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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006724

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006724

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006724
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPENET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2020 sous le n° 2006724, et des mémoires, enregistrés les 10 août, 14 et 16 septembre, et 20 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Julie Penet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse rejetant sa demande d'indemnisation du 6 juillet 2020 ;

2°) de condamner le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à lui verser la somme de 50 000 euros au titre du préjudice matériel et la somme de 20 000 euros au titre du préjudice moral qu'il a subis en raison des agissements de harcèlement moral dont il a été victime ;

3°) de mettre à la charge du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a subi des agissements répétés de harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique à compter de l'année 2013 ; il lui a été imposé des tâches qui ne relevaient pas de ses missions, il a été mis à l'écart ; son appréciation annuelle s'est dégradée ; l'inspectrice qui a procédé à son inspection le 30 septembre 2014 a qualifié les faits qu'il a subis de harcèlement moral ; les témoins confirment l'acharnement de son harceleur à son encontre ; il n'est pas établi que lui-même aurait commis des fautes dans l'exercice de ses fonctions ;

- les agissements subis ont eu des répercussions sur son état de santé ;

- il a seulement perçu un demi-traitement pendant vingt-quatre mois et a subi un retard pour accéder au 5ème échelon du grade hors-classe de son corps, ce qui aura un impact sur le montant de sa pension de retraite ; il a été contraint d'exercer ses fonctions dans un climat délétère pendant cinq ans ; il a dû être placé en arrêt de travail pendant encore cinq ans avant de pouvoir reprendre une activité professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juillet 2021 et 29 septembre 2022, la rectrice de l'académie de Lille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à ce que le tribunal accorde au requérant le bénéfice de la protection fonctionnelle sont irrecevables dès lors qu'il n'appartient pas au tribunal de prendre une telle mesure.

Par ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 octobre 2022 à 14 heures.

II. Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2020 sous le n° 2006726, et un mémoire, enregistré le 11 août 2022, M. B A, représenté par Me Julie Penet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse portant rejet de sa demande de protection fonctionnelle du 6 juillet 2020 ;

2°) de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Lille de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

4°) de mettre à la charge du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a subi des agissements répétés de harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique à compter de l'année 2013 ; il lui a été imposé des tâches qui ne relevaient pas de ses missions, il a été mis à l'écart ; son appréciation annuelle s'est dégradée ; l'inspectrice qui a procédé à son inspection le 30 septembre 2014 a qualifié les faits qu'il a subis de harcèlement moral ; les témoins confirment l'acharnement de son harceleur à son encontre ; il n'est pas établi que lui-même aurait commis des fautes dans l'exercice de ses fonctions ;

- les agissements subis ont eu des répercussions sur son état de santé ;

- il est fondé à bénéficier de la protection fonctionnelle dès lors qu'il a subi des agissements répétés de harcèlement moral dans l'exercice de ses fonctions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2021, la rectrice de l'académie de Lille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Balussou,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Julie Penet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est professeur de lycée professionnel en hôtellerie et restauration, option techniques culinaires, affecté au lycée professionnel privé Baudimont Saint-Charles à Arras depuis 1995. Par deux lettres du 6 juillet 2020, il a sollicité auprès de la rectrice de l'académie de Lille l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des agissements répétés de harcèlement moral dont il aurait été victime par l'un de ses collègues ainsi que le bénéfice de la protection fonctionnelle. Ces demandes ont été implicitement rejetées. Par les présentes requêtes, M. A demande au tribunal, d'une part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros au titre de son préjudice matériel et la somme de 20 000 euros au titre de son préjudice moral résultant des agissements répétés de harcèlement moral dont il aurait été victime et, d'autre part, d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de protection fonctionnelle du 6 juillet 2020 et, enfin, de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2006724 et n° 2006726 se rapportent à la situation d'un même agent, présentent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant rejet de la réclamation préalable du 6 juillet 2020 tendant à l'indemnisation d'un harcèlement moral :

3. La décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a implicitement rejeté la réclamation préalable indemnitaire de M. A tendant à l'indemnisation de faits de harcèlement moral dont il allègue avoir été victime a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 70 000 euros, leur a donné le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la réclamation préalable du 6 juillet 2020 tendant à l'indemnisation de M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le harcèlement moral :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur et repris depuis à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".

