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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005888

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005888

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005888
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPIGOT SEGOND - ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 août 2020, 23 mars 2022 et 15 juin 2023, M. B A, représenté par Me Lacherie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle à lui verser la somme de 3 096, 50 euros au titre du coût de la réfection de sa palissade ;

2°) de condamner ledit syndicat mixte à lui verser la somme de 800 euros au titre du préjudice de jouissance subi au 31 décembre 2019 ;

3°) de condamner ledit syndicat mixte à lui verser la somme de 100 euros par mois au titre du préjudice de jouissance subi à compter du 1er janvier 2020 jusqu'à la date d'achèvement du mur de soutènement préconisé par l'expert judiciaire ;

4°) d'enjoindre au syndicat mixte des transports Artois-Gohelle et à SNCF Réseau de procéder à la réalisation des travaux de construction d'un mur de soutènement à l'effet de protéger sa palissade des terres du talus conformément aux préconisations du rapport d'expertise judiciaire de M. C en date du 12 décembre 2019 et ce dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge dudit syndicat mixte aux dépens de l'instance, comprenant les frais d'expertise judiciaire.

6°) de mettre à la charge solidaire dudit syndicat mixte et de SNCF Réseau la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir dès lors qu'il justifie de la propriété du bien immobilier en cause ;

- la responsabilité du syndicat mixte des transports Artois-Gohelle est engagée sur le fondement de la théorie des dommages de travaux publics causés à un tiers ; les préjudices qu'il a subis sont imputables audit syndicat ;

- le syndicat ne peut invoquer la prescription dès lors que les travaux ont aggravé les désordres, faisant courir à nouveau, à chaque aggravation, le point de départ du délai de prescription ; par ailleurs, ce n'est qu'à la date du dépôt du rapport d'expertise, soit le 12 décembre 2019, qu'il a été en mesure d'identifier avec certitude la cause du désordre ; il est donc fondé à invoquer l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968 ;

- le syndicat ne peut pas plus invoquer l'exception de risque acceptée dès lors qu'il a acquis la palissade bien avant la réalisation ou l'annonce de réalisation des travaux ;

- le syndicat a fait le choix de maintenir le talus contre la palissade, de reniveler le talus, de retirer la végétation, de ramener du remblai au pied de la palissade, la fragilisant encore davantage ;

- une injonction de faire doit être adressée dès lors qu'en s'abstenant d'assurer le soutènement des terres du talus, le syndicat commet une abstention fautive, que l'expert judiciaire a évalué le coût de réalisation du mur de soutènement à 2 500 euros et que ni le coût ni aucun droit des tiers ne justifie l'abstention dudit syndicat ;

- dès lors que le syndicat n'a plus de droit sur le talus en cause qui appartient à SNCF Réseau, l'injonction de faire doit être adressée à SNCF Réseau.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle, représenté par Me Pigot, conclut au rejet de la requête de M. A et à la mise à sa charge de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas de sa qualité de propriétaire de la maison qu'il occupe et de la clôture qui borde son terrain ;

- dès lors qu'aucune aggravation du dommage n'est imputable aux travaux qui ont été réalisés sous sa maîtrise d'ouvrage, la prescription quadriennale, par application de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, était acquise à la date d'introduction de la première demande indemnitaire, le 4 septembre 2017, les désordres étant nécessairement apparus, au plus tard, au cours des années 1980 ;

- le désordre dont se plaint M. A existait antérieurement au commencement des travaux réalisés sous la maîtrise d'ouvrage du syndicat ; le désordre a une cause antérieure au début des travaux réalisés par le syndicat et antérieur au transfert de la garde du talus, ce transfert n'étant intervenu qu'à compter du 15 septembre 2017 ; il n'est donc pas responsable du désordre et ne peut être condamné sur le fondement de la théorie des dommages de travaux publics ;

- l'aggravation alléguée du désordre n'est pas établie, le désordre ne s'étant pas aggravé entre juin 2017 et août 2019 ;

- à supposer que les désordres se soient aggravés, il n'est pas établi que cette aggravation résulterait des travaux réalisés sous la maîtrise d'ouvrage du syndicat ;

- compte tenu de la nature des travaux qui ont été réalisés, qui se sont limités à des opérations de débroussaillage et de rebrossage du talus, la réalisation de la voie de bus en site propre n'est pas à l'origine d'une aggravation des désordres affectant la palissade du requérant ;

- le désordre résulte uniquement de la masse de terre qui s'est accumulée au fil du temps contre la clôture ;

- lorsque la décision a été prise de construire la clôture, les inconvénients résultant de la proximité immédiate du talus ne pouvaient être ignorés et la palissade a pourtant été construite au pied du talus sans qu'aucune précaution particulière ne soit prise ; le mur de clôture est inadapté à son environnement immédiat ; la faute dans la conception de la palissade a pour effet de dénier le lien de causalité entre l'ouvrage public et le préjudice ;

- le dommage en cause ne peut être considéré comme anormal ;

- la victime a commis plusieurs fautes qui ont contribué à la réalisation de son préjudice dès lors que le mur de clôture n'était pas correctement entretenu ; le requérant a laissé pousser de la végétation dans le mur, il a retiré les parpaings posés depuis toujours alors qu'ils avaient une importante profondeur et contribuaient à soutenir l'ouvrage ;

- le syndicat n'est plus propriétaire du talus, ne dispose d'aucun droit sur ce bien et n'est pas compétent pour entreprendre des travaux sur cet ouvrage de sorte qu'il ne peut lui être reproché aucune abstention fautive ;

- le dommage dont se plaint le requérant ne résulte pas d'une exécution défectueuse des travaux réalisés sous la maîtrise d'ouvrage du syndicat mais est la conséquence d'un appui ancien de la berge d'un talus sur un ouvrage inadapté ;

