Mme C le recours subrogatoire prévu par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, justifie avoir exposé pour le compte de la requérante, ce que le relevé détaillé des débours définitifs du 12 mai 2021 et l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil du 5 mai 2021 permettent d'établir, des frais d'hospitalisation d'un montant de 12 100,32 euros correspondant à l'hospitalisation de Mme C au centre hospitalier de Lens qui a pour origine l'infection nosocomiale contractée par cette dernière au décours de l'intervention du 4 mai 2015 au sein du même établissement. Les débours de la caisse comprennent également des frais médicaux d'un montant de 2 195,08 euros, des frais pharmaceutiques d'un montant de 749,03 euros et des frais d'appareillage d'un montant de 217,67 euros. Si le centre hospitalier de Lens conteste le lien entre cinq consultations chez un médecin généraliste, la radiographie et la consultation orthopédique du 19 mai 2016 ainsi que les séances de kinésithérapie avec l'infection nosocomiale en litige, il n'apporte aucun élément sérieux permettant de remettre en cause la teneur de l'attestation d'imputabilité établie par le médecin conseil de la caisse. Dès lors, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Lens à verser à la caisse la somme de 15 262,10 euros au titre de l'ensemble de ces frais.
S'agissant de l'assistance par tierce personne temporaire :
7. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
8. Il résulte de l'instruction, c'est-à-dire des conclusions de l'expert, que l'état de santé de Mme C a nécessité, du fait des séquelles dont elle a souffert en raison de l'infection nosocomiale en litige, une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur d'une heure par jour pour les périodes allant du 9 juin au 25 juin 2015 et du 5 juillet au 8 juillet 2015, soit 75 jours, ainsi qu'à hauteur de 4 heures par semaine (soit 0,57 heure par jour) du 1er septembre 2015 au 10 décembre 2015, soit 101 jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, soit en appliquant un facteur de 412/365, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire doit être fixée à la somme de 2 244,61 euros (412/365 x 15) x (1 x 75 + 0,57 x 101).
S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :
9. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.
10. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'en l'absence d'infection nosocomiale, Mme C aurait été en congé maladie jusqu'au 3 août 2015. Il résulte par ailleurs, notamment des bulletins de salaires produits par la requérante, que cette dernière, puéricultrice au sein du CHRU de Lille a perçu pour l'année 2014, un revenu annuel d'environ 27 758,02 euros et d'un revenu journalier de 76,05 euros. Elle aurait dû percevoir, pour la période allant du 4 août 2015, lendemain de la date à laquelle son arrêt de travail lié à la pathologie initiale a pris fin, au 3 octobre 2016, soit pendant une période de 427 jours des revenus d'un montant de 32 473,35 euros (76,05 x 427). Elle a perçu de son employeur, comme le montrent les tableaux produits par celui-ci (ligne " net à payer ") une somme totale de 24 318,38 euros. La perte nette de gains professionnels actuels, pour la victime, s'élève donc à 8 154,70 euros (32 473,08 - 24 318,38), qui sera versée par le centre hospitalier de Lens.
11. En outre, aux termes des dispositions de l'article L. 825-1 du code général de la fonction publique : " L'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics à caractère administratif disposent de plein droit contre le tiers responsable du décès, de l'infirmité ou de la maladie d'un agent public, par subrogation aux droits de ce dernier ou de ses ayants droit, d'une action en remboursement de toutes les prestations versées ou maintenues à l'agent public ou à ses ayants droit et de toutes les charges qu'ils ont supportées à la suite du décès, de l'infirmité ou de la maladie. " et aux termes de l'article L. 825-4 du même code : " L'action subrogatoire concerne notamment : 1° La rémunération brute pendant la période d'interruption du service ; () 7° Les charges patronales afférentes à la rémunération maintenue ou versée au fonctionnaire pendant la période de son indisponibilité. () ".
12. Le CHRU de Lille exerce une action subrogatoire à l'encontre du centre hospitalier de Lens afin d'obtenir le remboursement de la somme totale de 77 439,91 euros correspondant aux salaires versés à Mme C du 3 mai 2015 au 2 avril 2017, date à laquelle Mme C a repris son activité avec un demi-traitement, et aux charges patronales y afférentes. Il résulte cependant de l'instruction, notamment de l'expertise, que l'arrêt temporaire des activités professionnelles exclusivement imputable à l'infection s'étend du 4 août 2015 au 3 octobre 2016, soit durant 427 jours. Dès lors, le CHRU de Lille est seulement fondé à demander le remboursement des débours exposés du 4 août 2015 au 3 octobre 2016, soit la somme de 47 062,81 euros, laquelle comprend les charges patronales. Il y a ainsi lieu de condamner le centre hospitalier de Lens à verser au CHRU de Lille la somme de 47 062,81 euros.
