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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006072

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006072

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006072
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2020, M. B E, représenté par Me Zimmermann, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 67 330,75 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis lors de sa prise en charge par cet établissement de santé ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix est engagée en raison de la faute commise par le praticien lors de l'intervention chirurgicale du 18 décembre 2017 ;

- il en est résulté des préjudices patrimoniaux d'un montant de 61 062 euros, qui se décompose comme suit : 1 062 euros au titre de l'assistance par tierce personne et 60 000 euros au titre de la perte de gains professionnels ;

- il en est résulté des préjudices extra patrimoniaux d'un montant de 6 268,75 euros, qui se décompose comme suit : 1 268,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et 5 000 euros au titre des souffrances endurées.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 octobre 2020 et 11 février 2021, le centre hospitalier de Roubaix, représenté par Me Segard, doit être regardé comme s'en remettant à la sagesse du tribunal s'agissant des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing et conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnité versée à M. E à la somme de 2 587,83 euros ;

3°) à la mise à la charge de M. E la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au rejet de la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing sur ce fondement et au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Il fait valoir que :

- à titre principal, sa responsabilité ne peut pas être engagée dans la mesure où aucune faute ne lui est imputable ;

- à titre subsidiaire, l'indemnisation de l'incidence professionnelle sera rejetée ;

- l'indemnisation de l'assistance par tierce personne sera évaluée sur la base d'un taux horaire de 13 euros ;

- le déficit fonctionnel temporaire sera évalué à 575,25 euros ;

- le montant d'indemnisation des souffrances endurées sera fixé à 2 000 euros.

Par deux mémoires, enregistrés les 12 janvier 2021 et 5 février 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 36 921,75 euros en remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. E, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 janvier 2021, date de son premier mémoire ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix est engagée en raison de la faute commise par le praticien lors de l'intervention dont a bénéficié son assuré, M. E ;

- le montant définitif de ses débours, établi par un médecin conseil, qui s'élève à 36 921,75 euros, se décompose comme suit : 35 446 euros au titre des frais d'hospitalisation, 605,01 euros au titre des frais médicaux, 364,04 euros au titre des frais pharmaceutiques et 506,70 euros au titre des frais d'appareillage.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la responsabilité de plein droit du centre hospitalier de Roubaix est engagée sur le fondement des dispositions du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique pour les dommages résultant d'une infection nosocomiale au germe Candida albicans constatée le 28 décembre 2018.

Une réponse au moyen d'ordre public, enregistrée le 13 janvier 2023, a été présentée pour la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.

Par une ordonnance du 23 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 avril 2022.

Vu :

- l'ordonnance n°1903595 du 12 juin 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille a désigné le docteur C en qualité d'experte ;

- l'ordonnance n° 1903595 du 25 juin 2019 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a désigné le docteur A, en qualité de sapiteur ;

- le rapport d'expertise remis au greffe du tribunal le 30 septembre 2019 par le docteur C ;

- le rapport d'expertise remis au greffe du tribunal le 4 octobre 2019 par le docteur A ;

- l'ordonnance du 2 octobre 2019, par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a liquidé et taxé à la somme de 1 000 euros les frais de l'expertise du docteur C ;

- l'ordonnance du 4 octobre 2019, par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille a liquidé et taxé à la somme de 1 140 euros les frais de l'expertise du docteur A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- les observations de Me Chochois substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Roubaix.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 décembre 2017, M. E a été admis au centre hospitalier de Roubaix à 2 h 26 pour des douleurs abdominales évoluant depuis la veille à 14h. La réalisation d'une échographie et d'un bilan biologique ont permis de diagnostiquer une récidive de cholécystite aiguë lithiasique. Une double antibiothérapie a été prescrite au patient. M. E a alors été hospitalisé dans le service de chirurgie de cet établissement de santé. Il a bénéficié le 18 décembre 2017 à 12 h 11 d'une cholécystectomie sous cœlioscopie. Cette intervention a été compliquée par une plaie de la veine cave inférieure lors de l'insertion des trocarts. La veine cave a été immédiatement suturée par un chirurgien vasculaire. Effectués lors du geste opératoire, les prélèvements bactériologiques sont revenus négatifs. Une antibiothérapie probabiliste a été complétée par un troisième antibiotique devant la majoration du syndrome inflammatoire et l'apparition à la tomodensitométrie abdominale d'une collection hydro-aérique rétropéritonéale au contact de la suture de la veine cave inférieure responsable d'une ectasie pyélique. M. E a ensuite été admis au service de réanimation le 27 décembre 2017 où il est constaté un syndrome inflammatoire avec une hyperleucocytose et une protéine C-réactive élevée (157), associée à une hyperthermie. Le prélèvement bactériologique effectué le 28 décembre 2017 lors du drainage de la collection est revenu positif au Candida albicans. Un traitement par Triflucan lui a été prescrit et la collection a été drainée le même jour. M. E a enfin été transféré au sein du service de chirurgie viscérale. Les suites ont été favorables avec une disparition progressive du syndrome inflammatoire et de la collection.