5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

6. En l'espèce, M. A soutient qu'il a fait l'objet, à compter de 2013, d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part d'un ancien collègue, devenu chef de travaux, lequel lui a imposé la prestation d'heures supplémentaires non rémunérées, l'organisation d'événements extérieurs, la tenue d'un double service en restauration ainsi que les repas des élèves alors que cela ne relevait pas de ses missions de professeur en hôtellerie et restauration, le déplacement de travaux pratiques avec ses élèves et la prise en charge des missions d'un collègue en arrêt de travail. Il fait également valoir qu'il a dénoncé ces faits dans un courrier du 19 septembre 2013 adressé au directeur adjoint du lycée professionnel privé Baudimont Saint-Charles, lequel n'a pris aucune mesure. Il ajoute avoir constaté une dégradation de son appréciation annuelle au titre des années 2013-2014 et 2014-2015. En outre, il se prévaut de ce que le chef d'établissement lui a adressé au cours d'un entretien du 1er juillet 2015 de multiples reproches non justifiés concernant l'exercice de ses fonctions sur la base de faits rapportés par le chef de travaux, ce dernier alléguant qu'il changeait, lors des séances de travaux pratiques, de matériel à utiliser à la dernière minute, sans tenir compte des impératifs de ses collègues à l'économat, qu'il avait, par manque d'anticipation, de contrôle et d'estimation, cassé le cadenas des congélateurs devant les élèves pour récupérer la quantité de pain nécessaire pour un service de soixante convives, qu'il avait également, toujours par manque d'anticipation, adressé un mail à 16 heures à deux collègues ayant terminé leur service pour rechercher des queues d'écrevisses dans les magasins d'Arras pour un repas en soirée et les avait ensuite informés à leur retour de ce qu'il avait finalement retrouvé ces denrées et qu'il avait défoncé devant les élèves une porte de vestiaire qui lui résistait alors qu'une personne chargée de l'entretien était présente dans la cour. A la suite de cet entretien, M. A a, de nouveau, par courrier du 6 juillet 2015, dénoncé des conditions de travail difficile du fait des agissements du chef de travaux. Aucune suite n'a été donnée à ce courrier. A l'appui de ses allégations, M. A produit plusieurs témoignages concordants de collègues faisant état de son isolement et du dénigrement dont il faisait l'objet de la part du chef des travaux, dont notamment l'attestation du 27 octobre 2021 émanant d'une enseignante en hôtellerie et restauration, en poste de septembre 2016 à août 2021 au lycée Baudimont Saint-Charles et qui partageait son bureau avec le chef des travaux, cette dernière indiquant avoir constaté que celui-ci prenait plaisir à nuire au requérant, notamment en répandant des calomnies à son encontre auprès de ses collègues, des membres de la direction et des élèves pour nuire à son image, qu'il avait cherché à saboter ses cours en émettant des commandes erronées de marchandises, en ne lui transmettant pas certaines informations et s'abstenant de lui fournir certains matériels, à le déstabiliser et à s'amuser de constater ses difficultés pour s'empresser de les signaler à la direction. M. A produit également plusieurs documents médicaux montrant un lien entre la dégradation de son état de santé et ses conditions de travail, l'intéressé ayant ainsi été, à plusieurs reprises, en arrêts de travail en 2015, 2016 et 2017 pour un épisode dépressif avant d'être placé en congé de longue maladie à compter du 4 septembre 2017 puis en congé de longue durée à compter du 4 septembre 2018 jusqu'au 4 septembre 2022.

7. La rectrice de l'académie de Lille, qui se borne à faire valoir que M. A n'établit pas que des missions supplémentaires lui auraient été imposées par le chef de travaux ni que celui-ci l'aurait dénigré dans l'exercice de ses fonctions, ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les éléments circonstanciés figurant dans les attestations versées à l'instance par ce dernier. Si elle se prévaut de ce qu'une inspection réalisée le 30 septembre 2014 a mis en évidence le non-respect par l'intéressé de ses horaires et son absence de motivation en lien avec des problèmes personnels, il résulte toutefois de l'instruction que l'inspectrice d'académie, après avoir constaté un mal être chez plusieurs autres enseignants de l'établissement, a procédé à des investigations qui ont mis en évidence que le chef de travaux possédait une société de restauration dont l'activité n'était pas déclarée auprès du rectorat dans le cadre d'un cumul d'activités, qu'il détournait des productions de cuisine du lycée à son profit avec la complicité de la cuisinière, qu'il utilisait des élèves comme main-d'œuvre à bon marché pour des soirées et des week-end organisés à l'extérieur de l'établissement, qu'il avait falsifié des notes d'examen, qu'il se comportait en chef tyrannique, méprisant la pédagogie et insultant les élèves, menaçant des personnes de l'intervention musclée de joueurs de rugby dont il était responsable de l'équipe, sans que les directeurs successifs de l'établissement n'interviennent hormis par la pose de cadenas. Dans le cadre de son rapport d'inspection du 10 mars 2017, elle a notamment relevé que M. A avait été pénalisé pour avoir dénoncer les pratiques du chef de travaux qui lui avait imposé sa participation à un grand nombre de prestations extérieures sans rapport avec les enseignements dispensés, avait supprimé certains de ses cours, enlevé des élèves à des cours, annulé des commandes destinées à ses cours et imposé d'assurer le repas au réfectoire en plus de ses missions. Elle en a conclu que l'intéressé vivait une " forme de harcèlement moral qui l'avait progressivement démotivé et déprimé ". Par ailleurs, le défenseur ne peut se prévaloir de ce que M. A a eu des attitudes et tenu des propos incompatibles avec ses activités d'enseignant qui ont fait l'objet d'un entretien du 1er juillet 2015 au cours duquel il lui avait été demandé de modifier son comportement dès lors que, ainsi que cela a été dit au point précédent, le chef de travaux avait été à l'origine des faits portés à la connaissance de la direction.

