vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2005742 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ERNST & YOUNG SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 août 2020, M. B A, représenté par
Me Wemaëre, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de contributions sociales ainsi que des pénalités correspondantes auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ;
2°) de condamner l'Etat à lui rembourser les frais bancaires et au paiement des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu la proposition de rectification avant l'expiration du délai de reprise de l'administration[DL1] ;
- la mise en demeure de payer ayant été adressée à l'ancienne adresse au Royaume-Uni alors même que sa nouvelle adresse en Belgique était connue de l'administration fiscale, la majoration de 10 % ainsi que la procédure de mise en recouvrement doivent être regardées comme irrégulières ;
- l'administration n'apporte pas la preuve de ce qu'il aurait appréhendé la somme de 71 014 euros réintégrée dans son revenu imposable dès lors que le service ne produit pas le résultat du droit de communication effectué auprès de l'autorité de régulation des jeux en ligne et qu'il n'avait pas la libre disposition des sommes comptabilisées sur les comptes enregistrés auprès des sociétés de jeu en ligne Pokerstars et Winamax ;
- l'administration n'était pas fondée à réintégrer dans son revenu imposable dans la catégorie des bénéfices non commerciaux la somme de 71 014 euros correspondant à des versements obtenus de Pokerstars et Winamax dès lors que, ne maitrisant pas l'aléa inhérent au jeu de poker, il ne peut être regardé comme un joueur professionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 27 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mars 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dang, conseillère rapporteure,
- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'année 2014, à l'issue de laquelle le service a considéré que son activité professionnelle consistait en la pratique en ligne du poker, a écarté sa comptabilité comme non probante, a reconstitué ses recettes et lui a notifié par une proposition de rectification du 15 novembre 2017 une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de contributions sociales ainsi qu'une pénalité correspondante. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la prescription du délai de reprise de l'administration :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 168 du livre des procédures fiscales : " Les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition peuvent être réparées () dans les conditions et dans les délais prévus aux articles L. 169 à L. 189, sauf dispositions contraires du code général des impôts ". Selon l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il incombe à l'administration d'établir que la proposition de rectification a été régulièrement notifiée au contribuable. En cas de retour à l'expéditeur du pli recommandé contenant cet avis, le contribuable ne peut être regardé comme l'ayant reçu que s'il est établi qu'il a été avisé, par la délivrance d'un avis de passage, de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relève et n'a été retourné à l'expéditeur qu'après l'expiration du délai de mise en instance prévu par la réglementation en vigueur. Cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve.
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 15 novembre 2017 a été adressée à M. A " activité professionnelle, Appartement 1, Chaussée d'Aelbeke, 1, 07700 Mouscron " par une lettre présentée le 12 décembre 2017, mais qu'elle a été retournée à l'administration le 2 janvier 2018 avec la mention " pli non réclamé ". Dans ces conditions, en s'étant abstenu de retirer le pli au bureau de poste, le requérant, qui ne conteste pas l'exactitude de cette adresse, doit être regardé comme ayant régulièrement reçu notification de la proposition de rectification. Par suite, le délai de reprise de l'administration ayant régulièrement été interrompu le 12 décembre 2017, et les impositions en litige ayant été mises en recouvrement le 31 octobre 2018, le moyen tiré de sa prescription doit être écarté.
En ce qui concerne le principe de l'imposition :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ". M. A s'étant abstenu de répondre à la proposition de rectification du 15 novembre 2017 dans le délai de trente jours qui lui était imparti à compter de sa notification, il doit être regardé comme ayant tacitement accepté les rectifications notifiées. Par suite, il lui appartient d'établir le caractère excessif des impositions mises à sa charge.
