vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005290 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP TRUSSANT-DOMINGUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2020, M. C E, représenté par Me Dominguez, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Valenciennes à lui verser la somme globale de 276 286 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de sa prise en charge dans cet établissement du 17 mars 2012 au 29 mars 2012 ;
2°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier de Valenciennes ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Valenciennes la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'expertise judiciaire fait apparaître l'existence d'une infection nosocomiale liée aux soins, engageant la responsabilité de l'établissement hospitalier ;
- le préjudice subi au titre de l'assistance par tierce personne est estimé à la somme de 3 250 euros ;
- il a subi un préjudice correspondant à une perte de gains professionnels du 6 janvier 2015 à la fin de l'année 2022, perte évaluée à la somme de 236 411 euros ;
- ses préjudices extra-patrimoniaux temporaires sont constitués par le déficit fonctionnel temporaire, estimé à 5 125 euros et par les souffrances endurées évaluées à 20 000 euros ;
- il a subi un préjudice esthétique permanent évalué à 1 500 euros et un préjudice d'agrément, estimé à la somme de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2021, le centre hospitalier de Valenciennes conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. E la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- l'autorité de la chose jugée fait obstacle à l'examen de cette nouvelle requête.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, qui n'a pas produit de mémoire.
Par ordonnance du 25 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 27 décembre 2021.
Vu :
- l'ordonnance n°1303692 du 23 juillet 2013, par laquelle le juge des référés a ordonné une expertise à la demande de M. E et le rapport du professeur A, déposé le 6 novembre 2013 ;
- l'ordonnance n°1400056 du 10 février 2014, par laquelle le juge des référés a ordonné une nouvelle expertise à la demande de M. E et le rapport d'expertise établi par le professeur A le 14 avril 2014 ;
- les ordonnances n°1303692 du 6 novembre 2013 et n°1400056 du 18 avril 2014 liquidant et taxant les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 1 000 euros et à la somme de 500 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration :
- le code de la santé publique ;
- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le décret n°2019-1502 du 30 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chochois, substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Valenciennes.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une douleur brutale de type sciatalgique, M. E, alors âgé de 52 ans, a été hospitalisé à compter du 17 mars 2012 au centre hospitalier de Valenciennes. Le 20 mars 2012, il a été transféré du service rhumatologie vers le service de neurochirurgie afin de bénéficier d'une laminectomie avec décompression L5 droite, une dissectomie et une ostéosynthèse L4-L5 par pose d'une cage de fusion somatique. Il est rentré à son domicile le 29 mars 2012. Le 15 juin 2012, il est de nouveau hospitalisé pour des lombalgies inflammatoires. La cage posée le 20 mars 2012 lui est retirée lors d'une intervention le 30 juillet 2012. Des prélèvements ont été réalisés en post opératoires révélant la présence d'un staphylococcus epidermidis, ce qui a été confirmé par une biopsie discale couplée à des biopsies osseuses. Le 20 septembre 2012, le docteur B, infectiologue au centre hospitalier de Valenciennes, a constaté une complication infectieuse avec atteinte osseuse, suite à la prise en charge initiale de M. E lors de sa hernie discale avec une infection du site opératoire. Cette infection a impliqué un traitement antibiotique à vie, une immobilisation par corset et de la rééducation ainsi qu'une prise en charge spécialisée en neurochirurgie, infectiologie et rhumatologie. A la suite des deux expertises, en date des 21 octobre 2013 et 7 avril 2014, ordonnées par le juge des référés du tribunal administratif de Lille, M. E a recherché la responsabilité du centre hospitalier de Valenciennes. Par un jugement du 29 décembre 2017, le tribunal administratif de Lille a rejeté les conclusions indemnitaires de M. E comme irrecevables à défaut d'avoir saisi le centre hospitalier d'une demande indemnitaire préalable. Il a cependant jugé que l'infection contractée par M. E à la suite de l'intervention chirurgicale du 20 mars 2012 engageait la responsabilité du centre hospitalier de Valenciennes à l'égard de la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut. Par la présente requête, M. E sollicite la condamnation du centre hospitalier de Valenciennes à lui verser la somme globale de 276 286 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de cette infection nosocomiale.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Valenciennes :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". S'agissant du délai de recours contre les décisions implicites, l'alinéa 1er de l'article R. 421-2 du même code dispose : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". L'alinéa 1er de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 112-5 du même code, l'accusé de réception prévu par l'article L.112-3 du code des relations entre le public et l'administration " () indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3. ". Aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ".
3. Il résulte, par ailleurs, du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ou, en ce qui concerne la réparation des dommages corporels, par l'article L. 1142-28 du code de la santé publique.
