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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005248

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005248

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005248
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET PINGUET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2020 sous le numéro 2005248, la société en nom collectif A, représentée par Me Pinguet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er novembre 2012 au 30 juin 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de condamner l'État au paiement des intérêts moratoires, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, avec capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les frais de repas d'affaires s'élevant à 2 459 euros, 5 454 euros et 10 854 euros sont déductibles des résultats des exercices respectivement clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015 ; la taxe sur la valeur ajoutée correspondante est également déductible ;

- les charges exceptionnelles pour vol et escroquerie sont déductibles des résultats imposables à l'impôt sur les sociétés ;

- elle entend se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse ministérielle n° 1458 à M. C, député, du 7 mai 1969, des énonciations du paragraphe n° 50 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA-DED-60-30 et de l'instruction du 14 juin 1988 référencée 13 J-I-88 ;

- les pénalités pour manquement délibéré infligées à raison de la remise en cause de la déduction des frais de repas ne sont pas fondées, en l'absence d'intention délibérée de se soustraire à l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 11 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 22 août 2020 sous le numéro 2005897, M. et Mme D A, représentés par Me Pinguet, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de condamner l'État au paiement des intérêts moratoires, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, avec capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les frais de repas d'affaires et les charges exceptionnelles pour vol et escroquerie étant déductibles des résultats des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015, l'existence même et l'appréhension des revenus distribués imposés à ce titre entre leurs mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ne sont pas justifiées ;

- ils entendent se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse ministérielle n° 1458 à M. C, député, du 7 mai 1969 et des énonciations du paragraphe n° 50 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA-DED-60-30 ;

- les pénalités infligées ne sont pas fondées, en l'absence d'intention délibérée de se soustraire à l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 14 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 avril 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société A, qui exploitait un café-débit de tabac et qui avait opté pour son assujettissement à l'impôt sur les sociétés, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service a réintégré aux résultats imposables des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015 des sommes comptabilisées comme des frais de repas et des charges exceptionnelles. Le service a également remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée se rapportant à ces dépenses de restauration. En conséquence de ces rectifications, notamment, il a assujetti la société A à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015 et a mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er novembre 2012 au 30 juin 2016.

2. Pour leur part, M. A, associé-gérant de la société A, et son épouse ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel ils ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 à 2015. Ces impositions résultent de la taxation à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, des sommes correspondant aux frais de repas et charges exceptionnelles réintégrées aux résultats imposables de la société, que le service vérificateur a regardées comme ayant été distribuées à M. A.

3. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, la société A et M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge des impositions mentionnées aux points 1 et 2, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la requête de la société A :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

4. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 de ce code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ".

5. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

6. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 15 décembre 2015 et de la réponse aux observations du contribuable du 17 mars 2017, que le service vérificateur a remis en cause la déduction par la société A, au titre des charges, de sommes correspondant à des frais de restauration, qu'il a réintégrées aux résultats imposables à l'impôt sur les sociétés des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015. Si la société requérante, qui n'a pas versé au dossier les factures se rapportant à ces sommes, soutient que les frais ont été supportés pour inviter au restaurant les représentants de certains de ses fournisseurs et l'un de ses salariés, elle se borne à produire des attestations établies pour les besoins de la cause au cours de la procédure de rectification dont elle a fait l'objet et elle n'apporte ainsi aucun élément de nature à établir l'identité des personnes invitées et que les sommes déduites correspondent à des frais engagés pour l'exercice de son activité. La société A n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service en a, pour ce motif, remis en cause la déduction des résultats imposables à l'impôt sur les sociétés.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 15 décembre 2015 et de la réponse aux observations du contribuable du 17 mars 2017, que le service vérificateur a réintégré aux résultats imposables à l'impôt sur les sociétés de la société A au titre des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015, des sommes déduites à raison des vols et escroquerie dont elle aurait fait l'objet au cours de ces exercices. Toutefois, et alors que le service vérificateur a admis la déduction d'une partie des sommes qui avaient été comptabilisées à ce titre, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à justifier de la déductibilité des sommes demeurant en litige en se bornant à verser au dossier, d'une part, la copie d'un procès-verbal de constat d'huissier établi le 9 mai 2014 faisant état du vol de deux cartouches de cigarettes dont il est constant qu'elles ont été restituées peu de temps après les faits, la plainte déposée le 19 mai 2014 par la société A ayant été retirée le 26 août 2014, avant la clôture de l'exercice, et, d'autre part, la copie d'une plainte déposée auprès du procureur de la République près le Tribunal de grande instance d'Arras le 3 février 2014 pour des faits d'escroquerie, la somme totale de 6 750 euros, déduite à raison de ces faits du résultat imposable à l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos le 31 octobre 2014, n'ayant pas été réintégrée par le service à l'issue du contrôle dont la société A a fait l'objet. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service vérificateur a remis en cause la déduction des sommes demeurant en litige de ses résultats imposables à l'impôt sur les sociétés.

8. En second lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, () la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est () celle qui figure sur les factures () ". Il résulte de ces dispositions que l'existence d'un lien direct et immédiat entre une opération particulière en amont et une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction est, en principe, nécessaire pour qu'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en amont soit reconnu à l'assujetti et pour déterminer l'étendue d'un tel droit. Le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'acquisition de biens ou de services en amont suppose que les dépenses effectuées pour acquérir ceux-ci fassent partie des éléments constitutifs du prix des opérations taxées en aval ouvrant droit à déduction.

