jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2004976 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PHI LAW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2020, la société à responsabilité limitée CK Réfrigération, représentée par la SELARL Phi Law, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 juin 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, aucune copie du bail commercial conclu avec la société civile immobilière Marale le 1er août 2013 ne lui a été communiquée avant la mise en recouvrement des impositions en litige ;
- la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur les factures de la société Bernard Lannoy Construction est déductible ;
- le service a mis en recouvrement une cotisation d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 et les pénalités correspondantes pour des montants supérieurs à ceux figurant dans la proposition de rectification qui lui a été adressée ;
- la pénalité pour manquement délibéré qui lui a été infligée à raison d'une omission de recettes n'est pas fondée, en l'absence d'intention délibérée d'échapper à l'impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2020, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société CK Réfrigération ne sont pas
fondés.
Par une ordonnance en date du 16 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier. Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemaire,
- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société CK Réfrigération, qui a pour activité l'installation et l'entretien de climatiseurs et d'appareils de chauffage, ainsi que la réalisation de travaux de plomberie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie, notamment, à une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 30 juin 2017. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont par ailleurs été mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017. La société CK Réfrigération demande au tribunal de prononcer la réduction de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions à fin de réduction :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales :
" L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
3. Il résulte de l'instruction que la société CK Réfrigération avait elle-même communiqué au service vérificateur, au cours des opérations de contrôle sur place dont elle faisait l'objet, le bail qu'elle avait conclu avec la société civile immobilière Marale à raison de la location d'un local à usage de stockage situé à Hem-Lenglet à compter du 1er août 2013. Par suite, ce document n'ayant ainsi pas été obtenu de tiers, le service vérificateur n'était en tout état de cause pas tenu d'en communiquer une copie à la société requérante en réponse à la demande qu'elle avait formulée par courrier du 28 novembre 2018, avant la mise en recouvrement des impositions en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article
L. 76 B du livre des procédures fiscales doit dès lors être écarté.
4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures
1.
fiscales : " () lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts (), les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. / () ". Aux termes de l'article L. 57 de ce livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de façon à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Une révision à la hausse du montant des rectifications proposées doit faire l'objet d'une nouvelle proposition de rectification, à peine d'irrégularité de la fraction de l'imposition correspondant aux rehaussements opérés.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " En cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, le supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées afférent à un exercice donné est déduit, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, des résultats du même exercice, sauf demande expresse des contribuables, formulée dans le délai qui leur est imparti pour répondre à la proposition de rectification. () ".
6. Il résulte de l'instruction que, par une proposition de rectification du 2 août 2018, le service vérificateur a fixé à 178 969 euros le résultat fiscal imposable rectifié de l'exercice clos le 30 juin 2017 de la société CK Réfrigération, en tenant compte d'un rehaussement en base de 230 579 euros et de la déduction, en application de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, d'un supplément de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 73 786 euros. Conformément à l'article L. 48 du même livre, le service a informé la société vérifiée que la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés résultant des rectifications s'élevait à 49 342 euros. Le 22 octobre 2018, faisant partiellement droit aux observations présentées par la société CK Réfrigération sur les rectifications qui lui avaient été proposées, le service vérificateur a ramené à 216 050 euros le rehaussement en base du résultat de l'exercice clos le 30 juin 2017 et à 34 435 euros le supplément de taxe sur la valeur ajoutée à déduire de ce résultat, et il a conséquence fixé à 203 791 euros le résultat fiscal imposable rectifié et mis en recouvrement, au titre de cet exercice, une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés d'un montant de 56 831 euros. Si la somme ainsi mise en recouvrement est supérieure à celle mentionnée dans la proposition de rectification du 2 août 2018, cette modification ne résulte pas d'une correction à la hausse des rectifications mentionnées dans cette proposition, que le service vérificateur envisageait d'apporter à la déclaration souscrite, mais de la prise en compte, pour l'application de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, de la modification à la baisse du supplément de taxe sur la valeur ajoutée afférent à l'exercice clos le 30 juin 2017, mis à la charge de la société CK Réfrigération à l'issue de la vérification de comptabilité dont elle avait fait l'objet. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions en tant qu'elles tendent à la décharge de cette imposition, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la fraction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 juin 2017 supérieure au montant de l'imposition mentionné dans la proposition de rectification du 2 août 2018, soit la somme de 7 489 euros, ainsi que les pénalités correspondantes, ont été mises en recouvrement à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de nouvelle proposition de rectification.