S'agissant de la perte de gains professionnels postérieurs à la date de consolidation :
13. Mme C soutient qu'elle a subi une perte de gains professionnels postérieurs à la consolidation de son état de santé d'un montant de 33 588,86 euros consécutive à l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au centre hospitalier de Lens. Il résulte de l'instruction, notamment des conclusions expertales, que Mme C est apte à poursuivre l'activité professionnelle qu'elle exerçait lors du dommage. L'intéressée a d'ailleurs repris son activité dès le 3 octobre 2016, date de consolidation de son état de santé. Par ailleurs, à supposer même qu'une perte de gains professionnels postérieurs à la date de consolidation soit établie, elle n'est pas, ainsi que le relève l'expert dans son rapport, imputable à l'infection nosocomiale en litige. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'une quelconque perte de gains professionnels futurs en lien avec l'infection contractée au sein du centre hospitalier de Lens.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
14. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, et n'est pas contestée, que, du fait de l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Lens, Mme C a subi, jusqu'à la consolidation de son état, un déficit fonctionnel temporaire dû exclusivement, jusqu'au 8 juin 2015, aux suites normales de son intervention puis, à compter du 9 juin 2015, imputable exclusivement ou partiellement à l'infection nosocomiale. Pour la période du 9 au 25 juin 2015, soit 17 jours, ce déficit peut être évalué à 25 %, puis, pour la période du 26 juin au 4 juillet 2015, soit 9 jours, à 75 %. Ce déficit fonctionnel imputable à l'infection peut ensuite être évalué à 25 % pour la période du 5 au 8 juillet 2015, soit 4 jours. Du 9 juillet au 31 août 2015, soit 54 jours, le déficit fonctionnel imputable a été de 40 % puis de 15 % pour la période allant du 1er septembre au 10 décembre 2015, soit 101 jours. Enfin, du 1er janvier 2016 au 3 octobre 2016, soit 277 jours, le déficit fonctionnel temporaire de l'intéressée a été fixé par l'expert à 10 %, devant être regardé comme exclusivement imputable à l'infection nosocomiale. En se basant sur un taux journalier d'indemnisation de 15 euros issu du barème de l'ONIAM, il sera fait, par suite, une juste appréciation de ce poste de préjudice durant cette période totale de 483 jours en l'évaluant à la somme de 1 146,75 euros (15 x (17 x 0,25 + 9 x 0,75 + 4 x 0,25 + 54 x 0,4 + 101 x 0,15 + 277 x 0,1).
S'agissant des souffrances endurées :
15. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme C a enduré des souffrances consécutives à l'infection nosocomiale contractée au sein du centre hospitalier de Lens, ayant nécessité deux reprises chirurgicales. Ces souffrances ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 619 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
16. Si Mme C soutient subir un préjudice d'agrément qu'elle impute à l'infection nosocomiale en litige, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'à supposer même que ce préjudice soit établi, il est exclusivement lié à l'état de santé antérieur à l'intéressée. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter ses prétentions sur ce point.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
17. Mme C soutient qu'elle a subi une préjudice esthétique temporaire en raison du gonflement de son genou et de l'hospitalisation correspondant à la pose d'une prothèse totale de genou. Il résulte cependant de l'instruction, c'est-à-dire du rapport d'expertise, et de ce qui a été dit plus haut, qu'elle n'a souffert d'aucun préjudice esthétique temporaire imputable à l'infection nosocomiale qu'elle a contractée et que la pose de la prothèse totale de genou n'est pas davantage liée à cette infection. Dès lors, il y a lieu de rejeter ses prétentions au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
18. Il résulte de l'instruction que Mme C présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 3 %. Par référence au barème de l'ONIAM et compte tenu de son âge à la date de la consolidation, soit 52 ans, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées à ce titre par Mme C en lui allouant une somme de 3 300 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
19. L'expert a évalué le préjudice esthétique temporaire à 0,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 955 euros.
20. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que le montant total des préjudices subis par Mme C du fait de l'infection nosocomiale s'élève à 19 420,06 euros.
En ce qui concerne les intérêts :
21. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir la somme globale de 15 262,10 euros versée à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai des intérêts au taux légal à compter du 13 octobre 2020, date à laquelle son premier mémoire a été enregistré auprès du greffe du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
23. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. ".
24. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai de la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens le versement à la requérante de la somme de 1 500 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai et au centre hospitalier régional universitaire de Lille celle de 1 000 euros, pour chacun de ces deux derniers requérants, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de l'Oniam présentées sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause dans la présente instance.
Article 2 : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser à Mme C une indemnité de 19 420,06 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai la somme de 15 262,10 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 13 octobre 2020.
Article 4 : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser au centre hospitalier régional universitaire de Lille la somme de 47 062,81 euros.
Article 5 : Le centre hospitalier de Lens versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 6 : Le centre hospitalier de Lens versera à Mme C une somme de 1 500 euros, à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai celle de 1 000 euros et au centre hospitalier régional universitaire de Lille un montant de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au centre hospitalier de Lens, au centre hospitalier régional universitaire de Lille, à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing et à la Caisse des dépôts et consignations.
Copie pour information sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026