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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006010

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006010

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006010
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BILLEBEAU - MARINACCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2020, la société anonyme (SA) Gaz réseau distribution France (GRDF), représentée par Me Buffetaud, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Sade Compagnie Générale de Travaux Hydrauliques (CGTH) à lui verser la somme de 20 644, 72 euros au titre du dommage survenu le 10 août 2018 à l'occasion de travaux de renouvellement du réseau d'eau à Tourcoing, assortie des intérêts au taux légal courant à compter du 2 mai 2019 ;

2°) de mettre à la charge de cette société la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la société Sade CGTH engage sa responsabilité sans faute, le lien de causalité entre les travaux dont elle avait la charge et les dommages causés à la tête de prise de branchement n'étant pas contesté ;

- elle n'aurait pas dû utiliser de pelle mécanique, conformément aux prescriptions du guide technique relatif aux travaux réalisés à proximité des réseaux, prévu par l'article R.554-29 du code de l'environnement, et devait, à supposer même l'ouvrage découvert et visible, respecter une distance minimale ;

- son préjudice, incluant les coûts de remise en état de la prise de tête de branchement et de remise en service du réseau ainsi que les travaux de terrassement, est évalué à 20 644,72 euros ;

- elle a droit aux intérêts au taux légal sur cette somme à compter de la mise en demeure de payer en date du 2 mai 2019.

Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 12 février et 30 juin 2021, la SA Sade CGTH, représentée par la SCP Billebeau Marinacce, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société GRDF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle fait valoir que :

- la société GRDF a commis une faute de nature à l'exonérer en totalité de sa responsabilité en lui délivrant des plans erronés ne faisant pas apparaitre le branchement et la tête de prise à l'endroit du sinistre et en ne lui délivrant pas d'information sur ce point ;

- la présence de cette tête de prise, imprévisible et irrésistible, constitue un évènement de force majeure de nature à l'exonérer de sa responsabilité.

La clôture d'instruction a été fixée au 29 octobre 2021 à 16 h 30 par une ordonnance du 6 août 2021.

La société Sade CGTH a produit des pièces à la demande du tribunal, enregistrées le 15 novembre 2022, communiquées sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me Billebeau, représentant la société Sade CGTH.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sade CGTH s'est vue confier par la Métropole européenne de Lille des travaux de renouvellement de son réseau d'eau. A l'occasion de ces travaux, elle a, le 10 août 2018, accroché une tête de prise de branchement reliée au réseau principal de gaz situé au droit du n° 19 de la rue de Roubaix à Tourcoing. Par un courrier du 11 mars 2019, la société GRDF a sollicité de la société Sade CGTH qu'elle l'indemnise des préjudices en résultant puis l'a mise en demeure de lui régler la somme de 20 644, 72 euros par courrier reçu le 7 mai 2019. La société Sade CGTH a rejeté cette demande par lettre du 27 mai 2019. Pour la dernière fois et par courrier du 20 février 2020, la société GRDF a réitéré sa demande indemnitaire, de nouveau rejetée par courriel du 28 février suivant. Par la présente requête, la société GRDF demande au tribunal de condamner la société Sade au versement de la somme précitée au titre des préjudices matériels subis du fait de l'incident intervenu le 10 août 2018.

Sur la responsabilité sans faute de la société Sade :

2. Le maître de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, l'architecte et l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. Il résulte de l'instruction que la société Sade CGTH, en charge de la réalisation de travaux de renouvellement du réseau d'eau, a, le 10 août 20218, accroché à la pelle mécanique une tête de prise d'un branchement du réseau de gaz alors qu'elle réalisait un terrassement. Cet incident a été à l'origine d'une fuite de gaz justifiant la coupure de la distribution aux usagers dans l'attente de la réparation de l'ouvrage. L'existence du préjudice et du lien de causalité avec l'opération de travaux publics dont était chargée la société défenderesse étant établie, et au demeurant non contestée, la société GRDF est fondée à engager la responsabilité sans faute de la société Sade CGTH.

Sur la faute de la victime :

4. Aux termes de l'article R. 554-25 du code de l'environnement : " I. - L'exécutant des travaux adresse une déclaration d'intention de commencement de travaux à chacun des exploitants d'ouvrages en service mentionnés à l'article précédent et dont la zone d'implantation est touchée par l'emprise des travaux, () / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R.554-26 du même code : " I. ' Les exploitants sont tenus de répondre, sous leur responsabilité, dans le délai de sept jours, jours fériés non compris, après la date de réception de la déclaration d'intention de commencement de travaux dûment remplie. () La réponse, sous forme d'un récépissé, est adressée à l'exécutant des travaux qui a fait la déclaration. Elle lui apporte toutes informations utiles pour que les travaux soient exécutés dans les meilleures conditions de sécurité, notamment celles relatives à la localisation des ouvrages existants considérés, à une échelle et avec un niveau de précision appropriés, et celles relatives aux précautions spécifiques à prendre selon les techniques de travaux prévues et selon la nature, les caractéristiques et la configuration de ces ouvrages. Elle indique, le cas échéant, la référence des chapitres applicables du guide technique mentionné à l'article R. 554-29 relatifs aux travaux effectués à proximité d'ouvrages spécifiques et les moyens de les obtenir. () / () ".