4. Par courrier du 16 juillet 2017, reçu le 3 août 2017, M. E a adressé au centre hospitalier de Valenciennes une demande d'indemnisation au titre des préjudices résultant de l'infection nosocomiale contractée lors de son hospitalisation en mars 2012 dans cet établissement. Cette demande, qui n'avait pas être chiffrée et qui, au demeurant, l'était, visait à la réparation du préjudice subi du fait de la prise en charge et précisait son terrain juridique. L'emploi du mot " provision ", qui engageait seulement, au demeurant, le centre hospitalier à éviter une procédure contentieuse, ne fait nullement obstacle à ce que cette demande soit de nature à lier le contentieux. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours a été délivré par l'établissement hospitalier. Par suite, le délai de recours contre la décision implicite de rejet du centre hospitalier de Valenciennes est inopposable à M. E. Il s'ensuit, dès lors que le délai raisonnable issu du principe de sécurité juridique ne trouve pas à s'appliquer, comme indiqué au point précédent, en matière de recours indemnitaire, que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête opposée par le centre hospitalier de Valenciennes doit être écartée.
Sur l'exception de chose jugée opposée par le centre hospitalier de Valenciennes :
5. Par une requête du 3 juin 2016, M. E a sollicité la condamnation du centre hospitalier de Valenciennes à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'infection nosocomiale qu'il a contractée au cours de son hospitalisation dans cet établissement du 17 mars 2012 au 29 mars 2012. Par jugement n°1604189 du 29 décembre 2017, la présente juridiction, en ce qui concerne l'action de M. E, a rejeté comme irrecevable la requête de M. E, en l'absence de demande préalable, sans examiner le bien-fondé de ses prétentions, les circonstances que M. E, partie de première instance, a été mis en cause en appel sans présenter de conclusions et que la cour administrative d'appel a statué sur le bien-fondé des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie, étant indifférentes. Par suite, et contrairement à ce que soutient le centre hospitalier de Valenciennes, cette décision, sans qu'importe l'identité des parties, de cause et d'objet, est dépourvue de l'autorité de la chose jugée qui se serait attachée au jugement du bien-fondé des prétentions indemnitaires de M. E. L'exception de chose jugée doit être écartée.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Valenciennes :
6. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
7. Il résulte de l'instruction et notamment des rapports du professeur A, expert désigné par le tribunal, que le centre hospitalier de Valenciennes n'a pas commis de manquement et que M. E n'a pas été victime d'un aléa thérapeutique, l'intéressé ayant contracté une infection à staphylococcus epidermidis survenue en post-opératoire d'une cure chirurgicale de hernie discale pratiquée le 20 mars 2012. Il résulte ainsi de l'instruction que cette infection n'était ni présente, ni en incubation au début de la prise en charge. De son côté, le centre hospitalier de Valenciennes ne rapporte pas la preuve, ni même allègue, de l'existence d'une cause étrangère. Dès lors, l'infection contractée par M. E présente un caractère nosocomial et engage la responsabilité de plein droit, en l'absence de déficit fonctionnel permanent imputable à cette infection, du centre hospitalier de Valenciennes.
Sur l'indemnisation des préjudices :
8. L'expert fixe au 9 janvier 2014 la date de consolidation, qui correspond à la date du premier examen d'imagerie normal sans signe évoquant une infection localisée au disque intervertébral ou au matériel d'ostéosynthèse.
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
9. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
10. Le besoin en assistance par une tierce personne imputable directement à l'infection nosocomiale contractée lors de la prise en charge de M. E au centre hospitalier de Valenciennes, pour la préparation des repas, la toilette et les transports, a été fixé par l'expert à 1,5 heure par jour du 21 août 2012 au 13 février 2013, soit 177 jours, puis à 3,5 heures par semaine, soit 0,5 heure par jour, pour la période du 14 février 2013 au 9 janvier 2014, comptant 330 jours, au regard de l'aide effectivement apportée par son épouse. Compte tenu du taux horaire moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette période, augmenté des charges sociales, et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, le taux horaire de l'assistance par une tierce personne doit être fixé à 15 euros correspondant à une aide non spécialisée. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours. L'indemnisation de ce poste de préjudice doit donc être fixée à la somme de 7 289,01 euros (1,5 x 15 x 412/365 x 177 + 0,5 x 15 x 412/365 x 330).