2. Par une requête du 29 avril 2019, M. E a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins de réalisation d'une expertise judiciaire. Par une ordonnance du 12 juin 2019, le juge des référés a ordonné une expertise médicale et désigné le docteur C, en qualité d'experte. Par une ordonnance du 25 juin 2019, le docteur A a été désigné en qualité de sapiteur. Le rapport d'expertise établi par le docteur C a été déposé au greffe du tribunal le 30 septembre 2019 et celui rédigé par le docteur A a été déposé au greffe du tribunal le 4 octobre 2019. Par un courrier du 3 juin 2020, M. E a adressé au centre hospitalier de Roubaix une demande indemnitaire préalable. Par un courrier du 10 août 2020, l'établissement de santé s'est opposé à cette demande. Par la présente requête, M. E demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser une somme de 67 330 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la faute commise par cet établissement de santé lors de sa prise en charge.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Les dispositions du premier alinéa de l'article L. 1110-5 du même code précisent que " () Les actes de prévention, de diagnostic et de soins ne doivent pas en l'état des connaissances médicales faire courir de risques disproportionnés par rapport aux bénéfices escomptés ".

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur C et de celui du docteur A, qu'au cours de l'intervention chirurgicale du 18 décembre 2017, lors de l'introduction du premier trocart, il s'est produit une blessure de la veine cave inférieure. Selon le sapiteur, s'appuyant sur la littérature médicale, le geste et l'angle d'introduction du premier trocart, qui doit se faire en rotation tout en retenant le trocart pour qu'il ne s'enfonce pas trop, et être introduit dans une direction où il ne risque pas de blesser un organe vasculaire, n'a en l'espèce pas été maîtrisé. Dès lors, contrairement aux dires du centre hospitalier de Roubaix, qui ne conteste pas la plaie de la veine cave mais qui fait valoir qu'il s'agit d'un accident médical non fautif, le dommage subi par M. E est directement lié à un geste non conforme de mise en place du premier trocart. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la faute technique commise lors de sa cholécystectomie est de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix.

5. Il résulte de ce qui précède que M. E est fondé à rechercher la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Roubaix.

En ce qui concerne la responsabilité de plein droit :

6. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes [dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins] sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il n'y a pas lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection a le caractère d'un accident médical non fautif ou a un lien avec une pathologie préexistante.

7. Il résulte de l'instruction que M. E a été admis au centre hospitalier de Roubaix le 17 décembre 2017 pour des douleurs abdominales et qu'il a bénéficié le lendemain d'une cholécystectomie. A la suite de cette intervention, le patient a été transféré en unité de surveillance du 27 au 29 décembre 2017 en raison d'un abcès rétro péritonéal. Il a été constaté à son admission au sein de cette unité, un syndrome inflammatoire avec une protéine C-réactive élevée et une hyperthermie. Les prélèvements effectués le 28 décembre 2017 lors du drainage de l'hématome résiduel formé au niveau du muscle psoas au contact de la veine cave lors de l'intervention du 18 décembre précédent et de la collection, sont revenus positifs au germe Candida albicans. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport du sapiteur, que ce germe, est une levure commensale du tube digestif. Le rapport d'expertise poursuit en décrivant un ensemencement de l'hématome par ce germe du fait de la prise en charge de la cholécystite gangréneuse, c'est-à-dire au décours de l'intervention chirurgicale du 18 décembre 2017. M. E a été à nouveau hospitalisé du 16 au 24 janvier 2018 en raison de l'hématome infecté. Dès lors, cette infection qui est survenue lors de la prise en charge de M. E au sein de l'établissement de santé, sans qu'il soit contesté qu'elle n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci et sans qu'importe sa source endogène, que l'experte n'était pas fondée à invoquer pour réfuter l'origine nosocomiale de la contamination, présente un caractère nosocomial au sens des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Roubaix est responsable des préjudices découlant des séquelles de M. E qui sont en lien avec l'infection nosocomiale.