En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
7. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 2° Les locations () de locaux nus () ". Aux termes de
1.
l'article 260 de ce code : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 2° Les personnes qui donnent en location des locaux nus pour les besoins de l'activité d'un preneur assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée ou, si le bail est conclu à compter du 1er janvier 1991, pour les besoins de l'activité d'un preneur non assujetti. / () ". Aux termes de l'article 271 du même code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () / II. 2. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / () ".
8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 2 août 2018, que, par un bail verbal conclu avec la société Bernard Lannoy Construction, la société CK Réfrigération a pris en location, pour les besoins de ses opérations imposables, des locaux nus sis à Aubigny-au-Bac et déduit la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur les factures de loyers établies par la société propriétaire des locaux, à concurrence des sommes totales de 2 808 euros, 2 592 euros et 2 700 euros au titre des périodes correspondant respectivement aux
exercices clos les 30 juin 2015, 30 juin 2016 et 30 juin 2017, alors qu'en l'absence d'option du bailleur exercée sur le fondement des dispositions précitées de l'article 260 du code général des impôts, cette location était exonérée de taxe en application de l'article 261 D de ce code. Toutefois, en se bornant à faire valoir que la société CK Réfrigération avait conclu avec la société civile immobilière Marale un bail commercial pour la location, à compter du 1er août 2013, de locaux nus à usage de stockage et que cette location distincte était exonérée de taxe sur la valeur ajoutée, l'administration fiscale n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il était manifeste, pour la société requérante, qui n'était pas tenue de le vérifier, que la société Bernard Lannoy Construction n'avait pas opté pour la taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, la société CK Réfrigération est fondée à soutenir que c'est à tort que le service vérificateur a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée litigieuse figurant sur les factures établies par la société Bernard Lannoy Construction.
En ce qui concerne le bien-fondé de la pénalité pour manquement délibéré :
9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : /
a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
10. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 2 août 2018, que la société CK Réfrigération a omis de comptabiliser des produits de l'exercice clos le 30 juin 2017 pour un montant total de 193 848,75 euros, soit 7,5 % du chiffre d'affaires déclaré au titre de cet exercice, correspondant à quarante-sept factures établies à raison de livraisons de biens et de prestations de services. L'administration fiscale, qui se prévaut de l'importance et de la nature de la rectification correspondante, ainsi que de la circonstance que la société requérante ne pouvait pas ignorer les règles de rattachement des produits, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de cette société de se soustraire à l'impôt et, par suite et en tout état de cause, du bien-fondé de la pénalité de 40 % qui lui a été infligée à raison de cette rectification sur le fondement de l'article 1729 du code
1.
général des impôts.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société CK Réfrigération est seulement fondée à demander la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur les factures établies par la société Bernard Lannoy Construction, à concurrence de la somme totale de 8 100 euros, et, par suite, la réduction correspondante des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017, ainsi que des pénalités s'y rapportant.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à la société CK Réfrigération d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Les bases imposables à la taxe sur la valeur ajoutée de la société CK Réfrigération au titre de la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017 sont déterminées conformément aux motifs du présent jugement.
Article 2 : Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société CK Réfrigération au titre de la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017, ainsi que les pénalités correspondantes, sont réduits à concurrence de la réduction des bases imposables définie à l'article 1er.
Article 3 : L'État versera à la société CK Réfrigération une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société CK Réfrigération est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée CK Réfrigération et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Lançon, première conseillère,
- Mme Courtois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
L.-J. LANÇON
Le président-rapporteur,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme, La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026