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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005028

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005028

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005028
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantDELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 juillet 2020 et 16 mai 2021, M. B A, représenté par Me Delattre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012, 2013 et 2014 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été reçu par l'interlocuteur départemental malgré sa demande, le privant ainsi d'une garantie ;

- il n'était plus ni le gérant ni l'associé de l'EURL TFID Bâtiments depuis le 2 janvier 2013 et ne peut être considéré comme le maître de l'affaire ; dès lors, il ne peut se voir assujettir à l'impôt sur le revenu au titre des bénéfices industriels et commerciaux rectifiés de la société TFID Bâtiments ;

- l'administration fiscale a commis une erreur de droit en l'imposant en sa qualité de maître de l'affaire, qualification applicable en matière de distribution de bénéfices par une société passible de l'impôt sur les sociétés et taxables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers alors qu'en application du 4° de l'article 8 du code général des impôts, seul est imposable l'associé unique de l'EURL ;

- ayant cédé ses parts sociales dans l'EURL le 2 janvier 2013, il ne peut se voir imposer à raison des rectifications des bénéfices de la société TFID Bâtiments, M. C, cessionnaire, étant le gérant de droit et de fait depuis cette date ;

- il entend se prévaloir des énonciations du paragraphe n° 160 des commentaires publiés au bulletin officiel - impôts sous la référence BOI-BIC-CHAMP-70-20-10-20 du 12 septembre 2012, de celle du paragraphe n° 16 de l'instruction référencée D. adm. 4 F-1222 du 7 juillet 1998 et des énonciations des commentaires publiés au bulletin officiel - impôts sous la référence BOI-BIC-CHAMP-70-20-20.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le requérant soulève des moyens qui ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 14 mai 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A s'est vu notifier une proposition de rectification en date du 18 décembre 2015 portant sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2012, 2013 et 2014, ainsi que des majorations correspondantes, résultant notamment des rectifications du résultat de l'EURL TFID Bâtiments, envisagées à l'issue de la vérification de comptabilité dont elle avait fait l'objet. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012, 2013 et 2014 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. (). / Il en est de même, sous les mêmes conditions : / () / 4° De l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique ; / () ". Selon l'article 60 du même code : " Le bénéfice des sociétés visées à l'article 8 est déterminé, dans tous les cas, dans les conditions prévues pour les exploitants individuels (). Ces sociétés sont tenues aux obligations qui incombent normalement aux exploitants individuels. ". Aux termes de l'article L..53 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne les sociétés dont les associés sont personnellement soumis à l'impôt pour la part des bénéfices correspondant à leurs droits dans la société, la procédure de vérification des déclarations déposées par la société est suivie entre l'administration des impôts et la société elle-même. () ".

3. Il résulte de ces dispositions combinées que le rehaussement du bénéfice réalisé par une société visée au point 4° de l'article 8 du code général des impôts qui n'a pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux et le redressement des bases d'imposition de l'associé à raison de sa part des bénéfices sociaux constituent les éléments d'une même procédure. En outre, c'est avec la société de personnes que l'administration fiscale doit engager la procédure de vérification des résultats sociaux régulièrement déclarés par cette société, au regard de la comptabilité qu'elle doit tenir en vertu de l'article 60 du code général des impôts. Cependant, l'article L. 53 du livre des procédures fiscales ne contraint l'administration fiscale qu'en ce qui concerne la procédure de vérification, et le service peut choisir d'engager la procédure de redressement soit avec la société, soit directement avec le ou les associés de la société, sous réserve d'assurer l'ensemble des garanties propres à chacune de ces procédures.