Sur la réparation des préjudices :

9. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. E a été consolidé le 18 juin 2018.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

10. La caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par M. E le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

11. La caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing justifie avoir exposé pour le compte du requérant, ce que le relevé détaillé des débours définitifs du 28 janvier 2021 et l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil du 25 janvier 2021 permettent d'établir, sans contestation du centre hospitalier défendeur, des frais d'hospitalisation d'un montant global de 35 446 euros, des frais médicaux d'un montant de 605,01 euros, des frais pharmaceutiques d'un montant de 364,04 euros et des frais d'appareillage à hauteur de 506,70 euros. Par suite, il incombe au centre hospitalier de Roubaix de verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing la somme de 36 921,75 euros correspondant aux dépenses de santé qu'elle a exposées pour le compte de M. E jusqu'à la date de consolidation de l'état de santé de ce dernier.

S'agissant de l'assistance par tierce personne :

12. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que pour les périodes allant du 13 au 15 janvier 2018 et du 25 janvier au 8 février 2018, l'état de santé de M. E a nécessité une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur de 2 heures par semaine, soit 0,29 h par jour. Le nombre de jours à indemniser est de 18 (3 + 15) jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Les sommes exposées durant cette période doivent être évaluées à un montant total de 88,38 euros (18 x 0,29 x 15 x 412/365). Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne à titre temporaire doit être fixée à 88,38 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Roubaix.

S'agissant de la perte de gains professionnels et l'incidence professionnelle :

14. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.

15. Pour se conformer aux règles rappelées ci-dessus, il appartient au juge de déterminer si l'incapacité permanente conservée par M. E à la suite des séquelles de l'infection nosocomiale a entraîné pour lui des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement de prestations de sécurité sociale. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices ont été réparés par ces prestations, il y a lieu de regarder chaque prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime n'a pas subi de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au montant de la prestation.

16. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. E était certes associé minoritaire (125 parts sur 500, soit 25% des parts d'une valeur nominale de 15 euros (7 500/500), de la société par actions simplifiée, et non société à responsabilité limitée comme il le soutient, Laidi Nord Transport Express, dont il était salarié depuis le mois de mai 2015, sans qu'aucune pièce ne corrobore la qualité de gérant dont il se prévaut. Il est constant que la cession des parts sociales, pour un montant de 3 000 euros, a eu lieu le 22 décembre 2017, alors que le salarié était hospitalisé. Si M. E soutient qu'en raison de la faute commise par le centre hospitalier de Roubaix, et par suite, de la prolongation de son hospitalisation qui s'en est suivie, il a été obligé de céder ses parts de sociétaire, il résulte cependant de l'instruction qu'en l'absence de complication M. E aurait été hospitalisé jusqu'au 24 décembre 2017 inclus en raison de l'importance et de l'inflammation de la cholécystite dont il souffrait. Il n'est dès lors pas établi que la cession ait eu pour cause la prise en charge hospitalière litigieuse.

17. En deuxième lieu, si M. E soutient également qu'il a été contraint de consentir à une rupture conventionnelle de son contrat de travail du fait de la prolongation de son hospitalisation consécutive aux faits qui engagent la responsabilité du centre hospitalier, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le salarié était apte à reprendre le travail à compter du 28 février 2018, après une période de convalescence. S'il résulte de l'instruction que la conclusion d'une convention de rupture du contrat de travail a été envisagée par son employeur au plus tard le 28 février 2018, alors que M. E se trouvait en arrêt maladie jusqu'au 4 mars 2018 inclus, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer que cette rupture, d'ailleurs conventionnelle, résulte de la durée de l'arrêt de travail. Ainsi M. E n'établit pas davantage le lien de causalité entre la conclusion d'une rupture conventionnelle et la faute commise par l'établissement de santé ou encore l'infection nosocomiale qu'il a contractée au sein de celui-ci. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à se prévaloir d'une incidence professionnelle en lien avec la faute ou l'infection nosocomiale.

