vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2006517 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HISBERGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 septembre 2020 et 19 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Hisbergues, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 par laquelle le maire de Raismes a refusé de lui verser l'indemnité due en rétribution du poste de responsable de l'animation et de la coordination pour le 3ème âge à la ville de Raismes ;
2°) d'enjoindre à la commune de lui verser rétroactivement cette indemnité ainsi que les intérêts échus dans les 30 jours suivant le jugement, sous peine astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la commune à lui verser, d'une part, la somme de 22 867,89 euros au titre du préjudice financier arrêté au 1er mars 2023 et ce avec intérêt au taux légal à compter du 12 décembre 2019 ou à compter du recours préalable à l'indemnisation avec capitalisation des intérêts à l'issue d'une année et d'autre part, de condamner la commune à lui verser 2 500 euros au titre du préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la commune une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il appartenait au conseil municipal de supprimer l'emploi, après avis du comité technique, lequel doit être saisi d'un rapport ;
- elle est entachée d'un vice de forme en ce que le compte-rendu de la réunion du comité technique n'a pas été transmis au centre de gestion ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît le droit au traitement pour service fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 18 janvier 2023 et le 20 avril 2023, la commune de Raismes, représentée par Me Simoneau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive;
- les conclusions aux fins d'indemnisation sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en application de la jurisprudence Lafon, les conclusions indemnitaires, exclusivement fondées sur l'illégalité d'une décision à objet purement pécuniaire devenue définitive, pour réclamer l'allocation de la même somme sont irrecevables.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-56 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guyard,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de Me Forgeois substituant Me Hisbergues, représentant Mme A, et de Me Playoust, substituant Me Simoneau, représentant la commune de Raismes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, alors rédactrice territoriale, a été titularisée, par le président du centre communal d'action sociale de la commune de Raismes, à compter du 1er septembre 1987, sur l'emploi de directrice du foyer pour personnes âgées. Parallèlement, à compter du 6 avril 1988, Mme A a été nommée par le maire de la commune de Raismes sur un emploi à temps incomplet de 7 heures de responsable de l'animation et de la coordination des activités du 3ème âge de la commune. Mme A, désormais titulaire du grade d'attachée territoriale, a été affectée, à compter du 1er octobre 2018, sur le poste de responsable intergénérationnelle et séniors du centre communal d'action sociale de Raismes. Par un courrier du 3 décembre 2018, le maire de la commune a informé l'intéressée que l'indemnité relevant de l'activité accessoire exercée au titre de la commune ne lui serait plus versée à compter du 1er janvier 2019. Par une délibération du 21 décembre 2018, l'emploi de responsable de l'animation et de la coordination des activités du 3ème âge a été supprimé des effectifs de la ville. Par un courrier du 16 janvier 2019, Mme A a sollicité du maire de Raismes le rétablissement du versement de la rémunération perçue au titre de l'emploi de responsable de l'animation et de la coordination des activités du 3ème âge et aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par un second courrier du 12 décembre 2019, Mme A a réitéré sa demande et la commune l'a rejetée formellement par une décision du 5 février 2020. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 5 février 2020 et de condamner la commune à lui verser la somme de 22 867,89 euros correspondant à la rémunération qu'elle aurait dû percevoir au titre de ses missions de responsable de l'animation à compter de janvier 2019 ainsi que la somme de 2 500 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur la recevabilité de la requête :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1 le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 5° dans les relations entre l'administration et ses agents ". Par ailleurs, en vertu de l'article L. 112-2 de ce code, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 aux termes desquelles " toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de l'article L. 112-6 selon lesquelles : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation ".
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas transmis un accusé de réception comportant la mention des voies et des délais de recours.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été informée par un courrier du 3 décembre 2018 de la suppression de l'indemnité d'activité accessoire à compter du 1er janvier 2019. Par un courrier du 16 janvier 2019, reçu le 21 janvier 2019 par la commune, Mme A a sollicité du maire de la commune de Raismes qu'il lui verse " l'indemnité complémentaire " qu'elle estimait lui être toujours due au titre des rappels de salaire pour l'activité d'animation auprès des personnes âgées de la commune. Une décision implicite de rejet est donc née le 21 mars 2019 du silence gardé par l'autorité administrative sur cette demande. En application des dispositions du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative, Mme A disposait, à compter de cette date, d'un délai de deux mois pour introduire un recours contentieux contre la décision rejetant implicitement sa demande. Si, par un nouveau courrier adressé le 12 décembre 2019, Mme A a réitéré sa demande dans les mêmes termes et a été destinataire d'un courrier en date du 5 février 2020 confirmant la position du maire de la commune exprimée dans le courrier du 3 décembre 2018, cette décision explicite de rejet est purement confirmative de la première décision née en mars 2019 et n'a pu avoir pour effet de rouvrir au profit de Mme A un nouveau délai pour saisir le tribunal. Il suit de là que la commune de Raismes est fondée à soutenir que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme A, enregistrée au greffe du tribunal le 16 septembre 2020, soit au-delà du délai de recours contentieux imparti par l'article R. 421-2 du code de justice administrative, sont tardives et, par suite, irrecevables.
6. En deuxième lieu, il ressort de ce qui précède que la décision rejetant la demande de versement des indemnités accessoires à Mme A est une décision à objet pécuniaire devenue définitive. Par suite, l'expiration du délai de recours contentieux contre cette décision fait obstacle à l'exercice ultérieur d'une action indemnitaire fondée sur la seule illégalité de cette décision. Dès lors les conclusions de la requête tendant à l'allocation d'une somme égale à la rémunération due à raison de l'emploi de responsable de l'animation et de la coordination pour le 3ème âge à la ville de Raismes depuis le 1er janvier 2019 sont irrecevables.
7. Enfin, en troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".
8. Si Mme A demande au tribunal la condamnation de la commune à l'indemniser du préjudice moral qu'elle aurait subi, il résulte de l'instruction que Mme A n'a produit aucune demande préalable adressée à la commune, en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Par suite, en l'absence de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires tendant à la réparation d'un préjudice moral sont, ainsi que la commune l'oppose en défense, irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin d'indemnisation présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Raismes, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A, la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 800 euros à verser à la commune de Raismes au même titre.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera à la commune de Raismes la somme de 800 (huit cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Raismes.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Guyard, première conseillère,
Mme Zoubir, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GUYARD
La présidente,
Signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
Signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026