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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006624

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006624

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006624
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDE FOUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2020, M. A F et Mme G D E, représentés par Me de Foucher, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le rapprochement entre les données figurant dans le corps de la proposition de rectification en fin de chaque paragraphe dédié aux différents motifs de rectification et celles figurant dans les développements consacrés aux conséquences financières n'est pas compréhensible et les modalités de calcul de la base des redressements ne sont pas fournies ; la proposition de rectification est ainsi insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- elle entend se prévaloir des énonciations du paragraphe n° 40 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-CF-IOR-10-40 ;

- les remboursements des frais de déplacement entre le domicile de M. F, où il exerçait une activité professionnelle, et le lieu du siège de la société TEM Industrie ont été engagés dans l'intérêt de cette société et sont justifiés ; ils étaient dès lors déductibles des résultats de la société TEM Industrie et ne peuvent constituer des revenus distribués ;

- la qualification d'avantages en nature est incompatible avec la qualification de revenu occulte imposable sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts, de sorte que la majoration prévue par l'article 158 de ce code n'est pas applicable ;

- les pénalités pour manquement délibéré qui ont été infligées ne sont pas justifiées, en l'absence d'intention délibérée de se soustraire à l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2020, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. F et Mme D E ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 22 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. F et Mme D E ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal à l'issue duquel ils ont été assujettis à des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 à 2017. Ces impositions résultent, d'une part, de la taxation, en application de l'article 62 du code général des impôts, de rémunérations versées à M. F par la société à responsabilité limitée TEM Industrie, dont il était le gérant majoritaire, et, d'autre part, de la taxation dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du c de l'article 111 de ce code, de sommes que lui avait versées cette même société. M. F et Mme D E demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ".

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 20 décembre 2018 adressée à M. F et Mme D E indique précisément l'imposition, l'année d'imposition et les catégories d'imposition concernées, ainsi que la nature, les motifs, les fondements légaux et les montants des rectifications. La circonstance que les requérants n'aient pas réussi à comprendre les revenus bruts et nets imposables mentionnés dans le tableau des conséquences financières des rectifications, que le service vérificateur a joint à la proposition alors qu'il n'y était pas tenu par les dispositions de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales, les contribuables ayant fait l'objet d'un contrôle sur pièces, est par elle-même sans incidence sur la régularité de cette proposition. Dans ces conditions, M. F et Mme D E ne sont pas fondés à soutenir que la proposition de rectification qui leur a été adressée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

4. En second lieu et en tout état de cause, M. F et Mme D E ne sauraient se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 40 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-CF-IOR-10-40, qui sont relatives à la procédure d'imposition et ne comportent par suite aucune interprétation formelle de la loi fiscale opposable à l'administration sur ce fondement.

Sur le bien-fondé des impositions contestées :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 62 du code général des impôts : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : / Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes () ". Aux termes de l'article 39 de ce code, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. / () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme des revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / d. La fraction des rémunérations qui n'est pas déductible en vertu du 1° du 1 de l'article 39 ; / () ".

6. Il résulte des dispositions précitées que les remboursements de frais de déplacements perçus par un gérant majoritaire de société à responsabilité limitée constituent, en principe, même en l'absence de justificatifs, un élément de sa rémunération imposable, en application de l'article 62 du code général des impôts, dans la catégorie des rémunérations allouées aux gérants majoritaires de société à responsabilité limitée, sauf si l'administration établit que les sommes correspondantes n'ont pas fait l'objet d'une comptabilisation explicite en tant que remboursements octroyés au personnel ou que leur montant, ajouté aux autres éléments de la rémunération, a pour effet de porter le total de celle-ci à un niveau excessif. Dans chacun de ces deux derniers cas, ces sommes sont imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement, respectivement, des c et d de l'article 111 du même code.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 20 décembre 2018, que la société TEM Industrie a comptabilisé, au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, les sommes respectives de 17 086 euros, 19 520 euros et 21 091 euros versées à M. F, son gérant majoritaire, comme des remboursements de frais de déplacements professionnels lui incombant. Ces sommes correspondent toutefois aux frais supportés par M. F à raison des déplacements entre son domicile à Valenciennes et le siège de la société TEM Industrie, situé à Moreuil, dans le département de la Somme. Les requérants n'apportant aucun élément de nature à établir qu'ainsi qu'ils le soutiennent, M. F a exercé une activité professionnelle pour la société TEM Industrie à son domicile personnel, ces sommes présentent dès lors la nature de dépenses personnelles. Lesdites sommes n'ayant pas fait l'objet d'une comptabilisation explicite, c'est à bon droit que le service les a taxées entre les mains de M. F et de Mme D E à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts.

8. En second lieu, aux termes de l'article 158 du code général des impôts : " () / 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : / () / 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111 () ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que c'est à bon droit que, pour déterminer le montant de revenus à retenir pour la liquidation de l'impôt, le service vérificateur a multiplié par 1,25, en application des dispositions précitées de l'article 158 du code général des impôts, les sommes de 17 086 euros, 19 520 euros et 21 091 euros correspondant aux revenus distribués par la société TEM Industrie à M. F au titre respectivement des années 2015, 2016 et 2017 et imposables à l'impôt sur le revenu sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts.

Sur le bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

11. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 20 décembre 2018, que M. F, qui exerçait seul la gérance de la société TEM Industrie et qui en détenait indirectement la majorité du capital, a respectivement perçu de cette société, au titre des années 2015, 2016 et 2017, les sommes de 84 000 euros, 87 335 euros et 117 371 euros à titre de rémunérations de gérant majoritaire, imposables en application de l'article 62 du code général des impôts. Toutefois, alors que l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales avait indiqué à la société TEM Industrie les sommes qu'il devait porter sur ses déclarations de revenus à ce titre, M. F n'a déclaré qu'une somme de 15 056 euros au titre de l'année 2015, n'a déclaré aucune rémunération versée par la société TEM Industrie au titre de l'année 2016 et a omis de mentionner, au titre de l'année 2017, dans sa déclaration primitive et dans la déclaration rectificative souscrite le 13 octobre 2018, pendant la vérification de comptabilité dont la société TEM Industrie faisait alors l'objet, la somme de 8 469 euros. L'administration fiscale, qui se prévaut de ces circonstances, du caractère répété et de l'importance des omissions et de ce que M. F ne pouvait ignorer ni avoir perçu ces rémunérations, qui avaient été comptabilisées par la société TEM Industrie et qui avaient été validées par l'assemblée générale de cette société, ni leur caractère imposable, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée du contribuable de se soustraire à l'impôt dû à raison des sommes imposées à l'issue du contrôle sur le fondement de l'article 62 du code général des impôts au titre des années 2015 et 2016, et, par suite, du bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées à ce titre sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 de ce code.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. F et Mme D E ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. Leurs conclusions à fin de décharge doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. F et Mme D E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Mme G D E et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président de la formation de jugement,

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

O. BLe président,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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