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du Pr A en date du 14 avril 2014, que l'infection nosocomiale en litige a entraîné un déficit fonctionnel temporaire total du 15 juin 2012 au 20 août 2012, soit pendant 67 jours, M. E étant sorti d'hospitalisation le 21 août 2012. Le requérant a ensuite subi un déficit fonctionnel partiel, à hauteur de 50 %, du 21 août 2012 au 13 février 2013, soit pendant une période de 177 jours, avant une période de déficit fonctionnel réduit de 25 % du 14 février 2013 au 9 janvier 2014 inclus, soit pendant une période de 330 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une exacte appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 3 570 euros (67 x 15 euros + 177 x 15 x 0,5 euros + 330 x 15 x 0,25 euros).
12. Les souffrances physiques et morales endurées par M E, qui trouvent leur origine dans l'infection contractée au sein du centre hospitalier de Valenciennes, ont été évaluées à 4,5 sur une échelle de 7, mais il résulte du rapport d'expertise du Pr A que, sans l'infection nosocomiale, ces souffrances auraient été de 3 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM et eu égard à la durée de la période pendant laquelle M. E a enduré ces souffrances, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, imputable à l'infection nosocomiale pour ce qui concerne l'aggravation des souffrances subies, passant de 3 à 4,5 sur une échelle de 7, en l'évaluant à la somme de 6 750 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
13. En premier lieu, M. E, menuisier poseur en bâtiment pour la SAS Hainaut Menuiserie, sollicite l'indemnisation d'une perte de gains professionnels du 6 janvier 2015, date de sa déclaration d'inaptitude au travail, à la fin de l'année 2022, période à laquelle il envisageait de prendre sa retraite, en soutenant que, sans la survenance de l'infection nosocomiale contractée lors de son hospitalisation au centre hospitalier de Valenciennes qui a entraîné une aggravation de son état de santé, il pouvait raisonnablement espérer un retour à l'emploi. Toutefois, par les pièces qu'il produit, il n'établit pas que la prolongation de ses arrêts de travail et son licenciement intervenu fin avril 2016 soient en lien direct avec cette infection nosocomiale, dont il n'est plus retrouvé de manifestation lors des examens par imagerie à compter du 9 janvier 2014, date de consolidation. Au contraire, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 14 avril 2014 ainsi que des certificats médicaux des docteurs Bier et B, respectivement datés des 10 mai 2014 et 15 février 2016, que ces arrêts de travail sont la conséquence d'une maladie professionnelle déclarée le 1er septembre 2011 et que l'impotence fonctionnelle que présente M. E est la conséquence de douleurs extrêmement invalidantes ayant une origine neuropathique, l'expert mentionnant expressément que l'incapacité permanente partielle présentée par le requérant ne résulte pas de l'infection nosocomiale qu'il a contractée. Dès lors, la perte de gains professionnels évoquée par M. E n'est pas en lien direct avec l'infection en litige, de sorte que sa demande au titre de ce poste de préjudice doit être rejetée.
14. En deuxième lieu, si M. E sollicite l'indemnisation d'un préjudice d'agrément, faisant valoir que son état moral et physique s'est fortement dégradé depuis la manifestation de l'infection nosocomiale, l'empêchant de pratiquer des activités de loisirs ou d'agrément, il ne résulte pas de l'instruction, pour les mêmes motifs que ceux cités au point 13, que ce préjudice invoqué soit en lien direct avec l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Valenciennes. Par suite, sa demande au titre de ce poste de préjudice doit également être rejetée.
15. Enfin, M. E subit un préjudice esthétique permanent en raison d'une boiterie majorée, imputable à l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Valenciennes, évalué à 1,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en fixant à 1 250 euros la somme destinée à le réparer, par référence au barème de l'ONIAM.
16. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Valenciennes doit être condamné à payer à M. E la somme totale de 18 859,01 euros au titre des préjudices qu'il a subi en lien direct avec la maladie nosocomiale contractée lors de son hospitalisation dans cet établissement.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
17. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
18. Les frais des deux expertises ordonnées par le juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros et à la somme de 500 euros par ordonnances du 6 novembre 2013 et du 18 avril 2014, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Valenciennes.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier de Valenciennes le versement d'une somme de 1 500 euros à M. E. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. E, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le centre hospitalier de Valenciennes demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Valenciennes est condamné à payer à M. E la somme de 18 859,01 euros.
Article 2 : Les frais des expertises ordonnées par le juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros et à la somme de 500 euros par ordonnances du 6 novembre 2013 et du 18 avril 2014, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Valenciennes.
Article 3 : Le centre hospitalier de Valenciennes versera à M. E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au centre hospitalier de Valenciennes et à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut.
Copie en sera adressée au professeur A, expert.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J-M. RIOU La greffière,
signé
J. VANDEWYNGAERDE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026