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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005698

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005698

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005698
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantGUEY-BALGAIRIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 7 août 2020 et le 1er juillet 2021, M. et Mme B, représentés par Me Guey, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux y afférents, auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2010 et 2011 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que l'administration a substitué la base légale d'imposition de quatre montants initialement taxés au titre de revenus d'origine indéterminée, les privant de la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires ;

- la procédure d'imposition des sommes retenues au titre des chèques provenant de la SARL SNAB est irrégulière dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- ces sommes ont été qualifiées à tort de revenus distribués et constituent des remboursements d'avances consenties au titre du compte courant d'associé comptabilisé dans la SARL SNAB ainsi que l'a notamment reconnu la Cour d'appel de Douai par son arrêt du 18 janvier 2016 ; en outre, ils justifient des avances faites à la SARL SNAB en provenance de leurs comptes personnels et des remboursements correspondants ;

- les sommes retenues au titre de chèques provenant des sociétés " Extrême Tuning 62 " et " Concept Car " ont été qualifiées à tort de revenus distribués et constituent des remboursements d'avances consenties au titre du compte courant d'associé tel que cela résulte de l'arrêt du 18 janvier 2016 de la Cour d'appel de Douai ; en outre, les sommes reprises au débit du compte courant ne peuvent être regardées comme des revenus distribués qu'à hauteur de la variation du solde débiteur d'une année sur l'autre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les dégrèvements des impositions supplémentaires se rapportant aux rehaussements de 34 320 euros pour la période de l'année 2010 postérieure au mariage et de 89 781 euros pour l'année 2011, imposés dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, ont été prononcés par un avis du 16 février 2021 ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 14 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guey, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) SNAB avait une activité déclarée de vente et réparation de véhicules et de pièces auto-moto, neufs ou d'occasion, mandataire auto et moto, grossiste en pièces détachées et toutes activités de services tant aux entreprises qu'aux particuliers. Elle possédait un fonds de commerce de ventes de pièces automobiles à La Bassée et comprenait deux associés, Mme B et la société " CBL ". M. A, cousin de M. B était gérant statutaire de la SARL SNAB, dirigeant de la société " CBL " et gérant des sociétés " Extrême Tuning 62 " et " Concept Car ". M. B a été poursuivi devant le tribunal correctionnel de Lille pour gestion de fait de la SARL SNAB entre le 1er avril 2009 et le 16 juin 2011, délit d'abus de biens sociaux entre le 1er avril 2009 et le 16 juin 2011 et délit de banqueroute entre le 16 juin 2011 et le 30 mai 2012. Mme B a été poursuivie pour recel du produit d'abus de biens commis par M. B et M. A. Par un arrêt de la Cour d'appel de Douai du 18 janvier 2016, M. B a été relaxé des chefs d'abus de biens sociaux et de banqueroute et Mme B du chef d'abus de biens sociaux. L'administration fiscale ayant été informée de l'existence de cette procédure en application de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales, a procédé à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle portant sur les revenus de M. et Mme B perçus en 2010 durant la période postérieure à leur mariage le 26 juin et en 2011. M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2010 pour la période postérieure à leur mariage et 2011.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 16 février 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord a prononcé le dégrèvement à concurrence de 9 006 euros et de 38 763 euros en droits et à concurrence de 4 510 euros et de 18 142 euros en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles M. et Mme B ont été assujettis au titre des années 2010 (après mariage) et 2011, ainsi que des prélèvements sociaux à concurrence de 4 005 euros et 9 391 euros en droits et de 2 083 euros et 4 433 euros en pénalités, au titre des années 2010 et 2011. Les conclusions de la requête de M. et Mme B relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition ;

S'agissant des revenus provenant de la SARL SNAB :

3. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

4. En vertu de ces dispositions, il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé de demander que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.

5. Il résulte des deux propositions de rectification du 9 décembre 2013 adressées à M. et Mme B que l'administration fiscale a exercé son droit de communication auprès des établissements bancaires détenant les comptes bancaires des requérants, en application des articles L. 81, L. 83 et L. 85 du livre des procédures fiscales. Il résulte de l'instruction que, le 18 février 2014, le conseil des requérants a sollicité la communication de l'ensemble des renseignements obtenus par le service vérificateur pour asseoir les rectifications. Le courrier du 18 juillet 2014 portant compte rendu de l'entretien avec le supérieur hiérarchique indique que, le 24 mars 2014, l'ensemble des documents demandés a été remis en mains propres au conseil des requérants. Toutefois, il ne résulte d'aucune des pièces produites à l'instance que les copies des remises des chèques émis par la SARL SNAB à l'ordre de M. et Mme B, utilisées par l'administration fiscale pour établir les impositions supplémentaires, auraient été effectivement communiquées aux intéressés. En s'abstenant de procéder à cette communication, l'administration a méconnu les obligations posées par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Par suite, les requérants sont fondés à demander la décharge des impositions dont les bases ont été établies au vu de ces remises de chèques, à concurrence des montants de 18 565,08 euros et 37 936,98 euros, respectivement au titre des années 2010 et 2011, qui doivent être multipliés par le coefficient de 1,25 prévu par le 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, appliqué à ces sommes, soit un total de 23 206,35 euros au titre de 2010 et 47 421,23 euros au titre de 2011, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, ainsi que les prélèvements sociaux y afférents.