18. En dernier lieu toutefois, il résulte de l'instruction que M. E aurait repris son travail, sans complication ni infection, après une semaine d'hospitalisation et 20 jours de convalescence, soit le 14 janvier 2018. A compter de cette date et jusqu'au 5 mars 2018, terme de son arrêt de travail, l'interruption de son activité professionnelle a pour cause les faits qui engagent la responsabilité du centre hospitalier. Au cours de cette période de 51 jours, M. E aurait perçu, en prenant comme référence son avis d'imposition sur les revenus 2016 mentionnant un salaire annuel de 21 879 euros, une somme de 3 057,07 euros (21 879/365 x 51). Or il n'a perçu au cours de la même période qu'une somme de 1 917,60 euros au titre des indemnités journalières (37,60 x 51), si bien qu'il a subi une perte nette de revenus de 1 139,47 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier défendeur.

En ce qui concerne les préjudices extra patrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

19. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la faute commise par le praticien et l'infection contractée par M. E ont été à l'origine de la reprise chirurgicale. Le déficit fonctionnel temporaire total a été évalué à 100 % du 24 décembre 2017 au 12 janvier 2018 et du 16 janvier au 24 janvier 2018, soit 29 jours. M. E a ensuite subi un déficit fonctionnel temporaire, en lien avec l'infection nosocomiale, qui a été évalué par l'expert à 50 %, pour les périodes allant du 13 au 15 janvier 2018 et du 25 janvier au 8 février 2018, soit 18 jours, et au taux de 25 % du 9 au 28 février 2018, soit 20 jours. M. E a enfin subi un déficit fonctionnel temporaire qui a été évalué à 10 % pour une période de 110 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros et après déduction d'une période de vingt jours correspondant à la durée de la convalescence en l'absence de complication, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 735 euros (15 x (29 + 18 x 0,5 + 20 x 0,25 + 110 x 0,10 - 20 x 0,25)).

S'agissant des souffrances endurées :

20. Les souffrances physiques et morales endurées par M. E, qui trouvent leur origine dans la faute et l'infection contractée au sein du centre hospitalier de Roubaix, ont été évaluées à 1,5 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 400 euros, qui sera versée par le centre hospitalier de Roubaix.

21. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à M. E une somme de 3 362,85 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'infection contractée dans les jours suivants son hospitalisation. Il résulte également de ce qui précède que la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing est fondée à solliciter la somme de 36 921,75 euros.

Sur les intérêts :

22. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

23. La caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing sollicite que l'indemnité qui lui est allouée soit assortie des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à sa demande d'intérêts à compter du 12 janvier 2021, date d'enregistrement de son premier mémoire auprès du greffe du tribunal.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion :

24. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Lorsque, par application de cet article, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2021. ".

25. En application des dispositions citées ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix le versement de la somme de 1 162 euros à raison des frais engagés par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.

En ce qui concerne les dépens :

26. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme total de 2 140 euros par deux ordonnances des 2 et 4 octobre 2019 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille, à la charge définitive du centre hospitalier de Roubaix.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. E, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Roubaix demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix le versement d'une somme de 1 500 euros à M. E, et de 1 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à M. E la somme de 3 362,85 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing la somme de 36 921,75 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 janvier 2021.

Article 3 : Le centre hospitalier de Roubaix versera la somme de 1 162 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais et honoraires des expertises, taxés et liquidés à la somme de 2 140 euros sont mis à la charge du centre hospitalier de Roubaix.

Article 5 : Le centre hospitalier de Roubaix versera respectivement à M. E et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing la somme de 1 500 euros et celle de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au centre hospitalier de Roubaix et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.

Copie en sera adressée, pour information, au docteur C, experte, et au docteur A, sapiteur.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Bruneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

signé

M. Bruneau

Le président,

signé

J.-M. Riou

La greffière,

signé

J. VANDEWYNGAERDE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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