mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2006597 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DRAGON & BIERNACKI - PIRET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 septembre 2020 et 14 septembre 2023, la société Entreprise Jean Lefebvre Nord et la société Eurovert, représentées par Me Deschryver, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet du mémoire en réclamation en date du 20 février 2020 adressé à la communauté d'agglomération du Douaisis " Douaisis agglo " et contestant le décompte général et définitif du marché du lot n°2 " VRD - aménagements extérieurs " relatif aux travaux de construction d'un centre aquatique situé sur la commune de Sin-le-Noble ;
2°) de condamner la communauté d'agglomération " Douaisis agglo " à verser la somme de 25 022,90 euros à la société Entreprise Jean Lefebvre Nord en paiement du solde de ce même marché ;
3°) de condamner la communauté d'agglomération " Douaisis agglo " à verser la somme de 47 931,47 euros à la société Eurovert en paiement du solde de ce même marché ;
4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération " Douaisis agglo " la somme de 5 000 euros à verser à chacune des deux sociétés requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le décompte final qu'elles ont établi le 31 janvier 2017 qui établissait le montant total du marché à 1 532 967,17 euros toutes taxes comprises (TTC) est devenu tacitement définitif à l'expiration du délai de trente jours après sa réception par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, en application des dispositions de l'article 13.4.2 du Cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG travaux) dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014 applicable au marché litigieux ;
- par voie de conséquence, le projet de décompte général établi par la communauté d'agglomération Douaisis agglo le 31 janvier 2020 est tardif et ne peut pas s'écarter du décompte établi en 2017 ;
- elles ont transmis un mémoire en réclamation dans les délais prévus par l'article 50.1 du CCAG Travaux qui conteste les déductions comprises dans le décompte général et définitif du 31 janvier 2020 ;
- en tout état de cause, il n'est pas démontré par le maître d'ouvrage que certains ouvrages ou parties d'ouvrage ne seraient pas conformes aux spécifications du marché ; l'accord du groupement sur ces réfactions n'a pas été sollicité ; le maître d'ouvrage ne fournit aucune explication sur les travaux prétendument non-réalisés et sur les révisions opérées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la communauté d'agglomération " Douaisis agglo ", représenté par Me Piret, conclut au rejet de la requête et à mettre à la charge des requérants une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761.1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le maître d'œuvre a simplement transmis au maître d'ouvrage le projet de décompte final de l'entreprise Jean Lefebvre du 14 février 2017, envoi qui ne peut pas être assimilé à l'envoi d'un projet de décompte général tel que défini à l'article 13.4.4 du CCAG travaux ; à cet égard, ce document est appelé décompte général et définitif de manière abusive ;
- le dépassement des délais prévus par l'article 13.4.2 du CCAG travaux ne peut uniquement donner lieu à l'établissement d'un décompte général et définitif tacite qu'après la transmission d'un projet de décompte général et définitif par le titulaire du marché, ce qui n'a pas été le cas dans les circonstances de l'espèce ;
- les requérants ne leur ont pas transmis un mémoire en réclamation au sens de l'article 50.1 du CCAG travaux mais seulement une facture qui ne comprenait pas la mention des sommes réclamées ni leurs justifications détaillées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;
- et les observations de Me Carnel, représentant les sociétés Jean Lefebvre Nord et Eurovert.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté d'agglomération " Douaisis agglo " a confié le lot n°2 " VRD - aménagements extérieurs " du marché de travaux de construction du centre aquatique situé sur la commune de Sin-le-Noble, dont elle était maître d'ouvrage, à un groupement d'entreprise conjoint composé de la société Entreprise Jean Lefebvre Nord, mandataire du groupement, de la société Eurovert et de la société Devred, par un acte d'engagement en date du 26 novembre 2014. Les travaux ont été réceptionnés avec réserves le 18 novembre 2016. Le 31 janvier 2020, la communauté d'agglomération Douaisis agglo a adressé au mandataire son projet de décompte général et définitif. Le 19 février 2020, par une lettre et un mémoire en réclamation, l'entreprise Jean Lefebvre Nord a signifié à la communauté d'agglomération Douaisis agglo son refus de signer ce décompte général et définitif qui ne reprenait pas intégralement les sommes contenues dans le projet de décompte final transmis au maître d'oeuvre le 14 février 2017. L'absence de réponse à ce courrier a fait naître une décision implicite de rejet du mémoire en réclamation. Les sociétés Entreprise Jean Lefebvre Nord et Eurovert sollicitent l'annulation de cette décision implicite de rejet et la condamnation de la communauté d'agglomération " Douaisis agglo " à leur payer le solde du marché qu'elles fixent à 25 022,90 euros TTC au bénéfice de la société Entreprise Jean Lefebvre Nord et 47 931,47 euros TTC au bénéfice de la société Eurovert.