4. Il résulte de l'instruction que le service a notifié à M. A une proposition de rectification datée du 18 décembre 2015 relative à des suppléments d'impôt sur le revenu résultant, notamment, des rectifications apportées aux résultats de l'EURL TFID Bâtiments au titre des années 2012, 2013 et 2014. S'agissant de l'année 2012, le service a considéré que les rectifications ainsi opérées dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux étaient imposables entre les mains de M. A, en application de l'article 8 du code général des impôts, en sa qualité d'associé unique de l'EURL TFID Bâtiments. S'agissant des années 2013 et 2014, le service a considéré que les rectifications étaient imposables entre les mains de M. A en sa qualité de seul maître de l'affaire, ce dernier ayant cédé ses parts dans la société TFID Bâtiments par acte sous seing privé du 2 janvier 2013.

5. M. A soutient qu'il a été privé d'une garantie à défaut d'avoir bénéficié d'un recours devant l'interlocuteur départemental malgré sa demande. Si M. A produit un courrier du 3 octobre 2016 du supérieur hiérarchique du vérificateur selon lequel : " Enfin, il a été retenu votre demande de saisine de l'interlocuteur départemental, en cas de maintien de la position initiale du service. / A ce titre ce dernier sera informé de votre saisine, et vous convoquera afin de définir avec vous d'une date de rendez-vous ", ce courrier était adressé au conseil de l'EURL TFID Bâtiments à l'issue d'un entretien du 19 septembre 2016 au cours duquel M. A a été reçu en sa qualité de dirigeant de ladite société. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le service a engagé une procédure de rectification à l'égard de M. A, y compris au titre de l'année 2012, distincte de celle menée à l'égard de l'EURL TFID Bâtiments. Aussi, M. A ne produisant aucune demande de saisine de l'interlocuteur départemental en son nom, dans le cadre de la procédure de rectification dont il a fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'éventuelle irrégularité ayant affecté la procédure d'imposition suivie à l'égard de l'EURL TFID Bâtiments. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

6. En vertu des dispositions de l'article 8 du code général des impôts citées au point 2, une société à responsabilité limitée à associé unique, personne physique, n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, n'est pas imposable à raison des bénéfices qu'elle a réalisés, mais ces bénéfices sont soumis à l'impôt sur le revenu entre les mains de l'associé unique, personne physique, qui est ainsi réputé avoir personnellement réalisé les bénéfices.

7. En premier lieu, il est constant que M. A était gérant associé unique de l'EURL TFID Bâtiments jusqu'à la date de la cession de la totalité de ses parts, le 2 janvier 2013. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 4, le service a assujetti M. A à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2012 en sa qualité d'associé unique de l'EURL TFID Bâtiments, dont il avait rectifié le résultat, sur le fondement de l'article 8 du code général des impôts. Par suite, M. A, qui se borne à faire valoir qu'il n'était plus gérant ni l'associé de l'EURL TFID Bâtiments depuis le 2 janvier 2013, n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2012.

8. En second lieu, dès lors que M. A avait cédé l'intégralité de ses parts dans la société à responsabilité limitée dont il était l'associé unique, TFID Bâtiments, le 2 janvier 2013, il ne pouvait se voir imposer pour les bénéfices réalisés par cette société au titre des années 2013 et 2014. En conséquence, l'administration fiscale n'était pas fondée à assujettir M. A à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2013 et 2014 à raison des rectifications opérées sur le résultat de l'EURL TFID Bâtiments au motif qu'il devait être considéré comme le maître de l'affaire, cette circonstance étant sans incidence sur l'application des dispositions de l'article 8 du code général des impôts. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander la réduction des impositions mises à sa charge au titre des années 2013 et 2014 à raison des rectifications du résultat de l'EURL TFID Bâtiments.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, à concurrence des sommes correspondant aux rectifications opérées dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La base d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux de M. A au titre des années 2013 et 2014 est réduite à concurrence des sommes correspondant aux rectifications opérées dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

Article 2 : M. A est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes, correspondant à la réduction des bases d'imposition définies à l'article 1er.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président-rapporteur,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

Le président,

signé

M. D

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. BERGERAT

La greffière,

signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2005028

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