5. Le service a écarté la comptabilité de M. A comme étant non probante et a procédé à une reconstitution de recettes après avoir exercé son droit de communication auprès de l'autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL). Sur la base du fichier retraçant les gains nets obtenus au cours de l'année 2014, auxquels ont été ajoutés les gains obtenus à raison de sa participation à deux tournois en janvier et février, le service a rapporté les gains au nombre de jours au cours desquels M. A a résidé en France pour obtenir un résultat fiscal de
77 951 euros et une omission de 31 170 euros. M. A, qui ne conteste pas sérieusement la méthode de reconstitution des recettes, n'apporte pas la preuve de ce qu'il ne pouvait retirer les gains qui se trouvaient sur les comptes en ligne qu'il détenait auprès des sites de poker en ligne Winamax et Pokerstars. Par suite, il n'est pas fondé à contester l'appréhension de ces sommes.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 92 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. / () ". Si la pratique, même habituelle, de jeux de hasard ne constitue pas une occupation lucrative ou une source de profits, au sens des dispositions précitées de l'article 92 du code général des impôts, en raison de l'aléa qui pèse sur les perspectives de gains du joueur, il en va différemment de la pratique habituelle d'un jeu d'argent opposant un joueur à des adversaires lorsqu'elle permet à celui-ci de maîtriser de façon significative l'aléa inhérent à ce jeu, par les qualités et le savoir-faire qu'il développe, et lui procure des revenus significatifs. Les gains qui en résultent sont alors imposables, en application de l'article 92 du code général des impôts, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, alors même que le contribuable exercerait aussi par ailleurs une activité professionnelle.
7. D'une part, si le jeu de poker fait intervenir des distributions aléatoires de cartes communes et de cartes propres à chaque joueur, un joueur peut parvenir, grâce à l'expérience, la compétence et l'analyse de la psychologie de ses adversaires, à maîtriser le caractère aléatoire du résultat et à accroître de façon sensible sa probabilité de percevoir des gains importants. Si
M. A se prévaut de la circonstance selon laquelle une part conséquente de ses gains de l'année 2014 aurait été réalisée entre les mois de janvier et mars 2014, il résulte de l'instruction qu'il a été classé en 2012, 2013 2014, sous le pseudonyme " Neuville25 ", comme étant le meilleur joueur du site Pokerstars.fr, qu'il a exposé sa méthode pour optimiser ses gains, en fonction des différentes configurations de jeu révélant sa compétence pour maitriser le caractère aléatoire du résultat. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. A était titulaire depuis plusieurs années de comptes auprès d'opérateurs agréés en ligne. L'autorité de régulation des jeux en ligne a ainsi relevé qu'il avait totalisé des gains d'un montant de 96 284 euros au titre de l'année 2014 auprès des sites Pokerstars.fr et Winamax et à raison de sa participation à plusieurs tournois. Au cours des années 2012 et 2013, les bénéfices non commerciaux résultant de la pratique du poker ont représenté respectivement 79 % et 89 % de son revenu global, pour représenter la totalité de son revenu en 2014. Dans ces conditions, eu égard à l'exercice par
M. A de la pratique habituelle du poker en 2014, alors qu'il n'avait aucune activité professionnelle distincte, et au montant significatif des recettes qu'il en a tirées, les gains résultant de cette activité doivent être regardés comme procédant d'une occupation lucrative ou d'une source de profits constituant des revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, au sens des dispositions précitées de l'article 92 du code général des impôts, alors même que ces gains auraient présenté un caractère fluctuant selon les années.
8. En troisième lieu, si M. A se prévaut de la réponse ministérielle " Filipetti " publiée le 15 novembre 2011 dont les termes ont été repris par l'instruction référencée BOI-BNC-CHAMP-10-30-40 paragraphe 20 du 12 septembre 2012, ces énonciations ne comportent aucune interprétation d'un texte fiscal différente de celle dont il est fait application. Par suite, M. A ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ces énonciations sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne les pénalités :
9. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. () ".
10. M. A ne peut utilement contester l'application de cette majoration, en se prévalant de ce que la mise en demeure de payer, qui se rattache au demeurant à la procédure de recouvrement et non au contentieux d'assiette, aurait été adressée à une mauvaise adresse.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de contributions sociales ainsi que de la pénalité correspondante auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014. Ses conclusions tendant au remboursement des frais bancaires et des intérêts moratoires doivent, par voie de conséquence, être rejetées ainsi que, étant partie perdante à l'instance, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président de la formation de jugement,
M. Lemaire, président,
Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
Signé
L. DANG
Le président,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
[DL1]Interruption du délai de prescription
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026