Sur les conclusions pécuniaires :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux), dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014 : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final (). / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire () ". Aux termes de l'article 13.3.2 : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux () ". Aux termes de l'article 13.3.4 : " En cas de retard dans la transmission du projet de décompte final et après mise en demeure restée sans effet, le maître d'œuvre établit d'office le décompte final aux frais du titulaire. Ce décompte final est alors notifié au titulaire avec le décompte général tel que défini à l'article 13.4 ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 13.4.2. de ce même CCAG Travaux : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / -trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / -trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. ". Aux termes de l'article 13.4.3 : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties () ". Aux termes de l'article 13.4.4 : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé (). / Si, dans [un] délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif () ".
4. Il résulte de la combinaison des articles 13.3.1, 13.3.2, 13.4.2, 13.4.3 et 13.4.4 du CCAG Travaux dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014, que, même si elle intervient après l'expiration du délai de trente jours prévu à l'article 13.3.2 du CCAG Travaux, courant à compter de la réception des travaux, la réception, par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, du projet de décompte final, établi par le titulaire du marché, est le point de départ du délai de trente jours prévu à l'article 13.4.2. Si, à l'issue de ce délai de trente jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié de décompte général au titulaire du marché, celui-ci a la faculté, conformément à l'article 13.4.4 d'adresser son propre projet de décompte général qui, s'il reste sans réponse pendant dix jours, devient le décompte général, par un mécanisme d'acceptation tacite.
5. Il résulte de l'instruction que la société Entreprise Jean Lefebvre Nord, mandataire du groupement conjoint titulaire du marché litigieux, a établi le 31 janvier 2017 un projet de décompte final reçu par la société Codelfly, membre du groupement d'entreprise titulaire du marché de maîtrise d'œuvre du centre aquatique, le 1er février 2017. Toutefois, si les requérants font valoir que la société Codelfly a transmis ce projet par un courrier daté du 14 février 2017 au maître d'ouvrage, il ne résulte pas de l'instruction que le groupement titulaire du marché ait, à l'expiration du délai de trente jours prévu à l'article 13.4.2 du CCAG Travaux, transmis un projet de décompte général suivant la procédure prévue à l'article 13.4.4. Dès lors, le délai de dix jours prévu par ce même article 13.4.4 n'a pu commencer à courir, de sorte que le décompte général et définitif n'a pu être établi de manière tacite.
6. En second lieu, aux termes de l'article 50.1 de l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. ".
7. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens du premier alinéa de l'article 50.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés publics de travaux que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.
8. Les requérants font valoir qu'ils ont transmis un mémoire en réclamation daté du 20 février 2020, qu'ils présentent comme ayant été annexé à un courrier du 19 février 2020 de la société Entreprise Jean Lefebvre Nord refusant le décompte général et définitif transmis par la communauté d'agglomération " Douaisis agglo ". Cependant ni le courrier, qui se borne à indiquer que le groupement refusait le signer le décompte " car il ne reprend pas intégralement les sommes contenues dans notre projet de décompte final ", ni la pièce qui y est jointe qui consiste en une simple facture reprenant le montant global de marché conclu pour le lot 2 et les ordres de services associés, ne précisent le montant des sommes dont le paiement était revendiqué et n'indiquent pas plus de manière précise et détaillée les chefs sur lesquels portaient leurs réclamations ainsi que les bases de calcul des sommes réclamées. Par suite, le décompte général dont les requérants avaient accusé réception est devenu définitif et les montants qu'il contient ne peuvent plus être contestés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions pécuniaires présentées par les sociétés requérantes doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération " Douaisis agglo, " qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Entreprise Jean Lefebvre Nord et la société Eurovert demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Entreprise Jean Lefebvre Nord et la société Eurovert une somme globale de 3 000 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération " Douaisis agglo " et non compris dans les dépens
D E C I D E :
Article 1er : La requête des sociétés Entreprise Jean Lefebvre Nord et Eurovert est rejetée.
Article 2 : Les sociétés Entreprise Jean Lefebvre Nord et Eurovert verseront à la communauté d'agglomération " Douaisis agglo " une somme globale de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Entreprise Jean Lefebvre Nord, à la société Eurovert et à la communauté d'agglomération " Douaisis agglo ".
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026