S'agissant des revenus provenant des sociétés " Extrême Tuning 62 " :

6. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le contribuable est taxé d'office en application de l'article L. 69, à l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut être saisie dans les conditions prévues à l'article L. 59. () ". Aux termes de l'article L. 59 de ce livre : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ".

7. L'administration est en droit, à tout moment de la procédure, de justifier l'imposition en substituant une base légale à une autre, sous réserve que le contribuable ne soit pas privé des garanties de procédure qui lui sont données par la loi compte tenu de la base légale substituée.

8. Il résulte de l'instruction que pour établir l'imposition contestée, l'administration fiscale, après avoir initialement imposé d'office dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, au titre de l'année 2010, une somme de 450 euros émise par chèque du 8 juillet 2020 de la société " Extrême Tuning 62 " ainsi qu'au titre de l'année 2011, une somme de 9 555 euros correspondant à trois chèques émis par la société " Extrême Tuning 62 ", les a imposés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, dès lors que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'est pas compétente en matière de revenus imposés en application de ces dispositions, la substitution de base légale opérée par l'administration au cours du contrôle ne les a privés d'aucune garantie tenant à sa saisine.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition ;

9. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts dans sa rédaction applicable : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ". Aux termes de l'article 158 du code général des impôts : " () 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : () 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice () ".

10. En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Au cas d'espèce, M. et Mme B ont régulièrement contesté les rectifications notifiées selon la procédure contradictoire. L'administration supporte la charge de la preuve tant de l'existence et du montant des sommes distribuées perçues par M. et Mme B.

11. Il résulte des propositions de rectification du 9 décembre 2013 et des réponses aux observations du 14 mars 2014 que l'administration, après avoir constaté que M. et Mme B ne justifiaient pas suffisamment les versements d'un montant de 2 180 euros, au titre de l'année 2010, provenant de la société " Extrême Tuning 62 " et les versements d'un montant de 9 555 euros, au titre de l'année 2011, provenant de la société " Concept Car " a qualifié ces crédits de revenus de capitaux mobiliers sur le fondement des dispositions précitées.

12. D'une part, M. et Mme B font valoir que les crédits sur leurs comptes bancaires en provenance des sociétés " Extrême Tuning 62 " et " Concept Car " ont été justifiés comme provenant de débits de comptes courant détenus dans ces sociétés. Toutefois, par les pièces qu'ils produisent, ils ne justifient pas l'origine des sommes provenant de la société " Concept Car ". Par ailleurs, les écritures du compte intitulé " Associés - comptes courants " dans les écritures de la société " Extrême Tuning 62 " fait apparaître au débit un montant total de 4 931,82 euros pour dix chèques émanant de cette société sans toutefois indiquer si ce compte ne concerne que Mme B et sans donner de précisions sur ces chèques. D'autre part, M. et Mme B ne peuvent se prévaloir des constatations de fait de la Cour d'appel de Douai par l'arrêt du 18 janvier 2016 dès lors que celui-ci n'a porté que sur les sommes provenant de la SARL SNAB. Dans ces conditions, l'administration démontre le bien-fondé des rehaussements notifiés au titre des sommes provenant de ces sociétés.

13. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont uniquement fondés à demander la réduction des sommes de 23 206,35 euros et 47 421,23 euros des bases d'imposition à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, respectivement au titre des années 2010 (après mariage) et 2011, ainsi que des prélèvement sociaux y afférents.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme B, à concurrence des dégrèvements de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux prononcés par le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord au titre des années 2010 (après mariage) et 2011.

Article 2 : La base de l'impôt sur le revenu de M. et Mme B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2010 (après mariage), est réduite de 23 206,35 euros.

Article 3 : La base de l'impôt sur le revenu de M. et Mme B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2011 est réduite de 47 421,23 euros.

Article 4 : M. et Mme B sont déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux y afférents, correspondant à la réduction de la base d'imposition dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2010 (après mariage) définie à l'article 2.

Article 5 : M. et Mme B sont déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux y afférents, correspondant à la réduction de la base d'imposition dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2011 définie à l'article 3.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Hervouet, président du tribunal,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

S. BERGERAT

Le président,

Signé

C. HERVOUETLa greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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