jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2006117 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AUBIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 31 août 2020 et 29 avril 2021, M. A C, représenté par Me Aubin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2014 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des périodes couvrant les années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2014 a été mise en recouvrement à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine pour avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires et de communication de son avis préalablement à l'émission du rôle ;
- les droits de taxe sur la valeur ajoutée mis en recouvrement au titre des années 2015 et 2016 sont exagérés, le service ayant appliqué des proratas de déduction à l'ensemble des dépenses relatives à l'activité de location de locaux professionnelles et non aux seules dépenses partiellement affectées à cette activité, et la taxe sur la valeur ajoutée correspondant aux dépenses exclusivement affectées à l'exercice de cette activité étant entièrement déductible ;
- la constitution de secteurs distincts d'activité s'impose à l'assujetti et à l'administration fiscale ;
- il entend se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 10 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA-DED-20-20 et de la réponse ministérielle n° 26298 à M. D, député, du 12 juillet 1999.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 1er février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,
- et les observations de Me Aubin, avocat de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, qui exerce à titre individuel une activité de médecin gynécologue, a fait l'objet de vérifications de comptabilité à l'issue desquelles il a notamment été assujetti à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014. Des droits de taxe sur la valeur ajoutée ont également été mis à sa charge au titre des périodes couvrant les années 2015 et 2016. M. C demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ".
3. Il résulte de l'instruction que, par une lettre du 5 décembre 2017, envoyée à la suite de la réception de la réponse du 16 novembre 2017 aux observations qu'il avait présentées sur les rectifications qui lui avaient été proposées le 5 septembre 2017 au titre de l'impôt sur le revenu des années 2014 et 2015 et de la taxe sur la valeur ajoutée de l'année 2015, M. C a sollicité une rencontre avec le supérieur hiérarchique du vérificateur, puis la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, sans indiquer les rectifications sur lesquelles il souhaitait que cette instance émette un avis. Par une lettre du 21 décembre 2017, envoyée à la suite d'une rencontre organisée le 19 décembre 2017, le supérieur hiérarchique du vérificateur a informé M. C d'une réduction substantielle des rectifications, et en particulier de celles apportées au revenu net imposable à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014, ramenées de 19 848 euros à 5 885 euros, et il lui a demandé, en conséquence, s'il souhaitait maintenir sa demande de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires et, le cas échéant, de préciser les éléments qu'il souhaitait voir soumis à l'examen de celle-ci. En réponse à cette demande, par un courrier électronique du 18 janvier 2018, l'expert-comptable de M. C a précisé au service qu'il ne sollicitait la saisine de la commission que pour les rectifications demeurant en litige relatives à la taxe sur la valeur ajoutée de l'année 2015. Dans ces conditions, M. C, qui n'a pas souhaité l'avis de la commission sur les rectifications envisagées au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2014, n'est pas fondé à soutenir que la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de cette année a été mise en recouvrement à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de cette instance. En outre, en l'absence d'avis de la commission, il ne saurait utilement reprocher à l'administration fiscale d'avoir mis en recouvrement cette imposition sans lui avoir préalablement notifié l'avis de la commission.
4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () / II. 2. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II à ce code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert () est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Aux termes de l'article 206 de cette annexe : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / () / III. - 1. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est égal à l'unité lorsque les opérations imposables auxquelles il est utilisé ouvrent droit à déduction. / 2. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est nul lorsque les opérations auxquelles il est utilisé n'ouvrent pas droit à déduction. / 3. Lorsque le bien ou le service est utilisé concurremment pour la réalisation d'opérations imposables ouvrant droit à déduction et d'opérations imposables n'ouvrant pas droit à déduction, le coefficient de taxation est calculé selon les modalités suivantes : / 1° Ce coefficient est égal au rapport entre : / a. Au numérateur, le montant total annuel du chiffre d'affaires afférent aux opérations ouvrant droit à déduction () ; / b. Et, au dénominateur, le montant total du chiffre d'affaires afférent aux opérations imposables (). / () / 2. Lorsqu'un assujetti a constitué des secteurs distincts d'activité en application de l'article 209, le chiffre d'affaires à retenir pour le calcul du rapport mentionné au 1° est celui du ou des secteurs pour lesquels le bien ou le service est utilisé () ". Aux termes de l'article 209 de la même annexe : " I. - Les opérations situées hors du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et les opérations imposables doivent être comptabilisées dans des comptes distincts pour l'application du droit à déduction. / Il en va de même pour les secteurs d'activité qui ne sont pas soumis à des dispositions identiques au regard de la taxe sur la valeur ajoutée. / () ".