9. Ainsi qu'il a été dit au point 6, la société A n'apporte aucun élément de nature à établir que les frais de restauration qu'elle a déduits, au titre des charges, de ses résultats des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015, ont été engagés pour l'exercice de son activité. Dans ces conditions, la société requérante ne justifie pas de l'existence d'un lien entre les services correspondants et ses opérations imposables à la taxe sur la valeur ajoutée. La société A n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée se rapportant aux frais de restauration réintégrés à ses résultats imposables à l'impôt sur les sociétés des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

10. La société A ne saurait se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse ministérielle n° 1458 à M. C, député, du 7 mai 1969, des énonciations du paragraphe n° 50 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA-DED-60-30 et de l'instruction du 14 juin 1988 référencée 13 J-I-88, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

En ce qui concerne le bien-fondé des pénalités :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

12. L'administration fiscale, qui se prévaut de la nature, de l'importance et de la répétition des manquements ayant consisté à déduire des résultats imposables à l'impôt sur les sociétés de nombreux frais de restauration dépourvus de lien avec l'activité, ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée correspondante, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de la société A de se soustraire à l'impôt et, par suite, du bien-fondé des pénalités de 40 % pour manquement délibéré qui lui ont été infligées en application de l'article 1729 du code général des impôts.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société A n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er novembre 2012 au 30 juin 2016, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, avec capitalisation de ces intérêts, en tout état de cause, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la requête de M. et Mme A :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

14. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ". Aux termes de l'article 110 de ce code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. / () ". Il appartient à l'administration, dès lors que les rectifications proposées à M. et Mme A selon la procédure contradictoire ont été régulièrement contestées, d'établir la réalité et le montant des revenus distribués, ainsi que leur appréhension par les contribuables.

15. En premier lieu, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 6, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 15 décembre 2015 adressée à la société A, que le service vérificateur a remis en cause la déduction par cette société, au titre des charges, de sommes correspondant à des frais de restauration, qu'il a réintégrées aux résultats imposables à l'impôt sur les sociétés des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015. Alors que l'administration fiscale se prévaut de l'absence de tout élément de nature à établir l'identité des personnes invitées et que les sommes déduites correspondent à des frais engagés par la société A pour l'exercice de son activité, M. et Mme A se bornent à produire des attestations établies pour les besoins de la cause, au cours de la procédure de rectification dont la société A a fait l'objet, et dépourvues de toute valeur probante. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence des revenus distribués correspondants.

16. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 15 décembre 2015 adressée à la société A, que le service vérificateur a réintégré aux résultats imposables à l'impôt sur les sociétés de cette société au titre des exercices clos les 31 octobre 2013, 31 octobre 2014 et 31 octobre 2015, des sommes déduites à raison des vols et escroquerie dont elle aurait fait l'objet au cours de ces exercices. Alors que l'administration fiscale, qui a admis la déduction d'une partie des sommes qui avaient été comptabilisées à ce titre, se prévaut de l'absence de tout élément de nature à justifier de la déductibilité des sommes demeurant en litige, M. et Mme A se bornent à verser au dossier, d'une part, la copie d'un procès-verbal de constat d'huissier établi le 9 mai 2014 faisant état du vol de deux cartouches de cigarettes dont il est constant qu'elles ont été restituées peu de temps après les faits, la plainte déposée le 19 mai 2014 par la société A ayant été retirée le 26 août 2014, et, d'autre part, la copie d'une plainte déposée auprès du procureur de la République près le Tribunal de grande instance d'Arras le 3 février 2014 pour des faits d'escroquerie, la somme totale de 6 750 euros, déduite à raison de ces faits du résultat imposable à l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos le 31 octobre 2014, n'ayant pas été réintégrée par le service à l'issue du contrôle dont la société A a fait l'objet. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence des revenus distribués correspondants.

17. En second lieu, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seuil maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

18. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 15 décembre 2016 adressée à M. et Mme A, que M. A, gérant et représentant légal de la société A, détenait 99 % des parts de cette société et disposait sans contrôle des fonds sociaux, du pouvoir de décision et de la signature sur le compte bancaire. Dans ces conditions, M. A, qui doit être regardé comme le maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les revenus distribués par la société A. En l'absence de preuve contraire, l'administration doit être regardée comme établissant l'appréhension de ces revenus par les requérants.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

19. M. et Mme A ne sauraient se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse ministérielle n° 1458 à M. C, député, du 7 mai 1969 et des énonciations du paragraphe n° 50 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA-DED-60-30, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

En ce qui concerne le bien-fondé des pénalités :

20. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

21. L'administration fiscale, qui se prévaut de la nature, de l'importance et de la répétition des manquements, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de M. et Mme A de se soustraire à l'impôt dû à raison des revenus distribués par la société A et, par suite, du bien-fondé des pénalités de 40 % pour manquement délibéré qui leur ont été infligées en application de l'article 1729 du code général des impôts.

22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 14 à 21 que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Leurs conclusions à fin de décharge doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, avec capitalisation de ces intérêts, en tout état de cause, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de la société A et de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société en nom collectif A, à M. et Mme D A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Lançon, première conseillère,

- Mme Courtois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L.-J. LANÇONLe président-rapporteur,

Signé

O. B

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2005248, 2005897

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