8. Il résulte de ce qui précède que les éléments de fait invoqués par M. A sont de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral sans que soit opposée en défense une argumentation de nature à valablement démontrer que les agissements en cause sont justifiés par le comportement de l'intéressé ou des considérations étrangères à tout harcèlement. Par suite, M. A est fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices que ce harcèlement moral lui a occasionnés.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant du préjudice financier :

9. D'une part, M. A sollicite le versement d'une indemnité de 31 909,32 euros correspondant au demi-traitement qu'il n'a pas perçu pendant son placement en congé de longue durée pour la période de septembre 2020 à août 2022 alors que celui-ci résultait des faits de harcèlement moral dont il était victime. Toutefois, il résulte de l'instruction que des prestations complémentaires lui ont été versées sur cette période par l'organisme de prévoyance auquel il est affilié, d'un montant dont il ne conteste pas qu'il correspond au demi-traitement dont il réclame le versement. Par suite, sa demande à ce titre ne pourra qu'être rejetée.

10. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait subi, ainsi qu'il le prétend, un retard dans l'accès au 5ème échelon de la catégorie " hors classe " de son grade en raison de la baisse alléguée de sa notation administrative au titre des années scolaires 2013-2014 et 2014-2015 alors que les notices annuelles de notation administrative qu'il produit à l'instance mettent en évidence une note chiffrée qui est passée de 39,7 au titre des années scolaires 2012-2013 et 2013-2014 à 39,8 au titre de l'année scolaire 2014-2015. En outre, l'intéressé, placé en congé de maladie de longue durée, est demeuré en position d'activité et a ainsi conservé ses droits à l'avancement et à la retraite. Dans ces conditions, son préjudice n'étant pas établi et il n'est pas fondé à en demander l'indemnisation.

S'agissant du préjudice moral :

11. Il résulte de l'instruction que les agissements répétés de harcèlement moral subis par M. A à compter au moins du 30 septembre 2014, date de son inspection, ont été à l'origine d'un épisode dépressif majeur jusqu'à au moins sa reprise d'activité le 31 août 2022 dans un autre établissement que celui-ci dans lequel il était initialement affecté, soit pendant presque huit ans. Eu égard à la durée et à la gravité des conséquences de ces agissements sur l'état de santé psychique du requérant, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral qu'il a subi en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite refusant la protection fonctionnelle :

12. En premier lieu, aux termes du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".

13. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit aux points 6 à 8, que M. A a été victime d'agissements répétés de harcèlement moral de la part du chef de travaux sans qu'il puisse se voir imputer une faute personnelle. Par suite, la rectrice de l'académie de Lille, en refusant d'accorder à l'intéressé le bénéfice de la protection fonctionnelle, a méconnu les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de la rectrice de l'académie de Lille lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal accorde la protection fonctionnelle :

15. Il n'appartient pas au tribunal d'accorder la protection fonctionnelle aux agents victimes de faits constitutifs de harcèlement moral. Ainsi, les conclusions présentées par M. A à ce titre sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint à l'Etat d'accorder à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle au titre des agissements répétés de harcèlement moral dont il a été victime dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la rectrice de l'académie refusant d'accorder à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle est annulée.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 20 000 euros.

Article 3 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Lille d'accorder la protection fonctionnelle à M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Lille.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

Mme Sanier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

E.-M. BALUSSOU

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYKLa greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

Nos 2006724, 2006726

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