5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
6. Il résulte de l'instruction que M. C, qui n'avait pas souscrit dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, a été taxé d'office à la taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes couvrant les années 2015 et 2016 sur le fondement du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. Par suite, en application des dispositions précitées des articles L. 193 et R. 193-1 de ce livre, il lui appartient d'apporter la preuve du mal-fondé de ces impositions.
7. Il résulte de l'instruction que M. C, qui exerçait à titre principal, au cours des années 2015 et 2016, une activité de médecin gynécologue, exonérée de taxe sur la valeur ajoutée en application du 4 de l'article 261 du code général des impôts, exerçait également, à titre accessoire, une activité consistant à mettre à la disposition de confrères, en vertu de contrats de collaboration, les locaux et matériels nécessaires à l'exercice de la profession en contrepartie de redevances, imposables à la taxe, correspondant à un pourcentage des honoraires encaissés. Il a adressé à l'administration fiscale, en annexe à ses observations sur les rectifications qui lui avaient été proposées le 5 septembre 2017, s'agissant de l'année 2015, et au cours des opérations de vérification de comptabilité, s'agissant de l'année 2016, des déclarations annuelles mentionnant une taxe sur la valeur ajoutée due de 12 267 euros pour 2015 et de 16 079 euros pour 2016, résultant de sa propre comptabilité, dans laquelle figuraient la taxe collectée due à raison des redevances versées par ses confrères et des produits correspondant à des refacturations de frais à ceux-ci, ainsi qu'une taxe déductible déterminée, conformément aux dispositions précitées des articles 205 et 206 de l'annexe II au code général des impôts, par application de coefficients de déduction de 0,1141 pour 2015 et de 0,12 pour 2016. Il résulte également de l'instruction, et notamment des propositions de rectification des 5 septembre 2017 et 28 mai 2018, que, d'une part, pour fixer à 12 018 euros la taxe sur la valeur ajoutée due par M. C au titre de la période couvrant l'année 2015, le service a corrigé à la baisse la taxe collectée et la taxe déductible qui avaient été comptabilisées, en dépit d'un coefficient de déduction ramené à 0,1116, et, d'autre part, pour fixer à 16 079 euros la taxe sur la valeur ajoutée due au titre de la période couvrant l'année 2016, le service a retenu, sans les rectifier, les sommes portées en comptabilité par M. C lui-même.
8. Pour contester le bien-fondé des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des périodes couvrant les années 2015 et 2016, M. C soutient que le service vérificateur ne pouvait pas appliquer des coefficients de déduction inférieurs à l'unité à la taxe sur la valeur ajoutée se rapportant aux dépenses correspondant exclusivement à l'exercice de son activité accessoire, cette taxe étant totalement déductible. Toutefois, alors qu'il n'avait pas constitué des secteurs distincts d'activité et tenu des comptabilités distinctes, spécifiques à chacune des activités exercées, et qu'il avait lui-même déterminé en comptabilité la taxe déductible en appliquant des coefficients de déduction inférieurs à l'unité à l'ensemble de ses dépenses professionnelles, M. C n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, conformément aux dispositions précitées des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales, de l'existence de dépenses propres à des opérations imposables ouvrant droit à déduction, en se bornant à verser au dossier des déclarations rectificatives adressées au service après la mise en recouvrement des impositions en litige et des tableaux établis pour les besoins de la cause, dépourvus de précisions suffisantes et non accompagnés de pièces justificatives.
9. D'autre part, M. C ne saurait se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 10 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA-DED-20-20 et de la réponse ministérielle n° 26298 à M. D, député, du 12 juillet 1999, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2014 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des périodes couvrant les années 2015 et 2016. Ses conclusions à fin de décharge doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Lançon, première conseillère,
- Mme Courtois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
L.-J. LANÇONLe président-rapporteur,
Signé
O. B
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026