5. D'une part, il résulte de l'instruction que, conformément aux dispositions précitées, la société GRDF a, en réponse à la déclaration d'intention de commencement de travaux complétée par la société Sade CGTH le 3 juillet 2018, adressé à cette dernière un récépissé faisant état de la présence d'au moins un ouvrage dans l'emprise des travaux, lui recommandant de ne pas utiliser de pelle mécanique dans le fuseau d'incertitude des ouvrages gaz et précisant que les prises de branchement se situent à 15 centimètres au-dessus de la génératrice supérieure du réseau, que certains ouvrages peuvent ne pas être signalés par un dispositif avertisseur et ne pas être cartographiés ainsi que les précautions à prendre à proximité des ouvrages gaziers. Par ailleurs, la société GRDF a fourni les plans du réseau ainsi qu'un guide de lecture de ceux-ci, permettant notamment d'identifier les fuseaux d'incertitude. S'il n'est pas contesté que la tête de prise de branchement arrachée n'était pas cartographiée, qu'aucun grillage avertisseur n'était en place à proximité et qu'aucun affleurant ou indice n'était apparent, le compteur de gaz étant situé derrière un mur, à l'intérieur d'une propriété privée, caché par la végétation, il résulte néanmoins de l'instruction que l'incident est intervenu en milieu urbain et que des constructions étaient situées derrière ce mur, rendant probable la présence de canalisation transversale et donc de tête de prise de branchement. Dans ces conditions, la société GRDF doit être regardée comme ayant donné les informations utiles dont elle disposait et suffisamment alerté la société Sade CGTH, laquelle ne justifie au demeurant pas avoir pris de précautions particulières dans le fuseau d'incertitude dans lequel se trouvait la tête de prise de branchement. Par suite, la société Sade CGTH n'est pas fondée à invoquer une faute de la société GRDF de nature à l'exonérer même partiellement de sa responsabilité.

Sur la survenance d'un évènement de force majeure :

6. La circonstance que la tête de prise n'ait pas été identifiée sur les plans du réseau de gaz et qu'il n'y ait eu ni affleurant visible ni grillage avertisseur ni indice apparent ne suffit pas à caractériser l'existence d'un évènement imprévisible et irrésistible, alors que des sondages préalables et un respect des précautions requises dans le fuseau d'incertitude auraient permis de détecter la tête de prise de branchement et d'éviter l'accroc. Par suite, la présence de cet obstacle ne saurait caractériser un évènement de force majeure de nature à exonérer la société Sade CGTH de sa responsabilité. Un tel moyen doit, par suite, être écarté.

Sur le montant du préjudice :

7. Il résulte de l'instruction que cet incident a provoqué une fuite de gaz qui a nécessité l'intervention des agents de la société GRDF afin de couper la distribution du gaz, réparer la tête de prise de branchement puis remettre en service les ouvrages. Cette société a également dû solliciter l'intervention d'une entreprise tierce afin de procéder à des travaux de terrassement. L'étendue de ces prestations et leur montant ainsi que le coût des matériaux, dûment justifiés, ne souffrent d'aucune contestation de la part de la société Sade CGTH. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par la société GRDF en l'évaluant à la somme de 20 644, 72 euros.

Sur les intérêts légaux :

8. La société GRDF établit avoir adressé à la société Sade CGTH une mise en demeure de payer la somme précitée reçue le 7 mai 2019. Par suite, elle a droit à compter de cette date seulement au paiement des intérêts au taux légal sur la somme de 20 644, 72 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Sade CGTH doit être condamnée à verser à la société GRDF la somme de 20 644, 72 euros, assortie des intérêts au taux légal courant à compter du 7 mai 2019.

Sur les dépens :

10. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par chaque partie à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Sade CGTH la somme de 1 500 euros à verser à la société GRDF au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de cette dernière, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La société Sade CGTH est condamnée à verser à la société GRDF la somme de 20 644,72 euros (vingt mille six cent quarante-quatre euros et soixante-douze centimes), assortie des intérêts au taux légal courant à compter du 7 mai 2019.

Article 2 : La société Sade CGTH versera à la société GRDF la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Sade Compagnie Générale de Travaux Hydraulique (CGTH) et à la société Gaz réseau distribution France (GRDF).

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

PLa greffière,

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