- il appartient au requérant de réaliser des travaux pour créer un ouvrage adapté à son environnement, c'est-à-dire en prenant en compte la proximité immédiate d'un talus, qui n'a pas évolué dans sa configuration depuis une centaine d'années.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, la société SNCF Réseau, représentée par Me Domnesque, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête de M. A ;

2°) à titre subsidiaire, s'il est fait droit aux conclusions à fin d'injonction de M. A, de condamner le syndicat mixte à prendre à sa charge l'intégralité des sommes nécessaires à la réalisation des travaux de remise en état et à la garantir et relever indemne de toute condamnation de toute nature prononcée à son encontre en ce compris les éventuels frais et dépens de l'instance comprenant les frais d'expertise ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de M. A ou tout succombant la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- si les travaux réalisés par le syndicat ne sont pas considérés comme la source des désordres, elle est fondée à appuyer les conclusions dudit syndicat ;

- le requérant ne justifie pas de sa qualité de propriétaire du bien immobilier litigieux ;

- la créance du requérant est prescrite ;

- le syndicat occupe le talus en cause sans droit ni titre depuis le 15 septembre 2019 ;

- si la juridiction fait droit à la demande du requérant, elle doit condamner le syndicat à supporter l'intégralité du coût des travaux ordonnés à fin de faire cesser les désordres affectant la palissade du requérant et la garantir et relever indemne de toute condamnation de toute nature prononcée à son encontre, en ce compris les éventuels frais et dépens de l'instance, comprenant les frais d'expertise.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 31 mai 2023.

Vu :

- l'ordonnance n° 1811625 du 27 mars 2019 par laquelle le magistrat désigné du tribunal administratif de Lille a ordonné la réalisation d'une expertise et a désigné comme expert, M. D C ;

- l'ordonnance n° 1811625 du 20 juin 2019 par laquelle le magistrat désigné du tribunal administratif de Lille a rendu les opérations de cette expertise communes et opposables aux sociétés Egis France et Eurovia Pas-de-Calais ;

- le rapport d'expertise de M. C a été enregistré au greffe du tribunal le 27 décembre 2019 ;

- les frais et honoraires de cette expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 4 989, 63 euros par une ordonnance du 22 janvier 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;

- les observations de Me Lacherie représentant M. A ;

- les observations de Me Durand, représentant le syndicat mixte des transports Artois Gohelle ;

- et les observations de Me Stathoulias, substituant Me Domnesque, représentant SNCF Réseau.

Une note en délibéré, enregistrée le 20 novembre 2023, a été produite pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle (SMTAG), syndicat mixte réunissant plusieurs communautés d'agglomération et ayant pour mission d'organiser le réseau de bus dénommé Tadao, a décidé de créer plusieurs lignes de bus à haut niveau de service (BHNS), dont la ligne 2, reliant notamment les communes de Houdain, Haillicourt, Bruay-la-Buissière et Béthune. Pour réaliser cette ligne, le syndicat a utilisé une ancienne voie ferrée, dont l'exploitation avait cessé depuis la fin des années 1980. Après avoir conclu une convention d'occupation avec la SNCF, ledit syndicat a débuté, en septembre 2017, des travaux d'aménagement qui se sont achevés en novembre 2018 sur le tronçon considéré. M. A, riverain de cette voie, considère que les travaux ainsi réalisés ont entraîné des désordres sur son muret de fond de jardin. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. A demande au tribunal de l'indemniser des préjudices subis du fait des travaux réalisés sous maîtrise d'ouvrage du SMATB et de condamner tant le SMATB que la société SNCF Réseau, propriétaire du talus, à procéder à la réalisation des travaux de construction d'un mur de soutènement à l'effet de protéger sa palissade des terres du talus.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les désordres affectant le mur de clôture arrière de la maison de M. A, à savoir une dégradation des joints ainsi qu'une incurvation et fissuration d'au moins deux des modules de remplissage de la palissade, étaient préexistants à la réalisation des travaux. Si l'expert indique que la purge incomplète de la végétation ainsi que le fluage de remblais en phase travaux auraient provoqué une aggravation des désordres par expansion du système racinaire et une sollicitation inappropriée des modules de remplissage ainsi que de la structure de la palissade, une telle aggravation ne ressort pas notamment de la photographie figurant au rapport d'expertise, datée du 4 septembre 2017. Par ailleurs, les photographies produites par le syndicat défendeur, réalisées le 27 août 2019, ne font pas plus état d'une aggravation des désordres. Par suite, la responsabilité du syndicat mixte défendeur ne saurait être engagée en sa qualité de maître d'ouvrage des travaux réalisés en 2017/2018.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. La personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires. De la même façon, le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.

6. Il résulte de ce qui précède que, dès lors que les conclusions indemnitaires sont rejetées, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent l'être également.

Sur les dépens :

7. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ".

8. Les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. C ont été liquidés et taxés à la somme de 4 989, 63 euros par une ordonnance du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge de M. A, partie perdante dans la présente instance.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Les dispositions précitées du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SMATG et de la société SNCF Réseau la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A les sommes de 800 euros à verser tant au SMATG qu'à la société SNCF Réseau.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. C, liquidés et taxés à la somme de 4 989, 63 euros, sont mis à la charge définitive de M. A.

Article 3 : M. A versera au syndicat mixte des transports Artois-Gohelle la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : M. A versera à la société SNCF Réseau la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au syndicat mixte des transports Artois-Gohelle, à la société SNCF Réseau et à M. D C.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- M. Larue, premier conseiller,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023

Le président-rapporteur,

Signé

X. FABREL'assesseur le plus ancien,

Signé

X. LARUE

Le greffier,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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